Psycho Beach Party

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Ca va swinguer, mes bébés ! Car aujourd’hui, histoire de fêter le retour du beau temps, on va se pencher sur le cas de Psycho Beach Party, étrange slasher adapté d’une pièce de théâtre ! N’oubliez pas vos lunettes de soleil et votre crème solaire, vous allez en avoir besoin !

 

 

Un slasher adapté d’une pièce de théâtre… Ca laisse sceptique, n’est-ce pas ? On devine dans tous les cas que ce n’est pas du Molière, tout en imaginant cependant quelques marmots se faire limer les sourcils par un émule de Michael Myers, en version poète ! Imaginez un peu une pièce revenant sur Halloween avec Fabrice Luchini dans le rôle de l’ami The Shape : il tue ses victimes en les rendant folles après une heure de discussion ! Bon, à priori, pas de ça dans Psycho Beach Party, la pièce, à la base titrée Gidget goes Psychotic, une idée abandonnée par peur d’avoir des problèmes avec Gidget, film de 1959 visiblement parodié par l’auteur. Un certain Charles Busch, connu pour se travestir et qui se donnera d’ailleurs à lui-même le premier rôle, celui d’une jeune adolescente. Du moins en 1987 car lorsque vint le moment de passer des planches à la pellicule, le bon Charles était désormais un peu trop vieux pour être crédible dans le rôle d’une gamine dotée de plusieurs personnalités, parfois virulentes. Psycho Beach Party, le film, fut en tout cas réalisé en l’an 2000 par Robert Lee King, metteur en scène à la maigre carrière, et son métrage ne connut pas, c’est rien de le dire, un succès retentissant. Passée inaperçue partout, cette bande indépendante n’est même pas parvenue à se faire remarquer par les coutumiers des camps de vacance ou campus renfermant des maniaques maniant la hache comme personne, les slasherophiles ignorant, pour une bonne part, son existence. Il faut dire que les chances pour que le présent métrage leur colle une gaule de tous les diables sont plutôt minces puisque malgré son titre aguicheur, on tient moins du travail de charcutier à la Blood Feast ou Pieces qu’une petite comédie légère…

 

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Florence (Lauren Ambrose, la petite rousse dans la superbe série Six Feet Under, qui reprend donc le rôle de Busch) n’est pas franchement ce que l’on peut appeler une fille très populaire et les garçons ne font d’ailleurs pas attention à sa présence. C’est pourquoi elle décide de se rapprocher de la bande des surfeurs squattant la plage à la recherche d’une nouvelle vague à dompter. Au départ recalée par les jeunes hommes, elle finit par se faire une place au soleil à leurs côtés, non sans avoir été renommée Chicklet (« petite nana » ou « Nanette » en français) par ses nouveaux super potes, également ses instructeurs dans ce sport nautique. Mais voilà, tout était trop beau et il faut qu’un assassin rôde dans les parages et assassine l’un des mectons du groupe, attirant bien évidemment les suspicions de la police, menée par un enquêteur travelo (Busch s’est offert ce rôle). Qui peut bien être l’immonde félon s’amusant à éradiquer la jeunesse venue se dorer le cul sur le sable fin ? La mère de Chicklet parce qu’elle n’apprécie pas de voir se fifille traîner avec des mâles ? Le bel étudiant Suédois, arrivé pile au moment où les meurtres se sont lancés ? La meilleure amie de Chicklet, jalouse de la voir s’éloigner d’elle ? La paraplégique rendue mauvaise par son invalidité ? L’un des surfeurs, voire même leur vénérable mentor Kanaka (Thomas Gibson, connu pour la série Esprits Criminels) ? A moins que ce ne soit Chicklet elle-même ? Après tout, notre gamine à la chevelure de feu pète une durite lorsque ses yeux se posent sur des cercles, réveillant immédiatement certaines de ses personnalités cachées. Dont une Ann Bowman particulièrement véhémente et affamée sexuellement apparaissant toujours peu de temps avant qu’une tuerie ne soit commise… Bizarre, vous avez dit bizarre ?

 

