2072, Les Mercenaires du Futur

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Un sous-Mad Max/New York 1997 par Lucio Fulci ? Ah, j’en entends déjà qui se frottent l’entrejambe frénétiquement rien qu’à l’évocation de cette promesse d’une bisserie totale et bien virulente ! Ben va falloir calmer vos ardeurs, les gars, car il n’y a définitivement pas de quoi décharger un demi-litre de glace à la vanille devant 2072, Les Mercenaires du Futur

 

 

Pas la peine de vous refaire une énième fois le bon vieux topos sur la nature de photocopieuse du bis rital de la fin des 70’s et de toutes les 80’s. Vous savez aussi bien que moi que les bouffeurs de tagliatelles aimaient reproduire, à leur sauce, tous les succès de l’époque. Et en 1984, les pelloches les plus plébiscitées par les fous furieux du fantastique étaient bien évidemment celles mettant en scène les froid et désabusés Max Rockatansky et Snake Plissken. Deux âmes noires forcées de sauver, plus ou moins contre leur gré, quelques faibles chahutés par de grands vilains. Pour beaucoup, fac-similer les aventures de ces grands noms du fantastique ou de la SF tenait plus ou moins de la basse besogne, en tout cas pas d’une méthode de production basée sur l’artistique, une petite tâche à laquelle Lucio Fulci avait échappé jusqu’à 1983. Certes, son Enfer des Zombies était déjà perçu comme un rip-off du Zombie de Romero, mais le vieux Lucio s’était tellement emparé du sujet que toute comparaison entre les deux œuvres semblait bien veine. Reste qu’auparavant, notre homme pouvait laisser tout son caractère exploser au détour de bobines gore mais les accueils plutôt tièdes offerts à L’Eventreur de New York (pourtant excellent !) et à La Malédiction du Pharaon (bon, c’est pas tout à fait le même son de cloche là…) pousseront notre auteur à taper dans des projets relativement éloignés de ses travaux de cœur. Cela a commencé avec du sous-Conan via le bizarroïde et vraiment sympa Conquest, un peu sous-estimé si vous me demandez mon avis, cela continue avec ce 2072, Les Mercenaires du Futur braquant son objectif sur les travaux de Miller et Carpenter. Et vous l’imaginez bien, notre ami Lucio n’a pas franchement bénéficié des mêmes moyens que ses modèles du jour, I guerrieri dell’anno 2072 étant aussi fauché que les autres avatars à la bolo du post-apo que sont Le Gladiateur du Futur, Les Nouveaux Barbares et autres 2019 Après la Chute de New York. Et peut-être même plus, ce dont nous allons très vite nous en rendre compte…

 

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Nous sommes en 2072. Ou en 2001. Ou en 2033, voire en 2079, tiens. Ouais, 2072, Les Mercenaires du Futur fait partie de ces œuvres à la temporalité évolutive, la date de l’intrigue n’étant pas toujours la même selon que vous vous envoyez les versions britannique, québécoise, américaine ou française. Généralement, ce genre de détails est déjà un bon indice sur la qualité du métrage… Dans tous les cas, nous sommes dans le futur, à Rome, et c’est pas joli-joli à voir. Visiblement, la violence est à son paroxysme dans ce monde en perdition, au point que les chaînes de télévision ne diffusent plus que tueries et jeux de gladiateurs lors desquels les morts s’enchaînent, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Du moins, ça c’était avant et le public commence à se lasser des cascades à moto, au point que Gomez, César de l’audiovisuel incarné par Claudio Cassinelli (La Montagne du Dieu Cannibale, Le Grand Alligator), choisit d’aller encore un peu plus loin dans le morbide. Il décide ainsi de forcer Drake (Jared Martin, vu dans l’Aenigma du même Fulci mais aussi dans Dallas !), champion de ces jeux de gladiateurs de la petite lucarne et véritable héros pour le peuple, à participer à son tout nouveau jeu maison, dans lequel le joueur devra dégommer des concurrents de manière brutale. Et histoire de s’assurer que le gazier fera bien partie de ses sombres projets, il fait assassiner sa femme et fait porter le chapeau au pauvre veuf (même si c’est pas franchement flagrant). Oui, tout cela ressemble finalement beaucoup au Running Man avec le copain Arnold, et ce avec trois années d’avance puisque le film de Paul Michael Glaser ne sortira qu’en 87. N’allez cependant pas croire que l’actioner kitsch et fun à en crever (le meilleur Schwarzy pour votre serviteur !) trouve ici un équivalent avant l’heure. Alors que l’Autrichien enfilait sa combinaisons jaune pétante assez rapidement et passait donc un bon moment à galoper avec des tarés maniant le lance-flamme ou la tronçonneuse au cul, notre ami Drake met un temps incroyable pour en venir aux choses sérieuses.

