Invasion de fanzines à l’Offscreen 2016 !

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Depuis 2008, l’association Marcel et le cinéma Nova s’évertuent à rendre la capitale belge, la douce Bruxelles, un peu plus bis. Et ce via le festival Offscreen, qui fait donc la part belle aux rois de l’exploitation, aux princes du déviant, aux maîtres des genres les plus gluants. Et en 2016, c’était notamment à Frank Henenlotter que le tapis rouge était déroulé, ainsi qu’à quelques éditeurs de fanzines… Retour sur un dimanche particulièrement fantastique !

 

 

Mars 2016. Il fait dégueulasse, le froid répand la grippe, et si le soleil s’est décidé à apparaître, ce n’est qu’au terme d’une première moitié de mois particulièrement morose. Le Dieu Hélios ne nous a en effet gratifiés de sa présence que peu à peu, petit à petit, sans se presser, prenant son temps pour répondre à l’invitation de l’équipe du Offscreen. C’est que cette petite tribu tentait depuis le début du mois de redonner des couleurs à la grise Belgique, enchaînant les séances d’œuvres démentes. Ainsi, le sang et le sexe, soit les deux éléments de base du cinoche d’exploitation, ne cessaient de se relayer, de se chevaucher, de s’entremêler. En attendant que le beau temps revienne, c’était donc au déjanté I Drink Your Blood, à l’étrange The Forbidden Room, au Shock de la famille Bava, à l’œuvre de Lucile Hadzihalilovic ou à l’involontairement hilarant The Room de faire monter la température. Et à ce bon vieux pote qu’est Frank Henenlotter, bien évidemment, le réalisateur étant en prime présent pour s’entretenir avec le public au sujet de la plupart de ses œuvres (Basket Case, Brain Damage, Frankenhooker, son docu That’s Sexploitation ! ou encore son petit dernier Chasing Banksy). Pour sûr et plus que jamais, la culture alternative, celle composée d’éléments que vous ne trouverez pas sur vos tableaux périodiques, était à l’honneur et c’est toujours dans cette optique de mettre en avant une culture pas comme les autres que les murs du cinéma Nova, où se tient (en partie) le festival, accueillait donc le week-end dernier quelques personnalités du fanzinat. Etaient ainsi conviés dans la Microboutiek, évènement zineux du fest : Didier Lefèvre de Médusa et Hammer Forever, David Didelot de Vidéotopsie, Jérémie Grima, Denis Affre et Bertrand Pinsac de Zone 52, Valentin Sannier (dit « Val le Blond » dans les quartiers malfamés de Besançon) de La Fraicheur des Cafards, Matthieu Nédey (dit « Mighty Matt » dans les usines de Tropico) de Cathodic Overdose, Damien Taymans et Samuël Tubez de Cinemag, le Hollandais Barend de Voogd de Schokkend Nieuws, Pierre Nicolas et Antoine Ursault de Torso et Laurent Faiella (le Fanzinophile himself). J’ai également eu la chance d’être invité, ce qui me permet aujourd’hui de me fendre d’un petit report de la journée…

 

offscreen2Photo de Wim Castermans, merci à lui et à Vanessa Sutour!

 

