La Poupée Diabolique

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Oh oh oh, jolie poupéeee ! Faites pas gaffe, j’ai toujours voulu débuter une chronique par du Bernard Menez, un défi personnel tenaillant ma pauvre âme depuis bien trop longtemps. C’est désormais chose faite grâce à La Poupée Diabolique, dernière sortie Artus en date. Et quelle sortie, mes amis, car on tient là une petite bombe !

 

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Artus Films sait prendre soin de ses collections. Ainsi, alors que l’on pensait que leur gamme British Horror était en passe d’être délaissée, voilà que ces Messieurs Thierry Lopez et Kévin Boissezon l’augmentent via deux belles galettes. La Tour du Diable et La Poupée Diabolique rejoignent donc Le Tueur Aveugle, Le Sang du Vampire, Horror Hospital et La Nuit des Maléfices, quatre superbes bandes dont on a déjà vanté les mérites dans notre piscine d’acide. La Tour du Diable ayant déjà été chroniqué voilà quelques mois suite à mon escapade en Allemagne, on ne reviendra pas sur son cas, mais la chronique d’époque est toujours disponible à ce lien et vous verrez que vous feriez bien de faire l’acquisition du skeud d’Artus vu qu’on tient là un très bon slasher gothique ! Puisque les déambulations dans un vieux phare perdu où séjourne un maniaque à la tronche en biais peuvent être mises de côté, concentrons-nous sur le Devil Doll de 1964 dont la genèse débuta dans un « Mystery Magazine » Anglais. C’est en effet dans ce genre de revues constituées de petites histoires fantastiques ou policières que se lança la carrière du film, dont la nouvelle étant à sa base fut écrite par Frederick E. Smith, qui ne gagna presque rien pour son texte. C’est en tout cas grâce au producteur Richard Gordon (La Tour du Diable, Horror Hospital, Fiend without a Face, Inseminoid,… que du bon quoi !) que les mots deviendront images, d’abord via une tentative d’embaucher un Sidney J. Furie qui deviendra le réalisateur du quatrième Superman (ouch…) et du Direct Action avec Dolph Lundgren (pas un franc classique non plus…). Mais le jeune metteur en scène canadien préfèrera s’engager ailleurs, non sans recommander à Gordon l’un de ses amis pour qu’il récupère la casquette de réalisateur. C’est donc à son compatriote Lindsay Shonteff, à qui l’on doit le réputé foireux Curse of the Voodoo (1965) également produit par Gordon, que revient l’honneur d’empaqueter La Poupée Diabolique. Non sans l’aide de Furie, cependant, le vieux pote restant aux côtés de son remplaçant pour le conseiller durant le tournage. A ce moment-là, pourquoi ne pas carrément le réaliser ? Allez comprendre… Mais Furie ou pas, peu importe car on tient dans tous les cas une excellente bande à l’ancienne misant largement sur un magicien et son pantin, qui comme beaucoup de monde n’apprécie pas trop qu’un autre homme lui mette la main au cul…

 

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Drôle de gars que Le Grand Vorelli (Briant Haliday, aussi dans La Tour du Diable et Curse of the Voodoo et réputé pour avoir été un grand fan d’épouvante), prestidigitateur de renom connu pour ses talents d’hypnose mais aussi pour être toujours accompagné d’Hugo, un pantin capable de se mouvoir tout seul ! Bien entendu, la presse se pose quelques questions sur les techniques employées par Vorelli et envoie le journaliste Mark English (William Sylvester de Gorgo et 2001 : L’Odyssée de l’Espace) enquêter. Pour passer inaperçu, le Tintin local décide d’emmener sa riche fiancée Marianne Horn (Yvonne Romain de La Nuit du Loup-Garou). Ayant l’œil aiguisé, Vorelli reconnait tout de suite la riche héritière et se dit que ce ne serait sans doute pas une mauvaise chose de l’hypnotiser pour l’avoir sous sa coupe et ainsi s’emparer de sa fortune… Bien sûr, Mark se rend compte de l’entourloupe et plonge de plus en plus profondément dans les mystères de son désormais rival en amour, découvrant même qu’Hugo, la tête de bois, semble bel et bien vivant… Un nain ou un enfant se cacherait-il dedans ? Ou bien Vorelli aurait-il recours à un maléfice ? On ne tardera d’ailleurs pas à le savoir, la vérité entourant Hugo éclatant au grand jour assez rapidement, Shonteff ne cachant pas que nous tenons ici un pur film fantastique. Car nous ne sommes pas réellement face à un film de scénariste, même si le script est loin, très loin, de démériter. La structure est travaillée, n’hésite pas à mixer les différents genres puisque l’horreur se marie ici au film policier lorsque Mark part jouer au détective, et il n’y a aucun morceau de gras sur la côtelette. Ne nous est servi aucun passage inutile, tout ce que l’on trouve dans l’assiette à bon goût, surtout celui d’être direct et mesuré.

