La Nuit de la Comète

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Oh, une étoile filante ! Vite, faisons un vœu ! Hmm voyons… Que Maïwenn se fasse écraser par un rouleau-compresseur ? Que la sortie du prochain Ghostbusters soit annulée ? Qu’une bonne petite pelloche des années 80 apparaisse devant moi ? Ah bah oui tiens, la voilà : La Nuit de la Comète !

 

 

La fin du monde a toujours été un thème cher au cinéma fantastique, constamment motivé lorsqu’il s’agit de donner vie aux peurs du public. Car que toute vie sur Terre disparaisse, que le soleil se casse la gueule et nous fasse crever à petit feu ou qu’une grosse boule enflammée vienne nous rôtir le cul, peu importe, les gens n’aiment pas ça. Z’ont pas envie de mourir les mecs, et encore moins un jeudi soir alors que la finale de Koh-Lanta n’a pas encore été diffusée. Faudrait pas claquer avant l’épreuve des poteaux, quoi… Le cinoche bis l’a bien compris et c’est sans surprise que dès les années 50 les films se penchant sur les derniers jours de la civilisation, et même ce qu’il se passe après, se sont succédé. The Last Man on Earth avec Vincent Price, The Day of the Triffids et ses plantes maléfiques devenant les nouveaux habitants de notre planète bleue, Day the World Ended de Tonton Roger et son chaos causé par une guerre nucléaire créant même un gros monstre en mousse,… Autant de bobines que s’avalait Thom Eberhardt, réalisateur/scénariste de l’horrifique L’Unique Survivante (1983), aka Sole Survivor, dans lequel la seule demoiselle à avoir survécu à un crash voit les morts venir la chercher. On perçoit déjà l’amour qu’à Eberhardt pour les récits isolant le ou les personnages dans un environnement inhospitalier, sa tendance à les rendre seuls au monde. Il revient d’ailleurs à ces jolies thématiques dès l’année suivante, donc 1984, avec La Nuit de la Comète, dans lequel l’humanité entière est effacée, si ce n’est trois jeunes gens et quelques scientifiques avertis. Une idée qui lui est venue alors qu’il écoutait deux jeunes actrices en train de discuter de ce qu’elles feraient si la Terre venait soudainement à s’éteindre et qu’il ne restait plus que leurs miches à encore tenir debout. Le Thom écrit alors un scénario, non sans aller demander à d’autres adolescents quelles seraient leurs réactions face à la grande extinction, histoire de rajouter un peu de véracité à son récit. Récit qu’il propose fort logiquement à des producteurs, sous le nom Teenage Mutant Horror Comet Zombies, titre bien vite remplacé par un Night of the Comet un peu plus immédiat. Après quelques problèmes avec ses patrons, pas franchement certains que l’Eberhardt soit la bonne personne pour mettre en boîte le métrage, le film sort et est plutôt bien reçu. Mais ne devient cependant pas un vrai classique du fantastique : on en parle en effet assez peu par chez nous et s’il jouit aux USA d’une belle réputation, c’est avec le temps qu’elle est apparue. Et grâce aux mots doux de certains scénaristes comme Joss Whedon (Buffy, les deux premiers films Avengers), le geek influent avouant sans peine que La Nuit de la Comète a beaucoup influencé son art. Chez nous, la reconnaissance tarde : pas de DVD ou Blu-Ray, peu de cinéphiles pour en causer,… Sapristi saucisse, serait-ce de la merde à ce point ? On va voir ça !

 

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Ca s’agite chez les Américains ! C’est qu’une putain de comète va lacérer le ciel étoilé dans la soirée et qu’il ne faudrait surtout pas rater ça, pensez-vous. Mais tout ce tintouin autour d’une lueur que l’on aura à peine le temps de percevoir, Regina n’en a cure, tout ce qui compte pour la belle brune de 18 piges étant de s’assurer qu’aucun mecton ne vienne battre son record à un jeu d’arcade et s’envoyer en l’air avec le projectionniste du cinéma dans lequel elle travaille. Sa sœur Samantha, cheerleader de son état, est du même bois et n’entend pas bouger son derche pour reluquer devant sa baraque un truc qu’elle pourra de toute façon voir de son lit, à la télévision ! Bien sûr, je vous le donne en mille, la fameuse comète n’est pas qu’un joli spectacle et a la faculté de réduire en poussière rouge tous les êtres humains à sa portée. Comme de juste, puisqu’elles n’ont pas foutu le nez dehors, l’une parce qu’elle s’envoyait en l’air à côté d’une table de montage et l’autre car elle était trop fainéante pour sortir du lit, Regi et Sam sont belles (ah ça oui !) et bien vivantes. Et elles se rendent compte que les autres habitants de leur ville n’ont pas eu leur chance, soit parce qu’ils ont été changé en sable chaud, soit parce que les radiations de la météorite les ont transformés en zombies. Que faire ? Survivre, déjà, s’amuser ensuite. En allant faire les boutiques, désormais gratuites, par exemple, pendant qu’Hector, un brave gars rencontré dans une station de radio, tente de retrouver sa famille. Mais les beaux jours risquent fort de disparaître à grands coups de pied au cul puisqu’une tripotée d’hommes (et de femmes) de science décident de capturer nos donzelles, persuadés qu’ils sont qu’elles doivent être immunisées à ces radiations changeant les braves gens en de bien vilains zomblards se nourrissant de dépouilles de chats. Mais leur but étant de les vider de leur sang, jusqu’à la mort, pour avoir du stock leur permettant de tous se soigner, mieux vaut pour nos deux sœurettes qu’elles ne se fassent pas agripper par ces satanées blouses blanches…