Journée qui débuta d’ailleurs de manière très bis puisque j’étais, dans le train me permettant de rejoindre le Fanzinophile en vue de continuer le trajet en sa présence, assis en face du sosie belge de George Stover, comédien culte du réalisateur Z Don Dohler (à l’honneur dans le Médusa qui vient de sortir). Mais si le vrai Stover est une crème, celui qui s’était placé à un mètre de moi alors que tous les sièges du wagon étaient libres était un cochon de première catégorie, visiblement embarrassé par un problème buccal vu qu’il a passé trente minutes à se trifouiller la bouche avec les doigts. Et cela quand il ne tentait pas de regarder l’intérieur de son piège à loups via le reflet de son portable ou quand il ne sentait pas son haleine. Heureusement qu’il ne souffrait pas d’une crise hémorroïdaire, en somme… Après quelques soucis pour contacter le Fanzinophile suite à un téléphone portable défectueux (ça ne marche jamais quand on en a besoin, ces merdasses), nous voilà partis pour Bruxelles. Une petite ballade pour ne pas arriver trop en avance au cinéma Nova, lieu de ralliement des affreux zineux, et nous retrouvons sur le trottoir les amis David, Didier, Val et Matt, accompagnés du sympathique Julien… pardon, Quentin Mazel, jeune doctorant en études cinématographiques se penchant sur la question du fanzinat pour les besoins d’une étude. C’est aussi l’occasion de croiser notre bienfaitrice, la souriante et particulièrement gentille Vanessa Sutour, chargée de s’occuper de la horde de sagouins que nous allons peu à peu constituer. Notre maman du jour, en somme, qui nous permet d’accéder aux coulisses de l’association Marcel, remplies de vieilles affiches à faire bander un Vidéotopsieur et un Médusien. D’ailleurs, David et Didier étaient épuisés et en sueur en quittant la pièce, allez savoir pourquoi ! Le reste des fanzineurs invités arrivera d’ailleurs à cet instant, dont mon pote Jérémie Grima, que je me suis fait une joie de rencontrer enfin, au même titre que ce bagarreur de Mister Nédey.

 

offscreen4Photo de Wim Castermans, merci à lui et à Vanessa Sutour!

 

La suite me permettra de découvrir le gros travail de décoration fait au cinéma Nova, qui s’est pour le coup véritablement muté en une 42eme rue que tout bisseux qui se respecte a un jour rêvé de visiter grâce à une machine à remonter le temps. Pas besoin de louer une Delorean pour ce faire, le Nova ressortant les vieilles enseignes aux néons rouges, les travestis fumant des clopes à côté de mouchoirs ne contenant que de la morve blanchâtre de cyclope, les affiches de films que l’on se matte avec une bière greffée à la pogne,… En somme le décorum cher à Henenlotter, qui a sans doute senti une larme lui lacérer la joue lorsqu’il s’est retrouvé dans ce temple du bon cinéma, similaire à ceux dans lesquels il a grandi et forgé son bel esprit. Pas étonnant de retrouver Belial Bradley, créature de son Basket Case, comme ouvreuse de l’évènement, bien planqué derrière une vitre aux éclairages écarlates. L’ambiance qu’on kiffe dans la Toxic Crypt, je peux vous le dire ! Mais retrouver des amis et déconner avec eux dans les beaux quartiers d’un New York dépravé, ça creuse ! Il était donc temps de se diriger vers l’Houtsiplou, excellent restaurant ayant eu le courage d’accueillir la meute. Une nouvelle pensée pour Vanessa d’ailleurs, qui menait la troupe, regardant de temps en temps si tout le monde suivait bien, avec le sourire mi-amusé mi-inquiet de l’institutrice s’assurant que pas un gosse ne manque le car du retour ! Et on la comprend, car faut voir les écoliers ! Un Médusien fixant des touristes asiatiques pour s’entraîner à changer en pierre les innocents, le Vidéotopsieur faisant des pas chassés sur la route quand les voitures passaient, un Fanzinophile reniflant comme un lynx parti en chasse à la gallinette cendrée (« A 500 mètres au nord, une femme a ses règles » aurait-il déclaré), Mighty Matt et moi-même en train de se balancer des insultes à la gueule tandis que le cafard Val compte les points avec son boulier, la team de Zone 52 s’amusant à soulever toutes les bouches d’égout pour voir si des C.H.U.D. s’y trouvent,… La cage des fauves s’est brisée et les voilà en liberté !

 

offscreen1Photo de Laurent Faiella, merci à lui!

