Crocodile

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Lorsque Nu Image fait appel à Tobe Hooper, on est en droit de penser que c’est pour tenter d’élever le débat du film d’horreur animalier, alors (on est aux alentours des années 2000) représenté par la saga des Shark Attack. Pas de bol, le vieux Tobe a clairement perdu de son tranchant et nous livre ici une Série B, limite Z, comme il en existe des milliers…

 

 

Pauvre Tobe Hooper ! Alors au top de sa forme puisqu’ayant sorti, les uns après les autres, un classique indémodable (Massacre à la Tronçonneuse), un redneck movie bien crapoteux et terrible (Le Crododile de la Mort), une trop longue mais sympathique adaptation en deux épisodes de King (Salem’s Lot), un slasher qui deviendra également son meilleur film (Massacres dans le Train Fantôme, qui selon moi enterre celui à la tronço) et de l’horreur tous publics toujours très agréable malgré le temps qui passe (Poltergeist, qui serait surtout un film de Spielberg, mais bon…), le réalisateur sera finalement tombé dans les griffes de la Cannon. Pas forcément pour y torcher de mauvais films, votre serviteur trouvant même Lifeforce, Invaders from Mars et Massacre à la Tronço 2 plus que sympathiques, mais force est de constater que les fans de la première heure avaient de quoi tiquer en découvrant ces pelloches à l’esprit bien éloigné de celui des débuts, nettement plus sombre et revanchard. Jadis grand pourvoyeur de tueries malsaines et dérangeantes, Hooper s’était peu à peu métamorphosé en amuseur du samedi soir, ce qui n’a certainement rien de honteux, au contraire, mais ne correspond pas réellement aux attentes placées en lui. Et cela ne va pas aller en s’arrangeant puisqu’après quelques passages télévisés, l’ami Tobe tombera dans la Série B pure et dure, façonnant des Spontaneous Combustion ou The Mangler que l’on visionnent sans trop de peine mais restent tout de même bien éloignés des standards de ce Master of Horror en perdition. Après un retour par la case télé, Hooper se verra offrir une nouvelle chance, une fois de plus dans le domaine du petit budget avec le DTV Crocodile, proposé par les zigs de Nu Image. Une boîte alors connue pour proposer du bas de gamme et aux efforts principalement concentrés sur le genre animalier, ces messieurs se complaisant à envoyer une multitude de nageoires dans les bacs vidéo. Une boîte aussi constituée d’anciens de la Cannon, celle-là même qui fit perdre, aux yeux de certains, de sa superbe au papounet de Leatherface. Est-ce d’ailleurs par amitié ou nostalgie que Tobe Hooper s’est acoquiné avec Avi Lerner et Boaz Davidson ? On tablera plutôt sur la nécessité de faire rentrer du pognon dans la caisse, Crocodile sentant moins la réunion de vieux potes que le petit larcin entre amis.

 