 

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Night of the Comet est un film des années 80 et ça se voit : les chevelures sont imposantes et ne passent pas les portes, les couleurs fluo et les néons colorés jaillissent aux quatre coins de l’écran, on y joue à des jeux d’arcade d’antan et la musique est largement constituée de mélodies créées au synthétiseur. Tout pour constituer un bon feel-good movie à l’ancienne, en somme ? Pas vraiment, même si l’on a effectivement cette impression lors des premières minutes du film, celles nous montrant la population s’agiter pour voir la fameuse comète frôler leurs moumoutes et vite acheter les goodies qui seront démodés trois jours plus tard (voir les superbes antennes bien ringardes que tout ce beau monde porte). Mais cette impression d’être face à une petite sucrerie sans défense ne dure pas bien longtemps : Regina se réveille avec son mec, qui se fait immédiatement fracasser le crâne par une clé à molette, tenue par un clochard mutant, le genre auquel on ne roule pas une pelle. Douée pour la baston et femme forte grâce à son militaire de père, Regina parvient néanmoins à prendre la fuite, traversant une cité sans vie, vide de toute âme ou de bruit, dans le but de retrouver sa frangine Samantha. Qui ne s’était pour sa part rendue compte de rien et aura bien du mal à accepter l’horrible vérité. Ses amies, sa famille, le garçon qu’elle appréciait à l’école, toutes ces personnes, la pom pom girl ne les reverra plus jamais. La bonne humeur des débuts se casse ainsi bien vite la gueule et l’on comprend que l’on aura affaire à une œuvre douce-amère, tendre et légère grâce à ses personnages mais aussi sombre et grave de par les évènements touchant leur petit monde. Eberhardt n’hésite ainsi pas à passer d’une humeur à l’autre, de passer à l’excitation d’une réunion dans les rues pour un évènement à la surprise de se retrouver face à une vie en solitaire, à la joie de pouvoir faire tout ce que l’on veut dans les magasins à l’effroi d’être prisonnières d’une bande de loubards devenus mutants, à la bonne surprise de rencontrer des scientifiques promettant monts et merveilles à la désillusion face à leurs sombres desseins.

 

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Alors qu’il avait tous les aspects du film d’horreur mainstream et fendard des 80’s, La Nuit de la Comète montre donc bien vite une certaine tendance à verser dans la gravité. Si l’épouvante est ici des plus soft visuellement, la caméra regardant ailleurs lorsque la brutalité perce, une certaine pesanteur finit par oeuvrer et le spectateur sera moins effrayé que touché par le désespoir régulier de ces deux sœurs. Principalement de Samantha, d’ailleurs. Si Regina est une héroïne convaincante et loin d’être réduite à un trait de caractère puisqu’elle est autant une geek qu’une fille populaire ayant rencontré de nombreux garçons, c’est la blonde Sam qui marque le plus de points. Au départ présentée comme une idiote sans doute très superficielle, comme le cliché même de la fille paresseuse n’ayant rien dans le crâne, elle révèle finalement une vraie sensibilité et montre même plus de sentiments que sa brune de sœur. Elle est la première à verser une larme et s’inquiéter de la qualité de vie qu’elles vont désormais avoir et n’est pas dupe de la relation s’installant entre Regi et Hector, se rendant bien vite compte que si ces deux-là se mettent en couple, elle n’en sera que plus isolée encore. Elle est définitivement plus mignonne et fragile que Regina, pour qui on ne s’inquiète guère puisqu’elle est rapidement introduite (en tout bien tout honneur hein) comme une dure à cuir, et c’est avec tristesse que l’on découvre que Sam commence à avoir des démangeaisons annonçant sa mutation prochaine en zombie suintant. Et lorsque les scientifiques arrivent et mettent la main sur elle, autant dire que l’on n’en mène pas large pour elle… Notons d’ailleurs que les demoiselles sont ici particulièrement bien mises en avant, le réalisateur étant visiblement un féministe accompli. Ce qu’il transmet dans son travail mais sans aucune lourdeur, évitant facilement le piège qui est celui de transformer ses actrices en des tueuses à la Ripley ou Sarah Connor. Si Sam et Regi prennent les armes et sont assez habituées aux pétoires grâce à leur daron, elles n’en restent pas moins des jeunes filles aimant fricoter avec les mâles et essayer toutes les robes à leur disposition.

