Sasquatch Mountain

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Croyez-vous au bigfoot ? Vous savez, cette espèce de grand Gérard Depardieu, en plus velu, que certains chasseurs américains jurent d’avoir vu alors qu’ils traquaient la galinette cendrée ! Z’êtes sceptiques hein, je le sens bien. Ben c’est pas Sasquatch Mountain qui risque de vous convaincre, je peux vous le dire !

 

 

Lance Henriksen, on l’aime forcément dans les milieux dit bis et c’est bien normal. Difficile de ne pas se sentir proche d’un acteur que l’on a souvent croisé dans notre jeunesse, que ce soit au détour du massacre commis par un cyborg autrichien, d’une expédition spatiale pour trouver des œufs de Pâques tournant à la catastrophe, d’une chasse au Belge ou des déambulations nocturnes de vampires crasseux. Mais l’amour a ses limites et il est bien difficile de tout pardonner, même à une figure reconnaissable et charismatique comme le bon Lance. Ainsi, on a bien du mal à s’engouffrer les dernières pelloches en date de ce doyen de la Série B, des œuvres le plus souvent si fauchées que c’est encore à Henriksen de faire figure d’effet spécial en questionnant le spectateur sur ses capacités à enquiller les nazeries. Oh, tout n’est pas forcément à jeter dans le lot et il lui arrive, peut-être par accident, de tomber sur un projet au mieux agréable. Mais pour le commun des mortels, celui qui fut jadis la star de la série Millenium n’est aujourd’hui qu’un simple ouvrier du budget famélique, le roi du cacheton. Du coup, retrouver son blase sur la jaquette, au demeurant fort laide, de Sasquatch Mountain, n’a rien de bien étonnant. Un téléfilm produit par Sci-Fi Channel, également connu sous le titre Devil on the Mountain ou Bigfoot, Attaque en Forêt lors de sa diffusion chez nous. Mais c’est Sasquatch Mountain que gardera M6 en tête lorsque viendra le moment de balancer le DVD dans les bacs (quelle idée, déjà…), surtout à soldes. Un métrage de Steve R. Monroe, que les amateurs de Rape and Revenge connaissent fort bien puisqu’on lui doit le remake d’I Spit on your Grave et sa première séquelle, des gros DTV loin d’être réussis, c’est même un euphémisme, mais plutôt regardables. Vu comme ces affaires de viol et de vengeance étaient bien gorasses, on peut fort justement espérer que le massacre perpétré par le yéti dans la bande qui nous intéresse aujourd’hui sera lui aussi bien juteux. Encore que, n’oublions pas qu’on a ici affaire à un téléfilm prévu pour détendre un max le travailleur américain, visiblement prêt à passer 80 minutes devant un produit dénué d’âme alors que bien des tueries des eighties lui tendent les bras dans le vidéoclub à 500 mètres de chez lui. Allez comprendre !

 

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Les chaînes câblées du genre de Sci-Fi Channel, depuis renommée Syfy si je ne m’abuse, ont toujours été du genre à vous balancer des documentaires à la bouffe-moi le nœud, mettant en scène des pseudo-experts pas crédibles une seconde en train de se pencher sur des cas insensés comme celui de l’homme-papillon ou de l’alien venu poser sa pèche dans le jardin de Bryan McBurger, garagiste dans l’Iowa. Et à première vue, ce genre de scientifiques du paranormal et des bizarreries, ces Ghostbusters à la ramasse, ont été convoqués lors de l’élaboration du film. Steve Monroe a dû se dire que tant qu’à faire, autant faire appel aux vrais connaisseurs de la nature, de vrais trappeurs badass comme Denis Brogniart et Frédéric Lopez. Ainsi, la jaquette du DVD de Sasquatch Mountain nous assure que la daube qu’elle contient a été écrite, je cite, « en collaboration avec des experts renommés pour leurs recherches sur le yéti ». Autant dire des glandeurs disposant de beaucoup trop de temps libre. C’est en tout cas à eux de seconder Michael Worth, scénariste mais également acteur sur la bande, que vous avez peut-être reconnu (mais j’y crois moyen) dans Jabberwock et Jurassic Attack. Ils ne lui ont en tout cas pas soufflé des idées scénaristiques très novatrices, le script s’enfonçant dans un déjà-vu dont on se serait bien passé. On découvre ainsi une bande de braqueurs venant de commettre un casse, juste avant de percuter la voiture de la pauvre Erin (Cerina Vincent, moins choisie pour son jeu d’actrice que pour ses talents mammaires) qu’ils prennent bien sûr en otage avant de s’engouffrer dans les bois pour s’y planquer. Ouais mais voilà, la forêt c’est un peu là où Bigfoot se gratte le cul avec un hérisson en attendant qu’un daim lui passe sous le museau et qu’il puisse lui croquer les miches. Et bien entendu, nos malfrats, mais aussi les trois flics lancés à leurs trousses, vont tomber sur ces deux mètres de bestialité, les poussant à collaborer s’ils veulent survivre plus de cinq minutes dans cette nature décidément très hostile. Et Lance Henriksen là-dedans ? Il est le sauveur providentiel, le mec cool du coin, rendu sombre depuis que sa femme s’est mangée une bagnole alors qu’elle filmait justement le gros poilu en train de faire des claquettes dans les bois.

