La Maison Ensorcelée

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Lorsque l’on apprend que logent dans La Maison Ensorcelée des légendes comme Christopher Lee, Boris Karloff, Michael Gough ou Barbara Steele et que tout ce beau monde se retrouve autour d’une nouvelle du copain Lovecraft, la tentation de louer une chambre est forte. Malheureusement, on ne fait pas que de beaux rêves dans cette demeure où l’ennui règne…

 

 

Depuis qu’ils sont tombés sous les yeux de Stuart Gordon, les écrits de Lovecraft s’en tirent plus qu’honorablement lorsqu’il s’agit de leurs adaptations ciné. Malheureusement, la qualité ne fut pas toujours au rendez-vous lors des décennies précédentes et les prieurs agenouillés devant Dagon étaient malheureusement forcés de s’adonner à une dangereuse partie de roulette russe. Quelquefois on tombait sur une excellente surprise comme Die Monster Die !, d’autres on se tapait un fatigant et foireux The Dunwich Horror. La Maison Ensorcelée (1968), qui par ailleurs ne mettait visiblement pas en avant sa filiation avec le bon Howard Phillips, fait-elle partie de la première ou de la deuxième catégorie ? A priori, on aurait plutôt tendance à penser qu’elle se classera parmi les bons élèves, ne serait-ce que pour son impressionnant casting cité plus haut, conviant aussi bien cette immortelle (enfin presque…) légende de la Universal qu’est Karloff, ce titan de la Hammer qu’est Lee, cette déesse de l’exploitation ritale qu’est la Barbara et ce second couteau mémorable de Gough. Comment foirer avec cette bande de joyeux lurons ? Bon, il est vrai que le réalisateur, Vernon Sewell, n’a pas franchement emballé des masses de classiques et se souvenir de sa filmographie demande un petit tour de manège à notre matière grise. On a beau lui devoir une quarantaine d’œuvres, dont Ghost Ship avec Hazel Court et un Burke & Hare (1972) reprenant la trame de L’Impasse aux Violences, la majorité de ses pelloches sont malheureusement tombées dans l’oubli. Ca ne rassure pas franchement mais on se raccroche à la Tigon, société productrice derrière quelques tueries comme Le Grand Inquisiteur, La Nuit des Maléfices ou The Sorcerers. Que du lourd… auquel ne vient pas s’ajouter Curse of the Crimson Altar, titre original de la pelloche du jour, loin, très loin, d’être une réussite…

 

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Robert Manning (Mark Eden, mercenaire des séries TV britanniques) est un antiquaire sympathique mais également très nerveux. Et pour cause : son frère Peter a disparu depuis près d’une semaine, ne lui envoyant pour toute nouvelle qu’une lettre étrange et un chandelier datant des années 1600. Sans être un enquêteur de la trempe du Sherlock, le Rob finit par remonter jusqu’au dernier lieu où son frangin fut croisé vivant, le manoir de Craxted Lodge, appartenant à un certain Morley (Christopher Lee), noble vivant avec sa nièce Eve (la blonde Virginia Wetherell, épouse de l’hammerien Ralph Bates), une sacrée fêtarde. Robert fait également très vite la connaissance de John Marshe (Karloff), expert en sorcellerie et magie noire, ainsi que celle d’Elder (Michael Gough), étrange valet mutique de Morley. Et bien évidemment, tout ce beau monde en sait plus sur la disparition de Peter que ce qu’ils veulent bien en dire, forçant Robert à rester dans les parages et loger dans le manoir pour espérer délier le vrai du faux. Mais à peine notre héros pose-t-il son cul dans le matelas qui lui est proposé que le voilà tourmenté par d’étranges cauchemars lors desquels sa route croise celle d’une sorcière nommée Lavinia (Barbara Steele, bien sûr). Une mégère bien connue de la région, collée sur le bûcher voilà plusieurs siècles et hantant visiblement les songes des descendants de ses bourreaux. Et les Manning font partie des inquisiteurs à lui avoir grillé les orteils façon merguez… Comme vous pouvez le voir, nous sommes dans une adaptation très libre de La Maison de la Sorcière, La Maison Ensorcelée ne gardant du matériau d’origine que le principe d’une vile magicienne venant torturer l’esprit d’un pauvre zig dans son sommeil. Pour le reste, rien ou si peu à voir avec l’oeuvre de Lovecraft, bien mieux portée sur pellicule par Stuart Gordon à l’occasion de la série Masters of Horror. Et plus globalement, il n’y a rien à voir du tout, d’ailleurs !

