Le Singe Tueur

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Pour tout Horror Addict qui se respecte, retrouver Boris Karloff est toujours un immense plaisir. A plus forte raison lorsque ce monstre sacré se lance dans d’incroyables singeries via The Ape, une Série B bien velue marquant le coup d’envoi des années 40…

 

Attention, ça spoile!

 

Pour Karloff, il n’y a pas que la Universal dans la vie ! C’est que ce grand séducteur (cinq légitimes, tout de même !) n’avait aucun problème à aller papillonner dans tous les coins, surtout si on lui proposait des rôles à visage découvert, lui qui était si fatigué de devoir cacher ses talents sous les impressionnants maquillages de Jack Pierce. Ainsi, on devine aisément ce qui a attiré notre homme dans le script de The Ape, en partie écrit par un Curt Siodmak à l’influence plus qu’importante sur l’épouvante vintage (on lui doit, pour rappel, des films de loup-garous, des Dracula, des hommes invisibles,…). En effet, notre brave Boris n’avait aucune bandelette pour cacher son regard, aucune cicatrice sur la gueule, aucun boulon au cou, dans ce Singe Tueur produit par Monogram Pictures, maison de production spécialisée dans les petits budgets. Principalement des thrillers ou films à suspense, du western, des films de guerre, quelques fois un peu d’épouvante laissant la place aux grandes figures du genre (Voodoo Man avec Lugosi, Revenge of the Zombies avec John Carradine),… Un studio toujours en vie à travers Allied Artists International, qui est pour ainsi dire le successeur de Monogram, dont les locaux historiques sont désormais utilisés par l’église de scientologie. On reste dans le fantastique, d’une certaine manière ! En somme, Monogram balançait de la Série B, et The Ape n’avait pour seul but que d’offrir quelques frissons bon marché à une audience ravie d’assister à un mélange entre film policier et épouvante classique. Mais qui pour mettre le script de Siodmak (et quelques autres collaborateurs) en images ? William Nigh bien évidemment, le gaillard étant un habitué de la boîte puisqu’il a déjà emballé pour leur compte la saga des Mr. Wong (Mr. Wong, The Mystery of Mr. Wong, Mr. Wong in Chinatown, Mr. Wong fait des doigts d’honneur à Navarro). Un habitué, un artisan connaissant bien les ficelles du genre… et qui nous torche ici un bien joli film !

 

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Le Dr. Adrian (Karloff) n’est pas franchement le mec le plus apprécié de son petit patelin. Cible préférée des habitants, le pauvre homme est celui dont on dit du mal en buvant un coup et que les gosses voient comme un être sinistre et dangereux. D’ailleurs, pour prouver leur courage, les bambins s’amusent à caillasser la baraque du vieux, mal vu par la population pour ses expériences. En effet, quelques années auparavant une épidémie aurait touché les lieux et plutôt que de soigner ses patients, Adrian se serait plutôt amusé à se servir d’eux comme cobayes. Il faut dire que le zig est obsédé à l’idée de trouver un remède contre une maladie rare paralysant les membres inférieurs, maladie ayant d’ailleurs entrainé dans la mort sa femme et sa fille. Ainsi, le praticien met un point d’honneur à faire marcher à nouveau la belle et jeune Frances (Maris Wrixon, qui reverra des macaques dans White Pongo), vissée dans un fauteuil roulant. Heureusement, le doc approche du jour de gloire, un sérum permettant de guérir la demoiselle étant quasiment créé par ses soins. Seul problème : il doit prendre du liquide spinal sur des êtres humains. Par chance pour lui, un cirque est justement en ville et l’une des attractions principales, un gorille véhément, décide de tuer son dompteur et de prendre la fuite. Adrian récupère donc le fameux fluide sur le dompteur mort et découvre que cela fonctionne du tonnerre sur Frances, qui sent enfin ses guibolles. Mais notre héros, ce con, est si réjoui qu’une fois rentré chez lui il fait tomber la fiole contenant le précieux liquide… Au même moment, le singe s’introduit chez le docteur, et certainement pas pour faire soigner une hémorroïde. Au détour d’un petit affrontement, le médecin parvient à tuer le singe… qui se remet pourtant à assassiner du monde dès les jours suivants ! Mystère…

 

