La Proie de l’Autostop

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Après avoir ruiné quelques entre-jambes via La Dernière Maison sur la Plage, Artus Films continue son petit bonhomme de chemin dans le monde so romantic du Rape and Revenge. C’est au tour de l’attendu La Proie de l’Autostop de se voir compresser en belle galette et rappeler que lorsqu’un gus vous tend le pouce sur la route, vous pouvez bien lui présenter votre majeur !

 

 

L’amour, Pasquale Festa Campanile, il connait bien ! C’est que notre réalisateur et scénariste rital s’est penché à plus d’une occasion sur les rapports hommes/femmes, que ce soit via Ma Femme est un Violon et ce violoniste exhibant son épouse aux yeux de tous, L’Amour à Cheval et sa veuve découvrant que son mari n’était pas ce qu’elle pensait et finit par multiplier les aventures sexuelles, ou encore Chère Femme et son escroc sorti de prison tentant de récupérer sa dulcinée, partie se consoler dans les draps d’un autre. Les triangles amoureux, Festa Campanile sait les tracer et s’est sans doute dit un jour qu’il pourrait en tirer profit dans un genre un peu plus rude. Celui du thriller mâtiné de Rape and Revenge, alors très en vogue depuis que Wes Craven avait balancé quelques junkies dans les pattes de deux adolescentes vivant leur pire quart d’heure. Et le dernier. C’est d’ailleurs la star de La Dernière Maison sur la Gauche, le légendaire David Hess, que l’on retrouve aux crédits de La Proie de l’Autostop, le roi du viol ayant rencontré Franco Nero, tête d’affiche de la bande, peu avant sur le plateau des 21 Heures de Munich. Hess lui exprima en effet son désir de tourner en Italie, un souhait qu’entendit une Medusa Distribuzione (Le Continent des Hommes-Poissons, La Montagne du Dieu Cannibale,…) pensant sans doute que la présence du terrible Krug au générique permettrait une filiation plus évidente avec The Last House on the Left. Bon, la pelloche ne fut pas retitrée Le Dernier Autostoppeur sur la Gauche pour autant, n’empêche que ça tombait plutôt bien et que cela permettra à l’acteur de relancer sa carrière en Europe, dans d’autres films de viols (La Maison au Fond du Parc) ou du slasher (Bodycount). On a le mari (Nero, qui s’était pété la main sur le tournage de Keoma juste avant) et l’amant non-désiré, reste l’épouse. Ce sera Corinne Cléry, James Bond-Girl de son état (Moonraker), aussi connue pour Histoires d’O et assez vite tombée dans l’Euro Trash pur et dur avec L’Humanoïde ou Yor, le Chasseur du Futur. Une fine équipe partie pour une virée plutôt sauvage…

 

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Rien ne va plus entre Walter Mancini (Nero, bien sûr) et sa jeune épouse Eve (Cléry) : celle-ci reproche à son conjoint de ne l’avoir épousée que pour profiter de la fortune de son père, riche patron d’une maison de presse employant justement un Walter se la coulant douce depuis son mariage. Sachant que l’héritage tombera à point, le reporter à la petite semaine préfère se baigner dans la bibine et rabaisser sa femme, pour lui un simple porte-monnaie et une poupée gonflable lui servant à se délester de son désir. Peut-être pour ne plus être seule avec son sinistre époux lors de leur voyage en Amérique, Eve décide de prendre en stop Adam, pauvre gaillard ayant visiblement eu un problème de bolide. Vraiment ? Derrière son franc sourire se cache en fait un psychopathe en cavale et ayant fait un casse avec quelques collègues malfrats, preuve en est cette imposante valise renfermant deux millions de dollars qu’il se trimballe. Bien évidemment, le loup ne tarde pas à laisser son masque d’agneau sur le coin de la route et dévoile vite ses intentions à ses deux otages : ils l’amènent au Mexique où ils meurent. Et une fois arrivés, rien ne dit que ce couple qui s’effrite survivra bien longtemps… S’entame alors une lutte à la fois psychologique et physique entre trois personnes unies malgré elles et se détestant copieusement… Difficile de savoir par où commencer concernant Autostop Rosso Sangue tant le métrage renferme de thématiques, de trames, au point que l’on en oublie vite la très bonne réalisation de son auteur. Son œuvre est dotée d’un rythme parfait, les plans sont finement composés et régulièrement symboliques (le film s’ouvre sur Walter en train de viser Eve avec son fusil de chasse, une cible apparaissant dès lors sur le visage d’une demoiselle qui ne sera plus qu’un morceau de viande jetée à la bouche de deux molosses durant le restant du récit) et la bande-son de Morricone est parfaite avec ses mélodies presque dissonantes revenant à intervalles réguliers. Notons d’ailleurs que la copie présentée par Artus est absolument parfaite et finit de prouver que la forme de La Proie de l’Autostop est irréprochable.

