Hardware

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Quand ce réalisateur maudit qu’est Richard Stanley décide de confronter un couple de junkies du futur à de l’électro-ménager militaire en pleine surchauffe, ce n’est certainement pas pour en tirer une Série B banale. Au contraire, son petit voyage dans un avenir apocalyptique, il le veut très… spécial !

 

 

Ce n’est pas la première fois que je le dis et sans doute pas la dernière non plus mais avec ces brigands de Prism Vision, éditeur que tous les archéologues des Cash Converters connaissent fort bien, on ne sait jamais trop ce que l’on va renifler. Car ces salopards ont toujours aimé jouer au Kinder Surprise, laissant planer le mystère quant au film gravé sur galette que l’on vient de s’offrir pour quelques cents. Auparavant, nous espérions que les œufs en chocolat nous amèneraient ce foutu chameau jardinier qui manquait à notre collection (et neuf fois sur dix on tombait plutôt sur une petite voiture toute pourrie à monter soi-même et qui devait déjà avoir les pneus crevés d’avance), aujourd’hui on prie pour que Prism ait un jour eu une poussée d’honnêteté en n’usant pas de la technique de la flying jaquette. Si cela leur est arrivé sur No Remission ! avec Roddy Piper (qui dispose donc bien du film promis), sans doute par erreur, on ne peut pas en dire autant de leur édition de Genetic Warrior, en fait un retitrage de Cyborg – Il Guerriero d’Acciaio, bisserie ritale de Giannetto de Rossi. Car comme vous l’imaginez bien, ce n’est pas du tout ce sous-Terminator transalpin que l’on découvre une fois le DVD lancé mais bel et bien la série B culte Hardware, œuvre de jeunesse de Richard Stanley. Et j’aime autant vous dire que vous n’aurez pas la pelloche en HD, les zouaves de chez Prism s’étant contentés, comme à leur habitude, d’un vulgaire VHS rip. Et pas de n’importe quelle VHS, visiblement, la cassette utilisée, ou devrais-je dire pillée, ayant sans doute été copiée, visionnée un grand nombre de fois pour en altérer l’image, laissée à tremper dans un urinoir durant une ou deux années pour permettre à tous ceux qui le désirent de balancer la citronnade dessus et, après cela seulement, couchée sur disque. Vous l’aurez compris, la qualité de cette édition est particulièrement minable, mais vous vous rendrez assez rapidement compte que cela ne m’a pas dérangé outre mesure puisque cette qualité image toute droit sortie d’une vieille friteuse colle finalement assez bien à la bande. Non pas aprce qu’elle est minable à son tour mais de par son identité, assez spéciale dans son genre.

 

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En même temps, avec Richard Stanley aux commandes, c’était pour ainsi dire obligé. Le réalisateur, maudit depuis son passage sur L’Île du Dr. Moreau, ayant toujours eu le chic de s’acoquiner avec des projets étranges, qu’il les lance lui-même ou non. Voir pour s’en convaincre son Dust Devil, dont je garde par ailleurs un assez bon souvenir, ou encore son sketch pour The Theatre Bizarre, film omnibus là encore assez particulier. Sans surprises, son premier long-métrage, Hardware donc, est de la même trempe, quand bien même tout le destinait à n’être qu’une bisserie robotique de plus puisque son scénario est basé sur une bande-dessinée (ce qui apportera quelques problèmes au film, qui oublia de pointer du doigt son influence) et que les producteurs de la bête ne sont autres que ces fripouilles de Weinstein. Un nom doué pour faire frémir les fantasticophiles, bien au courant des méthodes des deux imbuvables frangins, bien évidemment emmerdants avec le Stanley également. Le réalisateur veut un casting britannique ? Les Weinstein lui mettent dans les pattes des acteurs principaux ricains. Le bon Richard désire que son œuvre soit gore et violente ? Les nababs lui imposent quelques coupes. Et d’une manière générale, les producteurs font leur possible pour aseptiser la pelloche du débutant, jusque-là réalisateur de documentaires, sans vraiment y parvenir cependant puisque l’ensemble reste suffisamment bizarre pour créer la polémique dans le petit monde du cinoche de genre. Alors que certains voient dans ce petit budget un vrai classique de la science-fiction, d’autres le prennent pour un sinistre navet, voire pour un affreux nanar. Preuve en est que le terme est utilisé pour tout et n’importe quoi, à tort et à travers, et même vidé de toute substance, en tout cas bien mal assorti à une proposition aussi pensée et réfléchie que Hardware