 

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Lucio Fulci se serait-il dit que la maigre enveloppe à sa disposition ne permettrait de toute évidence pas de torcher des scènes d’action faramineuses ? On peut le penser, on le croit même lorsque l’on assiste aux quelques bastons motorisées, assez molles et incompréhensibles. Putain, c’est pas Ben-Hur ! Du coup, histoire de laisser les chevaux mécaniques au garage, Fulci retarde l’ouverture des jeux, préférant montrer les coulisses de cette chaîne télévisée tout entier dévouée à la Haine avec un grand H. Pour dire, il le répète plus d’une fois, alors c’est que ça doit être vrai. Le bisseux s’envoyant la vhs, car bien sûr la bobine est inédite en DVD chez nous, aura donc tout le loisir de fixer les couloirs dans lesquels Drake et les hommes de main de Cortez se baladent, soit pour aller présenter à notre héros ses complices de jeu, soit pour qu’il s’entraîne en vue du carnage à venir. Et dans les deux cas, qu’est-ce qu’on se marre ! La rencontre entre Drake et ses partenaires vaut ainsi son pesant d’ananas radioactifs, l’accueil fait à la star étant loin de celui de jolies vahinés. Hal Yamanouchi (Le Gladiateur du Futur mais aussi des films hollywoodiens comme Wolverine ou The Life Aquatic avec Bill Murray) décide par exemple de rire à deux centimètres du visage de celui qui sera son chef tandis qu’Al Cliver (L’Enfer des Zombies, Le Gladiateur du Futur) décide de coller une belle rouste à l’arrivant. Et tout cela sous le regard rigolard d’un Fred Williamson se gardant bien d’intervenir, tout comme le reste de figurants à peine présents dans 2072. Et le Drake n’aura pas le temps de se faire accepter puisqu’il doit partir pour l’entrainement avec la belle Sara, assistante de Cortez dont le rôle est de rendre le héros plus méchant. On lui passe alors en boucle une vidéo de l’assassinat de sa femme, avant de lui donner un flingue et le mettre face aux trois présumés tueurs, qui gigotent devant notre homme de manière agaçante et stroboscopique, se plaisant à le provoquer via des grimaces. Je peux vous dire qu’à la place de Drake, je leur aurais déjà délocalisé les dents dans l’anus, mais notre homme étant une figure de bonté, il n’en fait rien.

 