 

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Mais voilà, ce que l’on retiendra à coup sûr de ce périple au milieu des paysages arides, c’est ce trio de personnages détestables ou détestés. Adam est bien évidemment le plus important du lot en cela qu’il est celui qui donne le rythme, fait bouger les deux autres d’un coup de baguette. Ou plutôt d’un coup de gâchette, le salopard étant armé et bien décidé à user de sa toute puissance (de feu) si l’on venait à lui désobéir ou se mettre en travers de son chemin. Deux policiers, dont un finissant avec l’arrière du crâne en bouillie (moment marquant s’il en est), en feront d’ailleurs les frais et leurs cadavres troués finiront de prouver aux époux Mancini qu’il est préférable de filer droit. Adam n’est pourtant pas un ravisseur facile à suivre : dans de fréquents éclats de rires déments, l’homme se contredit, promet la vie sauve à ses compagnons, puis leur assure une mort sèche, avant de verser une larme en repensant à l’affront suprême qui lui fut fait par son père. Celui de lui refuser 5 malheureux dollars pour qu’il puisse s’acheter un ballon… Adam est une sorte de Joker à l’italienne, un gai luron faisant des mauvais tours (voir la ruse qu’il joue à ses collègues voleurs, qui réapparaissent le temps d’un chapitre) et prenant son mauvais côté avec bonne humeur. Un être égocentrique également, persuadé que sa vie est une histoire formidable que les lecteurs (en fait les téléspectateurs) seront ravis de découvrir tant elle promet du sang, de l’aventure et de l’érotisme. Une manière détournée de nous replacer face à notre quête de sensationnalisme tout en jouant avec la psyché de Mancini. Ce dernier semble en effet en avoir assez de n’être perçu que comme un perdant, comme un profiteur logé dans le larfeuil de sa fortunée compagne et voit là un bon moyen de sortir un best-seller promettant des liasses par millier. Drôle de liaison, donc, entre Adam et Mancini, le deuxième tentant finalement de tirer parti des humiliations du premier pour retrouver, de manière détournée, une certaine fierté ! Car seule la fierté compte pour ce mauvais mari, qui viole plus ou moins sa dulcinée au début du métrage, et prend très mal les avances d’Adam envers Eve (ces deux-là étaient faits pour s’aimer !). Non pas parce que cela lui fend le cœur mais parce qu’il ne tolère certainement pas qu’on touche à une « chose » lui appartenant…

 

