Blastfighter

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Quand Lamberto prend les armes, ça défouraille ! Et ça, on va avoir tout le loisir de s’en rendre compte lors de la vision de son bien sympa Blastfighter, une bisserie d’action bouffant certes à tous les râteliers, mais fort douée lorsqu’il s’agit de divertir les gros durs que nous sommes !

 

 

Lamberto Bava était, est et sera toujours considéré comme l’un des fournisseurs officiels de plaisirs bis transalpins. De ces noms qui vous collent une banane monstrueuse quoiqu’il arrive, même lorsque ses travaux sentent moins la bonne bolo que la carbonara avariée. Mais c’est ainsi, on est toujours heureux de se caler devant un bon Bava Jr., ne serait-ce que pour ce qu’il représente. Coup de bol, Blastfigher est ce qu’on peut considérer comme une bonne pioche, quand bien même sa genèse ne s’est pas déroulée particulièrement facilement. A l’origine prévu pour être une décalcomanie supplémentaire de Mad Max, le métrage s’est peu à peu vu muter en sous-Rambo suite à des restrictions budgétaires, tous les attributs de science-fiction passant à la corbeille lorsque le brave Dardano Sachetti (scénariste des meilleurs Fulci) fut embauché pour reprendre la trame initiale et la rendre moins onéreuse. Le fils de Super Mario participa d’ailleurs à l’élaboration du récit, y apportant une dimension assez écologique lorsqu’il découvrit que certains domaines protégés étaient en fait surtout des nids à chasseurs et braconniers et que les animaux y étaient autant en danger qu’ailleurs, si ce n’est plus. Le réalisateur des Demons se lança donc dans une histoire qu’aurait pu écrire Aymeric Caron, sans doute un gros fan de Blastfighter, puisque voyant un costaud se révolter contre les meurtres animaliers et dérouiller du chasseur par paquets de douze. Le genre de pitch qu’aiment énormément mes ratons laveurs fluorescents importés de Tchernobyl, car y’en a marre de les prendre pour des casquettes !

 

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Y’en a qu’ont quand même pas de bol ! Le flic Jake « Tiger » Sharp (paye ton nom de gros bourrin de Série B eighties !) est de ceux-là puisqu’il fut jadis harcelé par un maniaque venu tuer sa femme dans sa baignoire et tirer du plomb dans le bide de son équipier, et tout ça avant de le narguer. Encore un qui ne fait rien qu’embêter les autres ! Au bout d’un moment, ça devient lourd, alors notre tigre aux grosses moustaches décide d’aller trouer le caisson du malappris, malheureusement un proche d’un homme politique important, témoin de la scène et bien évidemment en mesure de foutre notre héros sous les verrous. Après huit années passées derrière des barreaux, Jake sort enfin et appelle un de ses potes pour qu’il lui refile une grosse pétoire, le genre à te balancer des patates grosses comme mon poing, pour qu’il puisse se venger en faisant de la purée de poivron rouge avec la caboche du sale politicien. Mais trop gentil tout au fond de son petit cœur, Tiger renonce et décide de partir vivre en ermite dans une vieille cabane en sa possession, située dans une petite ville de montagne, celle de son enfance. Peut-être qu’on lui foutra enfin la paix et que les sales nouvelles du monde moderne, comme ce drame insoutenable voyant ce rappeur à la petite semaine qu’est Joey Starr gifler l’un des énervants clowns de Cyril Hanouna, ne parviendront plus à ses frêles oreilles. Mais comme on n’est jamais tranquille, voilà que débarque sa casse-burnes de fille alors qu’il ignorait qu’il était un bon vieux papa ! Et pour encore compliquer un peu les choses, notre as des as découvre que des braconniers plombent le cul des daims du coin, ce qui ne lui donne pas franchement envie de leur faire des bisous sur la bouche. Il parvient bien sûr à se les mettre à dos en les envoyant chier, mais il s’en cogne le gars car il a une nouvelle copine, une petite biche dont il prend soin et qu’il nourrirait au sein s’il le pouvait. Mais alors qu’il descend en ville pour acheter quelques biscuits Delacre en forme de Schtroumpfs, il se rend compte que les pedzouilles du coin ont égorgé son animal de compagnie. Et quand il revient chez lui, il tombe nez à nez avec un sanglier éventré ! Les pourris vont même jusqu’à balancer des bidons enflammés sur sa gamine et ses potes, c’est dire s’ils sont mal élevés ! Il est donc temps de riposter plus sérieusement, d’autant que les salopards sont eux aussi bien décidés à éliminer Tiger et sa fille depuis que celle-ci est la témoin d’un de leurs meurtres…

 

