Arachnid

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Puisque Jack Sholder va venir trainer ses savates au Bloody Week-End à la fin du mois de mai, l’occasion est trop belle pour ne pas revenir sur l’une de ses pelloches les moins connues. Car dans la vie, il n’y a pas que son bon slasher Alone in the Dark, son excellente (si, si) suite aux aventures de Freddy La Revanche de Freddy et son bien connu thriller fantastique Hidden. Il y a aussi Arachnid, fruit de la collaboration avec un certain Brian Yuzna…

 

 

Les labels dans le cinéma fantastique et horrifique, ça a toujours quelque-chose de rassurant. N’est-il pas confortable de savoir que lorsque l’on s’envoie une production Troma, on a l’assurance de croiser des jeunes en train de vomir une bile fluorescente ? Qu’une livraison Full Moon aura son lot de décors vides et de gloumoutes moins animéees que vos figurines Tortues Ninja ? Qu’une bande de la Hammer a toutes les chances de vous faire voyager dans des décors à en perdre la rétine ? Que la Cannon nous balancera à la gueule des scènes complètement folles dont elle seule avait le secret, genre l’ami Chuck pilotant une moto dotée d’un lance-missiles ? Les labels, c’est comme les marques, c’est une certitude pour le consommateur de retrouver un goût reconnaissable, familier, et c’est dans cette optique que Brian Yuzna s’est associé avec la société espagnole Filmax pour créer la Fantastic Factory qui, comme son nom le suggère, avait pour mission de démouler de la Série B par packs de six. Le père Yuzna travailla donc main dans la main avec le producteur Julio Fernández (les Rec, entre autres) pour une aventure qui tourna malheureusement court. Le public ne suivit pas, tout simplement, malgré la qualité des pelloches proposées, tantôt géniales (le Dagon de Gordon, peut-être son meilleur film avec Re-Animator), tantôt sympatoches (Faust, Beyond Re-Animator, tous deux de Yuzna, malgré des défauts évidents). Certes, certains flops n’ont pas aidé, comme le canin robotique de Rottweiler de Yuzna ou les peu remarqués Beneath Still Waters et La Nonne, ceci expliquant fort logiquement les mauvais résultats engrangés par la firme, reste qu’on ne peut que déplorer cette disparition. C’est que les boîtes faisant dans la Série B avec sérieux et amour, ça ne courrait déjà pas les rues au début des années 2000 et ça ne s’est pas franchement arrangé depuis… N’empêche que la Fantastic Factory s’est éteinte dans l’indifférence générale et aura laissé l’impression d’avoir surtout baigné dans l’anecdotique. Et il y a toutes les chances pour qu’Arachnid soit du même tonneau puisqu’il est bien rare qu’un cinéphile sorte le métrage de l’oubli… Voyons si c’est mérité.

 

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Alors qu’il est tranquillement en train de faire des manœuvres au-dessus de l’océan avec son avion de chasse, un pilote voit surgir devant lui une gigantesque colonne d’eau dont sort un vaisseau extraterrestre translucide. Trop tard pour ne pas se le prendre en pleine poire ! Les deux engins s’écrasent alors sur une petite île située sous eux et notre homme découvre avec stupéfaction un alien en train de se faire bouffer par une énorme araignée. Ca surprend toujours, au début, surtout si on n’a jamais vu Maïwenn et Joey Starr s’embrasser. Plusieurs mois passent sans que les autorités ne puissent retrouver le gaillard, porté disparu pour de bon, au grand désarroi de sa sœur Loren Mercer (Alex Reid, et non pas Axelle Red, vue dans The Descent et Wilderness). Celle-ci désespère en effet de le retrouver et saisit la chance qui lui est offerte d’aller poser ses miches sur la fameuse île. En effet, de nombreux indigènes y vivant sont transportés à l’hôpital avec de sérieuses blessures et le corps infecté par un venin particulièrement puissant. Le docteur en chef décide donc de mener une expédition jusque dans la jungle locale, histoire d’en apprendre plus sur ces arachnides et donc pouvoir créer un sérum capable de guérir les pauvres gus piqués par les bêtes. Une petite équipe se forme alors, faite de Loren en guise de pilote, de l’irascible docteur, de sa jolie assistante, d’un expert en trucs à huit pattes, de trois militaires pour les protéger et de quelques membres d’une tribu vivant sous les palmiers pour les aider à survivre dans la forêt et, peut-être, leur permettre de tenir assez longtemps pour arriver jusqu’à l’épreuve des poteaux. Bien évidemment, ils ne vont ni croiser des tarsiers, ni Dennis Brogniart mais des putains d’insectes mutants venus d’une autre galaxie !