 

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Sur le papier, il n’y a pourtant pas de quoi différencier les premiers pas de Richard Stanley d’un B Movie branché acier tranchant comme, par exemple, Chopping Mall et son robot de surveillance ayant grillé un fusible. Et comme précisé plus haut, le récit est en tout cas totalement pompé sur une histoire courte du magazine 2000 AD, spécialisé dans le comic de SF. Dans l’histoire ainsi reprise, on retrouvait un gaillard qui apportait la tête d’un robot à sa petite-amie, une artiste disposée à faire de la récup’ créative, mais comme vous l’imaginez bien l’œuvre d’art devient soudainement meurtrière. C’est pareil dans Hardware, si ce n’est que le principe est déplacé dans un monde post-apocalyptique, le genre désertique et d’une chaleur à vous faire suer un cactus. Ainsi, un nomade retrouve un androïde en pièces détachées dans une zone radioactive et décide de ramener ce qu’il reste de la carcasse en ville, dans la boutique d’un nain disposé à revendre tout et n’importe quoi du moment que cela lui rapporte quelques billets verts. Le crâne métallique revient finalement à Moses, Mo pour les intimes, un junkie faisant, à l’image du nomade croisé plus haut, les poubelles du coin pour y trouver des objets de valeur, quoique cela puisse signifier dans un monde aussi crasseux que celui dans lequel ils vivotent, lui et sa petite amie Jill. Spécialisée dans les sculptures de fer, elle accepte donc ce beau cadeau, sans savoir que le robot était à l’origine une arme militaire disposée à liquider tout ce qui lui passait sous la main. Et elle va bien évidemment se remettre en marche. Eh ouais, c’est exactement la même histoire que celle publiée chez 2000 AD et l’on comprend aisément que le Stanley se soit fait tirer les oreilles par l’éditeur… Bon, notez bien que plagiat ou pas, le spectateur s’en fout totalement lui, bien content de pouvoir assister à un petit carnage mené d’une main de maître par un tas de ferraille dans un futur poussiéreux et sombre. Il est bien connu que le bissophile n’est dérangé par la contrefaçon que lorsqu’elle est commanditée par Luc Besson ! Bon, s’il choure le scénario d’une BD, le père Stanley s’arrange tout de même pour créer un univers bien à lui et se débrouille pour brosser une ambiance assez unique…

 

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En bon artiste qu’il est, le réalisateur déchu de L’Île du Docteur Moreau transforme en effet ce pur postulat de série B en… autre-chose. Certes, on retrouve les éléments essentiels à toute bande d’exploitation qui se respecte, comme un peu de cul et du gore en bonne quantité, et Stanley y serait allé encore plus franco s’il avait eu plus de moyens (le pauvre a renoncé à une scène de corps tranché en deux par une scie circulaire, faute de temps et de budget), mais cette vraie personnalité du monde du bis pousse l’affaire vers des sphères nettement plus étranges, voire psychédéliques. Car on ne sait pas trop qui a le plus sniffé entre le metteur en scène et son duo de héros, Hardware se laissant aller à quelques délires visuels peu communs. On ne peut d’ailleurs taire le fait qu’une bonne partie du film est visible au travers d’écrans et autres objectifs, que ce soit celui de la caméra d’un personnage obscène (incarné par le flic ripou du premier Batman de Burton) s’amusant à filmer sa jolie voisine ou celui du fameux androïde, nommé Mark-13. De quoi donner un goût particulier à la mise en scène, forcément voyeuriste et raccord avec le but de Stanley, désireux de dépeindre une société où les uns et les autres sont surveillés par un gouvernement invisible. Alors forcément, on y perd un peu en visibilité, les décors déjà fort sombres à la base devenant encore plus difficiles à percevoir, toutes les scènes dans l’appartement des tourtereaux donnant la sensation qu’on essaie de regarder des mouches s’enculer dans le noir. Rien de bien dérangeant compte tenu de l’univers, qui d’ailleurs se marie assez bien avec la qualité déplorable de mon DVD. C’est qu’un monde apocalyptique, visiblement torché par un souffle atomique, peut très bien se voir avec une image graisseuse, sur laquelle une gargouille malade aurait vomi de la boue ! Sans aller jusqu’à remercier les gus de Prism pour leur incompétence, avouons que ça aurait pu tomber plus mal, donc…

