La Revanche de La Créature

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Le beau temps revient peu à peu, disons entre deux chutes de neige, c’est qu’il est temps de faire un bon plongeon dans le magnifique lac noir de la Universal ! Amenons des jolies blondes, d’ailleurs, car le barboteur en chef les aime plutôt bien…

 

 

« Merci Elephaaaant Fiiilms ! ». Voilà ce qu’on peut gueuler à l’unisson, ce que tous les amoureux des monstres devraient se faire tatouer sur la poitrine, au fer rouge ! Car il faut bien le dire, on commençait à perdre espoir de voir un jour les séquelles de L’Etrange Créature du Lac Noir venir se frotter à nos lecteurs DVD ou Blu-Ray. C’est que la Universal, à force de ressortir encore et encore et sous tous les formats et toutes les jaquettes possibles et imaginables leurs grands classiques, en oubliait (volontairement ?) d’éditer les séquelles de tous ces chef d’œuvres. Des suites certes moins marquantes que leurs ainés, mais pour leur grande majorité fortement sympathiques et ne méritant donc pas qu’on les laisse pourrir dans de vieilles douves. Loué soit donc le seigneur éléphant, venu distribuer la bonne parole en redonnant à toutes ces belles bêtes la place qui est la leur. Et puisqu’elles trônent désormais fièrement sur nos étagères, l’occasion est trop belle pour ne pas aller faire un petit foxtrot avec la créature du lac noir, que l’on apprécie particulièrement dans la crypte toxique. Autant le dire franchement, d’ailleurs, la bestiole est selon moi le plus beau monstre jamais imaginé. Rien que ça. Alors tenir entre mes petites pognes le Blu-Ray de sa première suite, La Revanche de la Créature, tient quasiment de l’orgasme nucléaire ! On bande de toute façons bien dur en voyant que Jack Arnold, réalisateur du premier et de Tarantula et meilleur lieutenant de la Universal dans les 50’s, rempile pour cet obligatoire second chapitre. Obligatoire car The Creature from the Black Lagoon fut la résurrection du genre horrifique pour le studio, qui n’avait plus connu de tel succès depuis un bon nombre d’années. Et tout comme le premier opus, La Revanche de la Créature eut les honneurs de la 3D, faisant de la bande la seule suite d’un film en trois dimensions à l’être également. Bel honneur !

 

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Les évènements du script se déroulent une petite année seulement après la conclusion du premier film, ce qui est plutôt logique compte tenu du fait que La Revanche a été tourné en 1955, soit douze mois après l’original. On retrouve donc dans le fameux lagon sombre une équipe de scientifiques ayant eu vent de la présence dans ces eaux saumâtres d’un chaînon manquant entre l’homme et la baudroie. Et vous connaissez les hommes, dès qu’ils trouvent un truc rare et inconnu, il faut qu’ils le foutent en bocal. Nos pourceaux capturent donc le Gil Man et le ramènent en Floride, histoire que les blouses blanches puissent étudier son cas. Bien sûr, en bon cœur d’artichaut qu’il est, la bête se trouve une belle, une blondasse savante étudiant justement les poissons. Et comme de juste, étant la donzelle la plus séduisante du laboratoire, elle se fait brancher par tout ce qui bouge, et plus particulièrement par le scientifique en chef, qui ne trouve rien de mieux que d’aller la draguer juste devant le Gil Man, bien sûr fou de jalousie. Bien décidé à verser dans le mariage forcé, notre homme-poisson parvient à s’enfuir de son aquarium et capture la nana, forçant les autorités à tenter de le retrouver et lui faire comprendre qu’il n’y aura pas de lune de miel pour lui ce soir. La bonne vieille intrigue bien classique, finalement assez proche de celle du premier modèle puisque le monstre y tentait déjà de ramener une blondinette sur son matelas de cailloux pour lui montrer à quel point son anguille gigote bien. Rien de neuf sous le soleil d’Amazonie ou de Floride, donc, mais ça fonctionne toujours du tonnerre, tout simplement parce que la saga des Creature est très certainement l’une des plus sentimentales de tout le répertoire de la Universal en matière de gloumoutes. Pourtant, avec un Dracula ou une momie chassant leurs amours perdus au fil des siècles, un monstre de Frankenstein se voyant refuser toute tendresse de la part des autres ou un loup-garou ne pouvant voir ses souffrances prendre fin que si sa bien-aimée accepte de lui briser le cœur avec une balle argentée, l’épouvante à papa ne manquait déjà pas d’émotion.

