Emanuelle et les Derniers Cannibales

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Ah, Black Emmanuelle ! On la mangerait bien toute crue, hein ? « Ouais ! » répondent en cœur les cannibales lancés à ses trousses dans Emanuelle et les Derniers Cannibales de notre vieux pote Joe D’Amato ! Mais si vous pensez que cela va refroidir la belle Laura Gemser, vous vous coller la queue dans l’œil, la demoiselle étant toujours aussi déterminée à prendre un peu de plaisir…

 

 

Peut-on réellement trouver une décennie aussi érotique que les années 70 en matière de cinéma ? Peu probable tant les formes rebondies éclataient de tous les côtés à l’époque, le porno prenant son grand envol tandis que l’érotisme était populaire comme jamais. C’est que les coquines aventures d’une certaine Emmanuelle, star des lettres avant de devenir l’égérie d’un genre humide, étaient plus que renommées, ses films ou téléfilms étant si appréciés des amateurs, et pas que d’eux seuls, que certains Italiens inspirés se sont lancés dans la contrefaçon. Et quelle contrefaçon ! Car on ne vous cause pas ici d’une vulgaire falsification made in Hong-Kong, le genre qui s’effrite dans vos grosses paluches au moindre effleurement, mais de Black Emmanuelle, version bis de la blanche. Une série lancée par Bitto Albertini (avec un prénom pareil, il était forcé de verser dans les zezettes à un moment ou un autre) et largement perpétuée par Joe D’Amato, qui devait prendre un sacré bon temps en filmant son amie Laura Gemser, l’Emmanuelle en question, décroiser les jambes. Ainsi sur la douzaine de pelloches, plus ou moins officielles selon les cas, le réalisateur d’Anthropophagous en réalise six, dont un en duo avec son collègue Bruno Mattei. Et pour les bisseux plus portés sur les plaisirs horrifiques que sur les délices de l’amour, c’est Emanuelle et les Derniers Cannibales qui emporte le morceau. Une pelloche datant de 1977 et à l’origine nommée Viol sous les Tropiques dans nos contrées, histoire de bien faire comprendre au public des salles de quartier qu’il y avait du téton à reluquer dans l’œuvre du vieux Joe. Mais si le cul était plus que vendeur dans les seventies, il n’en était plus de même lors des années 2000 et pour sa sortie en DVD, l’éditeur Neo Publishing préféra traduire littéralement le blase original, à savoir Emanuelle e gli ultimi cannibali. Un choix judicieux puisque permettant aux férus de bis carnassier de ne pas passer à côté du métrage en le prenant pour un porno soft. Ce qu’il est aussi, mais pas seulement…

 

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Tout débute dans un asile psychiatrique dans lequel Emanuelle (Gemser, donc) enquête, se faisant passer pour une aliénée ne quittant plus une poupée alors qu’elle est en vérité une reporter utilisant le jouet pour faire des photographies donnant du poids à son futur article. Mais alors que sa petite mission suit son cours sans accrocs, une infirmière se précipite dans un couloir en hurlant, un sein arraché par l’une des patientes au ciboulot retourné. Pas mal pour le papier de la belle, qui s’intéresse de plus prêt à la gobeuse de nichon, qu’elle part photographier (et doigter, tant qu’à faire !) durant la nuit. Et une fois sortie de l’asile et de retour au boulot, elle se rend compte que la demoiselle en question a un étrange tatouage tribal au-dessus du pubis… Ce qu’elle ne remarque que sur les clichés alors que, je le rappelle, elle a inséré un index dans l’intimité de la dame tout de même, mais bon ! On n’est pas à ça près et cela intrigue dans tous les cas notre Tintin de charme au beau minou (à défaut d’avoir un fidèle Milou), qui découvre après recherches que le signe provient d’une tribu de cannibales d’Amazonie, la dernière encore en activité. Elle décide donc de partir avec l’anthropologue Mark Lester (Gabriele Tinti, époux de Gemser dans la vraie vie et grand habitué du bis lui aussi) sur les lieux, pensant fort justement que cette expédition chez les viandards lui offrira un papier en or. Bon, après avoir couché avec Lester, bien entendu, puis avec son boyfriend de New-York, quelques minutes à peine après avoir quitté le pro des canniboules. Le ton est donné : Emanuelle et les Derniers Cannibales ne va pas avoir besoin du soleil du Brésil pour réchauffer les corps, la tête d’affiche s’en chargeant bien toute seule ! Cela ne change d’ailleurs guère une fois notre équipe (Emanuelle, Lester, une nonne, un servant et une adolescente) arrivée dans la jungle, Gemser et Tinti nous rejouant une seconde fois leur lune de miel tandis que la jeune fille (Monicha Zanchi, vue dans La Proie de l’Autostop) se caresse en observant dans la pénombre. Qu’elle se rassure, elle y aura droit à son tour, Emmanuelle se faisant un devoir de la frotter dans un lac, le tout sous le regard d’un singe en train de fumer une clope, comme un bon vieux pimp des familles !

