Elvira et le Château Hanté

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Des gros seins, une coupe d’un autre monde, de noir vêtue,… Elvira, la seule et l’unique (à condition d’oublier Vampira, du moins) reprend du service et se retrouve propulsée dans un château que n’aurait pas renié Edgar Allan Poe. Pas sûr qu’il aurait apprécié le reste du film, cependant…

 

Chez nous, Elvira ne représente pas grand-chose. Elle n’est qu’un vague nom, une silhouette que chacun a probablement vu une fois mais que l’on ne saurait dire où. Mais aux USA, elle est bien plus qu’une ombre dans la nuit, elle est une véritable icône de l’épouvante et fait partie intégrante de la pop-culture, horrifique ou non. La plus connue des « Horror Host » comme on dit, c’est-à-dire un présentateur qui intervient avant, après et parfois pendant un film horrifique diffusé à la télé yankee, le plus souvent pour placer une vanne. L’émission, Elvira’s Movie Macabre, connut un grand succès et fit les beaux jours de la télévision des années 80, diffusant un nombre important de séries B, allant de la tortue géante Gamera au Monster Club de la Amicus, en passant par Blacula et son vampire black! Elvira fera son grand retour en 2010 pour deux années, ne diffusant cette fois que des films tombés dans le domaine public, comme l’inévitable La Nuit des morts-vivants et autres The Terror de Roger Corman (L’Halluciné en français). D’ailleurs, puisqu’on parle du père Corman, s’il y a un réalisateur que la belle admire, c’est bien lui! Au point de lui rendre hommage dès que l’occasion se présente…

 

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Combien de présentateurs peuvent se vanter d’avoir des figurines à leur effigie? Vous imaginez des figurines Arthur, Lagaff ou Guillaume Durand? Elvira y a eu droit, elle, les produits dérivés à l’image de la maîtresse des ténèbres ne manquant pas. Le mannequin diabolique a réussi à devenir aussi connue que Dracula, le monstre de Frankenstein et les autres monstres issus du bestiaire classique. Tout ce qu’il lui manquait, c’était ses propres aventures sur grand écran, ce qui ne tarda pas à arriver dans les années 80 avec le film Elvira, Mistress of the Dark, comédie vaguement horrifique qui n’eu guère de succès, critique comme financier. Ce qui n’entama pas la motivation de la dame qui, treize ans après le premier film, décide de lui donner une suite avec Elvira et le Château Hanté, sorti en dvd chez nous alors que son prédécesseur n’eu pas cet honneur. Vu que cette suite ne demande pas particulièrement la vision de l’original pour être comprise, on peut dire qu’on s’en cogne. Là où on s’interroge, par contre, c’est sur l’intérêt de sortir une suite dont la réputation est nettement moins bonne que celle d’un film déjà pas très apprécié… Car trouver des commentaires élogieux sur Elvira et le Château Hanté tient presque du miracle…

 

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Elvira est fauchée de chez fauchée. Sans un rond en poche, elle se trimballe dans la nature, accompagnée de sa servante Zou-Zou, espérant pouvoir rejoindre Paris où elle est censée donner un spectacle. Dans l’incapacité de s’y rendre à pied, il ne lui reste plus qu’à faire du stop, ce qui lui permet de faire la rencontre d’un docteur qui l’invite à passer la nuit dans le château de Lord Vladimere Hellsubus, lequel a de sérieux problèmes de santé. Mais bien vite, Elvira découvre qu’il se passe des choses étranges dans les murs fissurés de son hôtel de luxe… Cela saute aux yeux tout de suite, le film est un hommage aux adaptations d’Edgar Allan Poe faites par Roger Corman dans les années 60, et plus particulièrement à La chute de la maison Usher. Le pauvre Hellsubus est atteint du même mal que le Usher interprété par le grand Vincent Price et ses prédécesseurs sont eux aussi de fieffés pourris. Tout comme la bâtisse, qui semble prête à s’effondrer. Et la liste des références ne s’arrête pas là puisque nous aurons droit à la maladie de la catalepsie, une salle de tortures échappée du The Pit and the Pendulum et les habituels tombes sans cadavres. Elvira et le Château Hanté est donc une parodie pur jus, reprenant parfois des scènes entières, comme ce tour de la famille Hellsubus via des tableaux, comme le faisait Roderick Usher à ce pauvre Philip Winthrop, qui ne savait pas encore dans quel merdier il foutait les pieds.

