Final Exam

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Le beau temps arrive (enfin, façons de parler…), les examens de fin d’année aussi ! Et pour enlever un peu de stress aux plus jeunes lecteurs de Toxic Crypt, on revient sur le cas du slasher eighties Final Exam, une belle preuve qu’être busé n’est pas ce qui peut vous arriver de pire en fin d’année scolaire !

 

 

On ne va pas vous refaire un topo sur Uncut Movies : à moins de sortir de la maternité, vous savez fort bien ce qu’il en est de cet éditeur chérissant tout particulièrement les bandes extrêmement gore et les pelloches oubliées des saintes années 80. Sans surprise, le slasher Final Exam appartient à cette deuxième catégorie. Sortie en 1981, soit à l’aube du succès retentissant du genre, cette pelloche principalement connue des fans absolus des tueurs monolithiques et réalisée par Jimmy Huston (My Girlfriend is a Vampire) fut donc éditée il y a quelques années chez nos amis d’Uncut et est donc disponible très facilement. Aucune excuse pour ne pas lui laisser sa chance, donc, quand bien même sa réputation n’est pas des plus flatteuse, Final Exam étant généralement considéré comme un slasher de troisième ou quatrième zone. Ce que l’on a tendance à croire bien volontiers. Non pas que l’on pense que le boulot d’Huston soit particulièrement mauvais, mais on sait par avance que l’on tient là une Série B sans doute montée dans la précipitation avec dans la ligne de mire l’espoir de profiter un peu de la bonne fortune d’Halloween. Budget réduit, acteurs débutants ou amateurs, tournage serré, tous les ingrédients sont pour ainsi dire réunis pour faire de la présente bande un avatar des plus mineurs du style popularisé par Carpenter. Mais vous le savez, ce n’est pas ce genre de considérations qui risquent d’arrêter un bouffeur de slasher, une race à part chez le bisseux tant sa volonté de s’enfiler un maximum de carnages à l’arme blanche le pousse à ingurgiter les métrages les plus mal fichus. C’est que le slasherophile à une tendance à regarder avec tendresse les Z les plus ridicules pour peu qu’ils disposent d’un joli bodycount. Enfin, nous avons nos limites et nous allons voir si Final Exam les dépasse…

 

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Tout débute près d’un lac, dans une bagnole dans laquelle deux jeunes fricotent, histoire de bien nous signifier que nous sommes en terrain connu. Trop connu, peut-être, même. Reste que le gars aimerait passer à l’arrière pour tripoter sa copine tandis que cette dernière préfère rester tranquille à regarder les canards nager. Elle le dit vraiment, j’invente rien. La demoiselle n’a visiblement pas envie de bouffer du saucisson sans être certaine que son copain a des sentiments pour elle, elle ne veut pas griller les étapes sans être sûre que tout cela la mènera bel et bien devant l’autel, avec curé et enfants de cœur prêts à pleurer de joie. Lui ne voit visiblement pas aussi loin et veut surtout s’alléger de quelques grammes, entreprenant dès lors de lui dire ce qu’elle veut entendre pour passer plus vite sur la banquette arrière. Elle finit par accepter mais c’est bien évidemment à cet instant que la voiture se met à être secouée par un rôdeur nocturne. Si notre garçon pense d’abord à une blague de ses coéquipiers sportifs, l’inquiétude gagne la gamine qui promet soudainement que s’ils se cassent plus loin, elle fera tout ce qu’il lui demandera. Dans un monde crédible, notre blondinet passerait à l’avant sans se faire prier et écraserait sa semelle sur le champignon en grillant tous les feux rouges et en renversant tous les clodos à caddie (on est en Amérique, les gars) pour aller repeindre le trou de balle de notre amie derrière un bosquet. Mais on est dans Final Exam et le gus perd de précieuses secondes et lorsqu’il prend enfin le volant, il est déjà trop tard. Un maniaque leur tombe dessus et les éradique tous les deux à l’aide d’un couteau de boucher. La rumeur d’un taré arpentant les campus à la recherche de bidoche à lacérer fait vite son chemin jusqu’à un petit groupe d’ados qui ignorent encore qu’ils vont passer une sale nuit. La dernière…

 