 

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Dans le genre script qui paye pas de mine, celui d’Arachnid fait assez fort. Car ce récit imaginé par le scénariste Mark Sevi (Pterodactyl, Scanner Cop II, Ghoulies IV, pas une plume particulièrement fine, quoi) a tout de la petite pelloche basique et déjà vue des centaines de fois, avec ses personnages tenant plus des pantins désincarnés que des protagonistes profonds et travaillés. Ces braves gens ne sont d’ailleurs pas de plus attachants : on a la cousine de Ripley, forte et volontaire mais toujours de mauvaise humeur, le chef des militaires tout gentil et compréhensif des peines des autres, son pote black tout calme, un Espagnol bourrin, le docteur pas sympa, son assistante qu’est bonne mais pas conne, les indigènes mutiques et agiles comme Spiderman et, enfin l’arachnologue un peu dans la lune et trop concentré sur ses recherches. Soit très exactement les pedzouilles que l’on croise dans chaque film bis se déroulant dans la jungle et mettant en scène une menace animale ! Pour nous, ce type de bobines deviennent de vrais repas de familles ou entre potes, avec les mêmes habitués. Certes, les visages changent, mais les utilités des différents gus restent les mêmes, entre la jolie nana faisant office de final girl, le musclé qui deviendra son love interest, le spécialiste de la menace seulement présent pour expliquer les tenants et aboutissants à tous les personnages plus cons que lui et puis tout le reste du casting, seulement présent pour faire grimper le bodycount. La rengaine habituelle, quoi ! Pareil au niveau de la structure scénaristique d’ailleurs, nos gredins croisant des menaces de plus en plus visibles et létales, la progression étant la même que dans chaque film du genre, avec d’abord quelques buissons tremblants, puis des tiques de la taille de mes pouces (Yuzna avait déjà approché ces sales bêtes, les tiques hein pas mes pouces, dans sa production Ticks, d’ailleurs), des espèces de scolopendres croisés avec des serpents et, enfin, une énorme araignée mutante en guise de clou du spectacle. On remonte progressivement la chaîne alimentaire, en somme !

 

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Pas de surprise particulière à noter dès lors, Arachnid se déroulant comme la plupart des films animaliers ou d’insectes affamés, ceux-ci étant généralement tous sortis du même moule. Sur ce plan, entre le film de Sholder et une bête prod SyFy, la différence n’est donc pas flagrante, d’autant que certaines situations ridicules évitent au film de se hisser au-dessus de la masse grouillante. Des saynètes sans grandes importances mais qui ont le don de clouer le métrage dans la catégorie des poids plume, comme celle voyant nos deux principaux acteurs se rapprocher parce que la solide toile d’araignée les a accrochés l’un contre l’autre. Un léger flirt se lance alors, ce qui est un peu ridicule au vu des circonstances, l’un des membres de l’équipe étant alors à l’article de la mort. Des petits détails foireux comme ça, on en trouve d’autres, comme le fait que les personnages ont cette incroyable tendance à rester comme des piquets devant le danger ou lorsque l’un de leurs amis en train de se faire bouffer les couilles. Et on a moins la sensation qu’ils sont paralysés par la peur que celle qu’ils sont tout simplement lobotomisés ou sortent du lit… Niveau réalisation, on constate également avec déception que Sholder ne fournit pas un boulot particulièrement inspiré, la faute sans doute à un tournage à l’arrache et à un budget sans doute bien éloigné de celui de La Revanche de Freddy ou Hidden. C’est qu’elle est la plupart du temps fonctionnelle, sa mise-en-scène, comme s’il filmait les déambulations de ses héros sans y croire réellement, se contentant de placer sa caméra mollement, ne voyant là qu’un boulot comme un autre et non un projet tenant à cœur. Ce que l’on comprend aisément à la vu du scénario… On sent néanmoins que notre homme se sentait plus à son aise avec les séquences horrifiques, nettement plus travaillées et parfois très réussies, comme cette dérangeante scène de rêve voyant le frère décédé rendre visite à sa frangine tandis que des pattes sortent de son dos. Efficace, tout comme les séquences mettant en scène le monstre.

