Médusa 27 et Cathodic Overdose

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Un qui débute, l’autre qui continue, les deux sur la même étagère ! Ainsi va la vie dans la joyeuse et déglinguée galaxie du fanzinat, où les grands et les petits s’entraident et cohabitent le plus simplement du monde. Alors penchons-nous sur le déjà vénérable Médusa, fort de 27 numéros, et le petit nouveau Cathodic Overdose !

 

 

Sans en avoir l’air, la nonchalance en poche, Didier Lefèvre s’approche doucement mais surement des 30 numéros pour son atlas du bis, Médusa. Plus que trois publications et on y sera les mecs, la gorgone aura la trentaine bien sonnée. Remarquez, 27 c’est déjà un sacré chiffre et il n’y a pas des masses de fanzines capables de se vanter d’en être là, dépasser la quinzaine de revues étant déjà un exploit. Pour Médusa, l’adolescence est donc déjà loin, ce qui n’empêche pas Didier de rester frais comme au premier jour et toujours aussi excité à l’idée d’envoyer à ses lecteurs une nouvelle collection de pages fleurant bon les catalogues de vidéoclubs. Pas la peine de donner dans les grandes présentations, à moins de sortir tout juste de l’entrejambe de votre vieille môman, vous connaissez fort bien l’esprit de ce fanzine gorgonique, sur lequel je suis revenu à de nombreuses occasions maintenant. Pour autant, on arrive encore à être surpris, ne serait-ce que visuellement, Didier ayant refilé les clés de la maquette à un Chris Steadyblog qui a le chic repousser ses limites. C’est d’ailleurs ce qui marque d’emblée tout lecteur doté d’une vue fonctionnelle : c’est beau, tout simplement. La couv’ est retravaillée de sorte à ce que le logo soit tranché par des branches d’arbres rappelant d’ailleurs la couv’ du roman Le Gros, écrit par Didier, les pages sont variées, les visuels débordent dans tous les sens sans entacher la lisibilité des textes et chaque thème abordé vient avec son identité graphique. Du boulot de maître, ni plus ni moins. Au point qu’il serait presque facile d’oublier qu’on a aussi des articles à lire tant le zine prend des airs de musée tout entier dédié aux salles de quartiers d’antan. Mais qu’on se rassure, Mister Lefèvre ne s’est pas reposé, les doigts de pied en éventail, et nous offre une sacrée compilation de gribouillages. On aura donc, en vrac car il y a beaucoup, beaucoup de papiers et il sera difficile de tous les citer : un report de L’Etrange Festival, la suite du dossier sur les BO de giallo, une interview de Joe Alves (Jaws 3D), une autre du clouté Doug Bradley avec en accompagnement des chroniques des Hellraiser, une rencontre avec James O’Barr le créateur de la BD The Crow, un retour sur le bis venu du froid (Norvège et Suède), un dossier sur le zédeux Don Dohler avec en prime une interview de son acteur fétiche George Stover, une étude de caractère sur Jean Rollin, un carnet de route du court-métrage de l’habituée Aurélia Mengin, une interview du goreux Yoshihiro Nishimura avec sa dose de chros sur des œuvres du même tonneau, du bis turc et une grosse collection de chros des Sherlock Holmes avec Basil Rathbone. Fiou ! Et c’est pas tout, je vous ai laissé de côté les rubriques habituelles comme celle sur le bis grec, Sirtabis, histoire de permettre à Médusa de revenir dans son pays d’origine et de rappeler que Didier adore la mythologie du coin (pour preuve, il porte des slibards de la marque Athéna, je le sais il les a montrés à tout le monde à l’Offscreen). Et puis bien sûr sont de la partie les sections obligatoires que sont Série B comme Bis, Belles Foufounes et Jus de Roupettes, Bis Mania, Rough America, que je vous laisse découvrir pour mieux me concentrer sur les articles les plus marquants, selon moi bien sûr.

 

