Une Virée en Enfer 3

Category: Films Comments: 4 comments

L’ami Rusty Nail, alias Clou Rouillé ou Vieux Clou comme on l’appelait jadis, n’est pas du genre à crever un pneu alors qu’il est en bonne route. C’est que notre routier préféré compte bien continuer à répandre le sang sur la route sans perdre de sa vitesse, ce que nous rappelle ce direct-to-video faisant office de troisième escapade dans son joli camion. Pouet pouet !

 

 

Et de trois ! Qui aurait cru, en 2001, que la sympathique production Une Virée en Enfer, alias Joy Ride, connaîtrait des suites jusqu’en 2014 ? Pas moi ! Je fus pourtant l’un des premiers à m’extasier sur cette petite pelloche réunissant trois disparus : Paul Walker (paix à son âme), Leelee « Ma carrière a coulé » Sobieski et Steve « La mienne a jamais décollé » Zahn. Oh, elle n’avait rien de bien spécial et reprenait à son compte le principe de Duel et The Hitcher en envoyant un routier psychopathe aux basques de trois jeunes gens, le gus voulant se venger de la blague qu’ils lui ont faite avec une cibi. C’est que les cons se sont fait passer pour une jeune demoiselle à l’entrejambe humide, lui promettant une belle nuit d’amour pour mieux l’envoyer dans les draps d’un client mécontent et bedonnant d’un motel. Pas le genre de vannes aptes à faire marrer Clou Rouillé comme une baleine… Rien de bien neuf, donc, mais ça divertissait son homme de fort belle manière, ce premier volet étant toujours une Série B fort bien torchée et au suspense des plus efficaces. Un spectacle tous publics, si l’on oublie la découverte d’un corps à la mâchoire arrachée, qui aura eu les honneurs d’une suite en 2008, cette fois nettement plus horrifique. Si le premier film restait un divertissement que certains qualifieront de « noble » parce qu’il ne misait jamais sur les ingrédients du cinoche d’exploitation, sa séquelle prend le tournant du Torture Porn et pas qu’un peu. Joy Ride 2 est un DTV gore et ne garde que le principe du premier volet pour le transporter dans des domaines nettement moins sages. Quelle voie va donc suivre le troisième, sorti en 2014 et réalisé par Declan O’Brien, réalisateur des Détour Mortel 3,4 et 5 ? Le CV du bonhomme donne déjà un début de réponse, non ? D’autant qu’il embauche le géant Ken Kirzinger (Jason dans Freddy vs Jason) pour incarner notre routier maléfique et on se doute qu’il ne fait pas venir un colosse capable de vous bouffer un Lou Ferrigno avec de la mayonnaise pour le laisser assis sur son siège durant 90 minutes…

 

joyride2

 

Joy Ride 3 sera donc plutôt gore et perpétue l’esprit du deuxième film, gardant donc une structure à mi-chemin entre le slasher (un groupe de jeunes prêts à se faire décimer un à un) et le Torture Porn (des mises à mort lentes et généralement très inventives). Pas la peine de s’embarrasser d’un scénario particulièrement bossé, dès lors, et O’Brien, aussi scribouilleur à ses heures, se contente du minimum. Il met donc en scène une bande de jeunes glands en route pour une course de voitures, le genre de garnements qui pensent que leur virilité se trouve sous le capot, si vous voyez ce que je veux dire. Des connards quoi, dont le passe-temps favori est de péter de nouveaux records sur l’asphalte. Et bien évidemment, les fous du volant croisent la route de Clou Rouillé, qu’ils manquent de foutre dans le fossé avec leurs conneries. Quand on sait à quel point notre homme n’apprécie guère les petites blagounettes, on devine fort bien comment il va prendre ces queues de poisson… Le costaud va donc traquer les jeunes, en kidnapper deux et les torturer jusqu’à ce que les autres acceptent de tomber dans les pièges qu’il leur tend… Pas de récit à tiroirs avec des twists dans tous les sens et une étude psychologique approfondie dans le coin, Une Virée en Enfer 3 est du gros B moderne qui ne se pose aucune question et fonce pied au plancher vers les passages obligés du genre. D’ailleurs, la première scène dévoile d’emblée les intentions du réalisateur : on y voit un couple en train de baiser tout en fumant du crack. Et paf, combo nudité + drugsploitation ! Sans surprise, Rusty s’invite dans la sauterie, kidnappe tout ce beau monde et les force à participer à un jeu sadique bien éloigné du limbo ou de Puissance 4. Le gus les force à rester accrochés à son capot tandis qu’il roule à toutes berzingues et va bien évidemment se gausser comme un phoque en les voyant passer sous ses roues et repeindre le bitume ! Sexe, violence et shit, le cocktail le plus « in » dans le petit monde de l’exploitation !