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Ou pas, d’ailleurs ! Car soyons honnêtes cinq minutes, ou plus d’ailleurs (ça dépend de votre débit de lecture), en avouant d’emblée que le suspense du Singe Tueur ne trompe personne. Il est en effet plus qu’évident que le père Adrian se déguise en gorille pour commettre ses méfaits et récupérer le fluide dont il a besoin pour ses expériences. The Ape est donc un B Movie au croisement des thèmes, mélangeant horreur animalière (le gorille tue bien deux personnes avant de croiser la route d’Adrian), savant fou et intrigue purement policière puisque le shérif, moins glandeur que dans la majorité des productions du style, se crève le cul pour découvrir ce qu’il se passe dans sa juridiction. Le problème du Singe Tueur, c’est qu’il n’est pas parvenu à choisir clairement son identité, hésitant constamment entre thriller mystérieux et épouvante pure et dure. Et en tentant de combler les deux publics, William Nigh frustre surtout tout le monde ! Ainsi, l’horreur ne sera jamais trop présente et se résumera à quelques scènes voyant les singes, vrai ou faux, gambader jusqu’à des victimes qui ne verront rien venir. Sympathiques, bien que certainement pas originaux, ces petits cassages de nuques à grands renforts de biceps velus, mais sans doute en trop faible nombre pour satisfaire pleinement le public habitué aux délices de la Universal. Quant à l’intrigue policière, elle aurait été efficace si elle s’était contentée de suivre le shérif, bien évidemment dans le vague et désireux de comprendre pourquoi il ne parvient pas à mettre la main sur la bête. L’ennui, c’est que le coupable c’est Karloff et qu’il est impensable pour les producteurs de ne pas le mettre à l’avant, de le reléguer à un second rôle. On le suit donc la majorité du temps, assistant à ses faits et gestes, pas toujours clairement montrés (on ne le voit pas enfiler la peau de l’animal), mais nettement sous-entendus. Le spectateur devient ainsi omniscient, un principe scénaristique s’acoquinant fort mal avec le suspense lorsque mal utilisé. Ce qui est malheureusement le cas ici et à moins d’être d’une naïveté à l’épreuve des balles, on devine les rebondissements bien avant leur arrivée.

 

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De là à dire que Le Singe Tueur est un ratage, il n’y a qu’un pas à ne surtout pas franchir ! S’il n’a rien révolutionné, le film de Nigh divertit sans mal et son histoire, bien que manquant cruellement de surprises, est assez intéressante. D’une part parce que les personnages sont fortement sympathiques. Que ce soit cette pauvre paraplégique, bien mignonne et souriante malgré sa triste vie, ou ce shérif volontaire, voire même le boyfriend de la nana, moins tête-à-claques que d’ordinaire. Bien entendu, le protagoniste le plus mémorable est le Docteur Adrian, pas seulement parce qu’il est incarné par l’oncle Boris, toujours très à son aise, mais de par la dualité qui le définit. Ainsi, ce vieux bonhomme dont tout le monde a peur ne vit que pour trouver un remède permettant aux paralytiques de découvrir une nouvelle mobilité, laissant supposer que l’homme jouit d’une certaine bonté d’âme. Oui mais… Le fait-il réellement pour aider son prochain ou veut-il plutôt être à l’origine d’une importante découverte lui permettant de retrouver une gloire passée ? Difficile à dire… Reste qu’il met toutes ses forces dans son entreprise, au point d’en perdre la boule et de se glisser dans la chair d’un macaque fou furieux, lui aussi, pour éradiquer de pauvres habitants. Si Karloff trucide d’abord un mauvais homme se plaisant à mettre ses voisins sur la paille et à ridiculiser sa pauvre femme, il s’attaque par la suite à un type qui ne lui avait rien fait, preuve qu’il a désormais laissé derrière lui toutes limites. Dommage par ailleurs que Frances, qui semble découvrir les actes malveillants de celui qui tente de la guérir, ne dévoile pas ses sentiments quant à sa mouvance retrouvée. Après tout, pour pouvoir courir dans l’herbe et écarter les cuisses pour que s’y infiltre son garagiste de petit copain, plusieurs personnes sont mortes… Dommage qu’aucun regret ne vienne ternir le happy end de rigueur, cela aurait sans doute apporté un peu plus de relief à ce The Ape.

 

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Des défauts, le boulot de Nigh en a, mais force est de reconnaître que la réalisation se tient fort bien. Là encore, rien d’exceptionnel cependant et le rendu visuel est dans la moyenne de ce qui se faisait à l’époque niveau Série B, c’est-à-dire quelques coudées en-dessous des productions Universal. Pas de quoi bouder son plaisir dans tous les cas, à plus forte raison lorsque l’on est un petit mutant pustuleux bien branché par le old-school des 40’s. Le Singe Tueur se présente donc comme une petite bande agréable, sans doute pas un classique ou une œuvre particulièrement mémorable, mais un divertissement très honorable. Et par ailleurs disponible en DVD chez Bach Films, l’éditeur annonçant par ailleurs que le film a subi les outrages du temps et ne se présente pas sous un jour particulièrement séduisant. Si certaines scènes sont dans un état médiocre, l’ensemble est cependant satisfaisant, suffisamment pour que l’on ne se plaigne pas du rendu visuel de cette édition que l’on qualifiera de bon marché. Dommage par contre d’avoir imposé la version française, pas trop mal foutue mais ne valant certainement pas le phrasé de Karloff. Peut mieux faire, en somme, mais suffisant pour une pelloche de ce registre.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: William Nigh
  • Scénarisation: Curt Siodmak, Adam Shirk, Richard Carroll,…
  • Production: William Nigh
  • Titre original: The Ape
  • Pays: USA
  • Acteurs: Boris Karloff, Maris Wrixon, Henry Hall, Selmer Jackson
  • Année: 1940

2 comments to Le Singe Tueur

  • Roggy  says:

    J’ai vu le film il n’y a pas si longtemps sur le câble et je l’ai bien apprécié. Peut-être pas un chef-d’œuvre comme tu l’écris mais le film est divertissant. Décidément, tu fais dans le singe en ce moment. D’autres films sur le sujet à venir ?

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