Metamorphosis

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Avec Metamorphosis, le grand, et ce dans tous les sens du terme, George Eastman prenait les choses en main ! C’est qu’après avoir écrit et joué dans des brouettes de pelloches ritales, souvent pour son pote Joe D’Amato, il était grand temps que le colosse barbu enfourche une caméra à son tour…

 

 

A vrai dire, cette chronique commence très mal puisque j’ai déjà raconté une connerie dans mon accroche. Et je suis impardonnable car je le savais en le faisant (mais le principe d’une accroche, bah c’est d’accrocher, donc on s’en fout non ?). En effet, Eastman, alias Luigi Montefiori, avait déjà mis la main à la pâte à deux reprises avant de se lancer dans Metamorphosis (1990) : une première fois via Bestialité (1976), bande à l’érotisme déviant puisqu’il y est question de zoophilie, co-réalisée par le méconnu Peter Skerl. Pour sa seconde incursion dans la réalisation, le bon George fut aidé par son ami Aristide Massaccesi, soit Joe D’Amato, pour les besoin de 2020 Texas Gladiators (1982), un post-apo des familles servant pour ainsi dire de répétition pour Le Gladiateur du Futur, que la même équipe, certains acteurs compris, balanceront sur les écrans une année plus tard. Mais Eastman ne fut pas toujours crédité pour ces réalisations et il dut donc à chaque fois partager le travail, son premier effort en solo ne survenant donc qu’avec Metamorphosis, titre mondial cachant DNA : Formula Letale. A noter qu’est également sorti en 1990 un autre Metamorphosis, The Alien Factor, cette fois américain, une fausse-suite au très bon The Deadly Spawn sorti en DVD chez Le Chat qui Fume, une séquelle n’ayant bien sûr rien à voir avec notre bobine italienne. Une bisserie que son auteur, également scénariste, ne semble pas porter particulièrement dans son cœur, sous-entendant que les moyens mis à sa disposition n’étaient pas vraiment dignes des promesses faites par ses producteurs. A savoir les zigs de la Filmirage, boîte de… Joe D’Amato ! Comme quoi, on y revient toujours un peu… Ainsi, le vieux Joe promettait à son copain George un tournage aux USA avec des comédiens reconnus comme David Carradine ou Bill Pullman, ne tenant sa promesse qu’à moitié puisque si les caméras se posèrent bel et bien au pays de Donald Trump, le casting fut forcé de voir ses ambitions à la baisse. Pas de stars dans le coin, pas même de la série B ou du direct-to-video, mais seulement des inconnus, dont un premier rôle féminin à l’origine femme de chambre dans l’hôtel où se reposait l’équipe. Pas franchement prometteur, présenté ainsi… Et pourtant, s’il ne manque pas de défauts, le résultat final est loin, très loin, d’être honteux !

 

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Tout débute dans une université alors que les pontes des lieux commencent à se demander ce que peut bien fabriquer ce Peter Houseman, jeune professeur et généticien à ses heures perdues, engouffrant des sommes folles dans ses recherches. Et tout ça sans avertir quiconque sur ses avancées, ni même sur ce qu’il trafique ! Et pour cause, le bellâtre n’est pas franchement en train de trouver la formule du lait pétillant mais essaie plutôt de rendre l’être humain immortel en éliminant le gène du vieillissement. Et si notre grosse tête y parvient à force de tests sur des macaques, il se voit bien vite couper l’herbe sous le pied lorsque ses supérieurs décident que c’en est trop de balancer les liasses par la fenêtre sans une ombre de résultat. Peter, pressé par le temps, prend alors le taureau par les cornes et s’injecte à lui-même le fruit de ses travaux, un sérum qu’il pense capable de faire de lui un être ne craignant plus la mort. Mais vous connaissez la rengaine, alors qu’il était persuadé de garder à tout jamais un corps de top-modèle, le beau brun change de plus en plus, et pas en bien. Il commence par perdre la boule et la mémoire, oubliant par exemple qu’il écume les bars la nuit à la recherche de gonzesses à fracasser (et hop, un petit caméo de la copine Laura Gemser, ni vu ni connu), avant de découvrir que son épiderme se transforme à son tour. Et c’est pas le genre de problèmes réglables avec deux gouttes de Biactol de Clearasil qui l’attendent vu que le séducteur (ses étudiantes lui suceraient bien le stylo) commencent à rebrousser chemin niveau évolution. Le gus devient carrément un fossile vivant, repartant en direction de ses années en tant que dinosaure, sa bestialité revenant bien évidemment dans le même temps…

 

