La Créature est parmi nous

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La Universal n’en finit plus de tourmenter cette pauvre et étrange créature du lac noir ! Après lui avoir brisé le cœur à deux reprises et l’avoir enfermée dans un gros bocal, comme un vulgaire poisson rouge, voilà que le studio décide de faire perdre de ses attributs aquatiques au monstre le plus malchanceux du monde…

 

 

Faut croire que la Universal se plaisait plutôt bien dans son petit bassin puisqu’elle décida d’y rester quelques mois encore après la sortie de La Revanche de la Créature pour y emballer La Créature est parmi nous, sorti en 1956. Soit un à peine après le deuxième volet, qui suivait lui-même le premier de très près, histoire de ne pas laisser aux écrans le temps de sécher. Qui s’en plaindra ? Pas nous, quand bien-même il est permis de s’inquiéter de la désertion de Jack Arnold, parti vers d’autres terres cinématographiques. Heureusement, avant de quitter la barque, Arnold recommande son successeur, un certain John Sherwood, son assistant sur les précédents opus. Autant dire que le gaillard connaît la franchise et sera donc l’homme de la situation… Pour s’assurer que la saga reste sur de bons rails, on fait également appel à Arthur Ross, scénariste de l’original pour qu’il reprenne la machine à écrire et imagine un récit pour ce métrage, le premier à ne pas être en trois dimensions. Mais également le dernier, cette ultime mésaventure de la bestiole la plus cool qui soit fermant en effet une sacrée trilogie, toujours aussi unique plus de soixante ans après son coup d’envoi. Car contrairement aux Dracula, Frankenstein, Wolfman ou La Momie, le Gil Man n’a jamais eu droit à une nouvelle version, à un remake. Certes, il a vu quelques petits cousins tétards sortir de leurs fleuves, à droite et à gauche, comme ceux du Continent des Hommes-Poissons, des Monstres de la Mer, The Horror of Party Beach, Hypothermia, The Monster Squad et j’en passe, mais ils n’étaient jamais vraiment « lui ». Ils n’avaient pas sa tristesse, sa rage, son romantisme et se contentaient d’être, pour leur grande majorité, de simples démons des eaux, mangeurs d’hommes à leurs heures. Unique, le Gil Man l’est toujours, même si, vous allez le voir, son dernier film tente de le dénaturer…

 

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The Creature Walks Among Us débute comme le premier et le deuxième film, par la petite virée sur les eaux que s’offrent quelques chercheurs. Et comme dans La Revanche, ils ont pour but premier de capturer notre vieux pote aux branchies pour faire quelques expériences sur sa pomme. Le but du chef des savants est d’ailleurs clairement établi : il veut faire entrer l’humanité dans une nouvelle ère. Persuadé, à raison par ailleurs, que la Terre ne pourra pas toujours subvenir aux besoins de grandeur de l’homme, il songe sérieusement à faire partir les Terriens vers les étoiles, vers de nouvelles planètes. Sachant fort bien que le Gil Man est un être disposant de capacités de survie et d’adaptation hors du commun, il désire donc le faire prisonnier pour l’étudier. Mais cela ne se passe bien évidemment pas le plus simplement du monde et l’homme Gilles n’est pas d’humeur à voir débarquer dans son lagon des blouses blanches aussi emmerdantes qu’envahissantes. Il se débat donc et, dans la lutte, se retrouve sévèrement brulé, forçant ses opposants à le soigner. Ils en profitent pour lui refaire la façade et modifient, en passant, son système respiratoire, le pauvre se retrouvant avec des poumons comme les nôtres, c’est-à-dire inadaptés à une vie sous-marine. Pour une fois, notre bestiau ne s’entiche pas trop de la blonde de service, nous laissant penser qu’il a retenu la leçon : les nanas, c’est pas pour lui. Faut dire que la donzelle a déjà assez de problèmes comme ça puisque son époux, un grand chirurgien, l’homme fort menant la barque de tous ces scientifiques, n’est pas un mari particulièrement aimant. Pire, il ne s’adresse à elle que pour lui faire des reproches, laissant l’impression à la belle qu’elle n’est qu’une parure, un sexe faible tout juste bon à mettre en valeur son dieu vivant. Les choses ne s’arrangent pas lorsqu’un matelot musclé et du genre casanova entreprend de la séduire, rendant la jalousie du patron encore plus tenace. Et toutes ces ondes négatives, ce drame qui se prépare, finissent par jouer sur la psyché du Gill Man, désormais devenu une éponge se gonflant des sentiments l’entourant…

 