 

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En toute logique, l’amateur de cinéma d’épouvante commence à s’inquiéter : c’est que l’affaire est déjà bien entamée et à part le fameux nibard bouffé lors des premières minutes du métrage, ça baise plus que ça trucide. Il faudra attendre trente bonnes minutes (la 33eme pour être précis) pour qu’un vilain serpent tente d’agripper Emmanuelle et fasse une petite frayeur à la troupe. On le comprend, l’animal, vu que toute les personnes que croisent Laura Gemser finissent par se la faire (j’exagère à peine !), pourquoi ne pas tenter sa chance à son tour ? Ca ne lui portera en tout cas guère chance puisqu’il finira avec un pruneau dans la caboche (difficile de savoir si un véritable animal a été tué pour l’occasion, l’utilisation d’un serpent déjà mort semble cependant probable), un aventurier passant heureusement par là à cet instant. Par hasard ? Pas réellement puisque le garçon (Donald O’Brien de Keoma et Les Quatre de l’Apocalypse) et son épouse (Nieves Navarro, déjà dans Vicieuse et manuelle, opus non-officiel de la saga), accompagnés d’un musculeux serviteur black (Percy Hogan, vu dans le Hard to Kill du même D’Amato), cherchent un avion qui se serait crashé dans les environs voilà quelques temps. Et vu leur enthousiasme, il ne devait pas contenir qu’un chargement de napperons ! Et en effet, c’est des diamants que finissent par retrouver nos voyageurs, oubliant un temps que la région n’est pas sûre puisque d’énervés cannibales traînent leurs jupes de paille dans le coin… C’est que les zouaves sont sous l’emprise d’une drogue qu’ils prennent lorsqu’ils sont en plein rite de fertilité, rite qui s’accompagne généralement de sacrifices à la pelle. C’est d’ailleurs vers la moitié d’Emanuelle et les Derniers Cannibales que les emmerdes s’emballent, nos héros découvrant des têtes plantées sur des piquets ou des cadavres éventrés quand ils ne se font pas kidnapper. Il faut dire qu’ils ne sont pas franchement des exemples de prudence : passe encore la pauvre nonne qui se fera prendre alors qu’elle s’isolait pour pisser un coup mais il est bien difficile d’excuser cet inconscient couple de chercheurs de diamants, qui copulent à côté de l’avion en oubliant que les mangeurs de viande humaine trainent non loin ! Faut dire que le mari en question avait bien du mal à redresser sa barre, forçant madame à aller croquer du boudin noir chez son servant africain, alors pour une fois qu’il retrouvait sa virilité perdue grâce à la découverte des diamants, il n’allait pas se priver !

 

emanuelle3Rah, mon écharpe est trop serrée!