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Pas de mystères : on est en plein dans du fantastique de laboratoire, avec son héros jonglant avec les tubes à essai quand il n’encode pas des données dans son ordinateur. On pense d’ailleurs plus que fortement à un certain La Mouche de David Cronenberg, sorti trois années avant Metamorphosis, et que George Eastman avait sans doute vu peu de temps avant de plancher sur son scénar’. Car tout est là, de la métamorphose progressive au changement d’humeur du cobaye humain sans oublier la romance dans laquelle il s’embarque, sa dulcinée passant d’ailleurs aussi du stade de la lapine amoureuse à la biche tétanisée par le nouveau look de son mec. Mais en scénariste averti, fort d’une quarantaine de scripts déjà à l’époque, le Montefiori sait masquer ses influences ou en tout cas faire en sorte qu’elles n’envahissent pas son travail. L’homme connu pour avoir bouffé ses propres entrailles à la petite cuiller s’empare en effet du sujet en créant des personnages ne rappelant pas trop Seth Brundle et sa bande. Habile, le script parvient à façonner des caractères intéressants, comme ce gamin suspicieux, guère ravi de voir sa daronne tomber dans les bras d’un Houseman qu’il ne sent pas vraiment. Pour une fois qu’un chiard n’est ni agaçant, ni inutile dans un horror flick, on peut franchement féliciter Eastman ! Et l’ancien Grec fou s’en tire également avec les honneurs lorsqu’il imagine un vieillard faisant office de Némésis pour le héros, l’un de ses supérieurs décidant de stopper les expériences de Peter pour après les reprendre lui-même, par haine pour le jeune homme. Si ce vioque est clairement teigneux et malfaisant, Eastman a l’intelligence d’en faire un homme diminué, forcé de se balader avec des béquilles. Et lors d’une altercation, Peter offre un sale croche-pied à l’ancêtre, qui finit bien sûr par s’étaler de tout son long au sol. Une scène anodine en apparence mais néanmoins cruciale tant elle prouve la volonté qu’a Eastman de mélanger le positif et le négatif chez ses protagonistes, le héros pouvant très bien être un agresseur tandis que le méchant peut à son tour se changer en victime pour qui l’on éprouve de la peine. Certes, le scénario n’affiche pas toujours cette belle forme et l’on peut sérieusement se poser des questions quant aux dialogues touchant aux domaines scientifiques, pas toujours très clairs et entrainant quelquefois des contradictions (Peter reconnait que ses études, si elles étaient menées à terme, pourraient mettre fin à la race humaine… et les teste tout de même sur lui !). Reste qu’il se montre, pour le reste, particulièrement agile tant aucun gras ne se retrouve dans notre assiette, chaque séquence ayant pour but de faire avancer une histoire ne stationnant jamais trop longtemps sur une seule et même situation.

 

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La rivalité entre Houseman et l’infirme le détestant est à ce titre très réussie tant elle joue sur les nombreuses oppositions entre eux. Houseman est beau, jeune, a du succès avec les nénettes, pète la forme et est sur le point de révolutionner le monde avec ses trouvailles. Le vieux professeur Lloyd est laid, vieux, ne doit sans doute plus lever beaucoup de gonzesses, a une jambe morte ou manquante et l’on devine sans peine que s’il est intelligent, il n’a jamais changé le cours de l’histoire avec ses propres recherches. Une rivalité bien menée et que l’on aurait apprécié de voir plus mise en avant, en remplacement d’une amourette pas désagréable et nécessaire pour apporter de l’émotion quant aux modifications corporelles et comportementales de Peter, mais un peu trop classique pour remporter totalement l’adhésion. Pas de quoi se plaindre cependant, le récit de Metamorphosis se déroulant sans accrocs majeurs. Mais en est-il de même au niveau de la réalisation, là où le bât blesse souvent en matière de cinéma bis ? Il est d’autant plus permis de se méfier que le métrage date de la fin des années 80 et est sorti en tout début de décennie suivante, soit précisément lorsque l’exploitation à l’italienne commençait à sérieusement sentir l’anus en putréfaction. Première bonne surprise, et quoiqu’en dise Eastman, les moyens à sa disposition, bien que modestes, ont tout de même permis la création d’un univers crédible. Il y a du figurant en suffisance, les lieux sont variés et nombreux, ne semblent pas vides comme c’est souvent le cas dans le genre et les acteurs sont même plutôt bons. Alors que l’on pensait tout le mal possible du héros incarné par Gene Lebrock, un ancien de Santa Barbara tombé un temps dans le bis (il est aussi dans l’Au-delà des Ténèbres de Claudio Fragasso, tout comme le vieux Stephen Brown, ici le vilain Professeur Lloyd) et que l’on l’imaginait peu crédible d’emblée, on découvre un premier rôle plutôt à son aise et faisant bien le job. Tout comme les autres acteurs, certes pas assez doués pour bouffer des Oscars au p’tit dej’, mais en tout cas jamais mauvais au point de nous sortir du film. D’ailleurs, si tout ce beau monde ne causait pas italien dans la version que j’ai vue, j’aurais oublié que l’on tenait là une production Filmirage, donc transalpine, tant l’ensemble à un cachet de Série B ricaine tout ce qu’il y a de plus valide.