 

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Difficile d’ailleurs de savoir où commencer concernant La Maison Ensorcelée puisque, l’un dans l’autre, il n’y a aucune qualité réelle à extirper de ce gros ratage. Certes, Boris Karloff – alors bien diminué et quasiment à l’article de la mort puisqu’il décédera peu de temps après la sortie du film, le dernier à toucher les écrans de son vivant – est ici très bon dans le rôle de ce spécialiste des arts sombres. Le doyen de l’horreur assurait encore et savait se montrer inquiétant avec seulement quelques regards bien lancés ou un ton et une dictions parfaits. On ne pourra malheureusement pas en dire autant d’un Christopher Lee que l’on sent peu impliqué, la star de la Hammer se contentant de figurer sans passion un rôle qu’il a déjà tenu un million de fois, celui d’un noble poli et droit comme un I. Oh, le Sir n’est pas mauvais, bien sûr, mais on le sent en pilotage automatique et peu décidé à apporter un peu d’épaisseur à un personnage particulièrement décoloré. Barbara Steele ? Elle n’a pour ainsi dire rien à faire, la pauvre restant le fion vissé à sa chaise la plupart du temps, n’ouvrant ses lèvres que pour cracher mollement une ou deux lignes de textes. Gough ? Lui s’en sort un peu mieux car si son rôle de majordome visiblement tenaillé entre le bien et le mal n’est pas assez développé durant le métrage, au moins l’acteur parvient à lui transmettre une vraie sympathie. Constat assez positif également pour le héros Mark Eden, loin d’être désagréable et sa petite romance avec la nièce Morley est, contre toute attente, l’un des éléments les plus accrocheurs du script. Et quand on se rend compte que c’est généralement la partie qui nous gave dans d’autres productions qui se trouve être le gros avantage de celui qu’on regarde, on a tôt fait de se dire que le spectacle promis ne va pas pisser bien loin. Et on a raison.

 

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Le script, tout d’abord, se montre bien trop routinier et se satisfait d’une conventionnelle investigation visant à retrouver le frérot perdu. On questionne les uns, on surveille les autres, on va vérifier les tombes dans le cimetière, on éclaircit des machins et des bidules aux archives, on tente d’avertir les flics qu’il s’en passe des laides au manoir et, surtout, on se fait bien chier. Plat au possible, ce récit ne contient guère de rebondissements motivants et aligne même les séquences obligées comme la visite d’un intrus dans la chambre de Robert, la découverte d’un passage secret derrière un mur ou le climax voyant la baraque flamber. Du vu et du revu, ici amené sans coeur, la réalisation de Sewell semblant presque scolaire, en tout cas dénuée de génie, de toute vision un tant soit peu artistique. Si l’on met de côté une imagerie flirtant parfois avec un psychédélique un peu ringard mais légèrement envoutant (mais seulement légèrement, hein), rien à noter au niveau formel, pas même lors des scènes de cauchemars. Pourtant, sur le papier, il y a de quoi avoir le bout qui pleure son petit yaourt sucré avec cette sorcière à la peau bleue dotée de son bourreau masqué et de son tribunal composé de juges aux masques d’animaux. Pas de bol, le passage à l’écran de ces saines idées se fait particulièrement mal. Barbara Steele ressemble ainsi moins à une terrible prêtresse du mal qu’à une vilaine reine de chez Disney tandis que son bourreau n’impressionnera personne tant il semble sortir d’une parodie porno d’Astérix, son costume tenant plus du Gaulois vendeur de poisson que du cruel tortureur. Allez donc flipper avec ce cirque à faire honte à Zapata en personne !

 

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Nous voilà donc enlisés jusqu’au cou dans une Série B oubliable, et d’ailleurs à un poil de cul de l’oubli, ressemblant finalement plus à un mauvais épisode de série télé, à un Inspecteur Barnaby vaguement horrifique mais clairement soporifique. Dommage au vu de la somme de talents additionnés ici, mais force est de constater que La Maison Ensorcelée reste dans le résultat négatif et fait partie de ces galettes que l’on ne ressortira du boîtier qu’une fois que l’on aura oublié l’effet qu’elles procurent. Soit celui d’une épaisse déception découlant d’un ennui profond. Les plus courageux, que Yog-Sottoth leur vienne en aide, pourront néanmoins tester la bête puisqu’elle est disponible en DVD chez Seven 7, qui a fourni à ce navet un bel enrobage vu qu’un fourreau habille le boitier. De là à se le procurer…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Vernon Sewell
  • Scénarisation: Henry Lincoln, Mervyn Haisman
  • Production: Louis M. Heyward, Tony Tenser, Gerre Levy
  • Titres: Curse of the Crimson Altar (UK), The Crimson Cult (USA)
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Gianni Garko, Agostina Belli, Roberto Maldera
  • Année: 1968

4 comments to La Maison Ensorcelée

  • Roggy  says:

    J’ai retrouvé dans mes tablettes que j’ai bien vu le film mais je t’avoue que je n’en garde aucun souvenir. A priori cette « Maison ensorcelée » ne vaut pas tripette malgré son étalage de stars et ce beau casque orné de cornes 🙂

  • Patrick Lang  says:

    Je le regarde à l’instant. Je vous suis, c’est soporifique. Tout juste le coté « psyché » me fait lever les sourcils de temps en temps. Et c’est vrai que Karloff est bon.

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