Contronatura

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Le grizzly Artus ne reste jamais bien éloigné de ses tanières gothiques et nous le rappelle une fois de plus en sortant, coup sur coup, Le Manoir Maudit et Contronatura. C’est ce dernier, réalisé par Mister Antonio Margheriti (Danse Macabre, Pulsions Cannibales,…), que l’on va passer sur le grill aujourd’hui !

 

 

Avec Contronatura, Artus frappe un grand coup pour les fans de bis rital, cette réalisation de Margheriti datée de 1969 étant en effet l’une des bandes les plus appréciées des fins connaisseurs. Alain Petit ne dira pas le contraire puisqu’il a régulièrement vanté les mérites de la bobine, pourtant restée très méconnue chez nous. Et pour cause, elle n’est jamais débarquée dans nos contrées, sous quelque format que ce soit, et c’est donc à Artus que revient l’insigne honneur de démarrer les hostilités. Contronatura, à la base prévu sous le nom Transe, est une adaptation d’une nouvelle (« Et pourtant on frappe à la porte » de Dino Buzzati) et une co-production entre l’Allemagne et l’Italie, ce qui explique d’ailleurs un casting à la fois teuton et transalpin. Côté bouffeurs de choucroute, on retrouve ainsi Joachim Fuchsberger (le krimi Les Mystères de Londres mais également vu dans des pelloches ritales comme Mais qu’avez-vous fait à Solange ?) et Marianne Koch (Le Général du Diable). Niveau mangeurs de pizzas, on croise Giuliano Raffaelli (Maciste contre les Hommes de Pierre, Six Femmes pour l’Assassin), Claudio Camaso (le solitaire vivant dans sa cabane dans La Baie Sanglante) ou encore Luciano Pigozzi, alias Alan Collins, vraie gueule du bis croisé très souvent chez Margheriti mais aussi chez Bruno Mattei et Mario Bava ! On a même une petite Française, surtout présente en Italie, à savoir Dominique Boschero (Toutes les Couleurs du Vice), histoire de parfaire le statut international de la bande.

 

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Qui raconte quoi, d’ailleurs ? Margheriti, également collé à la machine à écrire, imagine un récit que l’on rapprochera volontiers aux bons vieux récits de « Old Dark House ». Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si notre homme situe son intrigue dans les années 20, soit à l’époque où les films du genre naissaient peu à peu. On découvre ainsi un petit groupe de cinq personnes, toutes issues de la haute société, et ayant la mauvaise idée de passer par les bois avec leur bagnole alors qu’une tempête fait rage. Comme de juste, ils s’embourbent et se retrouvent forcés d’aller demander de l’aide dans une vieille bicoque isolée s’ils ne veulent pas s’offrir le bain de boue de leur vie. Heureusement, ils peuvent rentrer dans la demeure, en fait un ancien hôtel devenu un refuge de chasseurs, tenu par un homme louche (Alan Collins, bien évidemment, s’il y a un rôle de mec inquiétant, c’est pour sa poire) et sa vieille mère. Celle-ci est d’ailleurs en pleine transe : en effet, juste avant que nos héros ne passent le pallier, la maman et son fiston s’offraient une petite séance de spiritisme et la vioque est restée coincée dans le monde des esprits. Histoire de la ramener parmi eux, son grand gamin propose à ses invités de participer à la séance. L’ennui, c’est que nos protagonistes principaux ont tous un secret inavouable, un « petit » quelque-chose à se reprocher, et craignent que les esprits ne révèlent leurs sordides affaires… Pas de doute, on est en plein dans le style Old Dark House et tous les éléments sont là : la vieille baraque dans laquelle un dentiste ne risque pas d’implanter son cabinet, les éclairs venant lacérer le ciel ombrageux et fendre le silence, un maître des lieux que l’on embrasserait pas sous le gui et des personnages débarquant avec de sombres mystères plein les valises. Margheriti, bien sûr planqué sous le pseudonyme américanisé Anthony M. Dawson, a bien révisé ses classiques et livre ainsi une vraie petite pelloche gothique disposant de tous les ingrédients nécessaires. Il n’hésite d’ailleurs pas à filmer des araignées tisser leurs toiles en gros plan ou la face inquiétante de Collins en train de servir du jus de mûres à ses invités en leur précisant mollement que lui, il appelle ça du sang parce que ça lui en rappelle la couleur et que ça le revigore. Le comportement d’un homme sain d’esprit, le genre de détails poussant les arrivants à prolonger la soirée, assurément…

 