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Tout d’abord celui sur le Krimi, rédigé par Telc Sigtuna, un volumineux dossier permettant de tout savoir, mais alors vraiment tout, sur ces plaisirs teutoniques ! Un boulot de maboul, précis à mort, au point qu’il en devient difficile de s’y retrouver si l’on ne connait pas un peu cet univers fait de meurtriers londoniens. On passe immédiatement en mode expert avec Telc et cela peut laisser quelques lecteurs sur le trottoir, ceux-ci devant relire plusieurs fois pour s’imprégner parfaitement de cette somme colossale d’informations. Mais cela mis à part, c’est du taf’ d’orfèvre ! Gros plaisir également de lire l’interview menée par Didier de Daniel Ekeroth, une personnalité que j’ai toujours apprécié pour son apport au death metal suédois, style dont je m’abreuve quotidiennement. Certes, ici il cause moins de growls et de blasts que de Christina Lindberg et autres délices de son pays, mais c’est loin d’être un mal. Au contraire, cela m’a permis de découvrir une autre facette d’un mec décidément fort cool ! Gros pouce levé aussi à Yohan Chanoir, toujours en train de vagabonder dans des pelloches du soleil levant, l’ami nous ramenant cette fois du tout bon avec le style qu’on lui connait. Chapeau l’artiste ! Gros plaisir également de retrouver deux pages sur Don « The Dragon » Wilson, Fred Pizzoferato revenant avec le juste ton sur quatre bandes de cette ceinture noir du DTV ! Bonnard, tout comme ce super dossier sur Pete Walker, un auteur que j’avoue connaître très mal et que Didier, David Didelot, Pascal Françaix m’ont présenté de la plus belle des manières. A noter une interview incroyable avec le scénariste du bonhomme, David McGillivray, entretien mené par Pascal Françaix et pour le moins… expédié. On vous laisse découvrir ça par vous-même, ça vaut le coup d’œil ! Enfin, même si on pourrait les prendre pour des colonnes perdues parmi les centaines d’autres du zine, j’ai particulièrement été branché par les quelques mots de Didier sur quelques VHS Something Weird Video, des gros Z visiblement pas bien terribles mais que l’on se plaît à découvrir dans Médusa. Alors certes, tout n’est pas encore parfait, et c’est d’ailleurs préférable pour un fanzine au fond, et l’on regrettera que la police soit parfois trop petite. Bien sûr, vu la somme de textes à publier, si Didier devait mettre en taille moyenne, cela doublerait la pagination, et donc le prix. N’empêche que maintenant, le vieux Didelot il a besoin de double foyer quoi… Des petits bouts d’interviews manquent parfois, on aurait aimé trouver une chronique d’Hellraiser 7, le seul manquant dans le dossier sur la tronche de clou, mais force est de reconnaître que tout cela n’est que vain chipotage face à ce numéro exceptionnel. Didier propose ici un vaste étendard de toute la culture qu’on aime, en refile pour toutes les papilles, ne décevra sans doute personne et continue de mettre la barre toujours plus haut. Un exemple à suivre, assurément, en même temps qu’un doux rappel sur les raisons nous poussant à aimer tout cela. Car en dépit des différences stylistiques entre le Krimi et les jeux gorasses de Sushi Typhoon, entre la poésie de Jean Rollin et la débrouille un peu crade de Don Dohler, entre l’élégance du limier anglais et la fureur du dragon de Roger Corman, tout cela crée un monde tangible, dont l’échappatoire qu’il constitue n’a de cesse de nous réunir sous une même bannière. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreux fanzines arrivent en ce moment, et arriveront à l’avenir, et Didier ne manque d’ailleurs pas de rendre hommage à ses compagnons. Et à tacler, au passage, la presse pro, n’hésitant pas à rappeler que le fanzinat l’enterre désormais pour de bon. Mad Movies en a d’ailleurs pris bonne note puisque le numéro du mois d’avril s’est fendu d’une petite colonne sur le vingt-septième Médusa, colonne possiblement ironique : le message est passé et il leur reste peut-être bien en travers de la gorge ! Qu’ils râlent, cela ne changera jamais rien au fait que Médusa, Vidéotopsie, La Fraicheur des Cafards, Darkness, Cathodic Overdose, Zone 52, Delivrance, Cannibal Fanzine et tous les autres font gratuitement le boulot qu’ils sont payés à ne plus faire…

 

Cathodic overdose

 

