The Monster Squad

Category: Films Comments: 2 comments

Tout gamin normalement constitué aime les monstres mais tout gamin sain d’esprit doit également vider tout son jus de pomme dans son falzar lorsque les gloumoutes en question sortent de sous son lit. Par chance, nous sommes de grands enfants loin d’être sains d’esprit et lorsque les plus belles créatures de l’époque de la Universal s’allient pour emmerder leur monde, c’est au premier rang qu’on nous retrouve !

 

 

Fred Dekker, dans le coin toxique, on le kiffe et pas qu’un peu. Il faut bien se le dire : dans ma crypte, on considère La Nuit des Sangsues comme l’une des plus belles pelloches jamais réalisées, qu’elles soient horrifiques ou non. Alors vous pensez bien que l’envie de découvrir The Monster Squad, essai suivant du Fredo, avait plutôt tendance à me titiller le trou de balle. L’ennui, c’est que s’envoyer la bande dans les gencives n’est pas aussi évident qu’on le pense, les DVD et Blu-Ray français étant devenus assez difficiles à trouver à un prix correct. Quant aux éditions ricaines, soit elles sont all zone mais épuisées, soit elles sont trouvables mais ne pourront pas être lues par nos lecteurs. Ah ça, y’a des jours où le destin a décidé de faire chier ! Heureusement qu’un bisseux, ça voyage, notamment aux conventions des pays voisins, tel le Weekend of Horrors, organisation qui apporta son lot de mauvaises surprises mais me permit tout de même de ramener dans mon sac-à-dos quelques galettes suintantes. Comme The Monster Squad, justement, titré Monster Busters dans la patrie de Tokyo Hotel (qui se souvient d’eux, d’ailleurs ?), qui vint à moi au détour d’un stand. Difficile de passer outre, surtout pour quatre euros, ce faible prix aidant bien à oublier le fait qu’aucune VF ou VOST ne soit disponible, Allemagne oblige. Et puis, l’œuvre de Dekker, cela faisait quelques années que je voulais me la caler sous les paupières, quelles que soient les conditions pour découvrir la bête. Une bête d’ailleurs assez peu reconnue chez nous alors qu’elle jouit d’un beau statut d’œuvre culte chez l’Oncle Sam, une relative célébrité acquise avec les années cependant, le film ne fonctionnant pas plus que cela à l’époque de sa sortie. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir réuni de beaux talents lors de sa conception puisque, outre le sous-estimé Dekker, on retrouve Shane Black au scénar, soit l’une des meilleures gâchettes de la scénarisation (pour rappel, on lui doit les deux premiers Arme Fatale, Le Dernier Samaritain ou Au Revoir à Jamais). Autant dire que niveau écriture, on sait déjà qu’on sera dans du velours… En prime, niveau production, on a Peter Hyams, Monsieur Outland (meilleur film de SF des eighties !) et Rob Cohen ! Bon c’est vrai, pour ce dernier niveau réalisation c’est pas la joie, mais il sait être un producteur inspiré (Running Man, L’Emprise des Ténèbres), du moins à l’occasion… Et pour finir, on ajoute Stan Winston à l’équation, bien évidemment dans le but de créer des monstres qui ne manquent pas de gueule… Une fine équipe, bien volontaire lorsqu’il s’agit de rendre l’hommage qui lui est dû à la Universal…

 

monstersquad3

monstersquad4

 

