She-Wolf of London

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C’est bien connu, on trouve pas plus romantique qu’un monstre de la Universal, nos gloumoutes préférées ne cessant de courir après l’amour. Et dans le but d’offrir à ses petits protégés un peu de compagnie, le studio s’est mis à leur créer des petites copines ou des fifilles à leur papa : La Fiancée de Frankenstein, La Fille de Dracula et, quelques temps plus tard, une She-Wolf of London ! Et la momie ? Ben elle peut se branler !

 

Attention, spoilers à bâbord !

 

1946. L’âge d’or de la Universal est malheureusement déjà loin pour la maison des monstres, leurs productions d’épouvante de grand standing à la Frankenstein ou Dracula ayant peu à peu laissé la place à des Séries B pures et dures (et particulièrement séduisantes, entendons-nous bien) comme Frankenstein rencontre le Loup-Garou ou La Maison de Frankenstein. Mais même leur série des crossovers voyant tous nos ténébreux excités se croiser et se mettre sur la tronche arrive à son terme, les possibilités ayant quasiment été toutes utilisées. La Créature de Frankenstein a les boulons qui tombent, le loup-garou perd ses poils, le vieux Drac’ s’est pété les canines, la momie succombe à la bibine, le bossu prend sa retraite et les savants fous rentrent dans le rang. Que faire ? Peut-être miser sur une nouvelle version féminine d’un monstre sacré. Après tout, La Fiancée de Frankenstein est devenu un classique dès sa sortie et La Fille de Dracula, s’il ne fut pas un succès énorme, fut fort bien accueilli par la critique. Décision est donc prise de créer une femme-louve et de la balancer dans un Londres déjà bien ravagé quelques années plus tôt par l’excellent Le Monstre de Londres, déjà chroniqué en ces pages (suivez le lien, les p’tits loups). She-Wolf of London se met donc en branle et le tournage se déroule avec quelques déconvenues, comme le décès d’un acteur peu avant les premiers tours de manivelle, Forrester Harvey (L’Homme Invisible, Le Loup-Garou) rendant son dernier soupir avant d’avoir tourné la moindre scène. Il sera remplacé par Lloyd Corrigan, par la suite à l’affiche de la comédie de bolides culte It’s a Mad, Mad, Mad, Mad World. Alors cette poilue se baladant dans les rues sombres, à l’ombre de Big Ben, un carton ? Pas franchement et nous pouvons dire sans nous tromper que la Universal a bien compris qu’elle ne tenait pas un métrage apte à fracasser le box-office. Sorti à l’origine en double-programme avec The Cat Creeps version 1946, She-Wolf of London sera bien vite considéré comme du back catalogue plus ou moins encombrant, sur lequel on ne porte guère d’espoirs. Ainsi, lorsque la Universal ressortira la grande majorité de ses films en VHS dans les années 90, leur offrant au passage des jaquettes absolument FA-BU-LEUSES, y compris à certains titres moins populaires comme La Tour de Londres avec Karloff, She-Wolf sortira bien après, avec une poignée d’autres titres mineurs et, surtout, avec une jaquette faite à la va-vite. Une preuve de l’intérêt que porte le studio à ce film de Jean Yarbrough, réalisateur six années auparavant de The Devil Bat avec Bela Lugosi. Et quand on enfourne le DVD, désormais sorti chez Elephant Films, on comprend que la bande ne déchaine pas vraiment les passions…

 

