Le Mort qui Marche

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Et si on causait un peu de The Walking Dead ? Pas de la série, bien sûr, et je suis bien navré pour les fans de Rick Grimes et des frères Dixon qui espéraient sans doute causer zomblards aux dents longues dans la crypte toxique. Techniquement, ça va causer crevé quand même, mais pas comme vous l’imaginez…

 

 

Eh ouais, pas de Gouverneur, de Michael Rooker jouant au pirate ou de prison dans laquelle il ne fait pas franchement bon vivre dans ce The Walking Dead sorti en 1936, soit bien avant que la série adaptée du comics du même nom ne vienne s’emparer du titre à tout jamais. Bon, chez nous on dit Le Mort qui Marche donc le problème ne se pose pas réellement mais on peut imaginer que tout cela peut amener quelques quiproquos chez les Anglo-saxons, du genre « Quoi ? Boris Karloff joue dans The Walking Dead ? Mais il est mort ! Il joue un Walker ? ». Car il y a bien du Karloff dans le film du jour, un fait guère surprenant concernant une œuvre des 30’s puisque le grand type lugubre régnait en maître sur l’épouvante à cette époque. De quoi réjouir les amoureux de l’épouvante à l’ancienne, toujours heureux de retrouver le comédien dans un rôle macabre, en tout cas plus heureux que lui puisqu’une fois de plus le géant n’était guère satisfait du personnage qu’il devait interpréter, un pauvre gars exécuté par erreur suite à un complot mafieux visant à lui faire porter le chapeau pour le meurtre d’un juge. Bien sûr, quelques médecins un peu plus audacieux que d’autres ramènent le zigoto à la vie, ce dernier ayant du coup bien envie de demander des comptes aux malfrats l’ayant envoyé sur la chaise électrique. L’ennui, c’est que dans les premières versions du script, le protagoniste incarné par le Boris n’était qu’un sinistre junkie, coincé entre la bouteille et la dope, et qu’une fois revenu à la vie il ne disposait plus d’énormément de dialogues. Un rôle à la Créature de Frankenstein, en somme, avec un pauvre hère ressuscité et dont le sens de la conversation se limite désormais à des râles. Pas franchement de quoi motiver Karloff, désireux de montrer une palette de jeu un peu plus variée que du « Bwoaaaaah » à toutes les sauces…

 

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Heureusement, après quelques réécritures, le personnage change et devient un peu plus honorable. Ainsi, le brave John Ellman, nom du personnage principal, passe d’un alcoolique a un pauvre homme malheureux ayant tué sa femme quelques années auparavant, visiblement pour cause d’infidélité. Et puisqu’il a été condamné par un juge faisant office de poil à gratter pour la mafia locale, les brigands décident d’utiliser Ellman en lui demandant de surveiller la maison du juge, soi-disant pour prouver son infidélité. Bien sûr, le but est surtout que le bouc émissaire soir sur place, histoire de lui coller dans les paluches le cadavre du magistrat, en fait déjà assassiné. Guère aidé par un avocat complice des saligauds et se servant de lui, John se retrouve finalement sur la chaise électrique et se fait toaster les burnes alors que deux jeunes témoins étaient prêts à prouver son innocence. Mais la justice se dit qu’il serait dommage de laisser dans le cercueil un témoin clé d’une affaire capable de coller derrière les verrous tous les pourris de la ville tandis qu’un médecin plus doué que la moyenne tente justement de ressusciter les morts. Ou plutôt de les réanimer en relançant leurs cœurs, une expérience difficile mais néanmoins couronnée de succès avec Ellman. Mais cette seconde naissance ne vient pas sans effets et le pauvre homme a visiblement perdu la mémoire, ce qui ennuie et le procureur comptant sur lui pour l’aider à coffrer ses ennemis et le docteur qui espérait obtenir quelques informations sur la vie après la mort. Mais s’il n’est pas franchement d’une grande aide pour ceux l’ayant extirpé d’un monde meilleur, Ellman ne compte pas se contenter de fixer le mur d’un œil fatigué et part à la recherche de ceux qui l’ont arnaqué à mort !

