Savage Streets (Les Rues de l’Enfer)

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Les filles se rebiffent ! Ou tout du moins l’une d’entre elles, une certaine Linda Blair pour ne pas la citer… Sans doute fatiguée d’être la victime de démons ou maniaques, la belle aux poumons aussi gros que son tempérament décide de passer de l’autre côté du miroir et rendre les coups à un gang de salopards… Girl Power !

 

 

 

Dire que les Spice Girls, idoles périssables de quelques gamines aux mauvais goûts musicaux dans les nineties, prétendaient ramener le Girl Power à la mode alors qu’elles n’étaient, au fond, que les esclaves de quelques patrons de label… Le vrai Girl Power, mes amis, on le trouvait plutôt chez quelques dames comme Pam Grier ou Christina Lindberg, fières demoiselles rappelant aux jeunes filles qu’elles peuvent mener la danse. Et j’aime autant vous dire que ce n’était pas sur des slows que les belles faisaient gigoter les malotrus… Dans la même famille, je demande Linda Blair, entrée au panthéon des nanas qui en ont dans le froc via Savage Streets (1984), alias Les Rues de l’Enfer, série B budgetée à un peu plus d’un million de dollars dont le but évident était de surfer sur le succès rencontré par un certain Charles Bronson avec ses Death Wish. En féminisant la figure du vigilante, bien entendu, la petite moustache étant rasée tandis que les poitrines sont fameusement gonflées, pour le plus grand plaisir des mâles entrés dans la salle ou ayant loué la VHS. A condition d’y être parvenu, cependant, ce qui n’était pas une mince affaire, la réputation sulfureuse de l’œuvre lui attirant les foudres des censeurs, jamais les premiers pour rigoler un bon coup devant une bisserie un peu scandaleuse. Surtout les Anglais, ces gentlemans demandant durant l’heure du thé que soient coupées 24 minutes de film, ne laissant aux bisseux britanniques que des restes… Décidément malchanceux, ces pauvres ne pourront pas non plus profiter bien longtemps de l’édition DVD sortie par Arrow Video en 2011, l’incendie d’un local emportant en fumée un gros stock de cette édition, désormais assez rare… Les Français sont mieux lotis (pour une fois !) puisque l’éditeur ne se nourrissant que de viscères chaudes et de cervelle fraîche Uncut Movies s’est penché sur le cas de cette vengeance féminine… Et on ne risque pas de s’en plaindre !

 

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Si la réception du film à sa sortie ne fut pas particulièrement bonne (critiques négatives à gauche et à droite, censure et interdictions à tout va), la création de Savage Streets ne fut pas aisée elle non plus puisqu’elle subit un changement de réalisateur. C’était en effet Tom DeSimone, connaissance de Linda Blair puisqu’il la fit jouer dans son slasher Hell Night, qui tenait les rênes du projet au départ avant de le quitter, laissant sa place à Danny Steinmann (Vendredi 13 : Une nouvelle terreur, cinquième opus de la franchise) après quelques temps d’arrêt de tournage impliquant la désertion d’une poignée d’acteurs, partis vers d’autres horizons. Les aléas de la vie d’une Série B ! Notons que l’ami Steinmann est crédité comme étant l’un des scénaristes de la bête, ce qui explique sans doute que le choix du metteur en scène de remplacement se soit porté sur lui, d’autant qu’il n’en était pas à sa première expérience en la matière… Reste que puisqu’il a participé à la rédaction de l’histoire, il est également bien placé pour mettre en boîte les mésaventures de la pauvre Brenda (Linda Blair), jeune et jolie demoiselle, par ailleurs assez brillante, qui se trouve être la chef d’une petite bande de jeunes filles. Oh, pas des biens méchantes, en tout cas on ne les voit pas faire grand-chose dans le film, juste quelques nanas qui se réunissent la nuit pour danser, s’éclater et surtout oublier qu’elles vivent dans un trou à rats particulièrement malfamé. Pas le genre de beautés qui viendront vous coller un opinel sous les burnes si vous ne les emmerdez pas, en somme, ce que confirme la présence d’Heather, sourde muette incapable de faire le moindre mal. Notons que cette gamine est incarnée par Linnea Quigley (Hollywood Chainsaw Hookers, Le Retour des Morts-Vivants), à l’époque pas encore l’égérie culte de la série B dénudée mais en passe de le devenir. Notons qu’elle n’était pas venue seule au casting pour ce rôle puisque sa bonne amie Brinke Stevens, autre grande dame du bis bien connue pour son rôle dans Nightmare Sisters, l’y avait conduite dans l’intention de se présenter, elle aussi, pour le même rôle. Une petite compétition amicale, en somme… Mais revenons-en à nos jolies brebis, qui ne sont donc ni vilaines de visage, ni de caractère, en tout cas nettement moins que les Scars, gang masculin contenant quatre dealers portés sur la brutalité. Taquines, Brenda et ses filles décident de donner une bonne leçon aux salopiauds, volant leur voiture pour mieux y déverser quelques ordures. De quoi mettre Jake, le chef des Scars, dans une rage folle, rage qu’il atténuera en allant violer Heather avec ses hommes… Dès lors, le point de non-retour est atteint et Brenda n’aura plus qu’une idée en tête : se venger en faisant mal, très mal…

