Le Retour de Godzilla

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Pauvres Japonais ! Pas de repos pour les braves, les Nippons n’ayant pas le temps de souffler après la disparition du premier Godzilla qu’un second débarque, accompagné du piquant Anguirus ! Et si les deux se lancent dans un concours de mandales, c’est surtout la population d’Osaka qui ramasse…

 

 

Attention, ça spoile dans le coin.

 

Le Godzilla (1954) premier du nom d’Ishirō Honda fur le succès que l’on sait et il ne fallait pas compter sur la Toho pour en rester sur cette première expérience destructrice. C’est ainsi moins de six mois après la sortie du premier opus que déboule Le Retour de Godzilla (1955), alias Gojira No Gyakushu, emballé par Motoyoshi Oda, futur réalisateur d’Onibi (1956). C’est que le très prisé Honda était déjà sur d’autres projets, pas forcément monstrueux par ailleurs puisqu’il tournait à l’époque quelques comédies romantiques et œuvres éloignées du fantastique. La dure tâche de lui succéder revient donc au pauvre Oda, metteur en scène à la filmographie peu connue par chez nous, et qui se voit donc forcé de faire revenir à la vie le gros Gojira. Vraiment ? C’est qu’à la fin de l’original, notre lézard atomique favori était plus mort que mort, l’Oxygen Destroyer, bombe surpuissante utilisée contre lui, l’avait réduit à l’état d’ossements. Difficile de lui trouver une bonne raison de renaître… Du coup, les scénaristes Shigeru Kayama et Takeo Murata, déjà à l’œuvre sur la première sortie du furieux reptile, préfèrent miser sur l’arrivée d’un second Godzilla, identique au premier, sous-entendant que toute une race de ces salopards préhistoriques est prête à sortir du lit. Mais par souci de ne pas proposer au public un spectacle trop proche de celui du premier chapitre, il est décidé que le roi des monstres ne sera pas le seul à entendre la sonnerie du réveil, très vite confondue avec un boxing bell. En effet, Anguirus, ou Anguilas selon les versions, est également tombé du plumard et les deux Giant Monsters vont immédiatement se chamailler. Et le ring, ce n’est pas la pauvre Tokyo, que l’on laisse sans doute se reconstruire à son aise du piétinement du premier monstre, mais Osaka…

 

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Le scénario se résume d’ailleurs à ces quelques lignes, montrant le retour des menaces ancestrales via les yeux de deux aviateurs échoués sur une île. Alors qu’un premier secourt un second, ils aperçoivent entre deux bouts de roche Godzilla et Anguirus en train de se foutre sur la gueule. « Ca les regarde » qu’ils se disent au départ, avant de se demander ce qu’il se passerait si les deux ennemis venaient à déménager leur combat à Osaka, au milieu d’une civilisation ne souhaitant certainement pas que deux gigantesques affreux viennent tout démolir. Mais cela arrive bien évidemment et ce malgré les tentatives des autorités d’éloigner les créatures en les attirant avec de la lumière, Godzi et Angui étant finalement alpagués par l’explosion d’une usine… Après une joute titanesque dont Gojira sort vainqueur, les pilotes de l’air décident de tenter d’ensevelir la salamandre nucléaire sous la neige pour la refroidir un bon coup. Un script simple comme bonjour, donc, la Toho ne misant de toute façon pas sur les prouesses d’un quelconque récit pour vendre ses tickets, la renommée alors grandissante de sa créature faisant tout le travail. Au point que les Américains, qui avaient déjà sorti le premier Godzilla en y rajoutant un casting yankee, referont le même coup et tenteront même de pondre un remake de ce Retour de Godzilla. Titré The Volcano Monsters, le projet ne verra en fait jamais le jour alors que la production était bien avancée (la Toho avait même envoyé les costumes de Godzilla et Anguirus aux ricains), les quelques idées du scénario étant réutilisées dans Reptilicus, quelques années plus tard. Les Etats-Unis auront tout de même profité du film, bien sûr distribué après quelques retouches, changement de musiques (hop, on pique celles de Kronos et du film de guerre The Deerslayer, ni vu ni connu !) et doublages, sous le blase Gigantis : The Fire Monster. Pourquoi ce changement de patronyme, Godzilla devenant donc Gigantis ? S’il se dit que la Warner Bros, société distribuant la pelloche, n’avait tout simplement pas les droits d’utiliser le véritable nom du monstre, le producteur et avocat de la Toho explique pour sa part qu’il usa de cette transformation pour laisser croire au public qu’il s’agissait là d’un film mettant en scène un tout nouveau monstre. Il s’en mordra les doigts par la suite, la filiation avec Godzilla assurant plus de publicité que ce Gigantis, inconnu au bataillon. Pas un hasard si la bande deviendra Godzilla Raids Again lors de ses diffusions télévisées…

