Sumuru, la cité sans hommes

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Quelques mois après la bible contant le parcours du petit Jésus le plus bis qui soit, il est temps de revenir sur la filmographie de l’ami Franco. Et quoi de mieux qu’un petit Sumuru, la cité sans hommes lorsque l’on a soif d’aventure, d’exotisme et d’érotisme ?

 

 

Durant les années 60, le gars cool, le gus le plus populaire de la soirée avec lequel toutes les filles rêvaient de s’enfermer dans un placard, c’était un certain Bond, James Bond. Et comme tous les mecs cool, l’ami Sean Connery eut son lot de suiveurs, reprenant son style, son look, ses maniérismes, histoire de séduire autant que le modèle. Et de rameuter autant de cinéphiles désireux de s’alléger de quelques biftons, aussi. Le producteur britannique Harry Allan Towers ne s’y est en tout cas pas trompé et s’est offert les droits de plusieurs romans de Sax Rohmer, géniteur du légendaire et diabolique Fu Manchu (votez pour lui aux prochaines élections !). Il produira d’ailleurs certaines aventures du génie du crime asiatique, quelquefois réalisées par Jess Franco (The Blood of Fu Manchu, The Castle of Fu Manchu), l’une de ses chevilles ouvrières préférées pour sa capacité à emballer rapidement un film en un temps record. Ainsi, lorsque vint le moment de mettre en boîte une deuxième aventure mettant en scène Sumuru, une sorte de Fu Manchu au féminin, après un The Million Eyes of Sumuru sorti en 67 et réalisé par Lindsay Shonteff, c’est tout naturellement vers l’Espagnol que Towers s’est tourné. Et nous voilà donc face à Sumuru, la cité sans hommes, alias The Girl from Rio, disponible dans une excellente édition chez Artus (dotée d’un très bon bonus avec Jean François Rauger), une fausse suite puisque si elle reprend bien le personnage central de Sumuru et son interprète Shirley Eaton, il n’est nullement nécessaire de voir le premier chapitre pour apprécier et comprendre le second. Le scénariste, Harry Allan Towers lui-même, bien sûr planqué sous pseudo, sachant fort bien qu’il est préférable de reprendre les affaires à zéro, histoire de ne pas se couper d’une large portion du public, celui qui n’avait pas encore croisé le million de regards de la cruelle Sumuru. Et comme de coutume avec le cinéma de l’ami Jess, sa pelloche subit plusieurs versions et montages selon les pays où elle fut distribuée. Pour en savoir plus sur la question, direction le Jess Franco ou les prospérités du bis d’Alain Petit, toujours dispo chez Artus Films.

 

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La compréhension du récit de Sumuru dépend grandement de la version que vous comptez voir, mais puisque celle d’Artus est bien évidemment la plus aisée à dénicher, on va dire que les chances sont fortes pour que vous visionniez celle-ci plutôt qu’une autre. Et tout débute par une séquence que l’on pourrait juger comme typique du réalisateur : dans un décor sombre et vide se remplissant grâce à une épaisse fumée, une demoiselle dénudée caresse un homme guère plus habillé, le tout sous le regard de Sumuru, qui finira par poser sa botte sur la gorge de celui que l’on devine un supplicié. Une scène d’introduction gratuite, plongeant le spectateur dans un univers dont il ne connaît encore rien, le laissant donc par la même occasion dans le vague. Le récit prend tout de même son envol dès la scène suivante lorsque nous découvrons un bellâtre nommé Jeff Sutton (Richard Wyler, Coplan FX 18 casse tout) arrivant à Rio avec une valise attirant la convoitise de quelques gangsters, dont le magnat du crime Masius (le vétéran George Sanders, dans son dernier rôle). A première vue, Mister Sutton serait un sacré bandit ayant commis un braquage (montré dans l’un des montages alternatifs du film, en introduction !) dont le butin serait contenu dans son bagage, attisant bien évidemment les envies de personnages pas plus meilleurs que lui. Dont Sumuru (son blase peut changer selon les versions), cheftaine d’un monde nouveau, d’une île appelée Femina et qui, comme son nom l’indique, n’est habitée que par des femmes. Mais c’est d’ailleurs ce qu’attend Sutton : que Sumuru le remarque, le kidnappe, et l’amène sur son îlot secret, notre héros étant en fait un agent secret/détective privé embauché pour retrouver la fille d’un riche employeur… Mais parviendra-t-il à s’échapper de cette cité sans hommes ?

 