 

Tout lecteur un tant soit peu attentif aura forcément remarqué que jusqu’alors, cette franche bisserie a plus le goût de la cyprine que celui de l’hémoglobine. D’autant que même les indigènes s’en mêlent, nos sauvages capturant une jeune fille pour la droguer et lui offrir un gangbang très « roots » dans l’esprit, la trentaine de cannibales lui passant dessus pour l’engrosser (puis après la sacrifier) les uns après les autres. Je peux vous dire que celui qui passe en dernier doit savoir ce que ça fait d’enculer un pot de Danette à la vanille, car le sloppy second est déjà bien loin pour lui ! Mais si D’Amato met le paquet sur l’érotisme, et on se doute qu’il n’a pas trop à se forcer en la matière, il n’oublie pas pour autant qu’il livre un film d’horreur, assaisonnant dès lors son plat avec quelques séquences bien gorasses qui ne démériteraient pas chez les Cannibal Ferox et Holocaust. On découvre ainsi quelques passages sentant bon la charcuterie, comme une dague enfoncée dans un vagin et déchirant tout un bas ventre, un découpage au fil à couper le beurre ou encore un nouvel arrachage de téton au couteau. Des séquences filmées frontalement, avec encore plus de complaisance que pour les étreintes sexuelles. Le bon Joe fixe ainsi son objectif sur les chairs tranchées, dont s’échappent des organes rouge vif sur lesquels se précipitent nos affamés locaux, qui mordent à pleine dents les trompes de Fallope ainsi récupérées. Car ce sont surtout les organes génitaux, ou en tout cas les parties les plus appréciées sexuellement, qui branchent le plus les cannibales, qui ne remplissent leur caddie que de vagins arrachés ou de tétons soigneusement découpés. Des fins gourmets ! Et une manière pour notre auteur de rester dans des thématiques très sexuelles, finalement, d’autant que la gent masculine ne semble guère intéresser les anthropophages. La viande y est sans doute moins tendre !

 

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Inutile de préciser que ce Viol sous les Tropiques est une bisserie intégrale, des pieds à la tête, tant et si bien que l’on peut même la considérer comme l’un des meilleurs exemples du cinéma que nous aimons tant. Car toutes les thématiques, tous les artifices du cinoche d’exploitation, sont ici présents : des jolies nymphes qui se dessapent et se font effleurer, du gore franc du collier, de l’aventure, un petit soupçon de thriller (l’enquête d’Emanuelle) et même de l’action avec un dernier acte voyant Laura Gemser prendre une pétoire pour changer en passoire les barbares en voulant à son entre-jambes ! Putain de réjouissant d’ailleurs comme final, même si l’on se serait bien contenté de voir la belle Emmanuelle arnaquer les indigènes en se faisant passer pour une déesse, cette hypothèse un temps entendue laissant imaginer une conclusion Peace & Love collant finalement avec l’esprit du film. On retrouve en tout cas un D’Amato appliqué, désireux de donner du rythme à son récit tout en chiadant autant que faire se peut la réalisation, là encore travaillée et généreuse en plans bien composés et en mouvements élégants. En homme sachant apprécier les naïades, notre chef d’orchestre se plait à faire tourner son objectif autour d’une Laura Gemser qui est de tous les plans lors de la première bobine. On sera d’ailleurs surpris de voir son rôle réduire considérablement dans la partie plus virulente du métrage, Emmanuelle devenant quasiment une spectatrice de sa propre aventure, laissant plus de place à un Gabrielle Tinti s’imposant en véritable héros de l’affaire. De quoi décevoir un poil les fans de la Black Emmanuelle, qui se consoleront en se repassant la première demi-heure, particulièrement altruiste tant elle nous la montre sous toutes les coutures.

 

