Darkness 16 et Torture Oculaire

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2016, l’année du fanzinat ? On dirait bien vu le nombre de bonnes sorties qui s’accumulent sur nos étagères, sans même nous laisser le temps de tout lire ! Mais qui s’en plaindra ? Toxic Crypt revient, rien que pour vos petites gueules d’enfoirés, sur une sortie toute récente, le dernier Darkness Fanzine, et une plus ancienne, le dernier Torture Oculaire. Et vous avez intérêt à apprécier le geste !

 

 

Ah, les Video Nasties ! Comment ne pas avoir le bout qui frétille à l’évocation de cette liste, qui fit gerber quelques Anglaises mal-tirées et refila un gourdin d’acier à tous les bisseux qui se respectent ? Rappel des faits pour les nouveaux nés : les Video Nasties sont 72 VHS qui furent saisies par les autorités britanniques, affolées à l’idée que de petites têtes blondes assistent à des meurtres à la perceuse à l’heure du thé. Mais ce qui était à la base une liste infâmante créée pour faciliter la chasse aux sorcières se changea également en liste de courses pour les fantasticophiles excités par les horreurs promises. C’est qu’il y avait de tout et pour tous les palais dans le listing : du rital culte (Suspiria, La Baie Sanglante), du Z bricolé (Toxic Zombies, Don’t Go in the Woods), de la nazisploitation (Holocauste Nazi, La Dernière Orgie du Troisième Reich), du arty (Possession de Zulawski, qui vient de lacher son dernier pet d’ailleurs, bonne baignade dans les eaux du Styx à lui !), du faux snuff (Snuff, logique !), du slasher au kilo (The Slayer, Carnage, Horrible et compagnie), du rape and revenge comme s’il en pleuvait (La Maison au fond du Parc, I Spit on your Grave), des zombies européens (Le Massacre des Morts-Vivants, Virus Cannibale), des plaisirs cannibalesques (Cannibal Ferox, Terreur Cannibale) et encore plein de bons produits du Terroir ! Si quelques coincés du cul voyaient dans tous ces sombres délices des ignominies sans noms, pour le bisseux c’est surtout un gigantesque buffet que représentent les Video Nasties. Et toujours dans sa volonté de s’attaquer à la censure sous toutes ses coutures, Christophe Triollet, l’éminence grise de Darkness Fanzine, a décidé de nous balancer l’ouvrage définitif sur le sujet, revenant sur l’affaire en détail au détour d’un article très précis et explicatif permettant de comprendre les tenants et aboutissants de cette battue lancée après quelques pauvres cassettes. Un texte indispensable, accompagné de plusieurs pièces venant agrémenter le dossier, tel des coupures de presse ou des papelards rédigés par quelques politiciens préférant les magazines sur la chasse à Fangoria. Et bien évidemment, Mister Triollet a également tenu à ce que les 72 œuvres ayant fini sur le bûcher soient chroniquées…

 

darknessfanzine

 

Vu l’ampleur de la tâche, le fanéditeur des ténèbres a bien évidemment créé une petite brigade constituée d’une douzaine de chroniqueurs. Ce sont ainsi David Didelot, Didier Lefèvre, Eric Peretti, Yohann Chanoir, Sébastien Lecoq, Stéphane Erbisti, Fred Pizzoferrato, Albert Montagne, Quentin Meignant, Gilles Penso, Michel Tabbal et bibi qui furent chargés d’analyser et retourner dans tous les sens les pelloches incriminées. Ce qui nous donne environ 120 pages de chroniques, histoire de vous laisser avec le ventre rond une fois ce gros morceau terminé. On ne va pas se lancer dans des chroniques de chroniques, ça ne se fait pas, mais je m’en vais tout de même féliciter quelques manieurs de stylo dont la lecture me fut tout particulièrement agréable. Bon, je ne vais pas m’attarder trop longtemps sur David Didelot, d’une part parce que j’ai pris du poids et que ça risque de lui être désagréable, d’une autre parce que vous connaissez suffisamment bien le zig’ pour savoir que ses textes sont toujours parfaits. A se demander combien de papiers sur Virus Cannibale ou les D’Amato notre chevelu pourrait nous livrer avant de nous lasser… On ne va pas trop revenir non plus sur Didier Lefèvre, dont vous connaissez bien le style, la méduse servant ici de récréation bienvenue dans le fanzine, la plupart des autres rédacteurs se concentrant sur des faits ou des anecdotes alors que l’homme au pubis fait de couleuvres mise, comme toujours, sur le ressenti. Par contre, le plus discret Eric Peretti (que l’on a tout de même lu dans Médusa Fanzine ou Sueurs Froides, dans le zine canadien anglophone Cinema Sewer et vu sur certains bonus de DVD !) impressionne carrément par son savoir et sa faculté à retranscrire les anecdotes de manière ludique. Les films dont il s’occupe, et ils sont heureusement en grand nombre, n’auront plus aucun secret pour vous, soyez-en sûrs, et vous prendrez grand plaisir en découvrant le style d’Eric, agréable au possible. On en aurait bien repris une grosse louche, tiens… Gros pouce levé aussi à Yohann Chanoir, à la plume baladeuse puisque virevoltant entre analyse précise et second degré réjouissant. Enfin, pour clore ce numéro, Christophe Triollet reprend la barre et revient sur les soucis rencontrés par Saw 3D et Love ces derniers mois, avec la connaissance qu’on lui connaît en la matière. Si les mésaventures du film de Noé ne m’intéressent guère (jamais rien eu à cirer de son cinéma, je l’avoue franchement), les déboires de Jigsaw m’ont nettement plus branché. Enfin, les dernières pages reviennent, tout comme le fait le blog de Darkness, sur l’actualité en matière de censure audiovisuelle. Et tant qu’on est dans le visuel, louons d’abord le talent de John Capone, à qui l’on doit une couverture sublime, peut-être la plus belle de l’histoire du fanzinat, et ensuite la plus grande place donnée aux visuels de films. Le numéro précédent de Darkness était sans doute un peu trop concentré sur ses textes, bien évidemment l’élément principal, mais semblait un peu trop sobre. En nous proposant de nombreuses jaquettes des Video Nasties, Christophe Triollet plonge plus efficacement le lecteur dans la folie anglaise des eighties et finit de faire de ce seizième numéro un indispensable !

