Shakma

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Il suffit de mettre un singe dans un film ou une vidéo pour que l’intérêt de la bande en question remonte en flèche. C’est que c’est rigolo et mignon comme tout, ces bêtes-là, et il est impossible de ne pas en vouloir un chez soi ! Pas un comme Shakma, cela dit, l’enfoiré au gros cul étant du genre très, mais alors très, agressif !

 

 

Les macaques et le cinéma fantastique, ça a toujours été un mariage heureux. Qu’ils soient fantastiquement énormes (King Kong, Monsieur Joe), un peu ringards mais attendrissants (les pelloches de gorilles en costume comme Bride of the Gorilla avec Chaney Jr ou encore La Fiancée de la Jungle scénarisé par Ed Wood) ou tout ce qu’il y a de plus normaux mais un brin meurtriers (Incidents de Parcours, Link), nos ancêtres les singes ont toujours le beau rôle auprès des fantasticophiles, qui ne seraient pas forcément contre de vivre sur La Planète des Singes. Mais toutes les pelloches velues n’ont pas droit au même succès et certaines doivent même composer avec un terrible oubli. C’est le cas de Shakma, métrage sorti au tout début des nineties et emballé par un duo composé de Tom Logan et Hugh Parks, ce dernier étant également un producteur à ses heures. De Séries B pensées pour le marché de la vidéo, cela va sans dire, et pas franchement des mémorables : la comédie Dream Trap avec Kristy Swanson, le thriller au second degré King’s Ransom avec Miles O’Keefe, l’horrifique The Vampyre War, le film d’aventure The Spring,… Des petites productions qu’il produit pour la plupart et réalise souvent, quelques fois avec l’aide de son associé Logan, qui a pour sa part un CV long comme une queue d’étalon mais surtout composé de téléfilms ou long-métrages de dernière zone. Pas de quoi entrer au panthéon du genre et l’on peut prétendre sans se tromper que Shakma est leur titre le plus glorieux, quand bien même un bon nombre de bisseux ignorent jusqu’à son existence. Ce n’est pourtant pas faute de DVD dans nos contrées, Neo Publishing l’ayant sorti en offrant même le The Terror de Roger Corman avec Jack Nicholson et Boris Karloff en bonus. Mais là encore, la galette est passée inaperçue, un peu perdue face aux sorties italiennes, nettement plus attendues des amateurs. Pour vous dire, Neo Publishing ne présentait même pas leur édition dans les catalogues qu’ils fournissaient dans les boîtiers de leurs DVD ! Traitement injuste pour une bonne surprise ou tentative bien légitime de planquer sous le tapis une daube odorante ? On va voir ça tout de suite !

 

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Ca s’éclate à l’université médicale ! Si le jour professeurs et élèves étudient consciencieusement, la nuit venue ils organisent des jeux de rôle géants, le directeur de l’université, le professeur Sorenson, prêtant même ses locaux pour cela. Mieux, il participe activement en étant le fameux « Maître du jeu », posant énigmes et cailloux magiques dans les laboratoires. Un puzzle géant mettant en compétition une petite poignée d’élèves, qui devront trouver une princesse, bien évidemment cachée au dernier étage. Mais comme toujours lorsque l’on baigne dans le cinéma d’horreur, rien ne se passe comme prévu et Shakma, un babouin sur lequel on été testées des drogues dans l’après-midi, est bien décidé à foutre en l’air la partie de nos grands geeks. Le singe a effectivement subi des injections visant à réduire son agressivité, injections pouvant parfois entrainer l’effet inverse et rendre les bestioles touchées encore plus excitées. Ca ne loupe pas pour la bête aux grosses fesses, qui va bouffer la gueule de tout le monde, au grand désarroi de Sam, jeune homme qui était censé se débarrasser du primate… Sur le plan scénaristique, nous tenons avec Shakma un slasher animalier pur jus : lieu unique, casting réduit à sept ou huit personnages et un tueur dont les protagonistes ignorent la présence et qui aura donc tout le loisir de les prendre en traître. Alors certes, on n’a pas ici de colosse au hachoir ou de maniaque aux mains gantées mais un petit être poilu. Qui n’en est pas moins dangereux pour autant, le babouin étant déjà, à la base, le plus agressif des primates, alors imaginez un instant la furie qui peut l’habiter lorsque quelques expériences foireuses le rendent fou… Niveau budget, on ne dépasse guère celui des slashers démunis non plus, d’ailleurs. Le film est visuellement assez laid, mélangeant une photographie assez typique des petites productions de l’époque et un filmage assez peu inspiré, le tout dans des décors pas franchement séduisants. Peu de chances de se retrouver émerveillé devant cet institut de médecine crédible mais qui parait un peu cheap, la faute à la tenue visuelle de l’ensemble qui tire le tout vers le bas.