 

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Refourgué en guise de bonus sur l’édition Blu-Ray du film d’Honda sortie chez HK Cinema, Le Retour de Godzilla a donc la lourde tâche de succéder à un classique ayant boulversé le petit monde du cinéma de genre. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le film s’acquitte de sa tâche avec une certaine réussite, le plaisir de retrouver le vieux Godzizi étant aussi fort que celui de faire connaissance avec Anguigui, gros hérisson antédiluvien aussi charismatique que la star à laquelle il se frotte (aie, ça pique !). Sans surprise, les voir démonter des maquettes toujours bien foutues, du moins pour leur majorité, fait là aussi son effet, et il est difficile de contenir nos giclées à la vue de ces deux monstres énormes en train de traverser un vieux château japonais. Leur affrontement est par ailleurs bien violent, le Godzilla de 1955 étant bien loin de celui des décennies suivantes, celui qui enchaînera les prises de catch loufoques pour amuser les plus petits. Ici, lorsque la bestiole favorite du groupe Blue Oyster Cult décide de blesser le pauvre Anguirus, s’est en lui mordant la nuque jusqu’au sang et jusqu’à ce que mort s’en suive. Brutal ! Bien évidemment, Le Retour de Godzilla étant le premier de la saga à jouer la carte de l’opposition entre deux monstres caoutchouteux, on peut estimer qu’il essuie un peu les plâtres et fait figure de premier test, commettant quelques bourdes. Comme d’embarrassants moments voyant les créatures s’échanger des coups de griffes en accéléré, par exemple. Un accident, à vrai dire, l’équipe du film voulant au contraire ralentir leurs mouvements pour insinuer le poids des deux titans, mais une fausse manœuvre aura donné lieu à l’effet inverse. Le directeur des effets spéciaux, Eiji Tsuburaya, qui sera en charge de la plupart des Kaiju Eiga sortis avant 1980, sera satisfait de ce résultat inattendu et décidera de garder l’effet. Nous serons moins positifs que lui sur ce coup de turbo utilisé lors des combats, mais aussi lorsque certains personnages courent, donnant un petit aspect Benny Hill qui ne favorise pas franchement l’angoisse…

 

