À des millions de kilomètres de la Terre

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Vous savez comment c’est, les retours de voyage : on ne revient jamais les mains vides, on a toujours un petit souvenir pour les copains. Et lorsque quelques astronautes partis voir s’il y a des bons coins à champignons sur Vénus reviennent au bercail, c’est avec un gros lézard dans leurs valises. Et un taillé par Ray Harryhausen, qui plus est !

 

 

Ce qu’il y a de bien avec l’ami Harryhausen, c’est que son talent, son Art même, a largement permis à la Série B des fifties de prendre sa revanche sur la Série A de la même époque. Car grâce à ses monstres disposant toujours, soixante années après leur conception, du même charisme, quelques bandes jadis vues et même pensées comme de simples produits d’exploitation voués à l’oubli sont restées dans toutes les mémoires alors que bien des concurrents dramatiques ou humoristiques des gros studios ne sont plus qu’un lointain souvenir. Combien de pelloches alors présentées comme des classiques instantanés peuvent se vanter d’avoir traversé les âges comme les Monsters Movies du père Harryhausen ? Combien ont droit à des coffrets collectors, aux joies de la colorisation ou à une sortie en Blu-Ray ? Fort peu et il faut bien le dire : les monstres ont gagné. Pour notre plus grand plaisir, d’ailleurs ! Mais plutôt que de festoyer sur l’aspect immortel de nos créatures favorites, continuons notre tour d’horizon du beau boulot du dieu des bestioles, déjà entamé il y a un bon moment via La Vallée de Gwangi et, il y a quelques temps, via Le Monstre vient de la Mer et Les Soucoupes Volantes Attaquent. C’est en toute logique au tour d’A Des Millions de Kilomètres de la Terre que l’on s’attaque, également connu sous son titre original 20 Millions Miles To Earth, Monster Movie dans la grande tradition du genre, avec sa créature énorme se plaisant à ravager les constructions humaines. Un projet important dans la carrière d’un Harryhausen voyant son influence grandir dans l’industrie monstrueuse, au point qu’il lui était permis de décider des lieux de tournage. 20 Millions… est également son dernier film se déroulant à une époque contemporaine, sa carrière partant soit vers des œuvres futuristes (furtivement, pour First Men in the Moon) ou tournées vers le passé comme Gwangi et toutes ses oeuvres mythologiques. C’est également le dernier à avoir été tourné en noir et blanc pour causes budgétaires et on peut donc le considérer comme le dernier d’une époque dans la filmographie du maître, qui allait décoller pour ne plus jamais retomber…

 

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A Des Millions de Kilomètres de la Terre (je sens que la fonction copier/coller va chauffer…) débute en Sicile… et y restera d’ailleurs. Alors que des pêcheurs d’un petit village en bord de mer tentent d’attraper de la poiscaille, une fusée tombe du ciel et s’écrase dans la flotte, à quelques mètres d’eux. Histoire de montrer qu’ils ne sont pas des chochottes, deux Italiens et un irritant gamin décident d’entrer dans le suppositoire de fer et en profitent pour sauver deux cosmonautes, tombés dans les vapes. Et en passant, l’air de rien, le marmot récupère sur la plage un étrange cocon qu’il s’empresse d’aller revendre à un zoologiste local. Bien évidemment, cette grosse burne gélatineuse et verdâtre (oui, j’ai vu la version colorisée) finit par donner naissance à Ymir, un petit lézard qui n’est en vérité jamais nommé dans le film, Harryhausen craignant que les spectateurs comprennent le mot « Emir ». Tout content, le zoologiste décide bien évidemment de partir pour Rome, histoire de montrer à ses collègues sa nouvelle trouvaille. Moins contents sont nos astronautes lorsqu’ils découvrent que l’énorme gnocchi qu’ils avaient ramené de leur expédition sur Vénus a disparu. Bien évidemment, ils apprennent par le sale gamin que leur spécimen ultra-rare de reptile est en route vers Rome et se précipitent dès lors à sa poursuite. Trop tardivement, malheureusement, Ymir étant en quelques heures devenu un fier gaillard, la bête grandissant à chaque instant. Et comble de la malchance, elle s’est échappée de sa cage et va ravager l’Italie : d’abord sa campagne, ensuite sa capitale… Bon, on est bien d’accords les enfants, 20 Millions ne brille pas forcément par son originalité scénaristique, le principe du film étant le même que celui de tous les métrages avec une gloumoute bien maousse, à savoir montrer de l’alien en train de piétiner la veuve et l’orphelin. Ce qui ne signifie pas que l’ensemble est bâclé et le personnage d’Ymir est par ailleurs assez travaillé : on lui découvre une passion pour le souffre, dont il se nourrit, et la bête est ici nettement présentée comme une victime.

