Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff

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Il n’y a pas qu’Ogroff, Devil Story et La Revanche des Mortes-Vivantes qui comptent dans le tout petit monde du bis horrifique frenchy, il y a aussi Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff ! Une sacrée pelloche d’un Michel Lemoine plus connu pour ses coquineries, par ailleurs bien présentes ici aussi…

 

 

Tout de même, heureusement que les Anglo-Saxons sont là pour célébrer à notre place le bis français ! Déjà que les Anglais et les ricains furent parmi les premiers à percevoir chez Jean Rollin plus que des navets ennuyeux, les voilà qui se lancent également dans l’édition de bandes oubliées. Ainsi, cela fait déjà quelques années qu’est disponible Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff chez l’éditeur ultra cool qu’est Mondo Macabro, sous le titre franchement trompeur Seven Women for Satan. Une bisserie des plus rares et pour cause : elle fut l’une des seules (la seule ?) à se retrouver censurée dans nos contrées, soi-disant car elle incitait à la nécrophilie, un thème guère abordé dans l’œuvre d’un Michel Lemoine forcément déçu de voir son travail sombrer ainsi dans l’oubli. Deux diffusions en salle dans des festivals fantastiques, une sortie en VHS en catimini et le tour de piste était terminé pour son petit film, qui lui tenait bien évidemment très à cœur. Et on le comprend ! Car si l’homme, malheureusement décédé en 2013, avait déjà touché aux genres que nous kiffons via Le Monstre aux Yeux Verts, Hercule contre Moloch ou encore le Necronomicon de Jess Franco, et qu’il y retouchera par la suite en étant rappelé par ce grand amoureux du bis français qu’est Norbert Moutier pour le bien du Syndrome d’Edgar Poe, il restait surtout connu pour ses affaires de galipettes. Acteur et réalisateur de films tantôt érotiques, tantôt pornographiques, notre homme voyait sans doute dans ces Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff une bonne occasion de développer une autre facette de son art, plus horrifique, qu’il imposa même à sa productrice Denise Petitididier, peu emballée à l’idée de se lancer dans un projet moins connoté cul qu’à l’accoutumée. Pas de bol que la censure s’en soit mêlée, d’autant qu’elle nous a longtemps privé d’un film plutôt intéressant. Mais aussi typique du bis français de son époque !

 

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Et par là, ceux qui se sont déjà envoyé un Rollin ou une autre production des seventies savent fort bien ce que je sous-entends : Les Week-Ends Maléfiques n’a pas d’histoire. Ou si peu, du moins, le spectateur se retrouvant immédiatement plongé dans une chasse à courre lors de laquelle les lièvres sont remplacés par une femme à oilpé, attaquée par le fameux Zaroff (incarné par Michel Lemoine lui-même) du titre, Boris de son petit nom. Boris Zaroff, vous la voyez la référence ? Mais alors que le comte parvient à éliminer son gibier, le voilà qui se réveille dans son bureau de comptable, car oui le jour le comte fait les comptes, accompagné de sa secrétaire, surprise de le voir rêveur. Eh ouais, alors qu’il est en pleine discussion avec une assistante, notre héros se met à rêver d’une longue poursuite le voyant traquer les beautés dénudées ! Le bissophile averti saisit ainsi très vite où il tombe, soit dans du cinoche français éthéré, vaporeux, où rien ne sera vraiment expliqué, ni tangible. L’histoire, on la devine plus qu’on ne la comprend, et avec quelques minutes de perplexité derrière soi qui plus est. Mais on imagine, après de nombreuses secondes passées dans la brume, que le fameux comte vit dans son château, accompagné de l’indispensable figure du bis local qu’est Howard Vernon en guise de majordome veillant à ce qu’il puisse couler des jours heureux. Et qu’il laisse éclater tout son sadisme, également, le père du vieux Vernon ayant été avant lui le factotum du Zaroff de légende et le daron émis comme dernier souhait que sa descendance perpétue ses actes ignominieux. Le vieux Howard s’assure alors que son maître se lance de temps à autre dans la torture des pauvres égarés venant trouver refuge dans la classieuse demeure de cette famille de fous. Mais tout comme chez Jean Rollin, on n’est jamais sûrs que ce que le film nous montre est bien réel et l’on se demande régulièrement si le Boris n’est tout simplement pas en train de délirer dans son coin, d’autant qu’on le surprend par instant en train de discuter avec un fantôme. Une illusion, là encore ? Allez savoir ! Reste que l’ectoplasme était visiblement une ancienne petite-amie et que cela ne plaît guère à Karl, le serviteur, qui voit en ce brumeux souvenir un danger pour ses plans d’avilissement du comte. Et si cette amante, nommée Anne, rendait le sadique plus tendre ?