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Dans les grandes lignes, cet épisode final reprend plus ou moins la trame du précédent : des chercheurs traquent la bête, la choppent et lui font vivre de sales choses avant un climax furieux lors duquel le Gill Man démolira tout ce qui lui passe sous le nez. Après tout, pourquoi changer une recette gagnante ? L’ennui c’est que le spectateur commence doucement mais sûrement à ressentir un brin de lassitude, surtout lors des présentations des personnages et de leurs objectifs. Certes, ils ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux des précédentes livraisons, mais pour ce que cela change… D’ailleurs, sentant peut-être que la tambouille commence un peu trop à ressembler à celle des précédents, il est décidé de noircir le trait concernant ces humains, désormais engloutis par un triangle amoureux franchement pas joyeux. La demoiselle en quête d’aventures et bien décidée à montrer qu’elle aussi en a une grosse paire est donc la proie de son mari jaloux à mort et d’un dragueur ne voyant en elle qu’un objet de désir. Sale ambiance à bord ! Une idée intéressante, d’autant qu’elle éclipse un peu les sempiternelles tentatives d’explications quant à l’existence du Gill Man, déjà analysé de la tête au fion dans les premiers films. L’ennui, c’est que cette sombre romance envahit un peu trop le récit et relègue le monstre au statut de figurant, celui-ci semblant moins présent que dans ses autres méfaits. Plutôt dommage compte tenu du fait que s’il on achète notre place, c’est avant toute chose pour voir ses grosses lèvres et sa carcasse visqueuse, sa frimousse quoi ! Malheureusement, on comprend bien vite que le budget est un peu descendu depuis la dernière fois : le costume classique du monstre est à peine montré et seulement dans la pénombre, avant d’être rapidement changé pour un nouveau, le beau diable écaillé étant transformé par les humains en un être désormais plus proche de l’homme que du poisson. Si le masque utilisé est plutôt beau, on regrettera le manque de vie qui l’anime mais aussi et surtout le fait que le corps du Gill Man soit désormais caché par des vêtements. Plutôt cheap, d’autant qu’on a la sensation que le buste du monstre est fait en coton tant il est imposant et semble mou…

 

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Alors la franchise de La Créature, aussi à bout de souffle que sa star désormais incapable de respirer sous la flotte ? Quand même pas et si ce numéro 3 est le moins bon du lot, il renferme toujours un bon nombre de séquences intéressantes. Comme cette échauffourée dans la flotte ou sur la barque, la créature sortant de nulle part pour s’en prendre aux laborantins, explosant leurs lampes avant de se faire cramer la gueule. Et ne pensez pas que ça l’arrête puisqu’elle renverse l’embarcation et trouve encore le moyen de se battre après cela ! Quelle forme et quelle scène, surtout ! D’ailleurs, sans surprises, c’est notre vedette qui écope de toutes les plus belles séquences, comme ce final amer, la voyant se diriger vers la mer, et donc vers une mort certaine. De quoi rattraper le fait que la personnalité de l’homme-poisson est ici un peu trop binaire, surtout lors de ses premières apparitions. Son ambiguïté des débuts n’est plus et il semble être devenu, à force de déceptions, un véritable animal enragé tuant tout être passant à portée de griffes. Et une fois passé sous les bistouris de ces foutus chercheurs, il devient à l’inverse un agneau se nourrissant des sentiments et ressentiments de ses proches, agissant gentiment lorsqu’on le traite bien et donc méchamment lorsqu’il sent que l’atmosphère pourrit… Intéressant mais également mal utilisé tant cela survient tardivement dans la pelloche, ne laissant donc pas à Sherwood le loisir d’élargir cette idée. Au final, le Gill Man devient finalement une nouvelle Créature de Frankenstein : même type de fringue, même envie d’être bon, mais le monde l’entourant finit systématiquement par faire jaillir sa brutalité, ses pires instincts. Voilà qui sent malheureusement la redite…

 

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Sherwood n’en propose pas moins un très bon film de monstre : on ne s’ennuie pas malgré quelques tunnels de dialogues, les scènes aquatiques donnent toujours envie de prendre son tuba et de piquer une tête au pays des algues, le monstre, même défiguré, reste le plus attachant du bestiaire de la Universal et la réalisation, si elle ne vaut pas celle d’Arnold, reste de fort bonne facture. Même les différents protagonistes permettent de changer un peu la couleur de ce volet, plus sombre que les précédents, de par l’antipathie qu’ils dégagent. Tous, à l’exception du plus valeureux Rex Reason (This Island Earth), ont un aspect noir, une négativité ou une supériorité laissant imaginer que leurs vies sont en passe de mal tourner, Gill Man ou pas. Alors certes, ça ne vaut pas les chefs d’œuvre d’Arnold, mais ça reste tout de même du Universal Monster très au-dessus de la moyenne ! Evidemment, Elephant fournit encore une très belle copie, avec ses bonus de Dionnet dans une édition que vous feriez bien d’acquérir si vous ne voulez pas que je vienne vous hanter lorsque vous prendrez votre bain ! Vous vous lasserez avant moi, vous verrez.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: John Sherwood
  • Scénarisation: Arthur A Ross
  • Production: William Alland pour Universal
  • Titres: The Creature Walks among us
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rex Reason, Jeff Morrow, Leigh Snowden, Gregg Palmer
  • Année: 1956

2 comments to La Créature est parmi nous

  • Roggy  says:

    Évidemment qu’on a envie de plonger avec toi dans cette deuxième séquence de notre homme-poisson favori ! Même si le bougre commence à prendre de la bouteille et que ses histoires se ressemblent toutes un peu, c’est toujours agréable à mater.

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