 

tortureoculaire

 

Et parce qu’il faut varier les plaisirs, retour sur un zine qui est l’exact opposé de Darkness mais n’en est certainement pas moins bon pour autant. Géré par Valentin Sannier, plus connu sous le blase de Val le Blond, Torture Oculaire naquit en 2008 et mit fin à ses activités en 2011, fier de 20 numéros ! Autant dire que ça carburait chez le zigoto, que vous connaissez sans doute puisqu’on lui doit également La Fraicheur des Cafards, pour ainsi dire la suite de Torture Oculaire. On y retrouve en effet le même esprit, les mêmes graphismes étonnants, le même genre de films chroniqués (du fantastique à fond la caisse, donc !) et le même style de bandes-dessinées. Et puis de l’humour dans tous les sens, bien sûr, le dos du numéro que je tiens entre mes petites paluches (en fait une compilation des six derniers numéros) nous disant par exemple : « Torture Oculaire, un fanzine bourré d’action et de filles faciles, qui vous en apprendra beaucoup sur la vie et sur vous-même, situé à mi-chemin entre la bible et l’autobiographie de Pascal Sevran ». Et ce avant qu’un œil mutant ne vienne scander, juste en-dessous de ce texte, que « Ce fanzine est une merde ! ». Le ton est donné et on l’avait vu venir dès la couverture, représentant un drôle de petit bonhomme poilu, en train de faire jouir son énorme bite alors qu’il est dénué de bras (mais comment fait-il ?). Que du bon goût, pleinement assumé par son auteur, qui envoie une foule de petites BD, toujours très bien dessinées par ailleurs, que vous ne retrouverez pas dans Spirou Magazine. Une belle occasion de découvrir des récits pas comme les autres, comme la sinistre mésaventure de l’Oncle Pineduche qui s’est retrouvé avec une ruche dans le bide, celle d’un pauvre gamin qui retrouve un poil de queue dans son assiette à la cantine, celle du pervers Camoul’Kid, obsédé des gros nibards, et j’en passe ! Tout cela a généralement une grosse obsession pour la sodomie, mais il n’y a pas de mal à cela puisque la puérilité de l’ensemble est revendiquée. Torture Oculaire est un fanzine gagesque, bourré de fausses publicités (je ris encore de celle pour Kodak, avec détournement des photos, soudainement changées en des tofs de cul) et autres délires étranges, comme le génial guide du caca, histoire de bien connaître toutes les sortes de fientes que vous pouvez produire. Du coup, les chroniques, si elles sont présentes, passent un peu au second plan et ne constituent pas l’intérêt majeur de l’ouvrage. N’allez cependant pas croire qu’elles sont dénuées d’intérêt, Val sortant sa franchise habituelle et son sens de l’humour pour revenir sur tout ce qu’il aime, soit du gros rock et du hardcore (Converge, Cancer Bats, CKY,…) ou des films d’horreur. Et pour le coup, on a vraiment un peu de tout, le gus de Besançon aimant passer d’un univers à l’autre, nous faisant slalomer du Z à mort Creepozoïds au Retour de La Mouche, du slasher The Tripper à I Married a Monster from Outer Space, de Doghouse à Maniac Cop 2 et j’en passe ! De toute évidence, ce recueil des six derniers Torture Oculaire est le zine qu’il vous faut si vous avez passé une journée de merde et que vous voulez vous relaxer un bon coup avant de passer au plumard pour rêver de bestioles bizarres qui se branlent alors qu’elles n’ont pas de mains ! Super sympa, quoi !

Rigs Mordo

6 comments to Darkness 16 et Torture Oculaire

  • nope  says:

    Cool chronique! Où est-ce qu’on pourrait trouver cette compilation de Torture Oculaire?

  • VAL le cafard  says:

    Hello Rigs !
    Merci pour la chro, c’est super sympa !
    Je me dois de dire tout de même que Torture Oculaire était un
    zine collectif hein, je n’aurais pas pu gérer seul le rythme
    mensuel qu’on s’imposait à l’époque ! En tout cas, très marrant d’en
    faire une chronique croisée avec Darkness, petit culotté va !

  • Roggy  says:

    Je ne suis pas un nouveau-né mais je ne connaissais pas bien le détail de ces vidéo Nasties. En tout cas ça donne envie surtout si la fine fleur du fanzinat a trempé sa plume dans son propre jus pour nous pondre de belles chroniques. Et je suis bien d’accord avec toi sur la beauté de la couverture.

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