 

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Autant prévenir les bisseux assoiffés de débordements gore : La Nuit de la Comète n’est à aucun moment virulent en la matière. A vrai dire, les seuls frissons seront ceux trouvables lors de songes de Samantha, rêvant que des flics zombies en veulent à sa vie, des scènes présentées comme de funestes prémonitions. Pour le reste, les monstres sont si peu présents que l’on a du mal à les considérer comme une réelle menace et l’on jugera les scientifiques comme un danger nettement plus important. Eberhardt fit d’ailleurs face à des producteurs inquiets du manque d’action de la bande (même si on fait exploser une bagnole, qu’on affronte un gosse zombifié, qu’on se mitraille dans un centre commercial et qu’on attaque un bunker en ultime bobine) mais parvint à faire respecter sa position : son film est plus une œuvre sentimentale qu’un déluge de sang et de fureur ! Bien sûr, l’amour pour les Séries B d’antan est prégnant et on le remarque d’emblée au détour de quelques posters (It Came from Outer Space) ou l’utilisation de quelques personnalités du genre, comme Mary Woronov, excellente en scientifique dépressive et désabusée, actrice ayant fait les beaux jours des sociétés de Roger Corman. D’ailleurs, nos demoiselles sont elles aussi excellentes, que ce soit une Catherine Mary Stewart (The Last Starfighter) piquant le rôle de Regi à Heather Langekamp, à qui elle ressemble d’ailleurs pas mal, ou une Kelli Maroney (le Chopping Mall de Wynorski) particulièrement touchante. Elles éclipsent en tout cas le casting masculin, plus anecdotique même si l’on doit reconnaître que Robert Beltran, connu des Trekkies, n’a aucun mal à se montrer sympathique dans le rôle d’Hector. Un personnage cependant créé dans l’unique but d’amener des tensions entre les deux sœurs…

 

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Pour autant, malgré cette liste de grandes qualités, à laquelle on ajoutera une réalisation sans failles, Night of the Comet peine à être considéré comme un classique, alors qu’il est très certainement l’un des premiers films de son style. Comprendre le genre de pelloches dans lesquelles des glandeurs sont soudainement propulsés héros d’une aventure incroyable, depuis bien popularisée par Shaun of the Dead et reprise très régulièrement puisque l’on a encore vu, il y a peu, des scouts ou des enseignants un peu cons affronter des cadavres ambulants… Alors pourquoi le film d’Eberhardt ne peut-il pas récolter un peu plus de fleurs ? Sans doute car il lui manque une ou deux scènes mémorables. Tout le film est très agréable, prenant, et l’on ne se fait jamais chier, mais force est de constater qu’aucune séquence n’emporte particulièrement le morceau, qu’il n’y a guère de morceaux de bravoure. Sans doute dans une volonté de ne pas éclipser l’affectif, ici au centre de tout. Dommageable mais certainement pas suffisant pour passer outre ce petit bonbon montrant sans tarder qu’il est assez acidulé. La Nuit de la Comète est un petit film fantastique doté d’un cœur gros comme ça et il y a fort à parier que les vôtres bâteront à son rythme. Imparfait mais précieux.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Thom Eberhardt
  • Scénarisation: Thom Eberhardt
  • Production: Andrew Lane, Wayne Crawford
  • Titres: Night of the Comet
  • Pays: USA
  • Acteurs: Catherine Mary Stewart, Kelli Maroney, Robert Beltran, Mary Woronov
  • Année: 1984

4 comments to La Nuit de la Comète

  • Nazku Nazku  says:

    Tiens c’est malin, j’ai maintenant envie de revoir ce film que je n’ai pas vu depuis plusieurs années…

  • Roggy  says:

    Comment ai-je pu passer à côté de cette petite SF des années 80 ? Peut-être parce que ce n’est pas la plus connue des péloches non ? Merci pour la découverte même si le film semble manquer de punch.

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