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Oda ne désire d’ailleurs pas particulièrement en faire des tonnes, sa version de Godzilla ressemblant plutôt à un documentaire distancié qu’à un film catastrophe sortant l’orchestre symphonique dès qu’un arbre se casse la gueule. La musique, réussie, est par ailleurs très discrète alors qu’elle tenait une place primordiale dans la version d’Honda. Motoyoshi Oda n’est de toute façon pas du genre à en rajouter et lorsqu’il filme ses personnages dans des décors dévastés, il ne leur colle pas des larmes salées sous les paupières mais leur enfourne plutôt quelques blagues dans les gencives, son but étant visiblement de montrer que les Japonais ne se laissent pas facilement abattre. D’ailleurs, Le Retour de Godzilla délaisse les hautes autorités si présentes dans le premier film, ces dernières n’étant présentes qu’en première bobine pour une (assez chiante) scène de présentation permettant aux retardataires ayant raté le premier film de prendre le train en marche. A la place, Oda pointe son objectif sur quelques aviateurs tentant de suivre le saurien et le hérisson, voire de le stopper sans trop que l’on sache comment ils comptent s’y prendre (voir le mec qui fonce vers Godzilla alors que son coucou métallique est dénué d’armes). Gojira No Gyakushu a donc un visage plus humain que son modèle et se veut nettement plus simple, laissant de côté les explications scientifiques et les interminables débats sur la façon de se débarrasser de ces grosses bébêtes si gênantes. Pour notre plus grand bonheur par ailleurs, les passages à haute teneur informative n’ayant jamais été le fort du genre… Oda semble d’ailleurs porter un grand intérêt au quotidien de ses héros, finalement plus obnubilés par leurs amourettes et les taquinages du boulot que par le fait qu’un crocodile crachant des flammes nucléaires arrive dans la baie pour les faire rôtir. Très à l’aise également niveau décors, notre réalisateur, qui emballe quelques très beaux clichés de cartes postales (Hokkaïdo sous la neige, les rues nocturnes éclairées par des néons à Osaka, la scène du bal, l’usine en feu vue de loin,…).

 

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Tout n’est cependant pas rose sur l’île aux monstres, quelques jouets se faisant passer pour des tanks ou des bagnoles ne faisant jamais illusion tandis que le costume de Godzilla le fait toujours un peu ressembler à une crotte avec des yeux lorsqu’il est filmé de trop près. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir changé et amélioré, ne serait-ce que pour permettre aux acteurs placés dans la peau de la créature de se mouvoir avec plus de facilité. Mais ces menus défauts, qui renforcent finalement le charme et le doux côté artisanal du Retour de Godzilla, ne portent jamais préjudice à l’ensemble, assez rythmé et très facile à suivre. Certes, l’impact n’est pas tout à fait le même que lors de Godzilla premier du nom, mais qu’importe ! Le plaisir est un tantinet diffèrent mais au moins aussi fort et votre serviteur avoue sans honte avoir d’ailleurs préféré cette première séquelle à l’original ! Le beau travail d’Oda est donc une raison supplémentaire, et une très bonne, pour faire l’acquisition du Blu-Ray de HK Cinema.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Motoyoshi Oda
  • Scénarisation: Shigeaki Hidaka, Shigeru Kayama, Takeo Murata
  • Production: Toho
  • Titre Original: Gojira No Gyakushu
  • Pays: Japon
  • Acteurs: Haruo Nakajima, Katsumi Tezuka, Minoru Chiaki
  • Année: 1955

4 comments to Le Retour de Godzilla

  • Yohann  says:

    Ha, cette bonne vieille bestiole… Et dire qu’il y a eu un merchandising Godzilla, bien avant Star Wars, on l’oublie, mais les petits Nippons ont eu la chance de jouer avec la bébête en modèle (encore plus réduit), de lire ses aventures dans des comics qui tâchaient les doigts, de casser du tank, de brûler des villes de papier, de casser du train et du pylône… Bon, c’est vrai, Honda n’est pas aux commandes, les amourettes sont aussi ennuyeuses qu’un jour sans Médusa et une nuit sans Vidéotopsie, mais les scènes du Japon valent le coup d’oeil, un des traits des réalisateurs japonais de cette époque, les amateurs peuvent ainsi contempler un Japon qui n’existe plus. Comme quoi Godzilla, du passé ne fait pas forcément table rase.

  • Roggy  says:

    Ah Godzilla ! la grosse bébête venue de l’Est qui prend plaisir à dégommer des maisons en carton-pâte et se battre avec des mecs en pyjama qui méritait bien une belle chronique. D’ailleurs, il me semble qu’il y a une nouvelle version en préparation au Japon.

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