 

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Si le script a l’air de ressembler vaguement à quelque-chose présenté ainsi, il n’en est pas de même à l’écran. Les scènes semblent montées en dépit du bon sens, tant et si bien que l’on se demande même s’il n’y a pas du désordre là-dedans, Zaroff tuant une jeune anglaise en lui roulant dessus avec sa bagnole… avant de la ramener à son domicile peu après ! Et bien évidemment, elle ne réapparaitra pas par la suite du métrage ! Voilà qui n’est pas fait pour rendre plus limpide un scénario dont on doute déjà de l’existence à la base, vous en conviendrez… D’ailleurs, une version plus longue de ce Seven Women for Satan, avoisinant les deux heures de métrage, existait bel et bien et ce fut d’ailleurs celle-là qui fut envoyée à ces messieurs de la censure. A se demander d’une part si ce n’est pas là qu’ils trouvèrent des références à la nécrophilie (s’il y a bien une liaison amoureuse avec l’au-delà dans la version courte, elle n’est jamais plus hard que ce que l’on peut trouver chez Poe) et si elle ne permettait pas de combler les trous du récit. Mais soyons honnêtes et avouons que deux heures des week-ends sportifs de Zaroff, cela doit être aussi gavant que trente secondes de Tarantino et que la pelloche est surtout regardable car elle ne dure que 80 minutes. Plus, c’était trop ! Reste qu’en l’état, Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff se laissent voir sans trop de difficulté, principalement grace à son statut de collection de saynètes lui permettant d’éviter toute prévisibilité. Oubliez toute charpente scénaristique, point de ça par ici, Lemoine, également scénariste et donc sur tous les fronts, ne parvenant pas à créer un récit avec un début, un milieu et une fin. Sa caméra ne cesse ainsi de sauter d’un évènement à un autre sans faire de réel lien entre eux si ce n’est la présence de Zaroff et son fidèle Karl, qui passent donc leur temps libre à tourmenter les âmes en peine venues se perdre dans les environs. Comme une Anglaise prenant des vacances dans la campagne française, un pauvre couple tombé en panne non loin du château Zaroff ou une jeune blonde qui fut auditionnée juste avant par le comte. Et comme de juste, car on est dans les années 70 et qu’il faut de la fesse, les donzelles finissent toujours par tomber la robe de nuit à un moment ou un autre, le plus souvent lors de moments très « what the fuck ».

 

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Bien des bisseux aiment le cinéma d’exploitation européen pour sa faculté à proposer l’imprévisible. C’est le cas plus que jamais ici, les séquences d’anthologie s’enchaînant sans trop de temps morts. Parfois courtes les séquences cultes, telle cette phrase soudainement lancée par Howard Vernon, « La vie… est éphémère » alors que le silence était complet lors du repas de son maître, qui s’étonne bien évidemment de voir son valet si mélancolique. Et ce dernier de répondre « Rien, je philosophais », comme si de rien n’était. Mais parfois longues aussi, tel ce passage incroyable montrant l’arrivée du couple dont la caisse est tombée en rade quelques mètres plus loin. De sacrés crétins, ces deux-là, et la nana en premier lieu puisqu’elle découvre par la fenêtre que le majordome est en train de se débarrasser d’un cadavre féminin dans le jardin. Bien sûr, elle alerte son boyfriend mais, comme dans tout film d’horreur bardé de clichés, Karl n’est plus visible lorsque l’homme arrive à la fenêtre. Et que fait la demoiselle après ? Elle se met à danser ! Toujours plus cons, ils demandent même à ce que Zaroff leur montre sa salle des tortures personnelle (déjà là, c’est à peine louche) et à ce qu’il les installe sur une machine à tourments, juste pour voir. Bien sûr, lorsqu’ils se rendent compte que Karl actionne le levier pour faire descendre pour de bon une planche aux énormes lames, il est déjà trop tard ! Et puis il y a cette scène avec l’Anglaise, que Zaroff amène dans les bois pour profiter des courbes qu’elle semble lui offrir bien volontiers. Mieux pour lui, elle semble même vouloir goûter à un tantinet de masochisme. Fallait pas le dire deux fois à Zaroff, qui se met à l’étrangler comme un gorille et ne lâche sa prise que lorsqu’elle commence à couiner un peu trop fort. Gêné devant cette jeune fille en pleurs, il s’excuse et explique maladroitement qu’il voulait juste sentir la vie entre ses grosses paluches et promet que cela ne se répètera pas… avant de lui mordre violement un sein quinze secondes plus tard ! Et n’oublions pas cette longue séquence voyant débarquer dans la demeure la blonde Martine Azencot, dont l’imposante poitrine sert bien les aspects érotiques du métrage. Droguée, pour ne pas dire empoisonnée, par ce félon de Karl, elle est soudainement prise d’un sacré délire la voyant danser lascivement avec des statues d’indigènes Africains… qui prennent vie et dansent avec elle !