 

Bon, on s’en est tiré sans trop laisser de victimes derrière nous (on sait se débarrasser des restes, du moins) et nous sommes finalement arrivés à l’Houtsiplou, histoire de se blinder d’hamburgers particulièrement bons et copieux. Et nous y avons d’ailleurs été rejoints par Laurent Tenzer, responsable de la Microboutiek, que je remercie d’ailleurs pour l’organisation de l’évènement ! Pour sûr que si vous passez non loin du petit pisseur bruxellois, le resto est ze place to be pour bien manger dans un beau décorum, très pop art et simple à la fois. Une bonne occasion de resserrer les liens, en tout cas (même si nous étions séparés en deux tables, ce qui limite forcément les interactions entre les deux « groupes »), et de se rendre compte que, finalement, on forme « une belle petite bande » comme le dit David. Je dirais même une famille joliment recomposée, débattant sérieusement de l’état de la presse pro, riant de blagues de mauvais goût, conversant de Jean-Claude Van Damme (un burger portait son nom !), des dernières sorties coolos ou à l’inverse de quelques daubes un peu trop odorantes. Une famille que l’on quitte forcément avec tristesse, ces deux pourris de Val et Matt nous quittant plus tôt que prévu pour rejoindre leur correspondance jusqu’à leur foyer, les cons ! Pour noyer notre chagrin, il a été décidé que nous irions (ou tout du moins une partie des gens présents) flâner dans Bruxelles, et notamment dans une boutique branchée vinyles où nous trouvâmes quelques skeuds bien bis (BO de Cannibal Holocaust, Blue Holocaust, Contamination et j’en passe). Après une petite promenade, retour au Nova, ou plutôt dans son sous-sol, là encore magnifiquement décoré. Cage avec sofa et peinture du Possession du défunt Zulawski (ce qui donne un aspect très Orange Mécanique), vieilles télévisions, parfois mises à l’envers ou de travers, diffusant des trailers de films d’exploitation, ambiance entre le tamisé et le concert punk, mannequins placés ça et là rappelant le Maniac de Lustig,… Y’a pas à chier, on sait décorer à l’Offscreen ! Et proposer de belles choses aussi vu que de nombreux fanzines étaient dispos à la vente, histoire de corrompre encore un peu plus les âmes naïves via des publications de grands galopins ! Quelques DVD aussi, des Mondo Macabro notamment, et il est inutile de préciser que les bissophiles que nous sommes ont fait le plein !

 

offscreen3Photo de Wim Castermans, merci à lui et Vanessa Sutour!

 

Et c’est dans cet environnement particulièrement épanouissant que l’on a continué les discussions, passant d’un pote à l’autre, accueillant les nouveaux arrivants du pays, comme Daniel Rezzo du Passeur Critique, que j’ai été bien heureux de rencontrer, et les vieux copains Sandy et Jacques et Pascal de Rétroviseur. Du beau monde, même si l’on ne peut malheureusement pas converser autant qu’on le voudrait avec tous (j’aurais aimé passer plus de temps avec la Team 52, ça sera pour la prochaine fois), éternel problème des réunions de ce type… Mais pas de quoi gâcher une journée formidable, une véritable plongée dans un univers bis, dans une quatrième dimension que l’on a toujours rêvé d’explorer. Merci donc à tous mes amis (qui me manquent déjà atrocement) pour ce bon temps et ce fun, encore une fois à Laurent pour m’avoir accueilli chez lui (le pauvre, je lui ai squatté ses chiottes toute la matinée du lendemain, malade que j’étais…), à Vanessa pour ses bons soins et sa gentillesse, et plus généralement à toute l’équipe de l’Offscreen et de la Microboutiek pour leur incroyable travail. En espérant pouvoir refaire tout cela l’année prochaine, voire me rendre encore une fois cette année sur place, car que les retardataires sèchent leurs larmes : la fête n’est pas finie et continue jusqu’au 25 mars ! Alors faites pas les cons et entrez, vous aussi, dans la 42eme rue de Bruxelles !

Rigs Mordo

2 comments to Invasion de fanzines à l’Offscreen 2016 !

  • Roggy  says:

    Superbe papier pour ce retour d’un festival qui semble bien barré. Les salles de projection sont démentes ! Et ça donne sacrément envie. A l’occasion, faudrait que je fasse un tour dans ce Bruxelles underground peuplé de sacrés zigotos du Bis. Ils ont l’air bien déguelasses mais fort sympathiques 🙂

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