Pieces (Le Sadique à la Tronçonneuse)

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Retour au rayon outils avec Pieces, alias Le Sadique à la Tronçonneuse, slasher hispanique et culte s’il en est ! Et pas forcément que pour des raisons positives, malheureusement pour ce vieux diable de Juan Piquer Simon !

 

 

 

Que feraient les nostalgiques des slashers de vidéoclubs sans Uncut Movies, éditeur spécialisé dans la Série B bien à l’ancienne, dans la bonne ai-je envie de dire ? Car qui d’autre pour ramener à notre mémoire ce fameux Sadique à la Tronçonneuse (1982), bande d’exploitation pure et dure qui fut, justement, exploitée sous divers titres bien à la con par chez nous. Passe encore les Trop Tard pour Hurler, Le Maniac ou Un Tueur au Campus, mais pourquoi Le Cri du Cobra alors qu’il n’est jamais question de reptiles dans la pelloche ? N’oublions pas non plus cette magnifique faute d’orthographe sur la jaquette, qui nous vend un Sadique à la Tronçoneuse avec un seul N ! Et vous connaissez l’adage : plus un film à de titres, plus il a de chances d’être cheesy au-delà du raisonnable et d’enquiller les carences ! A dire vrai, Pieces serait trop beau que cela tiendrait finalement de l’ordre de l’étonnant, l’équipe derrière lui n’étant pas nécessairement connue pour n’emballer que des chefs d’œuvre. Oh, pas d’infâmes navets non plus, si ce n’est pour quelques cinéphiles aux goûts peu sûrs éventuellement, le réalisateur Juan Piquer Simon ayant enchainé les métrages sympathiques : le visqueux Slugs, l’aventureux Le Continent Fantastique, l’héroïque et ringard Supersonic Man ou encore ce visiblement recommandable L’Abime. Pas de classiques absolus dans la filmographie du bonhomme, qui dispose aussi de son lot de ratages, mais du travail d’artisan plus ou moins capable selon les cas et toujours divertissant. Même constat pour le producteur Dick Randall, par ailleurs, dont les méfaits n’entreront jamais au panthéon du genre mais offrent toujours un moment loin d’être désagréable : le très bon slasher Slaughter High, le tout aussi amusant Don’t Open Till Christmas ou encore un The Urge To Kill pas encore découvert par votre serviteur mais à première vue assez attrayant. Trois bandes sorties, comme Pieces, chez Uncut Movies et toujours disponibles, par ailleurs, donc si vous voulez faire le plein de délices eighties, c’est le moment ! Mais là encore, aucun équivalent à des Halloween, La Baie Sanglante ou Black Christmas, inutile de le souligner, et chacune de ces bandes contient un élément ou l’autre particulièrement ringard rappelant la modestie des moyens mis à disposition des équipes créatrices. Mais une production Randall ne se mate pas comme une œuvre de Papy Carpenter mais plutôt comme petit tour de magie un peu raté de la part d’un saltimbanque : ce n’est pas aussi noble, c’est certain, et on voit bien que le lapin est en mousse, mais c’est tout aussi divertissant. Voire plus…

 