 

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Pour ne rien arranger, nos deux metteurs en scène ont bien du mal à donner du relief à leur menace animale, filmée assez platement. Shakma, qui est très présent à l’image, n’est pas franchement iconisé et peu de suspense découle des passages le mettant en scène. Contrairement à un Incidents de Parcours utilisant à merveille la petite taille de son furtif capucin, capable de se planquer dans un dé à coudre, Shakma, le film, nous montre constamment où Shakma, la bête, se trouve. Ainsi, lorsqu’un personnage avance doucement en tentant de localiser son énervé adversaire, Logan et Parks nous montrent de suite Shakma dans une autre pièce, tournant la tête pour nous signifier qu’il a entendu sa proie et va se diriger vers elle. De quoi anéantir tout effet de surprise et réduire sacrément la peur qu’il peut infliger et qui aurait été nettement plus puissante s’il la jouait ninja et débarquait de nulle-part. A la place, on le voit systématiquement arriver du fond du couloir et se rapprocher progressivement, de manière presque… normale. Les réalisateurs cherchaient-ils une certaine véracité ? On peut le penser puisque c’est un jeu du chat et de la souris assez réaliste qui se met progressivement en place, les tactiques imaginées par les divers personnages pour se débarrasser du babouin étant plutôt crédibles (l’attirer dans un endroit et l’enfermer, le contenir à un étage précis et ne plus y revenir,…), tout comme les attaques de ce dernier puisque de véritables macaques étaient utilisés, histoire de donner un peu de force à l’ensemble. Préférable à des gus en costumes ou des CGI foireux, cela va sans dire, même si on a la désagréable impression que le petit mec passe son temps à défoncer des portes. Et pour cause : Shakma se résume quasiment à des laborantins cachés derrière une porte qu’essaye d’ouvrir l’animal ! Et ne pensez pas que j’exagère, ce n’est pas le cas, on a rarement vu autant de portes se faire malmener que dans cette bisserie animalière. Ce qui permet d’ailleurs de voir l’énervement de ces petites bestioles : pour les besoins du tournage, un mâle et une femelle en chaleur étaient séparés par ces portails en bois sur lesquels le mâle passait ses nerfs. Réaliste, encore une fois, mais cela finit par renforcer un petit aspect cheap puisque pendant que nos gaillards se barricadent, il ne se passe pas grand-chose, si ce n’est de la violence sans conséquence. Si ce n’est pour les portes, bien entendu.

 

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Cheap aussi les effets sonores, là encore assez typiques de la production de l’époque, avec des bruits de pas très appuyés et peu croyables, des cliquetis de clés trop forts pour être honnêtes et tout l’attirail résonnant habituel. On notera par exemple des miaulements de chaton particulièrement envahissants dans la première partie du film, bien sûr présents pour donner la sensation qu’il y a de nombreux animaux prêts à subir des tests. Animaux que l’on ne voit pas, ou à peine, d’où le renfort de ces cris de matou, si incessants qu’ils finissent par confiner au ridicule et laissent imaginer que le félin est en pleine branlette ! Bien évidemment, présenté ainsi, Shakma ne paye pas de mine, et il est vrai que le métrage ne manque pas de défauts plus ou moins embarrassants et d’une certaine répétitivité. Pourtant, le tout est diablement sympathique et il n’est pas nécessaire d’avoir un esprit déviant et de chausser les lunettes de bisseux nourri à la série Z pour déceler de vraies qualités. Comme une violence réaliste qui fait assez mal lorsque le singe s’en prend à un humain, occasionnant même quelques effets gore (visage arraché), et un casting bien à sa place. Si tous les comédiens ne débordent pas de charisme, on notera tout de même la présence de Roddy McDowall (les deux Fright Night, plusieurs volets de La Planète des Singes, Class of 1984,…) en vieux prof s’amusant à refiler des énigmes à ses élèves ou d’une Amanda Wyss dont tout le monde se souvient comme étant Tina, la première victime de Freddy dans Les Griffes de la Nuit. Et puis il y a Christopher Atkins, star du Lagon Bleu, depuis largement reconverti dans la série B, voire Z, et qui incarne ici un héros franchement sympathique. Souriant, intelligent, volontaire, rongé par le remord de n’avoir pu tuer Shakma au début du film comme son supérieur le lui avait demandé et d’être indirectement responsable du carnage à venir, le blondinet est bien agréable à suivre et fait du très bon boulot. Jusque-là, Shakma se défendait donc plutôt bien malgré quelques handicaps voyants et constituait donc un petit divertissement simpliste mais efficace. Et c’est là que, sans crier gare, ses auteurs nous balancent un final tout simplement excellent et inattendu !