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Que ceux qui pensaient qu’un « animal attack » orchestré par Hooper ne peut qu’être supérieur aux productions du même acabit et démoulées à la va-vite par tous les autres studios, comme ceux de Roger Corman par exemple, se calment immédiatement ! Car ils risquent bien d’être déçus, les pauvres, en découvrant que Crocodile ne vaut guère mieux que le tout-venant du genre. Le metteur en scène n’essaie d’ailleurs pas de se distinguer des canons de l’épouvante animalière et se contente tout simplement de torcher, sans se fouler, la Série B que ses producteurs attendent de lui. C’est-à-dire un produit surgelé et loué pas cher, que le spectateur ne finira peut-être même pas, lassé d’avoir déjà trop goûté à cette popote industrielle. C’est que la recette est toujours la même : des jeunes garnements au QI de grain de sable bien décidés à picoler et s’envoyer en l’air, une fête qui tourne mal et des circonstances les poussant à s’isoler du reste du monde, un vieux shérif enquêtant dans son coin en traînant la patte parce qu’il sait bien qu’il ne doit arriver que lors du climax et, bien sûr, un gros saurien mal luné. Ici un crocodile, ce qui ne surprendra guère vu le titre de la pelloche, ou plutôt « une crocodile » mécontente que les jeunes bourrés soient venus faire les cons avec ses précieux œufs. On la comprend vu que les débilos de service se sont montrés particulièrement irrespectueux avec sa descendance à venir, l’un d’entre eux piquant un œuf après l’avoir foutu dans son slibard pour faire croire qu’il en a une grosse paire (véridique). A vrai dire, si dans les grandes lignes le script de Crocodile sent la fainéantise et le déjà-vu à plein nez, force est de constater que quelques efforts ont tout de même été fournis sur le background de la bête. Logique, à vrai dire, puisque l’on repère bien vite au générique les noms d’Adam Gierasch et de Jace Anderson, mari, femme et scénaristes pour un certain nombre de bandes du genre. De vrais fans de l’univers horrifique, qui auront à plusieurs reprises tenté de relancer certaines vieilles gloires du genre, tel Hooper avec Crocodile, donc, mais aussi Toolbox Murders et Mortuary, ou Dario Argento avec Mother of Tears. Bon, le moins qu’on puisse dire c’est que le Gierasch (également réalisateur du fort agréable Autopsy, déjà chroniqué ici) et sa femme ne sont pas franchement parvenus à leurs fins et que les œuvres découlant de leur travail sont rarement réussies (ouch le Argento !), mais au moins font ils preuve d’un minimum de sincérité. Ainsi, pour Crocodile, ils imaginent une histoire assez intéressante, celle d’un riche gus détenant un hôtel dans les marécages, persuadé qu’il pourrait obtenir la vie éternelle du dieu égyptien Sebek s’il ramène un crocodile du Nile. Malheureusement, l’expérience a tourné court et son gosse de huit ans s’est fait becter le cul lorsqu’il eut la mauvaise idée de jouer avec les œufs du croco. Maudit, l’hôtel finira même par partir en flammes tandis que l’animal se sera enfui pour aller se loger dans les marais, où il est toujours caché de nos jours… Le genre de petites histoires bien efficaces, ici racontée au coin du feu, d’abord par un jeune tenant le récit de sa grand-mère, ensuite par un vieux redneck désireux de se venger du saurien, qui aurait avalé son père voilà bien des lunes.

 

crocodile3Le héros, monstre de charisme comme vous pouvez le voir.

crocodile4Même à Jersey Shore on en trouve pas des pareils!

 

Malheureusement, tout cela ne servira finalement à rien et cette douce aura mystique, apportée par des thèmes musicaux aux touches égyptiennes, ne sera jamais qu’une excuse pour expliquer l’étonnante force, quasi-surnaturelle, de la bête. Alors qu’il y avait de quoi balancer une petite Série B à la menace orientale, voire même spirituel, Nu Image préfère se concentrer sur son troupeau de débiles mentaux, tous plus insupportables les uns que les autres. Le premier défaut de Crocodile, qui n’en manque pas, est d’ailleurs là : le casting est terrifiant de nullité. Les protagonistes sont déjà écrits avec les pieds à la base, tous résumés par leurs pires défauts et jamais sympathiques. Et par jamais, je veux dire JAMAIS ! Imaginez un peu un héros au charisme de truelle, sorte de métrosexuel ayant trompé sa petite amie, aussi jolie que mauvaise actrice, avec une pouf qui semble constamment bourrée, le tout sous le regard d’un soi-disant meilleur ami qui a fait virer le héros de la fac et attend qu’il faute encore pour lui piquer sa copine, et vous aurez une idée à peu près fidèle du panier de crabes auquel fait face le crocodile. Les personnages secondaires ne sont bien évidemment guère meilleurs et passent leur temps à grimacer comme des demeurés, le genre dont Hanouna ne voudrait même pas pour compléter le public de son émission. C’est dire ! Tous sont bien entendu incarnés par des acteurs exécrables, tous retournés dans la figuration depuis, ou partis trouver un boulot de vendeur chez Walmart après cinq ou six films, grand maximum. Inutile de dire que les quelques efforts pour créer une mythologie autour du reptile tombent à plat avec ces zouaves aux alentour, le boulot d’Hooper tombant immédiatement dans le comique involontaire dès que sa caméra se fixe sur l’un de ces incapables comédiens.