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Après quelques molles mésaventures (tentative d’évasion, trahison, passage à tabac par les gardes), on en arrive finalement au climax voyant tous ces braves gars se foutrent sur la gueule. Et l’on se demande en quoi cette joute diffère de celle vue en première bobine puisque l’on assiste encore une fois à une course à moto. Tu parles d’une révolution… Bien entendu, tout se finira bien pour notre héros, qui finira même par emballer la douce Sara alors que, pour rappel, sa femme est morte voilà seulement quelques jours. Loin des yeux, loin du cœur… Bon, autant le dire, 2072, les Mercenaires du Futur fait partie des pires travaux de Lucio Fulci et devient même un calvaire assez rapidement. Eh oui, même le kitsch absolu de l’ensemble, ses maquettes ne faisant pas illusion une demi-seconde, les lasers disco dessinés à même la pellicule, les costumes de kermesse ou les acteurs, tous assez mauvais et jamais impliqués, ne sauvent pas l’entreprise. Alors certes, on rigole de temps en temps devant une bévue ou l’autre, mais il n’y a pas de quoi se taper des barres, d’autant que le tout manque de folie. On n’est pas dans du Bruno Mattei où tout peut arriver, les plus belles folies, Fulci tentant vraiment de livrer une bisserie valable. Et presque profonde, d’ailleurs, puisque Lucio nous donne son avis sur une télévision qu’il juge sans doute obscène. Et le pape du gore transalpin était encore bien loin d’imaginer à l’époque que Loana se ferait frotter le pubis dans un jacuzzi ou que le détestable Cyril Hanouna allait encore baisser un niveau général déjà pas bien haut à la base… Le blem, c’est que la, très relative, prétention de 2072 ne fait qu’agrandir le décalage entre l’ambition de l’aventure et le triste résultat. Même les scènes d’action ne sont pas aussi réjouissantes que prévu, même si Fulci se laisse aller à quelques saillies sanglantes telle une décapitation. La faute à un manque de moyen ne permettant visiblement pas à Fulci de préparer et découper efficacement son tour de piste final. Autant le dire franchement : on ne comprend rien à ce joyeux bordel, la faute à des personnages tous fringués des mêmes armures, moches à faire rougir de honte un Bioman, un détail empêchant donc de deviner qui fait quoi.

 

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On leur colle tout de même leurs blases sur le torse, mais la visibilité et le montage ne permettent pas d’y voir grand-chose. Enfin, sauf lorsqu’il y a une connerie à souligner, bien sûr, puisque l’on peut voir un gladiateur de dos, avec marqué Abdul entre les omoplates. Abdul, c’est le perso de Fred Williamson, un acteur black au cas où vous ne seriez pas familiarisés avec la blaxploitation. Et de quelle couleur est la nuque, bien visible, du cascadeur le remplaçant ? Blanche, bien entendu ! Des détails rigolos, oui, mais incapables de divertir, ces Mercenaires du Futur étant désespérément emmerdants, chaque scène s’étendant jusqu’à l’exagération. Si certaines sont intéressantes, comme cette tentative de giallo d’anticipation ou ce passage montrant les gladiateurs torturés par un sol électrifié, la majorité tombe dans l’ennui le plus pur. Le bissophile a vite tendance à penser qu’un certain esprit, une volonté de bien faire et quelques charmants défauts auront vite fait de rendre potable un divertissement dénué d’intérêt. Le film de notre copain Lucio ne profite en tout cas jamais de tout cela et se présente comme ce que l’on peut trouver de pire en matière de cinoche d’exploitation italien. Dommage, avec une telle équipe (Fulci, Dardano Sachetti au scénar, Riz Ortolani à la zikmu, ce dernier propose d’ailleurs une bande originale d’une grande nazerie), on était en droit d’espérer mieux que cette pantalonnade dénuée de charme et même pas fendarde. A éviter, et pas qu’un peu.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénarisation:  Elisa Briganti, Cesare Frugoni, Lucio Fulci, Dardano Sacchetti
  • Production: Edmondo, Maurizio et Sandro Amati
  • Titres: I guerrieri dell’anno 2072
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Jared Martin, Fred Williamson, Al Cliver, Hal Yamanouchi
  • Année: 1984

2 comments to 2072, Les Mercenaires du Futur

  • Roggy  says:

    Ce qui est rigolo dans cette histoire, c’est que la date du film change avec le pays ! En tous les cas, ce n’est pas le meilleur post-Apo du monde. La version avec Loana c’est quand même mieux 🙂

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