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Comme tout slasher emballé dans les règles de l’art, Pieces débute par une scène choc dont le but est bien évidemment de prouver aux viandards qu’ils viennent bien de faire raisonner la petite clochette en ouvrant la porte d’une charcuterie. On fait ainsi la connaissance d’un brave mouflet, nommé Timmy, la dizaine d’années bien sonnées, en train de faire un petit puzzle dévoilant les charmes d’une femme à poil. Précoce le p’tit ! Bien évidemment, sa daronne ne voit pas tout cela d’un bon œil et gronde immédiatement le jeune gredin, qui répond en lui fracassant le crâne avec une hache. En voilà un qui n’aime pas être dérangé en plein puzzle, je peux vous le dire ! Et visiblement très inspiré par son hobby préféré, il décide de découper les membres de sa pauvre môman avec une scie, sans que l’on sache si son but est de la rassembler par la suite. Bien évidemment, la police arrive mais semble penser que le gamin est plutôt une victime qu’un assassin, leur théorie étant qu’un maniaque serait passé par la fenêtre en laissant Timmy en vie. Quarante années passent et une série de meurtres particulièrement brutaux, commis à la tronçonneuse, ont lieu sur un campus. Détail sordide : après avoir élagué les tronches de jeunes demoiselles, car le fou ne s’attaque qu’à la gent féminine, le meurtrier repart avec un membre tranché… De toute évidence, Timmy a bien grandi et aime toujours autant les puzzles, si possible en relief. N’allez cependant pas croire qu’à la manière d’un Halloween le public connait immédiatement l’identité du tueur, ce n’est qu’à moitié vrai. Si l’on devine effectivement que Timmy a repris du service, on ne sait pas quel visage il a une fois dans la cinquantaine, un mystère permettant à Pieces de devenir un whodunit. Notre boucher en chef est-il l’un des deux enquêteur, le doyen de l’université, le professeur homosexuel, le jardinier ? Allez savoir !

 

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Autant le dire de suite, le script écrit par Dick Randall (et visiblement par Joe D’Amato, même si plusieurs sources se contredisent sur ce point, à prendre avec des pincettes donc) est un véritable monument de n’importe quoi, au point d’avoir bien aidé Pieces à obtenir son aura de culte. C’est bien simple, tout élément du scénario sent bon la bêtise, à commencer par des personnages hauts en couleurs, surtout la jeunesse passant son temps libre dans les couloirs du campus avec une seule idée en tête : flirter. Partout, tout le temps, en toute occasion. Les (rares) gars et les demoiselles présents n’ont qu’un seul mot à la bouche, « sexe », et il ne serait pas étonnant qu’à l’image des chats ils vomissent des boules de poils pubiens. Le cul a toujours fait partie des slasher, c’en est même un élément clé permettant son exportation, mais rarement ambiance charnelle sera arrivée avec aussi peu de tact, avec aussi peu de classe. Les filles sont ainsi présentées d’emblées comme des chiennes en chaleur dénuées de toute tenue et les premiers mots qu’elles prononcent sont des dialogues bien perchés, comme « Le rêve absolu c’est de se faire baiser sur un matelas à eau tout en fumant un bon gros joint ! », punchline d’aileurs reprise dans The Final Girls. Et lorsqu’elles aperçoivent un professeur de biologie un peu coincé, elles ne peuvent s’empêcher de se moquer de lui, à deux mètres à peine du pauvre instituteur, en clamant haut et fort qu’il est sans doute puceau. Et difficile d’oublier ce plan génial montrant deux jeunes amants faire la bête à deux dos derrière un buisson qui ne cache rien du tout, aux yeux de tous. Vous voyez un peu le tableau : Randall nous décrit avec une incroyable exagération une jeunesse soi-disant américaine (c’est censé se dérouler à Boston mais tout a été filmé en Espagne, agrémenté de plans d’une Amérique piqués à Supersonic Man du même J. Piquer Simon). Si certains verront là une preuve de l’idée peu flatteuse que se font nos créateurs anglais, italiens et espagnols des jeunes yankees, on peut plutôt estimer que cette caractérisation faite à la spatule tient plutôt de la maladresse. On imagine bien que Randall, pas le dernier des balourds, a enfin eu à cœur de proposer une version exagérée des ados croisés dans les autres pelloches du genre, pensant sans doute que cela plairait à ses spectateurs, au point de finir par frôler la parodie, sans trop que l’on sache si elle est volontaire ou non.