Peut-être connaissez-vous Monster Squad, la série yankee des années 70 dans laquelle quelques monstres (Drac’, Frank’ et le loup-garou) deviennent des défenseurs de la veuve et l’orphelin, fracassant le crime à l’aide de leurs différentes habilités ? Et bien si ce n’est pas le cas, ce n’est pas grave car le film de Dekker n’a rien à voir avec cette version télévisée ! Ici, le Monster Squad est en fait un groupe de marmots d’une douzaine d’années, les chiards se réunissant dans leur petite cabane secrète (c’est bien des gamins des eighties, ça !) pour y causer de leurs monstres favoris. Et ouais, ces p’tits gars sont aussi de fieffés bisseux, bien décidés à débattre sur les pouvoirs des êtres de légende dont ils ne cessent de visionner les meilleures aventures. Ils vont d’ailleurs pouvoir rencontrer leurs idoles très rapidement puisque Dracula arrive dans leur région avec la momie, le loup-garou, la créature de Frankenstein et le Gill-man dans le but avoué de mettre la main sur une pierre précieuse au pouvoir dément. Imaginez un peu : l’amulette, une pure concentration de bonté, permet de créer un portail vers un néant dans lequel seraient aspirés les monstres. Notre comte aux dents longues n’a bien évidemment pas l’intention de laisser ce beau bijou dans les parages et, coup de bol, tous les siècles l’amulette devient vulnérable. Avec sa bande d’affreux, le vampire va donc tout faire pour mettre la main sur la relique tandis que les gamins, bien évidemment au courant du retour des monstres, préparent une contre-attaque grâce aux mémoires de Van Helsing. Et comme dirait cette pute à clics de Morandini : ça va être le clash ! Le premier élément qui saute bien évidemment aux yeux et qui fait bien plaisir, c’est le caractère fantasticophile des jeunes héros, des Goonies très branchés sales bêtes. Cela semble s’être perdu avec les décénnies, et c’est bien dommage, mais les années 80 avaient le chic pour nous présenter des mioches passionnés d’horreur et on pouvait en croiser, entre autre, dans The Deadly Spawn, Massacres dans le Train Fantôme ou Vendredi 13 part.4. L’effet est toujours immédiat : on s’attache à ces garnements, forcément assez proches de ce que nous étions, et sommes toujours d’ailleurs… Il est forcément plus facile pour des bisseux de s’identifier chez quelques geeks lisant des magazines horrifiques ou des BD de super-héros pour oublier les soucis du quotidien qu’à une bande de djeuns aux déhanchés très disco dont le seul problème est de systématiquement rencontrer des détraqués armés comme des tanks dans les bois. Il est dès lors difficile de ne pas apprécier la Monster Squad, petite société ayant eu le bon goût de décorer leur cabane avec de beaux posters du Cirque des Vampires de la Hammer, L’Enfer des Zombies de Fulci, de certains Godzilla ou du Retour des Morts-Vivants de Dan O’Bannon, aux côtés d’une boîte à l’effigie du mutant de Metaluna du classique Les Survivants de l’Infini. Ah c’est sûr, c’est pas Valérie Damidot qui vous proposerait un look d’enfer comme celui-ci ! D’ailleurs, cette antre du bis qu’est la cabane des enfants a fait l’objet d’un petit culte chez certains fans, l’un d’eux l’a d’ailleurs recréée en miniature en tentant d’être aussi fidèle que possible à celle du métrage !

 

monstersquad1La vraie.

4191568533_e40b397093_bLa fausse.

 

D’ailleurs, les protagonistes, un peu comme vous et moi, ne vivent que pour le cinoche puisque leurs dialogues contiennent autant de références que possible tandis que, la nuit, ils montent sur les toits de leur baraque pour assister gratos à la séance horrifique du drive-in du coin, qui diffuse justement un slasher ringard ! Comment, dès lors, ne pas se sentir dans notre élément lorsque l’on traîne, certes par écrans interposés (qui sait, ils nous regardent peut-être aussi ?), avec cette petite bande obsédée par le fantastique ? Impossible ! On est donc très heureux de les voir prendre leurs petites bicyclettes pour se rendre dans leur cachette, tout comme cela fait bien évidemment plaisir de croiser les monstres à leur trousse. Mais qui en doutait ? Avec Stan Winston aux commandes de la création de cette cour des miracles, il était obligatoire que ces monstruosités profitent d’allures quasiment parfaites. La momie ressemble pile poil à ce que l’on est en droit d’attendre de ce tas de poussière, la créature de Frankenstein (incarnée par Tom Noonan !) est la digne héritière de celle incarnée par Karloff quant à la créature du lac noire, elle est tout simplement à tomber par terre. C’est bien simple, c’est sans doute le plus beau des hommes-poissons avec le Gill-Man du film de Jack Arnold, et c’est quelqu’un qui adore ces monstruosités sous-marines qui vous le dit ! En comparaison, le loup-garou semble un peu soft, sans doute car, lors de la même décennie, Rob Bottin et Rick Baker ont fait bien plus impressionnant, Winston ne parvenant pas à donner autant de bestialité à son fauve, au visage trop peu animé. Quant à Dracula, il est égal à lui-même, c’est-à-dire assez sobre : teint blafard, cape noire, cheveux vers l’arrière, canines crochues. Il a tout de même une ou deux scènes impressionnantes, notamment lorsqu’on le voit blessé, à mi-chemin entre l’homme et la chauve-souris. Le croqueur de nuque n’a de toute façon pas besoin de beaucoup d’artifices pour avoir la classe à Las Vegas, son interprète (Duncan Regehr, plus tard à l’affiche de la zéderie Blood Surf) assurant le spectacle via sa crédibilité. D’ailleurs, le gaillard est considéré comme l’un des meilleurs interprètes du Vladounet, voire même LE meilleur ! Plutôt mérité vu toute la dangerosité qu’il insuffle à ce séducteur des ténèbres, si méchant qu’il balance des bâtons de dynamite dans les maisons et sous les bagnoles des flics ! Une vraie racaille, le Drac’ ! Mais quoi de plus normal pour un film assez explosif ? Car le duo Dekker/Black n’a pas l’intention de se contenter de ressortir la recette de la Universal ou de la Hammer et compte bien apporter un peu de dynamisme et de modernité dans le caveau de nos bon vieux monstres. Ainsi, c’est au fusil à pompe que le petit gros de la bande (malheureusement décédé dix ans plus tard d’une leucémie) répond à l’homme-saumon tandis que pour calmer les avances d’un loup à la langue trop pendue, un père et son fils placent de la dynamite dans son falzar. Inutile de dire que tout cela est particulièrement fun et je vous laisse la surprise quant au combat contre la momie, à la conclusion originale et bien trouvée !