 

joyride3

 

D’ailleurs, O’Brien garde ses bonnes habitudes acquises sur la saga des Wrong Turn puisqu’il balance encore quelques mises à mort bien saignantes, ici plutôt sous inspiration de Jigsaw et ses Saw, en moins élaborées et donc plus directes. On découpe les doigts et le visage d’un conducteur du dimanche via les pales d’un moteur, on attache une demoiselle bien en hauteur à la cabine du camion pour qu’elle se mange un pont (la meilleure scène du film, bien frontale), on broie quelques tronches ou on se bastonne façon catch dans une vieille décharge. Généralement via des effets à l’ancienne, le numérique restant éloigné des pédales de frein du Vieux Clou, les effets pratiques étant privilégiés. Ils ne sont pas toujours incroyables et on voit clairement que l’équipe a balancé des côtelettes et des pains de viande sous le camion pour faire croire que des jeunes gens sont démembrés par l’engin, mais on ne va pas faire les fines bouches : ça fait bien plaisir de voir à notre époque des effets old-school ! Joy Ride 3 remplit donc sa part du contrat concernant son aspect « gruesome », mais cela ne fait pas forcément tout un film et nous connaissons bien des bandes gorasses et bas du front alourdies par un mauvais script. C’est malheureusement le cas ici, pas tant parce que le récit n’a rien d’original, on s’en accommode fort bien, mais parce que l’écriture des personnages est aux fraises. On sent très clairement qu’O’Brien a misé un maximum sur son boogeyman, très présent, pour ne pas dire omniprésent, et rendu plus sadique que jamais. Jadis une ombre, une menace audio que l’on ne voyait jamais et s’effaçant derrière son bolide, Rusty se mue en un monstre bien plus visuel, bavard et n’hésitant plus à sortir de son camion pour coller des tartes aux vilains enfants. Mais du coup, ces derniers ne bénéficient pas d’autant de soin et sont, osons-le dire, parfaitement imbuvables !

 

joyride1

 

Il sera en effet bien difficile de ne pas passer du côté de Clou Rouillé, non seulement parce qu’il affiche un certain charisme mais aussi parce que ses opposants se comportent comme des connards incapables de prendre une bonne décision. Ainsi, ils décident d’aller s’entraîner sur la fameuse Route 17 alors qu’ils étaient prévenus qu’un dingue y rôde et que l’on a tendance à retrouver des oreilles coupées après son passage. Qu’ils n’y croient guère et décident tout de même d’aller s’amuser dans le coin, admettons encore puisque ces mises en garde émanaient d’un redneck parlant aussi de complots extraterrestres. Mais de là à rouler comme Satanas et Diabolo devant le camion du mec le plus dangereux de la région (bon encore que ça, ils le savent pas, mais tu fais pas ça même au gus le plus tendre du pays !), au point que celui-ci vienne te coller son pare-chocs au cul… Et pensez-vous que nos jeunes gens vont appeler les autorités pour les prévenir qu’un taré tente de les aplatir ? Z’êtes fous les gars, ils ont une course les jeunes, ils ont pas le temps pour ça ! Une bonne partie du film se penche d’ailleurs sur les mauvais choix des héros, sur les conséquences de leurs actes, mais O’Brien a bien de la peine à les rendre sympathiques, à les humaniser. Ils restent tout du long de sales petits cons méritant presque ce qui leur arrive puisqu’à aucun moment ils ne sont raisonnables. Bon, faut dire que le fait que tous les acteurs soient des salsifis dénués de charisme n’aide guère, le héros en chef étant un sous Paul Walker que l’on a envie de défoncer au pied de biche tandis que sa copine, jouée par Kirsten Prout (nom marquant s’il en est), parvient à atteindre le podium peu envié des nanas à secourir les plus agaçantes possibles. Comment voulez-vous ne pas avoir envie de vous installer sur le siège passager tandis que le badguy leur fonce dessus avec ce panier de crabes dans les pattes ?