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Le réalisateur sort donc de nombreux artifices pour tenter de coller la pétoche à son auditoire, et il parvient quelques fois à inquiéter sérieusement. Voir pour s’en convaincre les noires paroles de la vieille mégère lorsqu’elle est habitée par un esprit, les menaces se faisant de plus en plus nombreuses envers les vivants alors que les portes se mettent à claquer. Classique mais efficace ! N’allez cependant pas croire que  Contronatura est une pelloche gothique comme une autre, vous ne pourriez être plus éloignés de la vérité. Margheriti, pardon Dawson, insère en effet dans sa bande fantastique des éléments venus du thriller, du film noir, et même du drame, se servant de la psychologie de ses personnages pour varier un peu les plaisirs. Car les cinq zigotos, plus ou moins jeunes selon les cas, ont tous quelque-chose à se reprocher et sont passés maître dans l’art de multiplier les saloperies. Tous plus ou moins amis, ou tout du moins associés, ils passent leur vie à se trahir, à pratiquer l’adultère, à manipuler les leurs, à leur cacher des choses et à leur planter des couteaux dans le dos. Ambiance ! Et bien évidemment, ces crapules à la petite semaine ne souhaitent pas qu’un emmerdeur de fantôme vienne mettre leurs projets en péril, d’autant que le spectre semble très au courant de leurs agissements. Notre ectoplasme sous-entend clairement que l’une ou plusieurs des personnes ici présentes à un meurtre pesant lourdement sur sa conscience… L’ami Antonio se lance alors dans de multiples flashbacks, son Contronatura étant d’ailleurs à moitié constitué de coups d’œil dans le rétroviseur, histoire de nous plonger dans les mémoires de tous ces amis/ennemis et faire monter le suspense. Qui est coupable de quoi ? Sans trop en révéler, osons tout de même souligner que personne n’est de toute façons tout blanc, Margheriti prenant un malin plaisir à entacher cette haute société, à les montrer sous des jours peu flatteurs.

 

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Chaque flash-backs amène alors son lot de révélations sur les sales caractères des uns et des autres, des hommes qui n’ont de noble que le statut ou le titre. Le jeune premier, par exemple, promet à son épouse de ne jamais la tromper… avant de rejoindre immédiatement une riche demoiselle, espérant que celle-ci pourra lui faire monter les marches de la gloire un peu plus rapidement ! D’ailleurs, son amante trahit également son compagnon, un riche gus froid comme un Cornetto pistache fomentant quelques vilains coups avec son avocat. Avocat dont la femme est rongée par des désirs saphiques, notre demoiselle étant une lesbienne refoulée bien incapable de cacher plus longtemps son attirance pour les jeunes poitrines de jolies nymphes. Et lorsqu’elle parvient à en ramener une dans son plumard, elle finit systématiquement par leur faire des scènes de jalousies colossales, au point que ces relations se finissent toujours dans la fureur… et parfois dans le sang. Tous ont en tout cas un rapport de dépendance au pouvoir, qu’il s’exerce via leur rang, leur manière de regarder les gens de haut ou par les voies sexuelles. Inutile de préciser que tout ceci est très intéressant et que les liens entre les uns et les autres, les triangles amoureux et les études de caractères permettent à Contronatura d’être une bisserie pour le moins original. Oui mais est-elle divertissante ? C’est là que le bât blesse, malheureusement.

 

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Car Margheriti met malheureusement trop de temps à nous montrer où il veut en venir, la première partie du métrage, mettons la première moitié, étant à ce titre assez pénible. La multiplication des personnages et l’intrigue qui n’arrive pas empêchent de se sentir concerné, de s’impliquer dans ces galas et soirées où le champagne coule à flots. Certes, la réalisation est de qualité et l’on apprécie sans mal les jolis mouvements de caméra alliés à une bande-son réussie, mais voilà, on s’emmerde un peu lors des prémices, incapables que nous sommes de nous accrocher à quoique-ce-soit. La scène d’introduction, montrant une partie de cartes lors d’une soirée guindée, peine par exemple à présenter le décor et les différents pions du scénario de manière efficace et il faut de nombreuses minutes pour que l’on arrête de se mélanger les pinceaux entre les personnages. Et pourtant, je suis un attentif moi hein, je suis pas en train de regarder un film tout en classant ma collection de pin’s des Maîtres de l’Univers, on bosse sérieux à Toxic Crypt. Jamais une vanne, jamais un mot plus haut que l’autre, vous me connaissez. Mais voilà, faut dire ce qui est, Contronatura ne passionne guère à ses débuts. Ca va mieux par la suite, mais le mal est fait et il devient bien difficile pour le film de rattraper son retard et se poser en un classique parmi les classiques. Margheriti n’en signe pas moins une œuvre intéressante dans le style, mais plus dirigée vers les fans de films noirs que les férus d’épouvante. A réserver aux plus affamés des fans du réalisateur et du cinéma gothique, donc, quand bien même les décors lugubres se résument ici à un hall et une chambre. Cela fait donc peu, mais cela n’empêche nullement d’apprécier l’analyse d’un Alain Petit nettement moins dur que moi et aux arguments convaincants. A vous de voir, donc !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Antonio Margheriti
  • Scénarisation: Antonio Margheriti
  • Production: Antonio Margheriti, Arthur Brauner, Franco Ciferri
  • Titre Original: Schreie in der Nacht (Allemagne), Contronatura (Italie)
  • Pays: Italie, Allemagne
  • Acteurs: Claudio Camaso, Marianne Koch, Alan Collins, Helga Anders
  • Année: 1969

A lire également la chronique de Phil sur Psychovision, plus positive que la mienne!

2 comments to Contronatura

  • Roggy  says:

    J’aime bien Antonio Margheriti en général mais ce film, que je ne connais, ne t’a visiblement pas emballé plus que ça. Dommage car l’affiche est magnifique 🙂

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