 

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Même constat pour les adolescents masculins, par ailleurs, pas mieux présentés. Ou plutôt mal représentés par le seul et unique jeunot (il y en a bien un second mais il est si peu présent qu’il est inutile de le noter, son seul passage intéressant étant un jumpscare à la gratuité hilarante). Notre bon héros se nomme Kendall, incarné par un Ian Sera que l’on retrouve dans bon nombre de films emballés par le piquant Simon, et autant vous le dire de suite, vous n’allez pas l’apprécier. Doté du charisme d’un cendrier vide, notre gaillard est le prototype même du jeune con qui se croit irrésistible et n’est chevaleresque qu’avec les donzelles qu’il souhaite ramener dans ses draps. Comme par exemple cette jolie tenniswoman jouant les flics en s’infiltrant dans le campus en tant que prof de sport (fallait l’inventer aussi, celle-là !), que notre casanova aperçoit par la fenêtre de sa chambre, dans la nuit noire, alors qu’il est en train de tamponner le fion d’une demoiselle. Ni une ni deux, le Kendall abandonne son actuelle pour rejoindre l’inspectrice, justement attaquée… par un sosie de Bruce Lee (et pour cause, c’est Bruce Le, alors en plein tournage d’une bande de kung-fu pour Randall !), karatéka fou qui s’en prend à sa vie sans aucune raison ! Bien sûr, notre pro de la raquette ne se laisse pas faire et lui colle un bon coup de pied dans les roustons pour calmer les ardeurs de son assaillant, pile au moment où arrive ce crétin de Kendall. Et, surpris, ce dernier nous lance un beau « Tiens mais c’est Monsieur Chao, mon prof de karaté, que faites-vous là ? »). Et Bruce Le de se relever comme si de rien était en disant « Rien, juste un petit entrainement » (en anglais il se plaint plutôt d’avoir mal mangé) et de repartir tranquillement. Et bien entendu, pendant que se déroule cette scène inutile mais hilarante, à l’intérêt proche du néant puisque l’on ne reverra plus l’ami Bruce, la jeune fille que Kendall s’envoyait auparavant se fait cruellement assassiner par le maniaque ! Cette séquence résume parfaitement Le Sadique à la Tronçonneuse tant elle réunit à la perfection une profonde connerie et des scènes gore particulièrement efficaces.

 

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Car Juan Piquer Simon envoie la sauce bolognaise comme un cuisto fou, ce dont on se doutait un peu après avoir vu la scène d’introduction lors de laquelle le petit Timmy faisait des bisous à sa reum avec un marteau. Le reste des meurtres est à l’avenant et, comme le titre français le suggère, la tronçonneuse est largement utilisée, histoire de prouver que les rednecks du Texas n’ont pas le monopole de l’engin. Ainsi, une première étudiante se fait trancher la gueule alors qu’elle était en pleine révision, une deuxième est tronçonnée en deux dans une douche, une autre est lardée de coups de couteau sur le fameux matelas à eau sur lequel elle rêvait de se faire prendre (c’est chose faite, dans un sens !), quand elles ne sont pas cueillies dans la piscine (avec un filet de pêche, dans le genre ridicule ça se pose là) ou ne meurent pas parce qu’on les a amputé d’un bras. Tout critique un peu intello vous dira que nous avons-là un beau concentré de misogynie perpétrée par un quadra jamais remis de son complexe d’Œdipe, qu’il soigne grâce à sa tronçonneuse, symbole de sa virilité perdue. Ou alors, on peut dire que le maniaque encule à sec toutes ces dames avec sa bite de fer ! Reste que le mecton a le don pour tout saloper sur son passage, histoire de rappeler qu’il est bel et bien européen, contrairement à ce que le scénario tente de nous faire croire. Car vous l’avez sans doute déjà remarqué : les tueurs ricains ont beau décimer du gamin par paquets de douze, on ne retrouve que rarement des flaques de sang au sol ou sur les murs, de sorte que les ados encore en vie ne remarquent rien. Pas de ça sur le Vieux Continent, et encore moins dans Pieces, ici on en fout absolument partout, tant et si bien qu’on se demande si Queen Kong n’a pas eu ses raniouttes sur le campus. A moins que la foire au boudin tombe plus tôt cette année ? Car il y a de la saucisse à la tonne et lorsque les flics découvrent un cadavre, ils le retrouvent avec les entrailles qui prennent l’air et glissent au sol. De quoi donner un épais filet de bave à tous les goreux, qui n’en attendaient de toute façon pas moins d’une œuvre éditée par Uncut Movies.