 

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Il serait cependant bien malhonnête de tout foutre sur leur dos puisque Crocodile jouit de bien d’autres tares. En premier lieu la réalisation d’Hooper, terriblement anonyme. On se demande même pourquoi Lerner et compagnie sont partis chercher le maître du massacre texan tant le premier stagiaire venu pouvait emballer le présent métrage de la même manière. Si le tout tient la route techniquement, c’est principalement dans le registre du DTV : l’image est de qualité acceptable mais reste celle d’un téléfilm, quelques plans un peu mieux foutus apparaissent de temps à autre avant d’être noyés dans la masse, le montage est assez mou la majeure partie du film et s’énerve un peu trop quand le croco arrive, rendant ses attaques difficiles à déchiffrer,… On peut cependant comprendre le manque d’engouement du réalisateur, sans doute au fait que son travail allait se retrouver sur la même étagère que du Z à base de gros serpents ou d’ours en CGI mal fagotés. Mais quoi de plus normal, au fond ? Car lorsque l’on voit les effets spéciaux, on ne peut que précipiter Crocodile dans les rayonnages bas de gamme. Si les artisans doués de KNB sont présents, sans doute pour faire quelques têtes arrachées, et que le saurien est en partie créé en dur (la gueule, la queue), il est le plus souvent né des petits doigts d’infographistes maîtrisant Photoshop comme personne. Et comme souvent dans le genre, il est très, mais alors très laid, doté de ces habituelles textures fadasses comme ils les ont tous (voir les Python pour s’en convaincre) et de mouvements très peu naturels. Il faut le voir avancer au ralenti et d’une démarche saccadée alors que tout se déroule à vitesse normale autour de lui ou encore faire un plongeon très acrobatique au-dessus d’un bateau lors d’une scène particulièrement risible. Heureusement que le ridicule ne tue pas, Tobe Hooper aurait été foudroyé en tournant ce passage, peut-être le pire de sa carrière. D’ailleurs, il nous propose un autre grand moment, qui aurait pour sa part pu être sponsorisé par Bruno Mattei, voyant le croco projeter un gaillard agaçant dans les airs avant de l’avaler d’une traite… pour le vomir quelques secondes plus tard ! Même pas comestibles, ces cons-là !

 

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Cependant, si cette séquence nous ferait bien rire dans tout autre film et pourrait presque sauver du naufrage l’ensemble si l’on est de bonne humeur (car après tout, on va vers ce genre de bandes un peu pour ça aussi, non ?), Crocodile ne parvient jamais à nous faire sourire. Il n’est pourtant pas plus nul que ses congénères et, à part quelques passages bien chiants (l’interminable ballade nocturne dans les bois), il se laisse relativement suivre. Oui mais voilà, il y a le nom de Tobe Hooper sur la jaquette et c’est plus fort que nous, on attend forcément du créateur de quelques pelloches bien crasseuses des seventies autre-chose que du gros B animalier envers lequel nous serions sans doute moins durs s’il était réalisé par Jim Wynorski ou Fred Olen Ray (faut aussi dire que ceux-ci se prennent moins au sérieux). C’est injuste mais c’est ainsi : on aime le bis déconne quand il s’assume et est déroulé par des faiseurs sachant fort bien qu’ils ne révolutionneront rien, qui n’en ont d’ailleurs ni l’envie ni les capacités. Venant de Tobe Hooper, cela fait forcément un petit pincement au cœur, surtout lorsque ce dernier s’amuse à faire des clins d’œil à son glorieux passé, collant une tronçonneuse dans les mains de l’un de ses énervants ados. Pathétique, et le mot est pesé… Crocodile nage donc dans des eaux peu potables et il n’y a guère que ses jolis décors et le fameux background, pas assez utilisé, à pouvoir être qualifiés de qualités. Le reste, on tentera de l’oublier bien vite, par respect pour un réalisateur qui a beaucoup compté pour nous tous…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tobe Hooper
  • Scénarisation: Adam Gierasch, Jace Anderson, Michael D. Weiss, Boaz Davidson
  • Production: Avi Lerner, Boaz Davidson,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mark MachLachlan, Chris Solari, Caitlin Martin, Doug Reiser
  • Année: 2000

 

 

2 comments to Crocodile

  • Roggy  says:

    Le film est clairement mauvais et fait mal aux yeux quand on sait que c’est le grand Tobe Hooper qui l’a réalisé. Ce n’est pas possible que ce soit lui. A mon avis, c’est plutôt un film de Peter Hopper, je vois que ça 😉

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