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Une bien belle fable que voilà ! Certes pas le genre que nous écrirait Goddard en buvant un bon verre de vin, à la lueur d’une bougie, plutôt le style de scénar rédigé à la sulfateuse par un émule de Chuck Norris avec un gros pack de Budweiser à portée de main. Et c’est tant mieux, bordel ! Car qui achète une pelloche avec pour nom Blastfighter, l’exécuteur et une affiche montrant un moustachu tenir un flingue capable de vous circoncire un mammouth à 600 mètres en espérant un drame psychologique doit consulter sans attendre. Non, ce qu’on attend de pareille entreprise c’est du bis furibard, le genre à foncer dans le tas comme un taureau ayant vu rouge. D’ailleurs, pour être bis, Blastfighter l’est indéniablement puisque l’on retrouve le genre de défauts, de maladresses et de décalages que seule l’Italie des années 80 pouvait nous fournir. On s’en rend bien vite compte de toute façon, à vrai dire dès que Jake Sharp, caché dans la montagne, se met à viser un cerf avec son arme à faire rougir John Matrix. Pour donner vie à cette scène, le copain Lamberto a été déterrer un stock-footage sans doute piqué à Chasse et Pêche d’un animal batifolant dans les bois et a rajouté par-dessus un viseur de sniper (assez grossier d’ailleurs, mais passons). Sauf que dans l’image utilisée, on voit soudainement la bête piquer un sprint de folie et le décor défiler à toute vitesse, laissant supposer que la caméra ayant capté la scène à l’origine était posée sur un engin très mobile… soit tout l’inverse du Tiger, droit comme un piquet du haut de son rocher ! Plutôt rigolo, comme cette bande-son fort inégale et composée par un Fabio Frizzi (encore un ami à Fulci) que l’on a connu plus inspiré. Si certaines plages musicales font le travail et usent d’un synthé so eighties qu’il est difficile de ne pas les aimer, d’autres tombent dans le ridicule le plus complet. Comme ces petites mélodies enfantines entendues lorsque notre héros passe du temps avec sa biche (l’animal, pas sa fille hein !), si ringardes qu’elles décrédibilisent le poilu en donnant la sensation qu’il vient de tomber dans un film pour mômes à la Chatran ou Sauvez Willy ! On pense même parfois aux ziks du jeu Mario Kart 64, c’est dire… Mais vous connaissez le bisseux rital, il aime bien endormir sa proie (vous) avec des comptines pour mieux lui balancer une scène bien hargneuse juste derrière et il ne se passe pas une minute entre les tendres plans de la mignonne bestiole en train de boire du lait et la découverte de sa carcasse égorgée dans la bagnole de Tiger ! C’est ce qu’on appelle l’art de la transition abrupte et du changement d’ambiance !

 

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Tout le film joue d’ailleurs sur ces changements de climat puisque l’on n’a de cesse de passer d’une scène tendre, principalement lorsque Tiger cause avec sa fille, à du gros bourrinage bien explosif. Genre « T’es le meilleur des papounets du monde, Tiger » puis deux secondes après « Planque-toi, je vais faire sauter le 4×4 avec mes cocktails molotov ! ». On reconnait là la volonté du cinéma populaire transalpin de proposer un spectacle finalement très complet, calqué sur les méthodes américaines, en mélangeant scènes d’action et sentiments. Après tout, est-ce que John Rambo n’utilise pas toute une boîte de Kleenex à la fin de First Blood tellement il chiale alors qu’il vient de réduire de moitié les effectifs d’un commissariat ? L’ennui, c’est que dans Blastfighter c’est fait avec aussi peu de finesse que possible et que l’on voit Lamberto débarquer avec ses gros sabots, qui claquent si fort que les scènes censées être touchantes usent de ficelles si grosses que leur effet s’en trouve sacrément amoindri… N’allez cependant pas croire que tout cela à tendance à enliser le film dans la médiocrité, ces quelques défauts, pas bien vilains, sont assez attachants en vérité. A l’image du film qui, mis-à-part ces quelques carences habituelles dans le cinéma local, ne souffre guère d’autres défauts. Oh, c’est certain que le casting n’est pas composé que de grands acteurs : si Valentina Forte (Bodycount, Amazonia la jungle blanche) est très touchante en jeune demoiselle tentant d’apprendre à mieux connaître son daron, que celui-ci est incarné par un Michael Sopkiw (2019 après la chute de New York, Apocalypse dans l’Océan Rouge) pas franchement prêt à recevoir un Oscar mais faisant bien le taf’ niveau gros costaud aux lèvres poilues et que George Eastman est comme à son habitude charismatique, force est de reconnaître que les vilains chasseurs ont cette fâcheuse tendance à en faire beaucoup trop. C’est bien simple, ils passent tout le film à ricaner comme des cons, de sorte que l’on a bien du mal à les percevoir comme une entité malfaisante tant ils semblent décérébrés. Mais ce n’est un problème pour le métrage que si l’on décide que c’en est un et ces excités ont beau être un peu agaçants, ils ne tirent pas réellement le film vers le bas.