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Sans surprise, l’intrigue est située à Londres, et plus précisément dans un parc à côté duquel vit la famille des Allenby, connue pour avoir par le passé été maudite et se transformer en loup-garou une fois la nuit tombée. Foutaises ? A priori non puisque les meurtres commencent à s’entasser non loin de la demeure des Allenby, un gosse ayant été démonté façon Playmobil. Si Scotland Yard pense que c’est là l’œuvre de chiens errants, la pauvre Phyllis Alenby (June Lockhart, vue dans un nombre incalculable de séries, dont Lost in Space, et toujours en activité de nos jours, à 90 ans passés !) est persuadée qu’elle est la cause de tous ces malheurs. Faut dire que la cocotte se réveille chaque matin avec les pantoufles pleines de boue et même du sang sur les mains, ce qui laisse supposer qu’elle n’a pas passé la soirée à jouer à la Game Boy Advance. Heureusement que sa tante et sa cousine Carol (Jan Wiley, The Brute Man avec Rondo Hatton) sont là pour la soutenir et la rassurer que tout cela n’est que balivernes et mauvais rêves. Et puis il y a son fiancé, qu’elle va épouser une semaine plus tard, le célèbre avocat Barry Lanfield (Don Porter, un autre roi de la série tv à l’ancienne), qui tente désespérément de lui remonter le moral. Sans effets, les meurtres s’enchainent non loin de la bâtisse et Phyllis est de plus en plus persuadée qu’elle est la coupable. Mais rien ne semble aussi simple et l’on découvre bien vite que Carol et sa mère ne sont en fait nullement reliées génétiquement à Phyllis et que la vieille, une ancienne gouvernante, fait tout pour se faire passer pour la tante de la riche héritière, histoire de profiter elle aussi de sa fortune…

 

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Autant le dire tout de suite, et je vous préviens que ça spoile comme jamais, les férus de surnaturel risquent fort de déchanter devant She-Wolf of London, car de She-Wolf il n’y a point. Nous sommes en effet face à un vrai « Mystery Movie » et non aux côtés d’une bande d’épouvante : le monstre n’est jamais visible et pour cause, il n’existe tout simplement pas. Pas grave se diront les optimistes, on doit certainement avoir de beaux décors et des silhouettes douées pour nous hérisser les poils du cul. Même pas, ou si peu. Le décorum se résume ici à un manoir certes bien joli mais ressemblant à tous ceux que l’on croisait à la même époque et à un parc certes plongé dans la brume mais bien sage en comparaison de ceux trouvables dans les pelloches habituelles de la Universal. Quant aux ombres slalomant entre les arbres, elles ne font qu’à moitié effet. Cette silhouette féminine se cachant sous un châle a en effet du potentiel, mais elle est bien moins flippante sur pellicule que sur l’une des affiches du film. La faute à sa tendance à marcher doucement derrière ses proies, plus comme si elle allait leur faire une bonne blague en leur collant un poisson d’avril dans la raie que comme si elle s’apprêtait à les griffer à mort. Pas de quoi changer son fion en usine de Granola, c’est moi qui vous le dis… Le problème c’est que même le fameux mystère n’est pas bien épais et l’on devine bien avant la résolution de l’énigme ce qu’il se trame dans la maisonnée, le scénario étant un peu trop transparent pour que l’on ne voie pas où il veut en venir avec trois trains d’avance. Et ne parlons même pas des petites intrigues amoureuses, surtout présentes pour rallonger la durée d’un film court (58 minutes)… et pourtant encore beaucoup trop long !

 

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Car on se fout pas mal de savoir qui Phyllis compte épouser, de la voir si troublée par ces meurtres et penser que son promis ne la mérite pas. Tout comme on se branle complètement que sa cousine aimerait sortir avec un mec sans le sou, histoire d’énerver sa vieille daronne, dotée d’un larfeuille à la place du cœur. Tout cela est couru d’avance, ne passionne jamais et sent le drame bon marché. Plutôt décevant lorsque l’on part pour s’envoyer une bobine de la Universal, car quoi qu’on en dise on espère retrouver une certaine recette. Ici, on n’a que quelques mies d’ingrédients, balancées sans conviction dans une soupe dénuée de goût. A réserver aux fans les plus mordus du studio, donc, qui auront ici une belle galette puisque visuellement, la copie est parfaite, et toujours présentée par Jean-Pierre Dionnet et accompagnée d’un petit livret explicatif. Les autres peuvent tracer leur route sans le moindre regret…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jean Yarbrough
  • Scénarisation: George Bricker, Dwight V. Babcock
  • Production: Ben Pivar pour Universal Pictures
  • Pays: USA
  • Acteurs: June Lockhart, Don Porter, Sara Haden, Jan Wiley
  • Année: 1946

A lire aussi les chros du titre des copains d’Ecranbis et du cinéma du Dr. Orloff !

2 comments to She-Wolf of London

  • Roggy  says:

    Merde, j’ai lu le spoile… mais apparemment, ce n’est pas bien grave 🙂

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