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Psycho Beach Party prend ainsi la posture du whodunit, même s’il n’est pas nécessaire de s’être envoyé les intégrales de Columbo et Maigret (mais faites-le, c’est de la bonne came) pour deviner quel sagouin se trouve être l’assassin. Peu de doutes planent en effet autour de la question et il sera sans doute bien difficile de dénicher les quelques spectateurs réellement surpris par la révélation finale. Tout comme le film aura bien des difficultés à accrocher une audience ne raffolant que des multiples sévices du vieux Jason Voorhees, le réalisateur Robert Lee King ne jouant pas franchement dans la même division que les Sean S. Cunningham, Steve Miner, Joseph Zito et compagnie. Alors que ceux-ci se lancent sur le froid terrain de hockey avec la ferme intention de faire sauter quelques mâchoires et de remplir les hôpitaux, Lee King fait plutôt une petite partie de poker, tranquillement, au chaud. On risque pas de se blesser, à moins qu’une carte ne nous fende une jointure, l’ambiance est bonne, on se marre entre potes et on laisse les sauvages se fracasser le crâne sur la glace si ça les amuse ! Psycho Beach Party, c’est un peu ça : un slasher gentillet, au bodycount pas pressé de crever le plafond (quatre morts, sans compter celle du tueur à la fin), préférant miser sur sa bonne humeur. D’ailleurs, si les motifs de l’agité de la lame sont plutôt travaillés (le zig’ ne supporte pas les imperfections et élimine donc les invalides, les gens touchés par le psoriasis, les becs-de-lièvre et même les mono-couilles), on sent bien que le but premier n’est jamais de fournir un film d’horreur crédible et apte à repeindre quelques calbuts couleur marron. Si l’on ressent un amour sincère pour les bandes d’exploitation des années 80 et que l’on nous jette quelques plans vaguement gore pour faire illusion (découverte de membres arrachés dans le sable, ça ne va pas plus loin), cette passion doit cohabiter avec d’autres. Comme celle pour les Beach Movies, bien évidemment, avec leur légèreté, leur naïveté, leur nonchalance, qui s’accorde forcément assez mal avec le sérieux habituel du slasher.

 

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Un mélange contre-nature fonctionnant pourtant assez bien, par on ne sait quel miracle. Sans doute parce que les aspects purement horrifiques ont été mis en sourdine, les auteurs faisant le choix de détendre plutôt que de tenter de faire flipper. Il faut en effet être un sacré coquelet trempé pour parvenir à pousser un cri de terreur, même étouffé, devant cette pelloche solaire. Cela dit, on ne peut pas non plus dire que l’on se tue de rire non plus, l’humour étant ici très light. Si certains gags font mouche (« Ann Bowman Lives ! »), la majorité peine à soulever ne serait-ce qu’un demi-sourire, même si elle participe tout de même à la bonne ambiance générale. Psycho Beach Party ne se reluque cependant ni pour son ADN horrifique, ni pour ses molécules humoristiques, et se présente plutôt comme une récréation sans prétention faite pour détendre le chaland. Ni plus, ni moins. Et aucune des forces créatrices de ce dossier peu brûlant ne sort grandie de l’affaire. Mais pas diminuée non plus, entendons-nous bien. Les regards se tournent en tout cas vers Lauren Ambrose, la demoiselle portant le film sur ses épaules et se lançant dans un véritable one woman show puisqu’elle a l’honneur d’interpréter plusieurs personnalités. Si elle en fait bien évidemment des tonnes, ce que demande le film d’ailleurs, elle devient quasiment géniale, voire hilarante, lorsqu’elle se met soudainement à parler comme une fille du ghetto. Un vrai spectacle à elle seule, la Lauren, tant et si bien que ses compagnons paraissent un peu fades en comparaison. Si ce n’est peut-être la belle et pimbêche Amy Adams (la Lois Lane de Man of Steel et Batman V Superman), ici dans l’un de ses premiers rôles et particulièrement croquante. Les hommes ne déméritent cependant pas et semblent prendre un grand plaisir à jouer avec leur image de beaux gosses benêts, faisant tout pour paraître virils malgré une homosexualité latente. Quant à la réalisation, elle se veut finalement assez fidèle à une pièce : elle est plutôt théâtrale, assez peu inventive et tente surtout de réunir l’intégralité de la troupe dans son cadre. Elle n’est en tout cas pas honteuse et l’on peut même féliciter l’équipe technique, la photographie étant fort belle pour une production de ce type.

 

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Alors oui, il n’y a pas de quoi faire des saltos-arrières à la vue de ce tout petit film, finalement assez anecdotique. Mais il fait passer le temps de manière fort honorable et rend un bel hommage au cinéma désuet des années 50 et 60, avec ses jeunes passant leur vie sur la plage, sa délicieuse Surf Music en guise de BO et ses coups de coude complices aux amateurs de production campy à la Roger Corman. On croisera ainsi une actrice spécialisée dans les Séries B monstrueuses à destination des Drive-In (Psycho Beach Party s’ouvre d’ailleurs sur un parking doté d’un grand écran), dont l’un de ses faits d’armes est d’avoir incarné une serveuse… à trois têtes ! Plutôt sympa, donc, et plus sincère que les Scary Movies moqueurs et consort, quand bien même le tout ne chie pas bien loin. Mais qui a besoin d’un classique instantané à visionner chaque soir ? Pas moi, en tout cas !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Lee King
  • Scénarisation: Charles Busch
  • Production: Virginia Biddle, Jon Gerrans, Marcus Hu,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lauren Ambrose, Thomas Gibson, Nicholas Brendon, Charles Busch
  • Année: 2000

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