 

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Mais alors que l’on pouvait facilement imaginer notre revenant se balader d’un malfaiteur à l’autre en traînant la patte pour leur serrer la gorge, un peu comme dans The Ghoul avec le même Karloff, Ellman cherche plutôt des réponses. Ainsi, lorsqu’il retrouve ceux qu’il cherche, il ne les attaque pas et leur demande juste pourquoi ils se sont ainsi servi de lui et l’on traîné jusqu’au décès. Mais comme de juste, les gaillards sont systématiquement effrayés à la vision de cet homme qu’ils pensaient mort et finissent par mourir bêtement en tentant de s’échapper. L’un se défenestrera tout seul, un autre fera une mauvaise chute et un troisième aura la bonne idée de courir en direction d’une locomotive qui se fera une joie de lui offrir un baiser métallique et mortel. Une certaine originalité découle donc de cette idée de faire du « monstre », même si c’est beaucoup dire, un simple homme perdu, coincé entre la vie et la mort, et cherchant à comprendre ce qu’il est et pourquoi on a décidé de lui mettre sur le dos un odieux crime qu’il n’a pas commis. John Ellman, s’il n’effraiera sans doute personne si ce n’est les fameux bandits qu’il observe de son œil faussement menaçant, est donc un premier rôle assez intéressant et même attachant, son aspect pathétique et tragique ne pouvant que placer le public de son côté. D’autant qu’il ne s’attaque qu’à des sales types, tous les personnages au bon fond étant de son côté et prêts à l’aider, quand bien même ils y trouvent leur compte aussi. Car s’il fut manipulé par les badguys, qui lui promettaient un boulot honnête pour l’envoyer sur les lieux du crime et le faire arrêter à leur place, il l’est aussi par les gentils. Les hommes de loi se servent surtout de lui dans l’espoir de le voir leur amener des preuves de la culpabilité des mafieux tandis que le docteur ne perçoit en lui qu’une expérience permettant de répondre à quelques questions sur la vie après la mort…

 

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Ainsi, alors que l’on imaginait déjà Karloff en zombie vindicatif et volontaire pour remplir le cimetière qu’il vient de quitter, le gars est plutôt un pion déprimé, placé dans les mains de personnages tous assez égoïstes, si ce n’est une demoiselle plus sincère que les autres. Le monde de The Walking Dead est donc assez sombre. Et pour cause, c’est surtout à un polar noir que nous avons affaire, le récit étant assez peu porté sur l’épouvante malgré une scène de retour à la vie se référant au Frankenstein de Whales. Pour le reste, on observe surtout les manigances des uns et des autres, les plans des bons pour faire tomber les mauvais et les tactiques des seconds pour se débarrasser des premiers. Amoureux du genre gothique tel que les années 30 nous l’offraient, soyez prêts à être un petit peu déçus, donc, même si Le Mort qui Marche gagne forcément quelques points d’originalité en se mêlant au thriller ténébreux. N’empêche que l’on conseillera la bande aux fans de Karloff avant toute chose, les affamés d’épouvante pouvant trouver le plat un peu léger. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir un sacré réalisateur à la barre puisque c’est Michael Curtis, Mister Casablanca (excusez du peu, même si ici on est plutôt branchés sur ses Doctor X ou Mystery of the Wax Museum, plus recommandables !), qui emballe le tout avec un beau talent. Il met en tout cas du rythme à son affaire, courte (une heure et cinq minutes environ) et pressée, l’introduction étant particulièrement rapide et efficace en la matière. Les amateurs de l’époque seront également heureux de croiser pas mal de tronches fréquentes du cinoche de jadis, et dont certaines ont tapé dans l’épouvante. Comme Margueritte Churchill (Dracula’s Daughter), Barton MacLane (Dr. Jekyll et Mister Hyde version 1941, The Mummy’s Ghost) ou Edmund Gwenn (Des Monstres attaquent la ville). Mais personne pouvant tenir la comparaison avec l’ami Boris, bien entendu…

 

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Certainement pas mauvais, The Walking Dead est cependant plus intéressant que réellement captivant, il faut bien le dire, et est surtout à conseiller aux fans des années 30. Et à ceux qui n’ont rien contre les films noirs misant largement sur les exactions de quelques bandes organisées dans des salles de billard enfumées, venues remplacer ici les vieux manoirs d’ordinaire obligatoires dans les productions d’époque. Ils nous manquent d’ailleurs un petit peu, il faut bien le dire, tout au long de ce Mort qui Marche très correct mais sans grand plus.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Michael Curtiz
  • Scénarisation: Robert Hardy Andrews, Ewart Adamson, Lillie Hayward
  • Titre Original: The Walking Dead
  • Pays: USA
  • Acteurs: Boris Karloff, Ricardo Cortez, Margueritte Churchill, Edmund Gwenn
  • Année: 1936

2 comments to Le Mort qui Marche

  • Roggy  says:

    Je ne connais pas ce film de Karloff qui semble assez mineur dans sa carrière mais mérite certainement une petite vision. Merci Rigs pour la découverte !

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