 

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Pas de doute, nous sommes bel et bien devant un Rape and Revenge virant au vigilante, dans la grande tradition des deux genres, avec tous les codes que cela implique. Au Rape and Revenge on emprunte une victime diminuée et un agresseur touché par les remords dans la bande des Scars, au vigilante un familier de la victime bien décidé à répandre une justice sanglante. Pourtant, Savage Streets débute de manière à brouiller les pistes puisque la première bobine, celle précédant le viol, rappelle plutôt les teen movies débordant de bonne humeur. Certes, nos bonnes amies se trimballent dans des ruelles glauques décorées de sex shops rappelant plus volontiers l’univers sale de Frank Henenlotter (Frankenhooker, notamment) que celui très propret et joyeux des bandes pour ados de l’époque mais il n’empêche que leurs déambulations respirent la joie de vivre. Elles balancent des vannes de cul (tout le temps, tout le film en est émaillé), se moquent gentiment les unes des autres, provoquent les Scars, qui ne semblent pas encore aussi virulents, créent des jalouses à l’école et se dénudent volontiers devant une caméra complice. Les Rues de L’Enfer ressemblent donc plutôt à celles du paradis, de prime abord, et on n’est parfois pas très loin des comédies livrées par Troma lorsqu’ils débutaient, genre Squeeze Play. Il y a en effet un gros aspect cheesy dans le coin, avec des comédiens volontaires lorsqu’il s’agit d’en faire des tonnes, des dialogues à se pisser de rire toutes les trente secondes, une musique Hard FM bien kitsch et des looks particulièrement eighties. En gros, ça se marre plutôt bien et assez régulièrement, Steinmann faisant son possible pour donner un aspect festif à sa bande, multipliant les traits d’humour. Par-ci un dragueur à la petite semaine qui se fait rembarrer par Brenda, par-là un prof de science qui a bien du mal à donner cours depuis que ses élèves dessinent des bites sur les représentations du corps humain trouvables dans sa classe. Ce petit coquin de Danny Steinmann ne tenterait-il pas d’endormir son public pour mieux le prendre à revers lorsque débuteront les hostilités ? On peut le penser car la suite des évènements a tendance à faire chuter les sourires…

 

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Ainsi, les Scars, en bons enfoirés qu’ils sont, tendent un piège à la naïve Heather, endormie elle aussi par Red, l’un des pourris en question, venus joué les gentils romantiques auprès d’elle. Malaise dans la salle, bien au courant des intentions du bonhomme, guère arrêté par le sourire d’une pauvre Linnea Quigley bien loin d’imaginer les atrocités qui l’attendent. Et lorsqu’elle réalise, c’est déjà trop tard pour s’enfuir, allongée qu’elle est sur les froides dalles des chiottes, tandis que ses assaillants lui passent dessus, un à un… Même si la scène a été lourdement censurée (à l’origine, ils passent tous dessus et Jake offre trois coups de talons au visage de la petite, ici « seuls » deux hommes la violent tandis que Jake ne donne plus qu’un unique coup de pied), elle garde toute sa dureté et reste donc assez difficile à regarder. D’autant que le montage, savant, alterne entre le supplice d’Heather et les discussions de Brenda avec les autres filles, bien loin d’imaginer ce qu’il se passe à quelques pas de là. Une manière intelligente d’isoler la victime et de souligner que son calvaire n’est pas prêt de finir, personne ne s’inquiétant outre mesure de sa disparition, sa sœur prétendant même qu’elle est « capable de se débrouiller toute seule ». Glaçant… Pas plus guilleret, le sort réservé à une autre fille de la bande à Brenda, poursuivie par Jake et ses hommes alors qu’elle venait de finir les préparatifs de son futur mariage, finissant par faire le grand saut suite à la colère du badguy… Alors que bien des Rape and Revenge ou des Vigilante décident de miser sur une lourdeur constante et jamais démentie, Steinmann mise donc sur le contraste et casse le bonheur à plusieurs reprises pour le remplacer par un désespoir sans fin. Une bonne manière de rendre les lascars détestables tout en portant Brenda au rang d’héroïne appréciable sans avoir à trop en faire dans le lugubre, les assauts des Scars étant glauques ce qu’il faut, ni trop soft, ni trop hard. La violence dans Savage Streets sonne donc comme équilibrée, tout du moins pour la partie « Rape », qui prend tout de même toute la première heure du métrage. Les fans de la justice expéditive seront peut-être un peu déçus, en effet, puisque la partie vigilante se résume à un petit quart d’heure, celui montrant Brenda éradiquer ses ennemis, un à un. La délivrance pour le bisseux, qui n’attendait bien évidemment que ça ? Pas vraiment, malheureusement…