 

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Pour ne rien gâcher, on ne trouve jamais le temps long entre deux tueries, tout simplement parce que le délire ambiant et les multitudes de scènes idiotes permettent de garder l’intérêt intact. On se surprend même à scruter l’écran, en attente de la prochaine bêtise filmée par notre Espagnol. Et l’on se ravit devant ce personnage de jardinier, coupable tout désigné, sosie bis de Bud Spencer gardant constamment un œil ouvert plus grandement que l’autre et astiquant en souriant sa tronçonneuse. On saute de joie devant les raccourcis scénaristiques, comme le fait qu’une tronçonneuse se trouvait justement a côté de la piscine (comme si c’était sa place !) pour permettre à l’assassin de réunir de nouvelles pièces à sa collection de puzzles humains. On crie de plaisir devant ces dernières secondes de métrage tombant soudainement dans le fantastique, une main de cadavre féminin se réveillant soudainement pour agripper la gaule d’un jeune homme plié de douleur. On a des étoiles dans les yeux en suivant cette enquête menée en dépit du bon sens et écrite avec bien moins de rigueur que le plus mauvais des épisodes de Julie Lescaut, c’est dire ! On se roule au sol devant l’exagération de comédiens en roue libre, comme la jolie MILF tenniswoman en train de crier « Bâtaaaaard, bâtaaaaaard, bâtaaaaaaaaaaaard ! » en fixant le ciel après la découverte d’un nouveau corps décimé ! Des moments de ce genre, des défauts se transformant en autant de qualité, Pieces en déborde, devenant une bisserie pure prémium, suintant les années 80 par tous les pores (vieux skateboard et cours d’aérobic sur du disco inclus). Qui ravira les amateurs du cinéma européen pour de bonnes raisons également, comme un casting composé de tronches que l’on se plait à retrouver (ce bon vieux Christopher Georges et son épouse Linda Day Georges, Edmund Purdom de Don’t Open Till Christmas, Frank Brana du Retour des Morts-Vivant de l’ami de Ossorio, Paul L. Smith de Red Sonja,…) et puis quelques séquences tout simplement bien shootées. Celles de meurtres en premier lieu, bien sûr, qui disposent de quelques ralentis esthétisant un peu cette furie destructrice, particulièrement belle lors du meurtre du matelas à eau. Un petit goût de giallo, aussi, dans cette tendance à embellir la mort, bien sûr, mais aussi de par le look du zigoto (trench coat, gants et chapeau noirs), que l’on nous dit plus inspiré par celui du héros de la BD The Shadow. Pour ce que cela change, de toute façon ! Sans contestation possible, Pieces est un slasher méritant son statut de Cult Classic et tout bisseux de bon goût se doit de posséder le DVD dans sa collection. Qui sait, il pourrait bien vous sauver la vie lors des soirées d’ennui !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Juan Piquer Simon
  • Scénarisation: Dick Randall, Joe D’Amato (?)
  • Production: Dick Randall
  • Titres: Mil Gritos Tiene La Noche (Espagne)
  • Pays: Espagne, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Christopher George, Edmund Purdom, Linda Day George, Ian Sera
  • Année: 1982

4 comments to Pieces (Le Sadique à la Tronçonneuse)

  • Sylvie  says:

    ahah ! Je crois que je l’ai dans un disque dur ce film ;))

    C’est vrai ce truc des titres, j’ai jamais compris pourquoi certains films en avaient plusieurs..

  • Roggy  says:

    En plus d’être un slasher tout à fait correct, le film est une bonne promotion pour le rayon « tronçonneuses » des magasins de bricolage 🙂

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