The Punisher

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And justice for all ! Et de l’expéditive de préférence ! C’est en tout cas le créneau d’un certain Frank Castle, plus connu sous son nom de scène : Le Punisher. Le vigilante suprême, le roi des justiciers, à l’honneur en ce début d’année grâce à la sublime édition de la première adaptation faite par Mark Goldblatt avec Dolph Lundgren par The Ecstasy of Films. Sortez vos gilets pare-balles, ça va faire un carton !

 

 

A moins de foutre vos pieds pour la première fois dans la crypte toxique (oubliez pas de chaussez vos pantoufles Tortue Ninja en entrant), vous savez sans doute que, dans le coin, on n’a rien contre les grands blonds made in Sweden et encore moins les Vigilante Movie. Alors imaginez un peu la gaule que l’on se ramasse lorsque l’on reçoit dans sa boite aux lettres un beau Blu-Ray (ou la triple édition DVD, c’est selon votre équipement), confectionné avec amour par The Ecstasy of Films, du Punisher avec le père Lundgren, réalisé par Mark Goldblatt. Quoi, c’est le père Goldblatt qui réalise en prime ? Ah mais là on ne bande plus, messieurs, on jute ! Nan parce que le Marky, on le kiffe à mort aussi, et on a de bonnes raisons puisqu’il fut le monteur de tout un tas de pelloches bien nucléaires. D’abord pour le compte du vieux Roger Corman via Piranha et Les Monstres de la Mer, ensuite sous le regard approbateur de Big John himself pour Halloween II, mais aussi sur Hurlements et, plus tard, le Cabal de Clive Barker. Et son boulot toujours impeccable l’a fort logiquement poussé à tailler dans des bandes plus friquées, des gros bestiaux comme Commando, Rambo 2, Predator, Le Dernier Samaritain, Starship Troopers et, surtout, les deux premiers Terminator. Cherchez pas, les plus belles œuvres des 80’s et des 90’s sont toutes passées sous sa Moviola et ce n’est pas un hasard si l’on fait encore appel à lui de nos jours, pour Chappie et Rise of the Planet of the Apes, notamment. Un bon, un grand, le genre à réjouir aussi lorsqu’il passe derrière la caméra, le très sympathique Flic ou Zombie, buddy movie de cimetière, le prouvant largement. Alors vous pensez bien, savoir que ce mec-là, celui qui mit Sly et Schwarzy le plus en valeur, est aussi celui qui enfila au Dolphy sa tenue de punisseur, il y a de quoi avoir le cyclope en larmes… Mais pas de bol, The Punisher n’a pas franchement été un grand succès, si ce n’est de vidéoclub, tout semblant se liguer contre le légendaire Frank Castle, héros sombre et politiquement incorrect de Marvel. La faillite de la maison de production New World Pictures (Warlock, Hellraiser II, Creepshow 2,…) tout d’abord, une déconvenue propulsant le métrage dans les bacs vidéo sans passer par la case cinéma pour les USA, marché ô combien important. Le fait que Goldblatt et les autres décisionnaires ont cru pouvoir se passer du crâne sur le costume du Punisher ensuite, l’absence de la trombine de squelette enrageant les fans des comics, on le sait assez tatillons en la matière. Pour ne rien arranger, l’époque des gros bras laissait progressivement sa place à celle des flics normaux, menés par Bruce Willis, ou à celle des thrillers « classiques » (comprendre qu’on n’y fait pas d’arrestation au bazooka) comme Le Silence des Agneaux et compagnie. Et puis si le monde des super-héros s’apprêtait à repartir grâce à un certain Batman, le Punisher de Goldblatt était pour sa part bien trop désespéré pour conquérir les masses, alors pas encore friandes de sujets sombres à la The Dark Knight.

 