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Final Exam se place clairement dans la mouvance du psychokiller de dortoir et se permet, dès lors, de se contenter d’un pitch réduit à sa plus simple expression, d’un scénario des plus nigauds. « Grand maboule baraqué tuer jeunes crétins » (à lire avec une voix d’homme des cavernes). Point final ! C’est d’ailleurs le réalisateur Jimmy Huston que l’on retrouvait aussi les doigts collés à la machine à écrire et le moins qu’on puisse dire c’est que notre homme avait bien saisi que le slasher c’est un principe plus que des récits. Il décide néanmoins de prendre son temps pour mettre en place son petit univers et il faut attendre pas moins de 50 minutes pour que le tueur se remette à limer les os des étudiants des diverses fraternités. Que montrer en attendant ? Tout simplement les allées et venues des uns et des autres, les relations unissant les six ou sept jeunes gens que le métrage va suivre, leurs différents, leurs faits et gestes. La vie du campus, en somme. Il est avéré que Huston avait d’ailleurs pour but de ne pas verser dans le gore bête et méchant et préférait croquer le quotidien des proies de l’assassin et il est indéniable que l’on tient ici l’un des slasher misant le plus sur son exposition. Les séquences de meurtres sont d’ailleurs particulièrement soft puisque très peu sanglantes (un filet de gros rouge coulant des lèvres est le maximum que Final Exam puisse offrir) et laissant volontiers la place au hors-champs. Peu de risques de choquer la veuve et l’orphelin avec cet examen de fin d’année, donc… L’ennui, c’est que l’on ne peut pas vraiment dire que cette première partie se penchant sur la vie courante des élèves soit particulièrement réussie. Si nous pouvons trouver quelques bonnes idées dans la première heure, comme par exemple une fausse fusillade orchestrée par une fraternité pour détourner l’attention des surveillants d’un examen et dès lors permettre à certains de tricher en toute impunité, force est de reconnaître que le reste ne s’éloigne guère du tout-venant du genre. Pire, le réalisateur/scénariste marche clairement et de manière éhontée dans les profondes traces de pas laissées par John Carpenter.

 

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Impossible en effet de ne pas penser à La Nuit des Masques en s’envoyant Final Exam tant tous les éléments renvoient au premier méfait de Michael Myers. Le tueur n’a aucune motivation précise et semble tuer parce que sa nature le lui ordonne, il se balade dans un vieux van pourave, suit l’héroïne jusque sous sa fenêtre et se planque derrière des arbres, utilise un gros couteau et ne se lance pas dans des meurtres particulièrement inventifs,… Bordel, même la musique du film plagie nettement la célèbre mélodie accompagnant The Shape dans sa saga aux citrouilles ! Etonnant que les ayants droits d’Halloween n’aient pas intenté de procès à Huston, car il y avait de quoi… Même les personnages se réfèrent plus ou moins aux standards du genre, et donc partiellement au film culte du 31 octobre : on retrouve une final girl calme et studieuse finalement peu branchée par les mecs (à la Laurie Strode quoi), une belle blonde manipulant des hommes bien évidemment tous à ses pieds, un brave nerd un peu efféminé et fan de films d’horreur (il a un poster de Toolbox Murders dans sa piaule, le gus), un beau brun qui n’est jamais à un sale coup près, un grand costaud idiot et bien sûr sportif, un bizut neuneu et sa petite amie pas plus maligne. La petite bande plus ou moins habituelle, même si le geek et les bizuts décérébrés apportent quelques aspects nouveaux dans le genre. Pas de quoi réinventer la sauce malgré tout, d’autant que la partie slasheresque n’est pas des plus originales, les protagonistes tombant comme des mouches à un rythme soutenu dans les trente dernières minutes tandis que la dernière survivante jouera à une partie de cache-cache avec le fou lancé à ses trousses. La rengaine habituelle, celle que l’on connait fort bien, qui nous suffit bien mais que l’on aimerait parfois voir un peu plus audacieuse. Pour ne rien arranger, l’intégralité du casting est composé d’acteurs particulièrement mauvais et n’ayant, pour la plupart, pas fait carrière. On notera d’ailleurs que la version française, catastrophique, empire encore leur jeu caricatural et grimaçant. Optez pour la VOST, sinon c’est de la torture pure et simple !