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Et notre pauvre biche, dans tout cela ? Elle n’est, en grande partie, que la victime des deux indélicats, qu’un entrejambes vivant, que l’on pelote à l’envi, que l’on traite de « reine des salopes » comme si elle ne pouvait s’en vexer. Rabaissée constamment, humiliée à tout moment, elle finira par prendre les armes, non sans s’être offert une petite vengeance envers Walter en se laissant violer par Adam. Car oui, l’agression est ici quasiment consentante, Eve ne se débattant pas et montrant même clairement le plaisir qu’elle prend à coups d’œillades et de rictus en direction d’un Walter en larmes. On verse quasiment dans le « Netorare », genre érotique fréquent dans le manga porno durant lequel un compagnon sera forcé de voir sa petite amie le tromper sous ses yeux devant les provocations de son nouvel amant, attisant à la fois la jalousie du personnage et celle du lecteur. Une drôle de séquence, poussant le bouchon déjà trouvable dans Les Chiens de Paille encore un peu plus loin puisque, dans le classique de Peckinpah, Dustin Hoffman n’assistait pas au viol teinté de jouissance de sa blonde conjointe. D’ailleurs, parler de Rape and Revenge est un poil exagéré avec La Proie… puisqu’on tient plutôt ici un polar/thriller disposant d’un viol loin d’être central au sein de l’intrigue. Le coït en question ne modifie en effet guère l’intrigue, les protagonistes n’y font d’ailleurs plus référence par la suite, et sert surtout à mettre un dernier coup de poignard dans la relation entre les Mancini. Au point qu’Adam ne semble plus faire partie de la scène, la caméra le filmant à peine, préférant se concentrer sur les jeux de regards de Walter et Eve, sur la revanche que cette dernière prend sur lui, lui faisant payer son indélicatesse de tous les instants. Pas d’amour ici, ou si peu, et si la plupart des films du genre voient les personnages se rabibocher après toutes ces cruelles épreuves, il n’en sera pas de même dans la noire conclusion… Attention, le paragraphe que vous vous préparez à terminer comporte son lot de spoilers, passez donc au suivant si vous n’avez pas encore vu la bobine ! Festa Campanile ne compte en effet pas miser sur un happy end et décide de faire de Walter l’unique survivant de ce road movie pessimiste, changeant même son héros en une réplique de celui qu’il combattait avant, soit Adam. Désormais en possession de la tant convoitée mallette, Walter se met… à faire du stop ! La Proie de l’Autostop se présente ainsi comme une spirale sans fin, un cercle vicieux où l’unique survivant n’a d’autres choix que de se changer à son tour en un loup aux crocs acérés… (fin des spoilers)

 

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Si Autostop Rosso Sangue met du cœur à l’ouvrage pour démolir l’amour à grands coups de boulets, il fait aussi de lourds efforts pour montrer tous les soucis que peuvent avoir les protagonistes avec l’argent. En bon film italien tourné durant les années de plomb, La Proie… se veut politique et met en avant une certaine pauvreté, celle de personnages poussés aux pires actions pour obtenir quelques billets verts. Voir ces jeunes motards, glandeurs professionnels, qui préfèrent pourchasser les Mancini pour leur piquer un peu de flouze plutôt que de chercher un boulot. Travailler ? Cela leur semble même une idée folle. Quant à Walter, il n’hésite pas à y aller de son discours sur les possédants, arguant que les deux millions ne manqueront à personne. Et s’il ne le précise pas, lui en a bien besoin pour retrouver une virilité qui lui a été lâchement dérobée par un Adam doté lui aussi de rapports houleux avec le fric. Ne se met-il pas à verser une larme en repensant à sa ridicule histoire de paternel refusant de lui céder cinq dollars pour qu’il se paye un simple ballon de foot ? Une blessure minuscule pour le commun des mortels mais si énorme pour lui que l’on devine qu’elle l’a précipité, trente ans plus tard, dans une voiture avec deux otages à sa merci… Tous ces éléments font donc de La Proie de l’Autostop plus qu’un simple ersatz de La Dernière Maison, film auquel il ne ressemble d’ailleurs absolument pas. On pourrait même dire que c’est une grande œuvre, quasiment noble, mais juste plus rude que la moyenne, au point qu’elle fut lourdement censurée. Ce que vous expliquera fort bien David Didelot à deux reprises, d’abord dans son long et bon bonus de 45 minutes, ensuite dans le livret 64 pages accompagnant le très classe digipack de la galette. Vous y saurez tout, tout, tout sur le genre puisque le Rape and Revenge trouve ici son parfait petit guide ! Une raison supplémentaire de faire l’acquisition de ce brûlant divertissement, définitivement à part et bien plus intelligent qu’il n’y parait.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Pasquale Festa Campanile
  • Scénarisation: Pasquale Festa Campanile, Ottavio Jemma et Aldo Crudo
  • Production: Mario Montanari et Bruno Turchetto
  • Titre Original: Autostop Rosso Sangue
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess
  • Année: 1976

2 comments to La Proie de l’Autostop

  • Roggy  says:

    Je suis bien d’accord avec toi sur la qualité de ce film pas si connu au final. En plus, j’ai eu la chance de le voir au cinéma et présenté par le sieur Franco lui-même.

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