 

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Un film d’horreur qui ne fait pas peur est-il pour autant disqualifié? Non, car il y aura toujours d’autres qualités auxquelles les fans pourront s’attacher, comme l’ambiance, le gore, les décors, le fun, les maquillages et effets spéciaux,… Mais une comédie, quand ce n’est pas drôle, ce n’est pas drôle. Il est bien difficile de se rattacher à autre-chose lorsque l’on espérait rire un bon coup et que cela ne vient pas. C’est le cas dans Elvira et le Château Hanté. Réalisé en 2001 par Sam Irving (qui n’a rien de bien marquant au compteur), le film semble avoir trente ans de retard tant son humour est dépassé. Imaginez le pire épisode de Benny Hill et dites-vous que les nouvelles aventures d’Elvira sont encore moins drôles et vous aurez une idée du ratage humoristique présenté ici. Chutes ponctuées de gros « Boing », porte refermées en pleine poire, running gag fatiguant sur l’énorme poitrine d’Elvira, scène de danse agaçante, le film est un sacré retour en arrière au niveau des gags. Rendez-vous compte qu’un avant cela, Scary Movie modernisait l’humour horrifique et cartonnait avec ses gags modernes et ses références multiples. Comment un film à l’humour si daté pouvait-il espérer marcher? Surtout en rendant un hommage aussi appuyé à un film comme La Chute de la maison Usher, certes excellent, mais au final assez peu raccord avec son époque. Elvira et le Château Hanté sentait le fiasco assuré, ce qui ne manqua pas d’arriver.

 

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S’adressant avant tout aux fantasticophiles les plus anciens ou, au moins, les plus cultivés (car il y a peu de chances pour que les jeunes de 2001 aient vu les films de Corman, soyons honnêtes), Elvira et le Château Hanté les prend malgré tout pour des gosses en leur servant des sketchs dignes du plus moisi des DTV sorti par Leslie Nielsen dans les années 90 et 2000. Une faute de goût mais aussi de tactique puisqu’il est bien difficile de dire à quel public peut bien s’adresser le film. Trop de références sexuelles et quelques séquences sanglantes pour les gosses, un humour poussiéreux et trop enfantin pour les adultes. C’est ce qui s’appelle se retrouver seul comme un trou de cul! Bon, ne jouons pas les mauvaises langues, on sourit une ou deux fois. En même temps, vu l’avalanche de gags qui nous tombe dessus, il serait bien malheureux de rester de marbre tout du long! Mais il faut avouer que ça reste mince… Quand ce n’est pas triste… Car si Elvira reste une bien belle femme, la voir se comporter comme une jeune femme d’une trentaine d’années alors qu’elle est dans la cinquantaine fait un peu de peine à voir, soulignant qu’elle est enfermée dans un personnage figé dans le temps… Et ne comptons pas sur le reste du casting, assez médiocre, ce qui passe assez inaperçu vu le ton général du film.

 

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Le film a malgré tout un avantage qu’on ne peut pas lui retirer: il restitue bien l’ambiance des films de Corman. Bien sûr, cela passera pour un défaut aux yeux de certains, mais ceux qui, comme les habitants de la crypte, aiment les châteaux en carton coincés entre un cimetière aux tombes en frigolite et un bosquet brumeux seront servis. C’est old-school, peut-être un peu ridicule, mais le pari de rappeler les films de Corman est remporté, impossible de ne pas avoir envie de revoir ses films après la vision de Elvira et le Château Hanté. Ce qui, au fond, montre bien le problème du film: il copie, peut-être bien, mais il n’a jamais la saveur des originaux. Et même si l’hommage fait à Vincent Price (à qui est dédicacé le film) est émouvant, il faut bien admettre que cette deuxième, et probablement dernière, aventure d’Elvira peinera à trouver son public… Il faut bien avouer que le personnage n’est pas particulièrement charismatique… Lâchant plus de vannes pourries qu’un Guy Montagné, elle ne cesse de se plaindre sans que nous ne prenions son parti un seul instant. Il y a un monde entre être un personnage n’apparaissant que le temps de quelques minutes pour présenter un film et être une héroïne à part entière. Elvira l’aura peut-être compris, mais à ses dépends…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sam Irvin
  • Scénario: Cassandra Peterson, John Paragon
  • Titre original: Elvira’s Haunted Hill
  • Production: Mark Pierson
  • Pays: USA
  • Acteurs: Cassandra Peterson, Richard O’Brien, Mary Jo Smith
  • Année: 2001

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