 

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Mais force est de constater que la vraie force de Devil Doll se trouve moins dans sa charpente scénaristique que dans son ambiance, particulièrement lourde. Contrairement à l’excellent Dead Silence de James Wan, sans doute inspiré par les méfaits d’Hugo et Vorelli, la peur ne repose jamais sur une horreur bondissant hors du cadre ou sur les jumpscares. Ici, c’est l’ambiance étouffante, l’atmosphère lugubre, qui donne le ton, Shonteff (et Furie ?) concentrant ses efforts sur des séquences plutôt lentes. Lorsque la poupée Hugo se lève toute seule devant une assemblée pétrifiée, la caméra semble tout aussi subjuguée, ne se lançant dans de nouveaux plans qu’avec précaution, le montage ne se pressant certainement pas. Une tentative de rendre le petit bonhomme en bois iconique ? Fort possible puisque l’on sent que l’objective l’aime, cet arlequin démoniaque, scrutant son visage au sourire pervers et son regard pétillant, ceux d’un gamin sur le point de commettre le plus mauvais des tours. Mais aussi et surtout une volonté d’appuyer le malaise que sa simple présence répand, d’autant que lorsqu’il prend la parole (et il n’a pas besoin d’avoir une main enfoncée profondément dans le fion pour ça), c’est systématiquement pour souligner sa mauvaise humeur. Casseur d’ambiance, le marmot ! Evidemment, lorsque le salopiaud prend un couteau et se montre menaçant ou se met à rejoindre la chambre de personnes endormies, ce n’est pas pour leur faire un numéro de claquettes… Etrangement, La Poupée Diabolique ne semble jamais lent pour autant, ses scènes se finissant bien avant que l’on trouve que la pelloche commence à faire du surplace. On optera d’ailleurs plutôt pour l’adjectif lancinant, pour ne pas dire psychédélique. Lorsque Vorelli se lance dans une hypnose, le spectacle bascule dans une autre dimension, d’autant qu’on pense bien sûr à la quatrième tout au long du métrage. Effet négatif sur la pellicule tandis que le cadre se fixe sur le regard sans fond de Vorelli, montage accéléré mais en même temps irréel lors du combat final, insertion de flash-back durant la même lutte,… De quoi créer un climat pour le moins étonnant.

 

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Et c’est sans compter sur la bande-son, là aussi des plus surprenantes. Si certaines mélodies parviennent à se frayer un chemin jusqu’à nos esgourdes, elles sont rares et particulièrement discrètes. Devil Doll mise plutôt sur un silence pesant et lorsque des sons se font entendre, ce sont généralement des échos de percussions, là encore un bon moyen de souligner la lourdeur ambiante. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Devil Doll l’est assurément et ce n’est certainement pas pour déplaire. Et se fiant à l’adage voulant qu’un bon film dispose systématiquement d’un bon méchant, la bobine se fend bien évidemment d’un gredin de la pire espèce en guise de personnage central. En la personne de Vorelli, bien évidemment, pourri intégral ne disposant pas d’une once de bonté en lui. Aucune chandelle n’allume les ténèbres de son être, tout comme les deux maigres bougies de son antre peinent bien à illuminer ses quartiers privés, aussi sombres que lui. Manipulateur ultime, violeur à ses heures, meurtrier de génie, séducteur malsain, Vorelli peut se vanter d’être l’un des monstres humains les plus marquants du cinéma d’épouvante. Incarné par un Haliday parfait et allumant le feu à sa façon lui aussi (les remboursements des vannes pourries se font à la caisse, merci), le sagouin aide bien à porter la pelloche vers les cimes du genre. D’ailleurs, si ce héros de Mark n’est pas une figure positive désagréable, au contraire, les chances sont fortes pour qu’il soit peu à peu oublié au profit du duo Vorelli/Hugo, deux êtres de cauchemar se détestant copieusement mais obligés de marcher main dans la main. Car l’un n’est rien sans l’autre, un état de fait poussant Vorelli à finalement tenter de se débarrasser de son pantin, lui-même désireux de planter une lame dans la nuque de son maître…

 

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En prime doté d’un un soupçon d’érotisme (un sein charnu vite dévoilé) et d’une excellente réalisation misant aussi peu que possible sur le mouvement, Devil Doll a donc tout pour plaire. Son noir et blanc est des plus élégants et Shonteff (voire Furie, donc) sait composer ses cadres. On remarquera d’ailleurs une certaine propension à jouer avec les perspectives, les plans montrant un personnage à l’avant-plan tandis qu’un deuxième l’observe à l’arrière-plan étant si nombreux qu’un mutant de Tchernobyl n’aurait pas assez de tous ses orteils pour les compter. Faut-il encore en jeter pour vous convaincre de faire l’acquisition de cette perle ne manquant définitivement pas de singularité ? Je peux toujours rappeler qu’Alain Petit revient à son tour sur ce joyau dans les bonus, que ce soit pour dresser un petit historique des films montrant des pantins pas comme les autres ou pour signaler que Shonteff n’a, par la suite, plus jamais fait un film de ce calibre. Faut croire qu’on ne peut pas toujours avoir Furie derrière soi, la main dans le dos pour guider actes et paroles à la manière d’un Vorelli…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lindsay Shonteff
  • Scénarisation:  Manuel Fidello, Daryl Haney
  • Production: Richard Gordon, Kenneth Rive, Lindsay Shonteff,…
  • Titre original: Devil Doll
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Bryant Haliday, William Sylvester, Yvonne Romain, Sandra Dorne
  • Année: 1964

A lire également le test de la galette sur Ecranbis et la fiche technique du DVD sur Psychovision.

2 comments to La Poupée Diabolique

  • Roggy  says:

    Merci pour la découverte de ce film que j’avoue ne jamais avoir croisé sur mon chemin cinématographique. Une réelle alternative à « Annabelle », pas difficile, tu me diras 🙂

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