Le Manoir Maudit

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Artus n’en finit plus de créer une carte du monde du gothique et c’est tant mieux ! Après avoir situé La Crypte du Vampire, Le Château des Messes Noires et Le Cimetière des Morts-Vivants, voilà que l’ours localise Le Manoir Maudit. Et si on y passait la nuit ?

 

 

Le cinéma gothique transalpin, c’est par définition de la Série B, du cinéma d’exploitation à moindre coût. Mais même à l’intérieur de ce type de productions relativement modestes, on peut trouver des bandes passant pour pauvres, désargentées. Et Le Manoir Maudit, alias Metempsycose, sorti en 1963 fait clairement figure de métrage subalterne face aux Le Corps et le Fouet, L’Effroyable Secret du Professeur Hichcock ou La Vierge de Nuremberg, par exemple. Un tout petit film pour le genre, donc, réalisé par un Antonio Boccaci livrant ici sa seule et unique pelloche en tant que réalisateur. Il avait pas intérêt à se louper, le zoziau ! Evidemment, ce Manoir Maudit n’a pas franchement jouit d’un fort succès et fait partie de ces bisseries des sixties seulement connues des amateurs, que l’on cite fort rarement. Didier Lefèvre en avait parlé dans un numéro de Vidéotopsie, Pierre Charles de Ciné Zine Zone en louait également les charmes dans son fanzine et quelques webzines se sont bien sûr penchés sur son cas, mais si ce n’est ça… Certes, les Américains s’en souviennent aussi, sous le nom Tomb of Torture, sans doute plutôt pour ce titre prometteur et ce loup-garou au visage déformé que l’on ne retrouve pas vraiment tel quel dans le produit fini… On tient donc là un petit film typique de l’époque des cinémas de quartiers, une œuvre sans prétention tournée pour satisfaire les Horror Addicts de l’époque ne jurant que par les douces odeurs de la Hammer. D’ailleurs, avec un casting constitué de seconds couteaux (le réalisateur se prête même au jeu de la comédie pour la peine) et donc dénué de têtes d’affiches, ce Metempsycose se condamnait à un succès mineur. Il en aurait sans doute été autrement avec une Barbara Steele en héroïne, c’est certain… Mais l’archéologue bisseux, celui qui se moque bien de la popularité, du qu’en-dira-t-on et des avis gravés dans la pierre par de soi-disant hautes instances du fantastique, il s’en branle de la réputation de la bobine en question et lui laisse sa chance. Puisque Artus vient tout juste de sortir son édition du Manoir Maudit, avec bonus de l’infatigable Alain Petit en prime, on aurait d’ailleurs bien tort de se priver…

 

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Le film débute par la visite du fameux manoir, deux jeunes filles décidant de s’y rendre dans le but de voir le portrait de la Comtesse Irène, belle maîtresse des lieux malheureusement disparue sans laisser de traces voilà de nombreuses années. Mais alors qu’elles arpentent la demeure, les nénettes sont subitement attaquées par un homme au visage déformé, sorte de Capitaine Caverne bis n’attendant qu’une chose : que des proies passent sous son museau pour les attraper et les ramener dans son donjon, où il les torturera jusqu’à la mort. Sans surprise, on retrouve les cadavres des deux donzelles dans la nature dès le lendemain, ce qui inquiète à la fois la police et Raman, un riche Hindou, jadis le fiancé de la Comtesse Irène. Ca ne rassure pas non plus des masses le bon Docteur Darnell, décidé à amener sa fille Anna dans la région depuis que celle-ci, portrait craché d’Irène, se met à souffrir d’atroces cauchemars lors desquels elle assiste à la mort de la Comtesse. Elle revit alors, nuits après nuits, les ultimes minutes de la malheureuse, qui se réveilla visiblement dans le fameux donjon, non loin d’un squelette hilare, d’une armure de chevalier bougeant toute seule et d’un homme au visage si poilu qu’on dirait un loup-garou. Et tout ce beau monde s’efforce à la terrifier et finit par lui décocher une énorme flèche dans le nombril, la clouant au mur derrière elle. Pour sûr qu’on ne verra pas ça dans Faites Entrer l’Accusé… Mais le fameux assassin à la tronche fondue, celui du début, rôde de plus en plus près d’Anna et l’on devine bien que tous ces mystères se résoudront dans le sang et les toiles d’araignées… Un script plutôt simple, voire simpliste, compilant un peu tout ce qui se fait en matière de cinéma goth : une belle demoiselle tourmentée par une vie antérieure ou des songes inquiétants, une bâtisse grandiose théâtre de sinistres évènements, peut-être même hantée, un gros crado sadique logeant dans les sous-sols, de potentiels suspects tous plus louches les uns que les autres, des douves poussiéreuses où l’on n’y échange pas ses cartes Pokémons,… Tout est là, bien à sa place, de sorte que l’on ne risque pas de sentir un quelconque dépaysement !

