Hatchet (Butcher)

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Puisque le vieux Jason Voorhees semble à deux doigt de prendre sa retraite (son prochain film se fait désirer) ou de se reconvertir dans l’industrie du jeu-vidéo (une nouvelle adaptation arrivera prochainement), il lui faut un successeur pour terroriser la jeunesse batifolant entre deux érables. C’est là qu’entre en scène Victor Crowley, déjà fort de trois films, et sans doute le plus appliqués des élèves du roi du slasher…

 

 

Parmi les jeunes personnalités de l’univers de l’horreur apparues durant les années 2000, Adam Green est certainement l’une des plus présentes et ce à tous les postes. En tant que réalisateur et scénariste bien évidemment, mais aussi comme producteur, que ce soit pour les métrages des autres (le Grace de Paul Solet, production indépendante sensible mais un peu emmerdante sur les bords) ou des séries que nous avons peu de chances de voir débouler chez nous un jour (Holliston, notamment). Et lorsqu’il a le temps entre deux réalisations, le gaillard se fait volontiers comédien, pour lui-même ou les copains ! Reste que par chez nous, le vert Adam reste principalement associé à deux titres : Frozen (2010) tout d’abord, très bonne Série B voyant trois apprentis Jean-Claude Duss coincés sur un télésiège et risquant de crever de froid, Hatchet (2006) ensuite. Enfin, je dis Hatchet mais je devrais plutôt parler de Butcher puisque c’est le nom qui fut choisi par Europacorp (ouais ouais, la boîte de Luc Besson) lorsque vint le moment de distribuer la bobine sur notre territoire. Faudra un jour m’expliquer quel est l’intérêt de remplacer un mot anglais par un autre de la même langue, surtout si c’est pour en piocher un sonnant moins bien à l’oreille… M’enfin… Quel que soit son nom, le produit reste le même et aura dans tous les cas suffisamment de succès aux States pour que deux séquelles suivent dans la foulée, histoire de former une petite trilogie rendant hommage aux slasher des eighties. Un genre que Green apprécie particulièrement puisqu’il avoue sans détour que le premier film du genre qu’il put visionner fut Vendredi 13 chapitre 2, le tueur du vendredi, un premier contact qui le fidélisera au style. Mais cet enthoutiasme pour les bucherons fracassant plus de crânes que de buches, les producteurs ont bien du mal à le partarger, le script du premier Hatchet (au diable Butcher !) ne parvenant guère à les convaincre. Tombé sur leurs bureaux dans la première moitié des années 2000, le scénario est donc apparu au moment où la vague du neo-slasher vivait ses derniers instants, l’exploitation horrifique basculant peu à peu vers le Torture-Porn ou revenant à des récits plus portés du côté Survival de la force. Il est dès lors bien difficile de motiver les troupes pour une recette déjà mâchée et recrachée à dix reprises par la famille Voorhees… Pas du genre à abandonner, Green parvient néanmoins à faire voyager son scénar’ jusqu’à quelques personnalités ayant justement participé aux Vendredi 13 de son enfance. John Carl Buechler, réalisateur du septième Friday the 13th et artisan bien connu des effets spéciaux à l’ancienne, tout d’abord, le barbu trouvant le projet des plus sympathiques. Au point qu’il décide d’en être et transmet le script à Kane Hodder, pour rappel l’homme derrière le masque de hockey du septième volet à Jason X, qui est à son tour séduit. Et la liste des personnalités cultes de s’allonger : Robert Englund est emballé et persuadé que Green ira loin et que son Hatchet va cartonner tandis que Tony Todd se fendra à son tour d’un petit caméo. C’est ce qu’on appelle une affaire qui débute bien…

 