 

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Et Lamberto encore moins puisque notre homme parvient à livrer une vraie Série B énergique, le genre que tout le monde considérerait comme culte si elle était sortie dix années plus tôt et était américaine. Mais non, comme ya le nom de Lamberto Bava dessus, c’est forcément un vilain nanar des familles… Bah non les mecs, si Blastfighter a son lot de détails croustillants rappelant ses origines modestes, il est loin d’être miséreux et le manque d’argent ne se fait pas trop sentir. Un hélicoptère est dépêché sur les lieux, les bagnoles crament et pètent comme lors d’une Coupe du Monde en France, les maquillages un peu gore sont bien foutus, les chasseurs perdent leurs membres quand Tiger leur tire dessus, les décors sont naturels et fort beaux,… On est clairement dans de l’exploitation bien torchée et si la réalisation peut souffrir d’un montage parfois abrupt, elle est claire et capte l’action de manière lisible et efficace. Ce n’est certes pas du Kubrick, mais ça suffit clairement pour un métrage de ce type et la différence avec certaines pelloches plus fortunées sorties à la même époque n’est pas particulièrement flagrante. D’ailleurs, cet Exécuteur n’est pas l’actioner décérébré que l’on imaginait à la base, Tiger ne se rebellant véritablement que dans le dernier acte, très pétaradant. Auparavant, nous sommes plutôt dans un bon petit survival à la Delivrance, avec tentative de viol et chasse à l’homme, notre protagoniste principal tentant d’échapper aux bouseux, histoire de mettre sa fille à l’abri. Du bon boulot dans le domaine là encore, faisant de Blastfighter une œuvre équilibrée entre ses ambitions de film à suspense et celles le ramenant plutôt dans la catégorie des bobines sentant bon la poudre. Notons également que les personnages sont un peu plus travaillés qu’on ne le croit : l’adolescente est une dure à cuire en même temps qu’une mamzelle bien attendrissante, par exemple. Tiger est aussi plus intéressant qu’il n’y parait, non pas parce que ce personnage de justicier vengeur à la Bronson (auquel on pense régulièrement) est original, il ne l’est clairement pas. Plutôt parce que Bava Junior, lors de l’ultime affrontement, en fait un assassin quasiment mythologique, une figure cachée dans le brouillard et impossible à arrêter.

 

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Le personnage avec lequel se retrouve Eastman, qui a sans doute un peu participé à l’écriture vu que c’était dans ses habitudes, est aussi fascinant tant il se montre ambigu. Ancien ami de Tiger mais aussi grand rival de ce dernier, il éprouve un franc respect pour le héros tout en l’avertissant que s’il entre en guerre avec son frère, le leader des braconniers, il devra aussi lui passer dessus. Et c’est pas là une allusion branchée gay porn, je vous le dis direct. Alors qu’il fait tout pour arranger les choses, Eastman finit par se rendre à l’évidence : il va devoir lui aussi tenter de tuer son meilleur ennemi, la bisbille étant arrivée à un point de non-retour. Mais ne le souhaite-t-il pas, au fond ? On se le demande tant régler leurs comptes passés et voir lequel des deux est le plus fort lors d’un duel de cowboys semble le réjouir. Un bon perso donc, montrant que Blastfighter n’est clairement pas la bisserie torchée à la va-vite que l’on nous vend généralement. Du soin a été apporté à l’entreprise, dotée d’un rythme parfait (on se fait jamais chier), d’une forme plutôt réussie pour un film italien sorti en 84 (soit lorsque ce cinéma commençait à sentir le vieux pâté oublié) et d’un script certes déjà-vu mais moins benêt qu’il n’y parait. Preuve en est ce final très écolo friendly voyant Tiger ramener les cadavres de ses ennemis de la même manière que ceux-ci transportaient ceux des cerfs auparavant : c’est pas fin pour un sou, mais c’est bien trouvé ! Une belle petite bande donc, disponible en DVD en Allemagne et en Blu-Ray chez les excellents britanniques de 88 Films pour les cinéphiles sachant se passer de sous-titres sur une plage audio anglaise, que vous devriez pouvoir caller entre un visionnage de deux productions de la Cannon, comme Delta Force et Death Wish 3. Pour sûr que vous serez pas dépaysés vu que c’est du gros B comme on l’aime !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lamberto Bava
  • Scénarisation: Luca de Rita, Massimo de Rita, Dardano Sacchetti
  • Production: Luciano Martino
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Michael Sopkiw, George Eastman, Valentina Forte
  • Année: 1984

4 comments to Blastfighter

  • Roggy  says:

    Très bonne chro l’ami pour cet excellent film vu en festival lors d’une thématique Redneck. Une série B qui vaut vraiment le coup d’Œil ! Perso, j’adore 😉

  • Grreg  says:

    Un bava jr sympa et fun ,clairement pas un nanar comme on le pense souvent.. à tort.
    Ta chronique lui rend parfaitement justice !

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