 

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Comme s’ils se réveillaient en même temps que leur scénariste Roger Engle (dont c’est le seul fait d’armes), Parks et Logan deviennent soudainement de meilleurs réalisateurs. Sans doute étaient-ils portés par la noirceur de cette conclusion voyant Sam, désormais seul dans ce grand immeuble clinique avec Shakma, perdre pied. En train de devenir fou, Sam parle tout seul et décide, le regard halluciné, de rendre les coups, devenant aussi bestial que son sauvage adversaire, auquel il fait d’ailleurs peur en hurlant comme un monstre. Plutôt surprenant tant on n’imaginait pas que ce protagoniste, le plus agréable et le plus sensé, allait soudainement perdre la boule et devenir aussi flippant, si ce n’est plus, que le cruel babouin. Climax réussi donc, avec une note finale douée pour faire un effet du tonnerre, parvenant même, l’espace d’un instant, à inverser les rôles, Sam semblant le bourreau et Shakma la victime. Pour cette conclusion d’un autre monde, définitivement marquante, Shakma vaut clairement le détour et est mille fois pardonné pour ses petites carences. Car si le reste du spectacle se tient dans la moyenne du genre, sans faire de grandes vagues et en proposant quelques défauts bien visibles, le bon l’emporte ici sur le mauvais (citons, en passant, une bande-originale fort réussie) et l’œuvre laisse une drôle d’impression. Celle que l’on ressent lorsque l’on est hanté par un évènement troublant ou un concentré de folie, telles les dernières minutes de cette singerie bis qui ne mérite décidément pas son oubli…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Hugh Parks, Tom Logan
  • Scénarisation: Robert Engle
  • Production: Hugh Parks
  • Pays: USA
  • Acteurs: Christopher Atkins, Amanda Wyss, Roddy McDowall, Ari Meyers
  • Année: 1990

On en cause sur Psychovision, sur leur forum!

6 comments to Shakma

  • Roggy  says:

    Un film moyen dans mon souvenir mais apparemment le climax de « Shakma » vaut d’être vu. Je t’avoue que je ne m’en souviens plus vraiment 🙂 Ayant revu récemment « Incidents de parcours », il semble difficile de faire mieux ou aussi bien dans le genre « film de singes méchants ». Un dossier sympa tien…

  • Mallox  says:

    Je le trouve très bien ton papier, Rigs. (merci encore pour le petit lien).
    Perso j’aime autant « Link » que « Monkey Shines » et ce « Shakma » est bien sympathique, mais une chose est presque sûre, le pire des singes tueurs reste le singe à cymbales de « Le singe du diable ». Celui-là, on a qu’une envie, lui fiche une trompette dans le cul avant de le dropper façon All Blacks. (mais tu l’as sans doute déjà vu. Si ce n’est pas le cas, ça peut te plaire, tente le à l’occasion).

  • Ghoulish  says:

    ‘Shakma’ reste l’un de mes ‘animal attack’ favoris, avec ‘Les bêtes féroces attaquent’, ‘Roar’ et ‘Grizzly, le monstre de la forêt’. Les attaques du babouin sont impressionnantes, et le suspense l’emporte malgré ces quelques carences et tournages en rond dont tu parles ( les allers et retours d’une porte à l’autre ). Le final est en effet très réussi, très inquiétant ( là, le lagon bleu aurait tendance à devenir rouge sang !! ). Atkins hyper crédible, bestial, alors qu’il pisse le sang.
    Superbe musique en effet.
    Perso, j’avais découvert le film dès sa sortie vente en VHS chez Fox dans sa collection Frissons. Des bacs de supermarchés entiers remplis de Bis ( c’était l’époque des collections à bas prix qui sortaient courant février, que du bonheur ).
    Le babouin d’ailleurs, c’est Typhoon, celui-là même qui joue les deux rôles dans ‘La mouche’ ( celui qui meurt et celui qui survit à la téléportation ).
    Encore une bien belle chronique qui me donne envie de revoir le film !

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