 

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Du bis pur et dur, en somme, d’autant que la maigreur relative du budget (qui permit tout de même de louer un beau gros château) n’en finit plus de rendre branlantes les scènes se voulant horrifiques. Ainsi, lorsqu’un cruel doberman se lance aux trousses de Martine Azencot, on se rend très vite compte que le toutou n’a nullement envie de becter le cul de la dame mais de jouer avec elle ! Il faut dire que c’était le propre cleps de l’actrice, ceci expliquant cela. On se consolera cependant en estimant que la scène devient involontairement irrévérencieuse si l’on s’imagine que le chien tente de sauter cette demoiselle nue, ce qui collerait plutôt bien avec l’ambiance du métrage. D’autres tares et éléments loupés viennent bien sûr s’ajouter à la liste, comme des comédiens qui n’en sont pour la plupart pas vraiment. Si Howard Vernon se contente de faire son jeu de mec inquiétant et rigide et que Joëlle Cœur est convaincante en esprit lumineux (elle a été à bonne école avec Jean Rollin vu qu’elle fut dans Les Démoniaques), et qu’on peut à la rigueur estimer que le visage particulier de Michel Lemoine parvient à faire oublier qu’il est dénué de naturel, les autres acteurs sont tous simplement mauvais à en chialer. Ils ne sont d’ailleurs guère aidés par une post-synchro là aussi terriblement médiocre, celle de l’Anglaise étant même risible. Difficile dès lors pour Lemoine de créer l’effroi malgré ses tentatives de raccrocher son boulot à celui du gothique rital (avec quelques trains de retard, cependant), reprenant à son compte les visites de douves et salles de tortures ou la découverte d’un squelette dans un caveau. Mais notre metteur en scène souhaite-t-il réellement flanquer la pétoche à son audience ? On peut en effet penser qu’il essaye plutôt de le faire rêver via une sombre poésie.

 

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Poésie, c’est d’ailleurs le mot que l’on peut le plus facilement associer au film, et à la production bis hexagonale de cette période par ailleurs. Lemoine cherche visiblement à marier son récit typique du ciné d’exploitation à une inspiration plus littéraire, à envoûter son public et le faire basculer dans une dimension où les mots sont aussi forts que les images. En témoignent des dialogues très écrits. Trop, même, puisque certaines tirades, si elles seraient fort belles dans un recueil de nouvelles, sont trop peu à propos dans le registre d’une bisserie aussi boiteuse et finissent de ringardiser l’ensemble. Un peu comme si Lemoine avait voulu élever le débat mais n’était pas parvenu à utiliser les outils mis à sa disposition, proposant finalement un sous-épisode de Série Rose, avec un érotisme encore plus gratuit et des textes qui en feront sourire plus d’un. Les efforts, louables, de rendre le mythe de Zaroff plus profond, plus sensible, ne portent donc jamais, ou si peu, et ce malgré une tenue visuelle qui sait parfois se tenir. La chasse du début est ainsi techniquement très correcte, tout comme quelques autres plans ou clichés, certes bien éloignés des conventions et de ce que les garants du bon goût cinématographiques (qu’on ne salue pas, si ce n’est avec un majeur bien levé) jugent comme valable, mais néanmoins enchanteurs. Il serait cependant malhonnête de prétendre que Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff n’ennuie jamais et l’on sent à plus d’un moment nos paupières prêtes à fermer boutique. Mais rien n’y fait, l’entreprise nous semble tout de même sympathique et parvient à nous proposer ce que les bisseux sont en droit d’attendre d’une bobine de ce calibre : de la fantaisie et du déroutant. Ce n’est déjà pas mal pour un film autre, que l’on peut difficilement classer comme bon (il ne l’est pas réellement) mais également impossible à placer dans la catégorie des navets de par son caractère trop atypique.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Michel Lemoine
  • Scénarisation: Michel Lemoine
  • Production: Denise Petitdidier, Armand Tabuteau, Yves Winter
  • Pays: France
  • Acteurs: Michel Lemoine, Howard Vernon, Nathalie Zeiger, Martine Azencot
  • Année: 1976

2 comments to Les Week-Ends Maléfiques du Comte Zaroff

  • Roggy  says:

    Malgré son côté très bis, je t’avoue que j’ai eu du mal avec cet ersatz des « Chasses du Comte Zaroff », même si tu en parles fort bien. Il me semble qu’il y a plus de scénario chez Jean Rollin que dans ce « Seven women for Satan », titre plutôt sympa par ailleurs.

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