 

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Evacuons d’emblée le seul point positif de Sasquatch Mountain : le casting est plutôt sympa. Il y a en effet matière à jouer à « Qui est-ce ? » puisqu’une bonne partie des zigotos venus folâtrer entre les arbres sont pour certains bien connus de nos services. Outre Lance Henriksen, on retrouve donc cette bonne vieille baderne de Tom Thomerson (les Trancers, Dollman), un Rance Howard approchant peu à peu des 90 piges mais toujours en activité (on l’a vu il n’y a pas trop longtemps dans le moyen Rosewood Lane de Victor Salva et, bien avant, dans le remake de Toolbox Murders), Craig Wasson et sa jolie coupe (vous voyez le héros de Body Double et le gentil docteur dans le troisième Freddy ? Ben c’est ce mec !), la déjà citée Cerina Vincent (Cabin Fever, l’original, et Retour à la Maison de l’Horreur) et quelques autres tronches habituées aux micro-budgets. Idéal pour tuer l’ennui, et toute utilisation d’IMDB est bien évidemment interdite. Vous ne gagneriez d’ailleurs rien à tenter de tricher, la recherche mentale des noms des comédiens étant le seul moyen de passer le temps ici, car autant vous dire que ce n’est pas le film qui vous occupera des masses. Pourquoi perdriez-vous de votre précieux temps à le scruter, d’ailleurs ? Pour son Bigfoot ? Il n’est certes pas trop mal branlé, au moins n’est-il pas une masse de pixels dégueulasses, mais sa dégaine est tellement risible qu’il est impossible de stresser lorsque ce grand dadais trimballe sa frimousse à l’arrière-plan. Pour son histoire, peut-être ? Non, elle n’a aucune espèce d’intérêt et se contente de lier les camps opposés dans leur lutte contre le Cousin Machin, qui vient attraper un zig de temps à autres. La psychologie des personnages, alors ? Là au moins, il y a en effet quelques points à marquer car il est vrai qu’ils ont été un peu plus travaillés que la moyenne. Ceux que l’on pense méchants sont en fait assez sympas quand ils le veulent bien, les plus gentils sont plutôt des névrosés nécessitant un repas aux petites pilules bleues, et la majorité a souffert de graves traumas (femme morte, mari violent,…). L’ennui c’est que ça ne porte pas le film bien loin tout cela, ça favorise même les longs dialogues emmerdants où chacun explique aux autres que c’est lui qui a le plus souffert qu’un autre, et pis c’est tout ! Tant et si bien que l’on a parfois la sensation d’assister à une réunion des déprimés anonymes, au point que le Bigfoot devient quasiment secondaire au sein de sa propre intrigue.

 

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Oui mais peut-être que tout cela est gore et bien méchant comme il faut, non ? Pensez-vous ! Sasquatch Mountain est une production pensée pour être diffusée en prime-time sur Sci-Fi Channel, entre deux épisodes de Dr Who, alors que les geeks tentent de digérer leur sachet KFC. Pas question de les faire dégobiller du blanc de poulet et ce n’est pas ici que vous verrez des excisions au coupe-ongle ou une castration à la pince à épiler. Si notre Bigfoot tue en effet pas mal de monde, c’est toujours hors-champs et le sang reste bien gentiment dans les veines des protagonistes, si ce n’est lors de quelques plans gentillets montrant un peu d’hémoglobine dans les feuilles mortes. Mais qu’est-ce qu’il reste au film, alors ? Une belle réalisation ? Pfou, malheureux ! C’est même là ce qu’il y a de pire ! Car le pauvre Monroe, dans une tentative de booster un peu son mollasson Creature Feature, nous fait le coup des accélérations au montage, une technique ninja particulièrement utile lorsque l’on veut ringardiser tout son boulot en quelques centièmes de secondes. En plus, la photographie parvient à être à la fois trop terne et trop lumineuse, dans tous les cas trop moche, et si votre serviteur était tombé sur ces images à la télévision plutôt que d’avoir choppé le DVD (à vil prix, fort heureusement), il aurait zappé sans remords. Bref, n’en jetez plus, la coupe est pleine et il n’y a rien à sauver dans ce Sasquatch Mountain qui n’a même pas eu la bonne idée d’assumer ses aspects cheesy en étant un petit peu fun. Car c’est le sérieux papal qu’ont choisi les créateurs de ce téléfilm mal fagoté, à l’image de celui arboré par un Lance Henriksen sans doute pas dupe de la qualité de son dernier bousin. Mais au point où il en est, un de plus ou un de moins, cela ne change plus grand-chose. Et puis tant que la paye tombe et que Bishop peut se réabonner à Hustler TV, le principal est fait ! Mais il n’y a bien que la star du film, qui par ailleurs ne fait pas grand-chose et est absent la majorité du récit, à sortir gagnante (et encore…) de l’entreprise, le bissophile se l’étant envoyée sortant de table avec un sacré mal de ventre. Allez, on dégueule ça vite fait et on n’en parle plus !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Steven R. Monroe
  • Scénarisation: Michael Worth
  • Production: Mike Curb, Carole Curb Nemoy, Michael Worth
  • Titre Original: Devil on the Mountain
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lance Henriksen, Cerina Vincent, Michael Worth, Rance Howard
  • Année: 2006

2 comments to Sasquatch Mountain

  • Roggy  says:

    Eh ben dis donc, même si ton texte a la patate, il semblerait que ce film soit dispensable pour l’amoureux du Bigfoot ou de Gégé Depardieu qui ressemble à un gros ours mal léché quand il est bourré 🙂

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