 

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En effet, contre toutes attentes, le climax vengeur est la partie la moins intéressante de Savage Streets, Steinmann étant visiblement moins à l’aise avec le « Revenge » qu’avec le « Rape ». A vrai dire, il transforme Brenda en une tueuse de slasher, décidée à attendre que ses victimes tombent dans ses pièges, dans sa toile, tandis qu’elle leur lance des punchlines humiliantes tout en étant cachée dans la pénombre. Si tout cela semble plus que satisfaisant sur le papier, cela passe un peu moins bien sur nos téléviseurs, la faute à un certain statisme. En effet, Brenda décide d’user de l’arbalète pour faire passer à ses ennemis l’envie de l’emmerder, ce qui signifie qu’elle n’a qu’à se tenir debout face à eux et décocher une flèche au bon endroit pour en finir. Ce qui ne loupe bien évidemment pas, si ce n’est avec un Jake offrant, en bon final boss qu’il est, un peu plus de résistance. Ce n’est bien sûr pas désagréable à regarder, loin de là, mais on aurait aimé un peu plus de mouvement, le jeu du chat et de la souris entre Jake et Brenda dans un magasin ne remontant pas spécialement le niveau… Savage Streets se conclut néanmoins de manière satisfaisante, même si dans la crypte toxique on préfère largement la première heure, plus rigolote et cheesy. D’ailleurs, le plus intéressant dans l’œuvre est moins les outrages que les personnages, tous assez bien croqués et mémorables. Le protagoniste culte est celui de Linda Blair, bien sûr, qui ne compte pas ses efforts lorsqu’il s’agit de se montrer arrogante et sûre d’elle, chewing-gum en bouche et clins d’œil volcaniques aux paupières. Elle est très bien dans ce rôle, surtout lorsqu’elle doit montrer toute sa haine lors du final, mais ce sont tout de même les Scars qui volent la vedette… Car les quatre enflures sont mémorables, de ce furieux Jake ne supportant pas qu’on le ridiculise (Robert Dryer, tout en grimaces, également vu dans The Borrower) à un Vince plein de remords (Johnny Venokur, également vu dans Lord of Illusions et Hard-Rock Zombie) en passant par le musclé Fargo (Sal Landi, Xtro 3, Maniac version 2012…) et le fourbe Red (Scott Mayer, qui pour le coup n’a joué que dans Savage Streets). Ces blousons noirs ne jurant que par le mal forment effectivement un quatuor plus notable que les demoiselles, un peu effacées en comparaison… D’autant que nos gredins ont beau vouloir pointer du doigt leur virilité, on note quelques tendances homosexuelles assez ambigues qui terminent de les rendre très intéressants ! Notons également le vieux John Vernon (Killer Klowns from Outer Space) en proviseur pervers, faux-cul et maniant l’insulte avec un réel plaisir. Comme tout le monde dans le film, cela dit, ce qui n’est pas pour me déplaire, vous me connaissez…

 

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En résumé, Savage Streets déçoit un poil là où on l’attendait mais ravit là où on ne l’attendait pas ! Une chose est certaine : si vous cherchez une bisserie typée années 80, c’est indéniablement celle qu’il vous faut, il suffit de voir les punchlines bigger than live et dénuées de sens que l’on y trouve pour s’en convaincre, voir le culte « Dommage que tu ne sois pas en caoutchouc, tu aurais pu te lécher le cul en guise d’adieu » pour ceux qui en douteraient encore. Les Rues de l’Enfer n’est donc pas aussi rude que l’on pouvait l’imaginer, ou plutôt que son aura culte le laissait présager, et détend plus qu’il ne fait frissonner. Ce qui n’est pas plus mal, par ailleurs, et renforce clairement la sympathie ressentie pour cette série B franchement recommandable, mémorable et TRES généreuse en affolantes poitrines… Qui s’en plaindra ?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Danny Steinmann
  • Scénarisation: Danny Steinmann, Norman Yonemoto
  • Production: John Strong
  • Pays: USA
  • Acteurs: Linda Blair, Robert Dryer, Linnea Quigley, Sal Landi
  • Année: 1984

A lire aussi la chro de Daniel Rezzo sur Le Passeur Critique!

4 comments to Savage Streets (Les Rues de l’Enfer)

  • Hugo Spanky  says:

    Ah oui oui oui, il est coriace celui là, un régal. Linda Blair est une assez bonne adresse en général, pour qui a le goût du bis revendiqué et fier de l’être. On la retrouve aux côtés de Wendy O’Williams (les fans de Lemmy s’en souviendront) et de l’inévitable Sybil Danning dans Reform School Girls (les anges du mal 2), un autre bijou sans queue, et encore moins de tête, mais avec des gros nichons en pagaille.))))

  • Roggy  says:

    Il faut absolument que je le voie celui-ci et pas seulement pour la dernière phrase de ta chronique 🙂

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