 

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C’est d’ailleurs dans l’araignée et les scènes gore que nos espoirs sont placés. Niveau trash, disons que c’est moyen puisqu’on n’a qu’une scène réellement marquante à se caller sous la dent, celle voyant un costaud être troué de toutes parts par des tiques cachés sous sa peau. Particulièrement dégueu ! Pour le reste, pas de quoi remettre ses raviolis, même si ces plans voyant de pauvres hères enveloppés dans les toiles d’araignée fait toujours son petit effet, surtout pour les aracnophobes. Notons quelques passages assez tendus, comme celui voyant la bête attendre son heure, patientant tandis que les survivants se sont barricadés dans une vieille cabane. Et une fois la nuit tombée, tel un ninja affamé de sushis se frayant silencieusement un chemin jusqu’aux cuisines, notre monstre à huit pattes se glisse sans bruit dans la bâtisse pour capturer ses proies. Plutôt efficace pour ce qui est de nous coller un petit frisson. Techniquement, la bête est franchement belle, et pour cause elle est créée par Steve Johnson, brave gars ayant tout de même bossé sur Ghostbusters, Predator, Jack Burton dans les Griffes du Mandarin et j’en passe ! L’insecte a donc de la gueule et est faite à l’ancienne, en dur comme on dit, ce qui pose visiblement quelques soucis à Sholder. Car de toute évidence, la bête est encore plus grosse qu’un être humain, la rendant sans doute assez difficile à manier. Les scènes la voyant à l’œuvre sont donc assez statiques tandis que les rares plans usant des effets digitaux pour la faire se mouvoir sont assez ratés. Nous sommes en 2001 et les CGI n’étaient pas encore accessibles comme maintenant aux petites productions et lorsque ceux-ci s’en payaient au rabais, le résultat était souvent foireux. C’est bien évidemment le cas ici et la colonne de flotte se dressant en début de métrage est particulièrement embarrassante tant elle ne ressemble à rien si ce n’est à de la pisse de Playstation One ! On comprend donc aisément que Yuzna et Sholder en soient restés aux effets à l’ancienne…

 

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Le constat est donc plutôt moyen au final : Arachnid se regarde sans problème et détend assez facilement, d’autant que l’ensemble profite d’un rythme satisfaisant, mais on se rend bien compte qu’on n’est pas face à un grand cru. De nombreux défauts, parfois très gênants parfois plutôt rigolos (ce défilé de logos qui n’en finit pas avant le lancement du film !), empêchent réellement la bande d’être plus qu’une petite prod oubliable, que l’on ne ressortira sans doute pas avant une longue période. Arachnid n’est certainement le film préféré de personne mais, en bon produit anecdotique qu’il est, il y a peu de chances de le retrouver dans un flop 10 également.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jack Sholder
  • Scénarisation: Marc Sevi
  • Production: Brian Yuzna, Julio Fernandez pour la Fantastic Factory, Filmax
  • Pays: USA, Espagne
  • Acteurs: Alex Reid, Chris Potter, José Sancho, Neus Asensi
  • Année: 2001

A lire aussi l’article de L’Imaginarium sur la Fantastic Factory!

2 comments to Arachnid

  • Roggy  says:

    Excellent chro l’ami ! même si le film reste une petite série B aux effets spéciaux un peu cheap. Elle nous manque quand même la Fantastic Factory avec ses films de monstres bien torchés dans l’ensemble.

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