 

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On peut d’ailleurs féliciter les efforts de Stanley, parvenu à créer un monde tangible avec trois francs six sous, la maigreur du budget jouant même en sa faveur puisqu’il ne peut pas trop en montrer du coup. Ce qui a bien évidemment tendance à laisser le spectateur rêveur, à le faire participer en lui laissant imaginer le reste du monde, le mystère se mariant toujours assez bien à la science-fiction. Bon, pour sûr que notre Richard aurait préféré avoir un peu plus de flouze pour son robot (qui devait bénéficier de la stop-motion avant que les Weinstein refusent, ces cons), pas forcément honteux mais animé avec peine, telle une figurine géante bougeant à peine ses longs bras. Et des défauts, Hardware en a d’autres comme quelques petites longueurs, une intrigue pas toujours très claire (je n’ai pas saisi tout de suite ce qui arrivait à Moses) et des acteurs allant du moyen au mauvais. Dylan McDermott n’a pas encore la présence qu’il possède de nos jours et Stacey Travis ne fait pas des merveilles non plus mais tous deux sont bien meilleurs qu’un John Lynch dénué du moindre charisme à cette époque (il va mieux depuis). Mais voilà, tout cela est bien pardonné grâce à l’ambiance irréelle de l’ensemble et le caractère curieux de la réalisation, constamment en train de jongler entre filtres chaleureux et jeux de lumières rougeaux. En prime, le Stanley nous la joue rock et heavy metal, genre qu’il écoutait volontiers à l’époque du tournage, en invitant Iggy Pop pour prêter sa voix à un présentateur radio, le regretté Lemmy de Motorhead pour jouer un chauffeur de taxi, le chanteur des Fields of Nephilim pour se planquer dans les fringues du nomade du début (le plus beau rôle du film !) ou en passant à la télévision des clips de Gwar (on reconnait les costumes !) ou de la zik du groupes d’indus Ministry. L’esprit qu’on aime dans la crypte toxique, quoi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Richard Stanley
  • Scénarisation: Richard Stanley
  • Production: JoAnne Sellar, Paul Trijbits, les Weinstein
  • Pays: USA, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Dyland McDermott, Stacey Travis, John Lynch, Paul McKenzie
  • Année: 1990

8 comments to Hardware

  • M. Bizarre M. Bizarre  says:

    Même si je n’ai plus Facebook, très heureux de savoir que Hardware ne t’ai pas déplu ! Pour diverses raison celui-ci est l’un de mes films de chevet et j’ai eu le plaisir de pouvoir parler à son réalisateur, qui semble avoir autant que moi l’envie que Hardware 2 voit le jour.

    Quant au « vol » du scénario du comic-book, disons que Hardware est clairement plus le bébé de Stanley que de 2000AD. L’original est semblable à un EC Comics futuriste, très très court ,et se conclu au moment où, dans le film, Moses découvre la vérité à propos du MARK 13 et retourne en catastrophe à l’appartement. Tout ce qui se déroule après a totalement été inventé pour le film, et même la première partie est différente, puisque plus sérieuse et descriptive.
    En revanche le côté « crade » de l’univers 2000AD en général est parfaitement retranscrit, et on pourrait sans soucis considérer que Hardware se déroule lui-aussi dans le monde de Judge Dredd.

    (et le Nomade est également mon rôle préféré, le look de Carl McCoy étant juste parfait)

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas parlé à Richard Stanley mais je l’ai côtoyé à l’Etrange festival. Il était venu présenté le documentaire, vraiment excellent d’ailleurs, qui lui est consacré, plus précisément consacré à son éviction du tournage de « L’île du Docteur Moreau ». Un sacré loustic à moitié chaman un peu roost avec son chapeau et sa dégaine de cow-boy.

  • Dr FrankNfurter  says:

    Oui comme je l’avais chroniqué il y a quelques temps « une atmosphère crasseuse, un androïde psychopathe, une photographie sombre et granuleuse, une BO culte, Hardware en dépit de plusieurs défauts marque encore les esprits ».

    Stigmataaaaaaaaaaa !!!

    http://www.therockyhorrorcriticshow.com/2012/10/hardware-richard-stanley-1990.html

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