 

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Eastman semble pourtant prendre un peu de temps pour trouver ses marques derrière son objectif, la première moitié du métrage proposant une grammaire cinématographique plutôt légère. Télévisuels ces débuts, avec des plans sans grande inspiration, parant au plus pressé et finalement assez éloignés de la maitrise qui va suivre. Oh, ce n’est pas non plus du Kubrick que l’on trouve dans la seconde partie, mais on devine sans mal que le Luigi était bien plus à son aise lorsqu’il pouvait enfin filmer des éléments fantastiques ou horrifiques. Voir cette scène au montage impeccable (comme c’est le cas dans toute la bobine, par ailleurs) lors de laquelle Peter teste le sérum sur un singe, avec gros plan d’une aiguille dans un œil en cadeau, histoire de vous démanger la rétine. Et rebelote plus tard lorsque c’est le héros que l’on retrouve face à la seringue mécanique, une image servant d’ailleurs pour les belles affiches du film. Eastman emballe fort efficacement ses scènes à suspense également, comme le prouve le climax voyant un Peter devenu un gros lézard que l’on n’inviterait pas à souper en train de chercher sa petite-amie et son fils dans son laboratoire pour leur montrer que les mamours, c’est terminé ! Ou ce passage, le meilleur de ces mètres de pellicules, nous montrant une discussion tendue entre un Peter en pleine métamorphose et caché sous ses draps et son éternel ennemi le professeur Lloyd. Tension maximale ! Eastman se lance même dans quelques plans « à la Dolly », posant en fait son appareil sur… une chaise roulante ! Ce qui ne l’empêche nullement d’obtenir l’effet voulu… Et pour dire à quel point DNA : Formula Letale, par ailleurs nommé Re-Animator 2 en Espagne, se montre supérieur à la production générale de son époque, même sa bande-son est remarquable. Bien sûr, elle n’évite pas quelques compositions ringardes comme une mélodie bien kitsch lors d’une scène de cul, mais elle propose aussi quelques airs au synthé que l’on pourrait retrouver chez du John Carpenter…

 

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Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Presque, car si Metamorphosis se contente fort bien de son maigre budget en montrant assez peu de gore (quelques gorges arrachées, un visage griffé au point de rendre borgne la malheureuse baby-sitter ainsi touchée), son script ne misant pas particulièrement sur les agressions vous repeignant une pièce couleur fraise, Eastman commet une énorme bourde en montrant la mutation finale de Peter. Car ce dernier est un peu trop revenu en arrière et se transforme finalement en un gros dinosaure en mousse, absolument risible et embarrassant. Tellement foiré que mon collègue et partenaire l’Oncle Jack l’a comparé, a raison, avec Casimir dans son papier sur la bande. Le film prend un sacré coup lors de l’arrivée de cette grosse bête toute moche, sorte de cousin demeuré des reptiles de Jurassic Park,  et l’on se demande pourquoi le réalisateur ne s’est pas contenté de l’avant-dernière forme de son monstre, bien mieux foutue. L’ensemble ne se casse pas la gueule à cause de ces quelques secondes proprement ridicules, mais force est de constater que le pauvre Eastman ne sort pas grandi de cette séquence, et c’est rien de le dire. Que cela ne vous tienne pas écartés de ce gros B vraiment bien foutu pour autant : on ne s’y ennuie pas et on sent que son concepteur l’a mis au monde avec le cœur. Au point que l’on regrette que Tonton George n’ait pas continué sa carrière de metteur en scène, il avait visiblement plus de talent que certains de ses collègues aux carrières pourtant bien plus longues. Dommage mais au moins il est parti du siège de réalisateur en y laissant une vraie bonne surprise.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: George Eastman
  • Scénarisation: George Eastman
  • Production: Donatella Donati pour la Filmirage
  • Titre Original: DNA, Formula Letale
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Gene Lebrock, Catherine Baranov, Stephen Brown, Harry Cason
  • Année: 1990

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