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Cependant, en bonne bisserie qui se respecte, Emanuelle et les Derniers Cannibales est un peu brinquebalant dans sa confection. La caméra de D’Amato flanche un peu par moment, l’équipe a tout le mal du monde à nous convaincre que la nuit est tombée alors que les scènes nocturnes ont été emballées à 2h de l’après-midi en plein cagnard, les stockshots ne font pas illusion une seconde tant leur tenue visuelle est laide et tranche avec celle du film, un petit rouquemoute fixe l’objectif lors d’une scène de foule, la psychologie des personnages pose quelquefois question (pourquoi diable emmènent-ils l’adolescente dans un repaire de canniboules ?!) et, d’une manière générale, la dose de cul est si forte qu’elle finit par faire sourire un brin. C’est qu’à force de dessaper ses protagonistes, Joe D’Amato finit un peu par en arriver au comique involontaire, voire au running gag, d’autant que la situation tragique entourant nos protagonistes n’est pas franchement propice à l’échange de semence. Mais cela passe malgré tout fort bien, tout simplement parce que contrairement à un Cannibal Holocaust qui tentait de se parer d’une critique sur les médias, Viol sous les Tropiques assume pleinement son statut de Série B et n’a d’autre but que de divertir et satisfaire les pulsions les plus humaines de son public. Comme toute bisserie est censée le faire, par ailleurs, puisque c’est là que se trouve la raison de vivre de tous ces sous-genres. D’Amato le fait sans rechigner, et de fort belle manière qui plus est, sans prétendre à une quelconque élévation du débat, envoyant un petit spectacle relaxant et funky, au même titre que sa musique. Peut-être un peu trop relax, il est vrai, et on déplorera le peu d’effroi que répandent les cannibales, plus flippants lorsque la caméra se substitue à leurs regards et que les sons naturels se mélangent à d’inquiétantes paroles aux frontières de l’incantatoire. Mais ce sont bien là les seuls instants un peu tendus d’une œuvre ne cherchant pas trop à faire flipper le chaland, sans doute de peur de le faire débander ! D’ailleurs, si la chair, qu’elle soit bonne dans l’assiette ou grâce aux comédiennes, est au centre du récit, D’Amato choisit clairement son camp et préfère filmer l’amour à la mort, ce que le manque de torture animalière (youpi !) rappelle encore (si l’on met de côté cette douteuse mort de serpent). Et finalement, sans essayer, sans même y songer, l’ami Joe finit malgré lui par créer un film plus profond qu’il n’y parait et parvient à mettre sur un pied d’égalité animaux et hommes, rendus égaux aux yeux des habitants de cette jungle meurtrière. Ce que les Lenzi, Deodatto et compagnie ne parvenaient jamais vraiment à faire, la faute à leurs écœurantes et scandaleuses séquences voyant la faune se faire malmener de manière aussi vaine que cruelle.

 

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En ne touchant pas, ou si peu, à ce procédé répugnant, D’Amato se montre finalement plus respectueux de la nature qui l’accueille que les Ruggero et Umberto pourtant partis pour faire la morale à l’homme blanc en usant des mêmes pratiques que ceux qu’ils fustigent. Avec sa simplicité, son statut de simple divertissement et son absence de débordements, Emanuelle et les Derniers Cannibales devient contre toute attente plus respectable que ses congénères plus réputés et appréciés. Le manque d’ambition du réalisateur joue donc en sa faveur, d’autant que sa volonté de balancer de l’exploitation amusante ne lui sert jamais d’excuse pour bâcler le travail, et il suffit de compter le grand nombre de lieux de tournages New-Yorkais pour se rendre compte que l’on ne se fout pas de nos gueules. Simple, donc, ce petit Emanuell e gli ultimi cannibali, mais aussi diablement efficace et relaxant, dont les quelques menus défauts ne font que renforcer la nature humaine et sincère. Et tant pis s’il n’a jamais la force d’un Le Dernier Monde Cannibale, par exemple, il n’en est certainement pas moins appréciable… pour d’autres raisons tout aussi valables.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joe D’Amato
  • Scénarisation: Joe D’Amato, Romano Scandariato
  • Production: Gianfranco Couyoumdjian
  • Titre Original: Emanuelle e gli ultimi cannibali
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Laura Gemser, Gabriele Tinti, Nieves Navarro, Donald O’Brien
  • Année: 1977

2 comments to Emanuelle et les Derniers Cannibales

  • Roggy  says:

    Je t’avoue que j’ai maté le film surtout pour les donzelles et la magnifique Laura Gemser. Je ne suis pas un fan des films de cannibales. Une bonne chro en tout cas qui m’a fait découvrir un nouveau mot « Cyprine » et l’utilisation de la Danette à la vanille. Vraiment Rigs…

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