 

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Boccaci connait donc ses gammes et ne tente certainement pas de réinventer la sauce, pas plus scénaristiquement que formellement d’ailleurs. Si sa réalisation n’est pas particulièrement remarquable, elle fait le taf’ sans trop de problèmes et l’on pourra même dénicher quelques plans sympathiques et des scènes « d’action » assez rythmées pour le genre. Visuellement, si nous sommes bien sûr loin du travail d’un Bava, il n’y a donc pas de quoi se plaindre, Le Manoir Maudit tient la route et sa photographie est d’ailleurs fort agréable à l’œil. Un bon point vite suivi d’un mauvais au niveau scénario, cependant, tant le script prête à sourire, et ce à de nombreuses reprises. Si la trame générale n’est en elle-même pas pire qu’une autre et se résume surtout à une excuse pour ramener des jolies filles en robe de chambre dans un donjon mal entretenu, c’est dans les détails que se trouve le vice. Comme par exemple l’apparition de ce journaliste, venu enquêter sur la découverte des corps des suppliciées du monstre. Notre brave gars débarque près d’un étang pour y prendre de la flotte, histoire de refroidir un peu le moteur de sa bagnole, et tombe sur Anna, en train de se baigner à poil, en pleine nature. Si l’adolescente est au départ assez ennuyée par la présence du galopin, elle finit par s’y attacher et, le soir même, au coin du lit, lui avoue son amour ! C’est même plus un coup de foudre là, c’est Zeus qui leur pisse à la gueule ! Un peu rapide pour être crédible donc, comme certains retournements de situations, volontaires lorsqu’il s’agit perdre le spectateur. Si l’on a bien compris une fois le film terminé que le chevalier menaçant des rêves est l’un des protagonistes se déguisant, Scooby-Doo style, pour donner des ordres au type avec une quatre fromage sur la tronche et le forcer à éliminer les gêneurs, on ne sait que penser des fameux phantasmes d’Anna et des quelques apparitions fantomatiques de la Comtesse Irène. Metempsycose finit en fait par ressembler à un pot-pourri sans queue ni tête, voire même à une parodie involontaire du cinéma gothique ! Voir pour s’en convaincre cette scène surréaliste montrant la Mort rire comme une tarée avant que ne déboule un chevalier menaçant, vite suivi par des vieillards poilus dont les masques ne trompent personne. C’est bien simple, si l’héroïne avait un fouet à ce moment-là, on aurait pu croire à une version Z du jeu-vidéo Castlevania ! Et il serait bien malhonnête de prétendre que cela déplaît, au contraire !

 

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Car l’identité désuète, la naïveté, et peut-être même la ringardise de l’ensemble permettent justement de rendre Le Manoir Maudit attachant, à défaut d’en faire un classique du gothique. Véritable cliché du bis transalpin des sixties, le film n’hésite pas à aligner avec candeur les passages obligés du genre, de la ballade nocturne dans la sombre bâtisse à une musclée bataille finale contre le fameux gaillard au visage défoncé. De beaux efforts souvent foutus par terre par des maquillages médiocres ou un recours à des solutions de facilité aptes à nous faire tordre de rire. Ainsi, l’un des pièges du manoir est une énorme arbalète, la flèche, ou plutôt le javelot, ne partant que lorsque deux rats ont terminé de ronger la corde déclenchant le mécanisme. Et plutôt que d’utiliser de la vraie vermine, Boccasi opte pour un autre type de rongeurs : des cochons d’Inde ! Et n’allez pas voir là un éventuel lien avec le Prince Hindou, on a sans doute utilisé ces belles bêtes parce qu’ils doivent être plus faciles à manipuler que des gros rats ! Difficile de ne pas pouffer de rire… Le film se lance tout de même à quelques reprises dans de l’humour volontaire via un personnage de flic totalement incompétent. Le pauvre se fait assommer juste avant le climax, auquel il ne participe donc pas, n’est jamais écouté par les autres protagonistes et fout les pieds sur un indice (qui ne servira jamais dans le film) sans le remarquer ! Un aigle, le mec ! Un personnage sympathique et un peu risible malgré lui, finalement assez à l’image du film : tout cela n’est pas bien finaud, pour ne pas dire bas de plafond, mais c’est diablement touchant malgré ses défauts, comme un gênant ventre mou en milieu de métrage. Alors oui, c’est une bisserie un peu ingrate et mieux vaut être un fan pur et dur du genre pour tenter l’aventure, mais les amateurs devraient sans doute y trouver leur compte et la regarder avec bienveillance. C’est en tout cas mon cas !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Antonio Boccaci
  • Scénarisation: Antonio Boccaci, Giorgio Simonelli
  • Production: Francesco Campitelli
  • Titres: Metempsyco (Italie), Tomb of Torture (USA)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Annie Alberti, Adriano Micantoni, Marco Mariani, Flora Carosello
  • Année: 1963

A lire aussi, la chro de Flint sur Psychovision et celle de la reine claude sur Ecranbis!

2 comments to Le Manoir Maudit

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas vu ce film non plus (décidément, j’ai du retard…) mais son sujet et son iconographie devraient me plaire. D’ailleurs, les photos en noir et blanc vieillissent encore plus ce film italien, comme un Universal des années 30.

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