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Car ça ne rigole bien évidemment pas beaucoup dans The Punisher, récit plutôt fidèle (car des détails divergent bien évidemment), et donc noir, au chemin parcouru par le pauvre Frank Castle dans les comics. Ici, il est un brave flic devenu si gênant pour les mafieux qu’ils ont décidé de plastiquer la bagnole de sa femme pour le faire sauter. Manque de bol, seul Madame Castle et ses deux filles sont mortes, laissant le père de famille blessé mais bien en vie. Surtout éraflé mentalement à vrai dire, la vision de son épouse et ses marmots fondant comme neige au soleil dans la voiture en feu retournant pour le moins notre homme (petite nature, va !), bien vite changé en un monstre ivre de vengeance. Ou de justice, comme il le dit lui-même, Castle se sentant désormais pourvu d’une mission de nettoyeur. Les sales types, les gus de la pègre, les dealers, les raclures, il en fait son affaire et les dézingue grâce à son arsenal, le zig’ étant plus armé qu’une infanterie complète. Ce qui ne fait ni les affaires d’une police dépassée comprenant son ancien partenaire Jake Berkowitz (Louis Gosset Jr., Jaws 3D), ni celles des malfrats, dont le chef Gianni Franco (Jeroen Krabba, le Bond Tuer n’est pas Jouer) déjà bien emmerdé par d’autres. Comme les yakuzas, par exemple, la cruelle Lady Tanaka (Kim Miyori, le Metro avec Eddie Murphy), une sadique bien décidée à reprendre une bonne partie du business de Franco et kidnappant les chiards de toute son équipe pour le faire plier. Inacceptable pour le parrain mais aussi pour Castle, forcés de réagir et peut-être même de s’allier alors qu’ils sont les pires ennemis l’un de l’autre… Premier scénar’ pour Boaz Yakin, depuis devenu le réalisateur/scénariste du très chouette Safe avec Statham, qui livrait donc ici une histoire fidèle à ce que l’on peut attendre d’une adaptation du comics culte tout en ne se reposant pas sur la sempiternelle affaire de vengeance. En créant deux clans de badguys opposés, Yakin apporte une dynamique originale à l’actioner de Goldblatt, moins manichéenne que d’ordinaire. On peut d’ailleurs saisir la volonté du scénariste à montrer ses méchants sous différents angles, le personnage de Franco étant tour à tour un vrai mafieux sans remords et un père aimant prêt à donner sa vie pour son fiston, kidnappé par une Lady Tanaka encore plus cruelle que ce Franco jusque-là perçu comme le plus dangereux des protagonistes.

 

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Bel effet de miroir, par ailleurs, entre Franco et Castle, le premier étant coupable de la mort des enfants du second, ce qui ne l’empêche nullement de faire appel à lui pour qu’il sauve sa propre progéniture. Et alors qu’il pourrait laisser son ennemi dans la tourmente, le Punisher accepte de sauver la marmaille de celui à l’origine de toutes ses peines, quand bien même les mioches à secourir risquent fort de devenir des menaces pour lui quelques années plus tard, lorsqu’ils reprendront les entreprises familiales… Et que ceux qui pensent que tout cela va se conclure par un happy end en forme de poignée de mains se rassurent, The Punisher ne quitte jamais la noirceur qui est la sienne. Belle représentation du personnage, par ailleurs, présenté au départ comme une ombre, quasiment un tueur de slasher s’infiltrant dans la demeure d’un scélérat pour pendre ou poignarder ses hommes de main. Un rat, aussi, sale, portant les mêmes fringues depuis cinq ans et vivant dans les égouts, dans lesquels il médite nu, discutant avec Dieu de la mission qu’il pense lui être assignée. Un dingue, en somme, un Batman reniant toute limite et déboulant devant ses ennemis armés de pétoires à vous faire changer de couleur un Hulk, histoire de tout démolir. Avec un soupçon de plaisir, qui plus est, comme le prouve cette fusillade dans un casino tenu par les Japonais, que Frank détruit intégralement, ne lâchant jamais la gâchette tandis que le canon crache encore et encore du plomb. Un exutoire ? Plutôt une jouissance dans le bruit alignée sur une volonté de répandre sa douleur dans les milieux les plus malfamés. Et une fois que l’on pense que tout est terminé, que Castle va pouvoir se reposer, passer à autre-chose et reprendre une existence normale avec son ancien coéquipier, qui avoue bien franchement que son ami est tout ce qu’il a (touchant Louis Gossett Jr.), on le retrouve à nouveau le cul nu dans la crasse à converser avec une divinité n’existant que dans son esprit tordu. Rien ne finira jamais, la soif de violence du Punisher est infinie, ses sentiments définitivement effacés. Louons d’ailleurs la prestation de Lundgren, un comédien bien évidemment plus que limité, mais dont la sobriété fait ici des merveilles. Le teint cireux, les yeux mi-clos, il n’est plus qu’un fantôme épuisé marchant encore et encore vers on ne sait trop quoi… Mais il est certain que rien de bon ne sortira de son périple.