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On peut d’ailleurs imaginer pourquoi le screenplay a tant emballé son monde lorsqu’on le découvre. Certes, ses grandes lignes n’ont rien de bien spécial puisque le script se contente de montrer les malheurs d’un groupe de touristes voyant leur excursion dans des marais hantés virer au drame lorsqu’un tueur, Victor Crowley, se met à les découper en rondelles. Et la recette générale est d’ailleurs connue de tous : on balance autant de nudité que possible (on est ici bien servis puisque le métrage débute par une fête de Mardi Gras voyant toutes les donzelles tomber le haut !), on crée un tueur bien costaud que l’on tentera de rendre iconique et on lui met sous le nez une dizaine de garnements ne demandant qu’à se prendre un coup de lame dans la nuque. Mais là où Green fait la différence, c’est dans son traitement de ces divers éléments. S’il offre à son boogeyman un passé efficace mais des plus classiques (il est né avec la tronche de travers, on s’est foutu de sa gueule et son père lui a accidentellement planté une hache dans la face : il a pas de bol quoi), c’est pour une fois le bétail que l’on trouvera bien croqué. L’ami Adam soigne ses personnages, c’est un fait, et décide de se passer de l’habituelle bande de potes venus faire la bringue dans les cuisses de Mère Nature pour divers bougres ne se connaissant pas réellement. Ce qui apporte une dynamique un peu différente dans le milieu du slasher, où les victimes ont pour habitude de se connaître depuis les bancs d’école, et permet à Green de les présenter de manière efficace puisque tout ce beau monde papote fatalement pour mieux se connaître. Les protagonistes se composent donc d’une jolie nana souhaitant abattre le meurtrier parce qu’il a zigouillé son père et son frère, d’un pauvre gars dépité depuis que sa meuf l’a plaqué, de son pote black vanneur et un peu pervers sur les bords, d’un réalisateur de porno et de ses deux actrices idiotes, d’un couple de vieux en vacances et d’un guide asiatique arnaqueur et n’y connaissant vraisemblablement rien sur les marécages qu’il fait visiter. Pas des figures inoubliables du genre, on est d’accord, mais une petite troupe suffisamment bien dessinée pour permettre à l’auteur de s’éloigner un peu des standards du genre. D’autant que Green a visiblement autant envie de plaisanter que de faire voler les boyaux…

 

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Certes, le grand méchant Victor Crowley, par ailleurs imaginé par Green suite à quelques histoires effrayantes racontées par ses moniteurs de camps de vacances, élimine fissa deux personnages (dont Robert Englund) dès les premières minutes du film. Mais les 45 qui suivent miseront nettement moins sur la violence et seront plutôt placée sous le signe de la déconne : on fait vanner les mecs sur les paires de nibards se dévoilant à tous les coins de rues, on se rit du guide chinois incapable d’animer sa propre expédition, on ridiculise les deux pornstars en devenir en les faisant se disputer sur des conneries pas possible, on fait cabotiner un Tony Todd par ailleurs très mauvais dans son rôle de Baron Samedi à la retraite,… Embêtant, ce second degré constant ? Oui et non. Oui car aucun gag ne porte réellement et l’on peine à lancer ne serait-ce qu’un début de rictus devant ce spectacle laborieux et manquant de rythme, ingrédient pourtant indispensable lorsque l’on veut faire éclater de rire toute une assemblée. Mais non car cela fait passer le temps plus vite que les habituels problèmes de cœur entre des adolescents prêts à passer trente minutes à se renifler le cul. Alors l’humour un peu loupé, c’est pas terrible, mais c’est toujours mieux que le vide que l’on nous propose trop souvent entre deux carnages dans les slasher habituels. Et puis ça permet aussi de ne pas trop se soucier du jeu des acteurs, du coup autorisés à en faire des caisses puisqu’ils sont quasiment projetés dans un dessin-animé live. Si aucun ne propose de prestation catastrophique, on aura tout de même bien de la peine à dénicher la perle rare parmi ces comédiens, généralement issus de la galaxie de la Série B ou de l’horreur (Joel David Moore de Julia X ou Shark Night 3D, Parry Shen de Shrieker, Deon Richmond de Scream 3, Tamara Feldman d’Alyce,…). On est cependant toujours heureux de retrouver la bonhommie et la grosse moustache de Richard Riehle, que vous avez forcément vu dans un truc (la série plutôt sympa Parents à Tout Prix, par exemple) vu l’infinie longueur de sa filmographie. Finalement, c’est plutôt du côté des guests que la bonne surprise arrive, et pas forcément de ceux que l’on pensait grands acteurs.

 