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Pour sûr que si vous souhaitez de l’aventure, Sumuru va vous en donner ! Tout est là, les gars : des hommes de main surveillant notre héros avec des jumelles, des nymphes qui tombent la chemise, des armes hi-tech, des fusillades, des fuites par les airs, de la castagne ! Bon, autant le dire tout de suite, la bande de Franco n’a pas franchement disposé du même budget que celui alloué aux enquêtes de Bond et on le ressent bien. Dans les scènes d’action en particulier, pas crédibles un instant puisque la production n’avait visiblement pas les moyens de se payer des balles à blanc ou des pétards pour simuler des impacts de balles. Le pire arrive d’ailleurs lors du climax, alors que l’île subit des explosions et les assauts des hélicoptères, le pauvre Franco ne disposant bien évidemment pas de pyrotechnie pour donner un visage décent à son apocalypse. Le voilà dès lors obligé de faire trembler sa caméra pour feindre un tremblement de terre, de filmer en gros plan des fumigènes pour les travestir en déflagrations, de forcer ses comédiennes à mimer la mort alors qu’aucun plomb n’est craché par les sulfateuses,… Guère convaincant, c’est même rien de le dire, et on comprend aisément que le montage américain se soit décidé à larder la scène de stock-shot de détonations piquées ailleurs. Mais ces passages un peu plus énervés sont bien les seuls à faire tiquer, l’ami Jess s’étant du reste fort bien débrouillé pour parer à la pauvreté de l’entreprise. Ainsi, lorsqu’il est hors de question de faire construire des plateaux, Franco tire le meilleur parti des décors urbains mis à sa disposition, traquant les architectures les plus originales pour créer son univers, à mi-chemin entre le contemporain et la SF, comme une sorte de réalité tordue. On a d’ailleurs la sensation que notre homme a passé un bon moment à scruter les aéroports avec son objectif, le QG de Sumuru étant clairement un aérodrome. Tandis qu’à l’inverse, lorsque nos personnages désirent prendre l’avion, on a la sensation que l’aéroport dans lequel ils se trouvent est plutôt un petit parc ! Quant aux intérieurs, s’ils sont un peu vides de prime abord, ils collent plutôt bien avec l’ambiance étrange recherchée pour l’île aux femmes, un domaine froid et livide.

 

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D’ailleurs, il est inutile de préciser que techniquement, Sumuru se montre impeccable, Franco oblige. Les plans sont souvent magnifiques, tout particulièrement ceux dévoilant Rio, les éclairages pour la majorité travaillés et le réalisateur parvient à restituer une étrange atmosphère. On en viendrait à douter que l’Espagnol travaille dans la précipitation tant on sent que l’homme fait son boulot avec application. Mais sans se prendre trop au sérieux cependant, comme le rappellent quelques pointes d’humour bienvenues, touchant principalement le rôle de George Sanders, ici dans la peau d’un méchant qui ne l’est pas trop non plus. Allergique à la violence, il ordonne à ses sbires de ne pas trop malmener ceux qu’ils torturent (un comble !) pendant que lui se marre en lisant des BD de Popeye (véridique !) ! Il faut dire que l’on n’a pas franchement besoin du vieil homme niveau badguy, Sumuru se chargeant fort bien de faire remonter l’indice de cruauté en flèche. Car n’allez pas croire que parce que notre prêtresse du mal est une demoiselle qu’elle est pour autant plus tendre que la moyenne des salopiauds peuplant le cinéma d’exploitation. Elle gère au contraire sa tribu telle une Spartiate, n’hésitant pas à laisser périr ses combattantes les plus imparfaites ou à torturer ses prisonniers. Et elle déborde d’imagination en la matière ! Ainsi, certains sont enfermés dans des cellules de verre tandis qu’un gaz les droguera jusqu’à la folie, d’autres sont tourmenté par un rayon laser invisible (moins cher à montrer qu’un visible !) tandis que notre héros sera lui recouvert de bisous. Oui, aussi bizarre que cela puisse paraître, Sumuru envoie ses soldates tripoter et léchouiller le brave Sutton, histoire de lui faire avouer sa mission. Autant dire qu’il a encore moins de raisons de parler s’il veut faire durer le plaisir, quand bien même notre homme semble tourmenté par ces câlins féminins. Allez comprendre…

 

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Franco assume en tout cas pleinement la génétique pulp de son film, lui imposant même un certain rythme. Certes, 90 minutes, ça peut sembler un peu long pour une œuvre de ce type, et l’ensemble n’aurait pas été moins bon avec quelques minutes de moins, mais on ne peut pas dire que l’on s’emmerde devant le spectacle proposé. Les amateurs de belles femmes seront déjà aux anges puisque le réalisateur de Bloody Moon leur offre des courbes sur lesquelles perdre leur regard à plus d’une occasion. Les guerrières de Sumuru sont déjà peu vêtues à la base et n’hésitent pas pour certaines à tout dévoiler, ce qui n’est jamais fâcheux. Et lorsque l’amour n’est pas au beau fixe, c’est qu’il est temps de donner dans la rixe ! Via quelques scènes un peu étranges de préférence, comme lorsque le héros et l’une de ses amies (incarnée par la culte Maria Rohm, femme d’Harry Alan Towers) se retrouvent attaqués par des Blues Brothers portant des masques démoniaques alors qu’ils se baladaient tranquillement dans un Rio de toute beauté. Oh, Sumuru n’est pas un chef d’œuvre, c’est certain, mais le film a au moins la bonne idée de ne pas prétendre à plus que ce qu’il n’est. Léger, simple, dénué de toute prétention, le métrage se suit dans la joie et la bonne humeur, toutes deux suggérées par une bande-son assez funky rappelant que l’on tient bien un bon cru du bis pulp. Qui plaira d’ailleurs sans doute aux mordus de cinoche psychédélique, Franco emballant, on s’en doutait, quelques minutes bien bizarroïdes comme on les aime. Dans le genre récréatif, ça se pose là, en plus de rappeler que Franco savait concrétiser de vraies bandes populaires tout sauf chiantes !

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Jess Franco
  • Scénarisation: Harry Allan Tower
  • Production: Harry Allan Tower
  • Titre Original: The Girl from Rio
  • Pays: Espagne, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Shirley Eaton, Richard Wyler, George Sanders, Maria Rohm
  • Année: 1969

2 comments to Sumuru, la cité sans hommes

  • Roggy  says:

    Je n’ai jamais vu ce film de Jess Franco et tout ce que tu en racontes en bien et l’iconographie proposée donnent sacrément envie. Encore un à ajouter sur la liste 🙂

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