 

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Mais le Gil Man a ce petit quelque-chose en plus, un aspect de sa personnalité faisant que l’on s’attache à lui plus qu’aux autres. Certes, il est sans doute, visuellement, le plus beau de tous les monstres de son époque (et même d’après), mais il est également le plus triste. On devinait aisément dans le premier volet que le pauvre avait peu à peu vu sa race s’éteindre et qu’il était donc condamné à une vie en solitaire, que son univers n’était plus qu’un énorme vide à peine rempli par quelques barracudas sans doute peu bavards. Et lorsqu’enfin un rayon de soleil venait percer la pénombre de sa morne existence, le Gil Man se rendait compte que la jolie jeune fille dont il était tombé amoureux ne voulait pas de lui et que ses potes tentaient de le tuer. Les choses ne s’arrangent donc pas vraiment dans La Revanche de la Créature, notre pauvre ami étant encore plus malmené qu’auparavant. Capturé, ramené jusqu’à une civilisation qui n’en a que le nom, balancé dans un aquarium avec des poissons oubliant sans doute qui ils sont toutes les trois secondes, le Gil Man devient une bête de foire que les familles viennent scruter pour s’offrir un petit frisson bon marché. Difficile d’ailleurs de ne pas voir là une critique, peut-être pas intentionnelle, des parcs aquatiques comme Sea World, ce qui ferait plaisir à Green Peace et à ce doux dingue de Steve-O, l’ancien membre de Jackass étant depuis quelques un défenseur des orques, souhaitant que Sea World ferme ses portes. En effet, on perçoit clairement que le but du parc est de faire du Gil Man, des dauphins et autres habitants des eaux des esclaves tout juste bon à faire marrer les mioches et leurs parents. Les savants tentent ainsi de faire un petit lavage de cerveau à notre héros monstrueux en tentant de le rendre plus réactif à certains mots, comme « Stop » par exemple. Et ils s’y prennent de manière scandaleuse, venant avec un panier plein de sardines, qu’ils posent près de lui… avant de l’électrocuter avec un manche électrique lorsqu’il s’en approche ! A deux reprises et avant de reprendre la bouffe ! Si ça c’est pas une bonne grosse tactique d’enculé, je ne sais pas ce que c’est. Difficile dès lors de prendre le parti des humains, le Gil Man étant le seul protagoniste pour lequel le spectateur peut ressentir de l’attachement, d’autant qu’on le sent clairement malheureux. Voir notamment ce plan où il est assis sur une ancre à attendre que le temps passe…

 

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D’ailleurs, les humains ne sont de toute façons pas très agréables : si le docteur en chef (John Tarantula Agar) se soucie des autres, on a bien du mal à accrocher à son personnage, pas plus qu’à cette gourde blonde (Lori Day the World Ended Nelson) ne montrant que peu d’empathie pour le monstre ou à ce costaud jouant les don juan (John Curucu, Beast of the Amazon Bromfield). On n’espère d’ailleurs qu’une chose : que le casanova des marais leur flanque une trempe mémorable, le genre à leur arracher la gueule d’un bon coup de griffes ! Jack Arnold saisit d’ailleurs fort bien que c’est sa bestiole qui attirera toute la compassion et il n’hésite pas à la montrer énormément, le Gil Man étant nettement plus présent à l’image que les autres Universal Monsters dans leurs œuvres respectives. Il est à peine exagéré de dire qu’il est de tous les plans, de toutes les scènes, et c’est d’ailleurs tant mieux puisqu’on ne le voit jamais trop ! Le réalisateur, fidèle à lui-même, emballe tout cela de la plus belle des manières, avec des plans millimétrés, des mouvements gracieux, une photographie claire, le tout sous une musique qui en fait certes un peu trop et trop souvent (ça s’emballe à chaque fois que la créature est à l’écran, même lorsqu’elle ne fait pas grand-chose) mais efficace. Et puis il y a les plans sous-marins, tout simplement splendides et doués quand il s’agit de nous donner envie d’aller faire un peu de plongée. Louons donc l’équipe technique mais aussi les acteurs dans les costumes du monstre, Ricou Browning et Tom Hennesy, puisque tous deux risquèrent leur vie pour le tournage. Hennesy faillit en effet se noyer et les tournages dans des eaux où vivent requins et autres surimis diaboliques n’étaient pas sans danger. Ironiquement, c’est une tortue qui posa problème en tentant de bouffer une partie du costume du Gil Man ! Notons d’ailleurs que ce dernier est un peu moins bon que celui du premier, principalement parce que l’on voit beaucoup plus l’air qui s’en échappe…

 

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Mais ce léger bémol, guère grave, mis à part, il n’y a tout simplement rien à reprocher à cette superbe séquelle. Certes, la surprise du premier film n’est plus et l’ensemble est peut-être un peu long malgré un rythme infaillible. Ce sentiment tient plutôt au fait que le passage dans le centre aquatique en Floride semble s’enliser un peu, traîne en longueur, mais pour le reste rien à redire, on ne s’ennuie pas une demi-seconde. Inutile donc de préciser que vous feriez bien de vous procurer le Blu-Ray de chez Elephant, comme toujours accompagné de bonus de Jean-Pierre Dionnet et d’un livret. De l’indispensable, du pur, du vrai !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jack Arnold
  • Scénarisation: William Alland et Martin Berkeley
  • Production: William Alland pour la Universal
  • Titre original: Revenge of the Creature
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Agar, Lori Nelson, John Bromfield, Dave Willock
  • Année: 1955

2 comments to La Revanche de La Créature

  • Roggy  says:

    Comme d’hab, tu excelles dès que la queue d’un homme-poisson pointe à d’horizon. Excellente chro l’ami et vivement la suite 😉

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