 

monstersquad2

monstersquad5

 

Mais si The Monster Squad assume pleinement son statut de comédie horrifique et d’action, il n’en oublie pas de se montrer tendre via le monstre de Frankenstein, à la base un sous-fifre de Dracula bien vite changé en allié des gamins. Une belle réhabilitation pour cet assemblage de cadavres, qui trouve enfin quelques amis disposés à traîner avec lui, voire à l’aduler pour sa force et, bien sûr, son statut de monstre ! Mieux, le vieux Frank trouve même une fiancée qui l’accepte pour ce qu’il est, même si elle est un peu trop jeune pour lui… Rassurez-vous et n’appelez pas les flics, il ne se passe rien de chaud entre eux ! N’empêche que cette amitié contre-nature est assez touchante et que Dekker, toujours doué lorsqu’il s’agit de transférer les sentiments de ses personnages au spectateur, nous refile une légère larmichette à une occasion ou l’autre, comme lorsque Frankie a peur d’un masque à son effigie ou qu’il marche avec ses nouveaux compagnons, eux aussi très attachants. En premier lieu le rebelle de service et le petit gros, qui se distinguent des autres, plus lambdas mais agréables à suivre. On traînerait bien avec eux, quoi ! N’allez cependant pas croire que la pelloche est parfaite, on regrettera notamment cette drôle de décision de placer toute l’action vers la fin du métrage, concentrant la plupart des séquences monstrueuses lors du climax. Certes, on voit avant cela les monstres déboulonner un flic ou un ambulancier, mais on aurait aimé que les gosses se frottent un peu plus tôt à leurs idoles devenues leurs ennemis… Rien de bien grave, cependant, même si l’on notera tout de même que le tout est un poil de cul de loup-garou moins bon que La Nuit des Sangsues, au niveau il est vrai extrêmement élevé. Pas de quoi bouder son plaisir tout de même et il est fortement conseillé de prendre votre carte de membre pour le club Monster Squad, pour sûr que vous ne le quitterez plus !

Rigs Mordo

 

monstersquadposter

 

  • Réalisation: Fred Dekker
  • Scénarisation: Fred Dekker, Shane Black
  • Production: Jonathan A. Zimbert, Peter Hyams, Rob Cohen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Andre Gower, Robby Kiger, Stephen Macht, Tom Noonan
  • Année: 1987

2 comments to The Monster Squad

  • Roggy  says:

    Si tu étais légèrement plus vieux Rigs (légèrement hein…), tu aurais eu la chance de voir ce film à la télévision et aurait succombé immédiatement. Comme j’aime les monstres, j’ai toujours eu une attirance pour ce « Monster squad » fleurant bon les années 80. Bravo pour la chro l’ami et change ton falzar…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>