 

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Si l’on a toujours senti un grand amour pour les monstres venant de Harryhausen, rarement une créature aura été autant montrée comme un martyr qu’ici, Ymir n’étant à aucun instant une menace perfide et vicieuse ou volontaire lorsqu’il s’agit donner la mort. Au contraire, lorsque notre Vénusien décide de sortir les griffes, c’est systématiquement pour se défendre d’humains prêts à tout pour le capturer et l’étudier sous toutes les coutures. Souvent doté d’un regard apeuré ne laissant passer aucune once de méchanceté, Ymir ne fait guère peur et entraîne plutôt la compassion d’un public qui devrait être fameusement attardé pour le considérer comme un danger crédible. Le pauvre se fait attaquer de toutes parts alors qu’il n’est jamais qu’un animal (énorme et venu d’ailleurs, certes) curieux de ce monde qu’il découvre, dans lequel il est né alors qu’il ne lui appartient pas. Car n’oublions pas qu’Ymir, malgré sa taille, est un nouveau-né à qui l’on offre un cruel baptême, fait de plomb et de grenades… Dire que l’on est de son côté est un euphémisme tant le pauvre n’a aucun répit. Même les éléphants le détestent et l’attaquent sans raison, l’un de ces foutus Dumbo décidant d’aller lui coller sa trompe dans la gueule. On ne s’en plaindra pas trop puisque c’est une bonne occasion de voir le grand Ray animer un nouveau combat de terre glaise entre deux êtres pesant comme deux Christine Boutin. Inutile par ailleurs de préciser que Harryhausen fournit un boulot parfait, comme à son habitude : Ymir est magnifique, les éléphants crédibles aussi et il faut même être attentif pour repérer que certains hommes sont également en pâte à modeler ! L’animation est bien entendu au niveau et garde ce charme immortel que l’on recherche dans toute bonne bande aux effets orchestrés par le roi du genre. On est d’ailleurs servis ici puisque les séquences en stop-motion sont légion, 20 Millions… ne tardant certainement pas à mettre son attraction principale sur le devant de la scène. Peu de parlote de laborantins, peu de tactique militaire, que du gros streum paniqué lâché devant la caméra de Nathan Jura, réalisateur talentueux et grand habitué des monstres des fifties et sixties. On le retrouva ailleurs, comme dans The Brain from Planet Arous, Attack of the 50 Foot Woman, Le Septième Voyage de Sinbad, The Deadly Mantis ou encore First Men in the Moon. Les connaisseurs auront donc remarqué que, dans le lot, plusieurs productions aux effets gérés par Harryhausen sont présentes, preuve que l’artiste était plutôt content de son metteur en scène…

 

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Jura qui par ailleurs donne à son Monster Movie un cachet manquant à de nombreuses œuvres de la même époque et ce en grande partie parce que l’ensemble fut filmé en Italie. De quoi proposer un dépaysement bienvenu dans le genre, toute personne s’étant enfilé quelques bandes de SF des 50’s étant un peu lassée de voir que c’est l’Amérique qui prend cher à chaque fois (ou le Japon, il est vrai). C’est que les coccinelles dans lesquelles on a injecté des hormones de stégosaures partant ravager Washington ou des lynx géants pouvant se gratter le cul avec la flamme de la Statue de la Liberté parce qu’on les a nourri avec des croquettes radioactives, ça va cinq minutes ! On préfère largement voir un Vénusien bien costaud mettre le souk dans une Sicile de carte postale ou une Rome dans ce qu’elle a de plus beaux, c’est-à-dire ses vieux ponts ou son colisée. Notons cependant que l’on a bien failli louper cette visite guidée chez les ritals puisque le film était censé, à la base, se dérouler une fois de plus sur le sol ricain. Mais Harryhausen rêvant depuis plusieurs années de passer quelques vacances dans la Botte, vacances qu’il ne pouvait se payer, il a décidé de délocaliser l’intrigue. Pour le plus grand bonheur de nos mirettes car voir Ymir réduire en bouillie les ponts romains ou se balader dans les ruines du colisée (une scène annonçant la suite de la carrière du Ray) a de quoi foutre la gaule. Notons d’ailleurs que la colorisation fait gagner pas mal aux décors du film et que si la technique peut paraître révisionniste, elle apporte un réel plus à 20 Millions, bien plus chatoyant qu’auparavant…

 

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A vrai dire, le film toucherait clairement à la perfection s’il ne souffrait pas d’un petit défaut assez agaçant : le mouflet rital. Soyons clairs : on espère qu’Ymir va lui coller un orteil dans le trou du cul et le déchirer en deux tant ce petit merdeux irrite. Vénal, mauvais acteur, tronche à baffes, le salopiaud est en prime passionné par le Texas, au point que son rêve est de posséder un chapeau et des chevaux. Et lorsque l’heure est grave, ce sinistre personnage âgé de 9 ans tout au plus marchande ses informations contre du blé… Bien sûr, son obsession pour la grande, la belle, la fière Amérique est un petit moyen pour brosser le public yankee dans le sens du poil, ce qui là aussi a tendance à agacer un brin. Dommage donc, d’autant que les héros (William The Deadly Mantis Hopper et Joan Les Soucoupes Volantes attaquent Taylor) ont le bon goût de mettre leur amourette en sourdine et de s’effacer au profit de la vraie star, Ymir ! Pas la peine d’en jeter plus, vous aurez bien saisi que si vous n’avez pas la pelloche, il est encore temps d’acquérir le Blu-Ray français ou le DVD britannique (avec version couleurs et VOSTFR) : ça coûte moins cher qu’un voyage en Italie et la compagnie est bonne !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Nathan Jura
  • Scénarisation: Christopher Knopf, Robert Creighton Williams
  • Production: Charles H. Schneer
  • Titres: 20 Million Miles to Earth
  • Pays: USA
  • Acteurs: William Hopper, Joan Taylor, Frank Puglia
  • Année: 1957

2 comments to À des millions de kilomètres de la Terre

  • Roggy  says:

    Un film avec les créatures de Ray Harryhausen est forcément réussi. Et Ymir est montré sous toutes les coutures pour notre plus grand plaisir. Pas le meilleur du lot mais tout de même appréciable à bien des égards.

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