 

joyride4Photo de tournage, on voit moins bien dans le produit fini. Je préfère préciser…

 

Autre gros problème : le climax mettant en scène l’affrontement final contre Rusty Nail est nul à chier et d’une mollesse à pleurer, le héros décidant de combattre le camion à l’aide d’une grue dotée d’un grappin en fer. On dirait le final de Christine mais en mou du bulbe ! Et plus gênant : Vieux Clou, jusque-là présenté comme un être intelligent à qui on ne peut pas la faire à l’envers se fait tout simplement avoir comme un bleu alors qu’il a largement le temps de prendre la fuite ! Reste que l’on ne s’emmerde tout de même pas, que le métrage file à un bon rythme et hormis quelques minutes bien chiantes nous présentant les jeunes dans un garage, aucune scène ne semble faite pour meubler. Joy Ride 3 est du genre « Straight to the Point » et on ne va pas s’en plaindre. Alors oui, la réalisation n’est pas fameuse, O’Brien n’emballant aucun plan particulièrement mémorable, si ce n’est éventuellement lorsque le camion traverse une bagnole de police ou le fameux baiser que fait un pont à une jeune fille alors coupée en deux. Pour le reste, on se situe dans la bonne moyenne du DTV moderne : la photographie est parfois assez jolie, le budget n’est pas élevé mais propose quelques belles cascades et l’on n’a pas la sensation de se faire entuber. La trilogie Joy Ride se porte donc plutôt bien, quand bien même elle ne fait pas des étincelles. Mais on n’en attendait pas tant non plus, donc l’un dans l’autre, difficile de faire les surpris ou les déçus : le taf est fait et plutôt honorablement. Pas sûr cependant que la franchise en ait encore suffisamment sous le capot pour ne pas subir une sortie de route avec un potentiel quatrième opus…

Rigs Mordo

 

joyrideposter

 

  • Réalisation: Declan O’Brien
  • Scénarisation:  Declan O’Brien
  • Production: 20th Century Fox
  • Titres: Joy Ride 3: Roadkill
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ken Kirzinger, Kirsten Prout, Jesse Hutch, Leela Savasta
  • Année: 2014

4 comments to Une Virée en Enfer 3

  • ingloriuscritik/ Peter Hooper  says:

    Bon papier (what did you expect ?) et j’aime bien cette trilogie foutraque . Le premier est très différent des 2 autres , plus proche d’un Hitcher ou Duel, mais j’aime leur univers déjanté ! Et c’est du « truc assumé » jusqu’au-boutiste ,et très supérieur coté Bis a pas mal de récentes réalisations ! Du cinoche décérébré comme j’aime (qui se ressemble …)en somme .

  • Roggy  says:

    Pour ma part, hormis le premier opus, je ne suis pas un fan des deux suites. Certes, c’est plutôt bien emballé mais ça ressemble à un slasher lambda comme on en voit tant. Je préfère ta chronique au film l’ami 🙂

Leave a reply Cancel reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>