Tiens, parlons-en de Cathodic Overdose, projet solo d’un Matthieu Nédey déjà employé par Nasty Samy comme maquettiste pour ses Everyday is Like Sunday. Un bagarreur le mec, le genre à s’agiter comme un Pirlouit sur sa chèvre, vous crachant du Tropico sur les pompes. Pour mieux fuir dès que vous bombez le torse, bien sûr, le gus, nommé Mighty Matt dans les milieux autorisés étant un mec adorable. Rah, on va pas se faire de mystères non plus : tout comme je kiffe Val le Blond, je kiffe le Matt. Pourquoi cette comparaison entre les deux ? Parce que l’esprit est le même et qu’en plus les zoziaux sont deux potes, tous deux étant de la Besançon Connection. Ah ah, on y revient à nos Bizontins, qu’on ne quitte jamais bien longtemps. Faut dire qu’ils sont nombreux et ne trainent pas, de sorte qu’on peut avoir un nouveau zine dans les mains alors qu’on vient de refermer le précédent. La preuve : alors que je bouclais le Cathodic Overdose dans la nuit, en me masturbant bien sûr, qu’est-ce que je trouve dans la boîte aux lettres le lendemain ? Le nouveau Everyday is Like Sunday du pote Nasty Sam ! Les mecs voudraient que je reste chaud qu’ils s’y prendraient pas autrement. D’autant qu’arrivera dans peu de temps le nouveau Fraicheur des Cafards, histoire d’être sûr que l’année soit complète. Mais pour l’heure, on se concentre sur Cathodic Overdose, zine de jeunesse donc puisque le premier, le genre à vous mettre dans le bain dès la couverture. Bam, The Nest, une production Julie Corman (la femme de vous-savez-qui, enfin vous avez intérêt), dont la jaquette dévoile une nénette en petite tenue aux prises avec un énorme cafard, que l’on devine désireux de lui rentrer une ou deux antennes dans le fondement. C’est clair et net, Matt assume pleinement son amour pour les années 80 et il aurait bien du mal à le cacher tant la décennie est présente tout au long de sa revue. Tout d’abord parce que le gazier et ses petits copains (Val le blond justement, Nasty Samy encore, BAF, Nola et Roswellito) se concentrent largement sur cette belle époque dans leurs chroniques, même si quelques films plus récents ou plus anciens apparaissent de temps à autres. Ensuite parce que la maquette fourmille de détails nous ramenant à ces saintes années, comme l’utilisation d’un antique ustensile Nintendo, le Power Glove, comme arrière-plan pour une page. La maquette se la joue d’ailleurs old-school, façon « tube de colle et ciseaux dans les pognes », le tout étant en prime agrémenté de chouettes dessins, par ailleurs repris pour deux autocollants. A savoir deux tête, l’une de Pinhead et l’autre de Toxie de Toxic Avenger. Autant dire qu’on est dans nos pantoufles Tortue Ninja et que visuellement ça envoie du pâté de saumon !

 

CarhodicOverdose2La couv’ du numéro 2, prévu pour fin mai !

 

Si la forme est validée, comme on dit visiblement à Besançon vu qu’ils usent tous de cette expression, qu’en-est-il du fond ? C’est là aussi de la bonne came mes enfants, Matt et ses différents chroniqueurs optant pour la simplicité, leurs textes sortant du cœur. Pas de grandes analyses si le métrage étudié ne parle pas plus que ça à l’auteur, pas de mots scientifiques, pas de posture : on parle vrai, on dit ce qu’on a à dire et on referme la porte en partant sans attendre les applaudissements. C’est du fanzinat pur et dur, à l’ancienne, avec une collection de papiers sur des œuvres plus ou moins associées à la Série B et au monde de l’horreur selon les cas. Ca ne se prend pas le chou, ne se fait pas passer pour ce que ça n’est pas et c’est fait avec le plaisir et ça se sent. C’est d’ailleurs ce qui marque le plus dans Cathodic Overdose, cette joie, quasiment enfantine, qu’a Matthieu à voir un film. On le sent réellement excité à l’idée de découvrir une nouvelle bobine échappée des eighties, voire même une bande récente, tout comme nous pouvions l’être lorsque nous étions de petits gosses passant nos mercredi après-midi le nez collé à l’écran, devant une VHS bien suintante. Dans le genre rafraichissant, ça se pose là et la revue nous ramène à l’enfance sans trop se forcer. Bien sûr, vous me connaissez, je suis toujours un peu plus excité à l’idée de lire de nouveaux avis sur des fleurons de la Série B comme Transmutations, Dagon, Man with the Screaming Head ou Madman que sur un Robin Williams (jamais compris l’enthousiasme autour de ce mec) ou Dick Tracy, c’est certain. Mais la sincérité de Matt fait le boulot même dans ces moments et l’on n’a jamais l’envie de sauter un paragraphe pour accélérer le rythme. C’est bien sûr imparfait, il y a des fotes à goch et à drwate, mais ki nan fé pas ? Un zine prometteur pour notre musclé, donc, d’autant que tout est ici fait main : Nédey, en bon esclavagiste qu’il est, force sa copine Emy (également artiste à l’œuvre dans le zine) à faire de la couture pour relier toutes ces belles pages. Notons aussi que le zigoto anime une page Facebook des plus velues, Les Films du Placard, où il parle de trucs qu’on kiffe et a notamment fait une des meilleurs chros que vous pourriez lire sur le Robowar de Mattei. Rah si en plus le mecton sait prendre ces délices par le bon bout, on ne peut qu’attendre l’écume aux lèvres sa nouvelle offrande, qui devrait être prête pour fin mai ou début juin. D’autant qu’il a le bon goût de détester Inception, preuve supplémentaire que Cathodic Overdose ne peut décemment pas être un mauvais zine. Vivement la suite !

Rigs Mordo

2 comments to Médusa 27 et Cathodic Overdose

  • Roggy  says:

    Bravo pour ces articles toujours sympathiques mettant en avant le milieu du fanzinat. Je ne connais pour ma part que « Médusa », excellent d’ailleurs, mais « Cathodic overdose » semble couler du même tonneau ! Je ne peux leur souhaiter qu’une longue vie et de garder leur bel esprit.

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