 

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Présenté ainsi, Final Exam ne paye donc pas forcément de mine mais il serait cependant dommage de l’enterrer trop vite, cette petite Série B, tournée en six semaines, recelant tout de même d’éléments assez intéressants pour qui accepte d’y plonger en profondeur. Le tueur est, par exemple, assez intéressant alors qu’il n’est, à la base, qu’une montagne de banalités lui aussi. C’est que notre salaud, anonyme, n’a pas le charisme d’un Jason Voorhees : il ne porte pas de masque, son arme est un simple couteau et il porte un joli veston vert. Dans le genre, on a vu plus iconique… D’autant que, comme déjà précisé plus haut, le gaillard n’a absolument aucune raison de planter ses semblables : on ne sait rien de lui, aucun trauma n’est mis en avant et vu qu’il est muet comme Christine Boutin quand on lui annonce qu’elle n’a vendu que 38 exemplaires de son bouquin, difficile de deviner quel caractère il peut bien cacher. Paresse scénaristique ou volonté de faire du meurtrier un Monsieur Tout-le-monde réaliste, le genre sur lequel on peut tomber aux informations ? Car de toute évidence, vous avez plus de chances de voir Pujadas vous expliquer qu’un père de famille comme tous les autres a soudainement tué sa femme avec son schlass que de découvrir qu’un type portant un scaphandre a découpé des anus au harpon sur des docks. Il y a de fortes probabilités que ce soit ce que cherchait Hutson, qui n’hésite d’ailleurs pas à placer dans les gencives de son personnage de nerd des dialogues soulignant le fait qu’un maniaque peut se cacher à chaque coin de rue. Final Exam mise donc finalement sur un côté faits divers lui permettant de gagner une personnalité qui lui est propre. De même, on appréciera aussi la vision des choses que refile le réalisateur à ses personnages, tous montrés comme des êtres finalement assez égoïstes, centrés sur eux-mêmes et donc peu inquiets des massacres les entourant. Lorsqu’ils apprennent qu’un dingue a refait le portrait à deux ados d’un autre campus, ils se réjouissent de voir le quaterback de l’équipe adverse six pieds sous terre car cela leur facilitera la tâche au prochain match ou sont bien heureux d’avoir un sujet de discussion autre que les fameux examens. Une insouciance émane dès lors de ces protagonistes et il est bien dommage que les comédiens ne soient pas meilleurs (l’héroïne passe tout le film à rire et sourire comme une conne), car il y avait quelque-chose à sortir de tout cela…

 

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Dans le même ordre d’idées, on regrettera que le personnage de l’intello ne soit pas plus poussé en avant. Il est indéniablement le protagoniste le plus attachant et le plus marquant du métrage, au point qu’on finit par penser qu’il est le héros de la bobine. Discrètement amoureux de l’héroïne, il est le premier à se rendre compte que les cadavres s’alignent et décide de tout faire pour la sauver… avant de succomber à son tour, très rapidement. Là encore, il y avait une personnalité à mettre en avant, un changement à opérer. Final Exam finit donc par donner l’impression d’empiler les rendez-vous manqués, les bonnes idées n’allant jamais à terme tandis que le film passe à côté de certains sujets méritant le développement. Plutôt dommage, même si Huston retombe sur ses pieds en emballant quelques séquences à suspense plutôt bien tournées et que la première partie, celle revenant sur le quotidien des jeunes élèves, à cette bonne ambiance scolaire rappelant nos jeunes années. Cela fait peu, certes, mais cela suffit aussi à faire passer 90 minutes d’agréable manière, le slasherophile n’étant même pas tenté de jeter un coup d’œil à sa montre Vendredi 13. C’est néanmoins à lui et seulement à lui que Final Exam est destiné car seul un mangeur de bandes de ce tonneau pourra apprécier réellement ce petit B des plus discrets, doté d’un DVD à l’image rappelant les VHS, ce qui n’est pas un défaut concernant une bande de ce type. Au contraire, ça nous rappelle nos mercredis après-midi, lorsque l’on farfouillait dans les cassettes de notre daron ou celles du vidéoclub du coin à la recherche d’un carnage en bonne et due forme. En bonus, des interviews de certains membres du casting, qui reviennent avec le sourire sur l’expérience. Une galette dans tous les cas intéressante et moins anecdotique que l’on pensait !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jimmy Huston
  • Scénarisation: Jimmy Huston
  • Production: Myron Meisel, John L. Chambliss
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cecile Badgadi, Joel S. Rice, Sherry Willis-Burch
  • Année: 1981

A lire aussi l’excellente review de Peter Hooper sur Ingloriuscritik!

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One comment to Final Exam

  • Roggy  says:

    Je ne suis pas un adepte des slashers comme toi et je me suis bien ennuyé devant le film. En revanche, je te remercie pour ton excellente critique qui m’a fait bien rire. Tu parles tellement bien d’amour et de C.Boutin 🙂

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