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Comme déjà précisé plus haut, Tony Todd fournit ici une piètre performance et se ridiculise même un peu, un triste constat que l’on ne fera pas pour un Robert Englund qui n’en est pas grandiose pour autant. A l’étonnement général, c’est John Carl Buechler, dans le rôle très fin d’un redneck buvant sa propre pisse, et Kane Hodder que l’on trouvera ici bons acteurs. Surtout le cascadeur, ici présent dans deux rôles distincts : celui du furieux Victor bien sûr mais aussi celui de son daron. Si ce rôle est muet puisque seulement visible via un flashback, Hodder n’en parvient pas moins à apporter un peu de sensibilité et de tendresse dans une pelloche manquant jusque-là d’émotion. Et bien sûr, il se montre convaincant lorsqu’il doit arracher des membres par douzaines, le musclé sachant jouer les tueurs à force d’arpenter Crystal Lake. N’allez cependant pas croire qu’il offre le même comportement au Victor que celui qu’il refilait à Jason, le tueur mutique par excellence. Le freak of the swamps est nettement plus bruyant vu qu’il ne cesse d’hurler et grogner lorsqu’il fond sur ses proies pour les faire passer de vie à trépas, au détour de meurtres particulièrement gratinés. Green met d’ailleurs le paquet et prend un malin plaisir à faire subir les pires outrages à ses personnages, qui ne sont pas éliminés d’un simple coup de hache dans le bide. Car le Victor s’acharne : après avoir arraché un bras à un mec, il lui fracasse la tronche sur une statue dans un cimetière. Lorsqu’il fait partir en morceaux la mâchoire d’une pauvre demoiselle, c’est pour ensuite empaler la malheureuse sur un manche de pelle. Et c’est sans compter les arrachages de tête à mains nues ou les tranchages en deux, des scènes particulièrement cradingues voyant l’hémoglobine partir en éruption. Des effets bien sûr gérés par un John Carl Buechler très en forme et voyant sans doute là l’occasion de se venger de son septième Vendredi 13, censuré au-delà du raisonnable dans les années 80.

 

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Sur le fond, malgré quelques maladresses et moments un peu lents, Hatchet s’en sort donc plutôt bien. Quid de la forme ? Le constat sera malheureusement moins positif ici et si j’ai pas mal de sympathie pour Green, vrai fan de genre aimant en plus le metal (un bon gars donc !), n’hésitant pas à en foutre dans tous les Hatchet (bon pour le premier c’est Marilyn Manson, pas le meilleur choix faisable mais passons…), je suis également bien obligé de constater que son film est visuellement assez moche. La photographie se tient plus ou moins mais le tournage en DV (et on parle là de la DV de 2006, donc moins au point que l’actuelle) enlève à l’ensemble une grosse dose de charme tant l’œuvre semble frigide. Et même sans compter sur cet aspect graphique, la réalisation n’est pas franchement inspirée, Green semblant aller au plus pressé sans prendre le temps d’emballer plus d’un plan mémorable. Il n’y en a donc qu’un, celui voyant l’objectif tourner autour de Crowley alors qu’il a les doigts dans la bouche d’une vieille dame et lui détache progressivement le haut de la tête. Marquant et des plus gore, valant presque qu’on visionne le film rien que pour lui, ce cliché est le seul à avoir bénéficié d’un réel travail, le reste se montrant au niveau des slasher les plus anodins sortis voilà trente ans. Et c’est d’ailleurs de ce statut dont la bobine devra se contenter, ce trip régressif et bas du front ayant beau être très agréable, les chances de vous voir le visionner chaque année avec les yeux d’une religieuse devant le zgeg du petit Jésus sont plus que minces. On ne s’étonnera pas pour autant de voir que deux séquelles ont suivi vu que ce slasher reste meilleur que la plupart de ses collègues de la même époque (c’est quand même plus agréable que les Mandy Lane, See no Evil et autres Cry_Wolf…), mais on ne parlera certainement pas de classique du genre. Plutôt d’un bon petit B confectionné avec amour, suffisant pour faire passer une soirée en tête à tête avec une pizza aux poivrons. Les fans de slasher seront en tout cas sans doute aux anges de retrouver un gros bourrin en salopette après avoir subi plusieurs meurtriers un peu plus raffinés et typé Monsieur Tout Le Monde durant les années 90.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Adam Green
  • Scénarisation: Adam Green
  • Production: Scott Altomare, Sarah Elbert, Adam Green,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kane Hodder, Tamara Feldman, Joel David Moore, Deon Richmond, Parry Shen
  • Année: 2006

5 comments to Hatchet (Butcher)

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai vu Hatchet peu de temps après sa sortie en DVD. J’avoue ne pas avoir accroché du tout, à mon grand regret. J’avais trouvé ça chiant et pas du tout drôle. Et je n’ai vu aucune de ses suites. Elles sont peut-être mieux, je ne sais pas. Faudrait probablement que je revois le film, au cas où mon avis aurait changé depuis.

  • Roggy  says:

    Malgré ton excellente chronique, j’ai trouvé ce « Hatchet » très mauvais. Comme tu sais, je ne suis pas un fan de slasher, mais c’est aussi vrai que le format DV ne m’a pas aidé à l’apprécier.

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