 

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Sur le fond, ce Punisher version 1989 écrase sans trop de problèmes ses deux reboots, la navrante version avec Thomas Jane et John Travolta et l’excellente avec Ray Stevenson, plus typée comics et donc fort colorée alors que celle de Goldblatt est d’une grisaille telle qu’on jurerait que la guerre des gangs se déroule en Belgique ! Tout ici pue le désespoir à plein nez et l’on tient sans conteste l’un des actioner les plus déprimants jamais tournés. Mais que les férus de la mitraille et des mortiers ne s’inquiètent pas, cela tabasse aussi dans le coin, et bien comme il faut. Lundgren se donne en effet pas mal et lorsqu’il ne joue pas les assassins de l’ombre, il vide ses chargeurs dans les bides, balance des grenades, change en passoires une vingtaine de sabreurs, brise la nuque d’une demoiselle aux talents de ninja, se pique une poursuite en bus et on en passe ! Ca défouraille donc de manière satisfaisante même si certains pourront reprocher que l’ensemble aurait gagné à être un peu plus nerveux. Sans parler de mollesse, le film prend parfois un peu trop de temps à dévoiler les caractères de ses trop nombreux personnages, certains frôlant l’inutilité (l’enquêtrice blonde, qui n’apporte strictement rien), empêchant par la même occasion le Punisher d’être aussi présent qu’on le voudrait. D’ailleurs, s’il est le personnage principal, il n’est pas forcément le plus mis en avant et on ressort de la bobine avec l’impression qu’il n’est finalement qu’un protagoniste comme un autre, certes central, mais pas beaucoup plus présent à l’image. Cela frustrera sans doute quelques spectateurs espérant forcément qu’un Punisher avec Lundgren serait plus bourrin que les suivants… D’autant que Goldblatt, qui n’a visiblement pas assuré le montage de son propre film (il n’est en tout cas pas crédité à ce poste) semble moins à son aise avec la caméra qu’avec la pellicule. S’il propose un travail plus qu’honnête et se dépatouille correctement d’un budget que l’on devine parfois assez restreint (ils ont d’ailleurs été à court de flouze vers la fin du tournage et certains décors font un peu vides), balançant même quelques éclairages à faire rougir un fan de Mario Bava, ses scènes d’action manquent d’un chouïa de dynamisme. Heureusement, elles ont le mérite d’être bien brutales, les fronts explosant tandis que l’hémoglobine part repeindre les murs. Dans la version uncut, du moins…

 

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Car comme The Ecstasy of Films est un très bon éditeur ne faisant jamais les choses à moitié, il propose ici trois versions du film : une version cut, une uncut et une workprint. La cut comme vous le devinez est la plus soft mais elle ne diffère guère de l’uncut, plus longue de quelques secondes réparties un peu partout dans le métrage et permettant de voir plus franchement certains effets gore, rajoutés dans le métrage avec une qualité visuelle forcément assez limite puisque tirés de sources de mauvaise qualité. La workprint est plus intéressante car elle contient à peu près tout ce que Goldblatt a pu filmer. Soit une longue séquence d’ouverture permettant de voir Castle dans sa vie de tous les jours, du temps où il était encore heureux, en train de chasser la mafia avec son pote. Un aspect très buddy movies, très L’Arme Fatale en plus fauché, sentiment encore renforcé par l’utilisation de l’une des musiques du classique de Donner en « temp track ». On aura également droit à un montage un peu diffèrent et aussi à un final plus noir. Si cette version est bien évidemment intéressante pour les fans, elle n’est cependant pas plus réussie que la définitive, le Punisher tel que nous l’avons tous vu gagnant à être présenté d’emblée comme le croquemitaine invisible des sales types. Elle est en outre beaucoup plus efficace et rythmée, bien entendu. Pas de quoi bouder la belle édition qui nous est ici proposée, cependant, même si on la conseillera surtout aux fans purs et durs de la pelloche (pour les autres, un DVD simple deux fois moins cher est disponible également), bien heureux de pouvoir tenir un bel objet contenant en prime un livret très informatif et doté de l’interview que donna Dolph à l’époque dans le magazine Impact. Que ce soit en Blu-Ray/triple DVD ou via le DVD simple, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : vous peindre la tronche de Skelettor sur le torse et partir affronter le crime avec ce bon vieux Frank, pour sûr que vous y vivrez un voyage pas comme les autres…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Mark Goldblatt
  • Scénarisation: Boaz Yakin (réécrit par Robert Mark Kamen)
  • Production: Robert Mark Kamen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dolph Lundgren, Louis Gossett Jr., Jeroen Krabbé, Kim Miyori
  • Année: 1989

 

2 comments to The Punisher

  • Roggy  says:

    Excellente chronique pour la meilleure version du Punisher à ce jour avec un Dolph encore juvénile mais toujours aussi vénère. Un rayon action à lui tout seul. Dolph forever !

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