The Final Girls

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Et si le bétail commun du slasher avait plus de sentiments que l’on pensait, qu’il était plus attachant que prévu ? Alors que nous sommes habitués à scander les noms de Jason, Michael Myers, Cropsy ou du Docteur Rictus en espérant que ces garnements égorgent une jeunesse que l’on perçoit généralement comme stupide, The Final Girls parvient, avec une grosse dose d’humour et un cœur gros comme ça, à changer notre perception de ces veaux partis à l’abattoir…

 

 

Serait-il possible que moins l’on cause d’un film d’horreur ou assimilé plus ses chances d’être une réussite sont grandes ? On peut sérieusement se poser la question en tenant entre nos paluches velues la galette de The Final Girls, disponible chez Sony en DVD et Blu-Ray, cette petite production n’ayant pas franchement été attendue dans nos contrées. Un peu au même titre que les Cooties, Bad Milo ou John Dies at the End, des pelloches qui ne faisaient bouillir que les plus informés, The Final Girls est débarqué en prenant tout le monde par surprise, comme une vraie bonne Série B se doit de le faire d’ailleurs. Tout comme Turbo Kid ou Deathgasm, ce slasher humoristique et un peu « meta » sur les bords a le cinéma d’horreur passé dans le collimateur et vient sabrer la tristesse du cinoche actuel. Cette petite mouvance regardant dans le rétroviseur pour y trouver l’avenir (petite dédicace à Pascal et Peter, qui m’accompagnaient lors de l’achat du film) tombe effectivement à pic et nous fait comprendre que, finalement, il y a peut-être une alternative à ces films de fantômes tous sortis du même moule, à ces téléfilms avec gros crocodiles et serpents géants volontairement bâclés, à ces found-footage vomitifs ou ces foutues productions intello-sociales bien souvent imbuvables façon Goodnight Mommy. Perdus entre le travail à la chaîne spectral de chez Blumhouse, la mer de requins maniant le millième degré de chez Asylum, la caméra tremblante de réalisateurs trop fainéants pour apprendre leurs gammes et le pot de caviar d’un cinéma bis cérébral façonné pour les banquiers, nous finissions par oublier que l’horreur est avant toute chose une affaire de cœur et non de calcul. Ca tombe bien, The Final Girls constitue une excellente pioche, avec son palpitant de la taille d’une pastèque et au tonitruant battement.

 

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Les temps sont durs pour Max (Taissa Farmiga, American Horror Story) et sa mère (Malin Akerman, mémorable et sexy dans Watchmen), cette dernière étant une Scream Queen rendue célèbre par un slasher eighties, Camp Bloodbath, mais aussi une actrice ayant bien du mal à joindre les deux bouts. Mais alors qu’elles sont en train de vivre un moment touchant, du genre « Je t’aime plus qu’un paquet de Doritos, ma petite fille d’amour », leur voiture fait une embardée et la daronne décède. Une année passe et Max est bien évidemment inconsolable et guère motivée par l’hommage que quelques bisseux de sa ville organisent, diffusant Camp Bloodbath et sa suite lors d’une nuit de folie. Malgré la difficulté qu’elle a à voir sa défunte maman se faire tuer par un maniaque de la machette, Max accepte de venir faire un tour dans la salle. Au pire moment, cependant, puisque le cinéma prend soudainement feu, poussant notre héroïne, ses meilleurs amies présentes et passées, le mec qu’elle kiffe et l’organisateur geek à déchirer la toile de l’écran et s’y engouffrer pour fuir les flammes. Mais alors qu’ils pensaient se retrouver dans les coulisses de l’établissement, nos cinq jeunots sont catapultés dans le film et donc perdus au beau milieu d’un camp de vacance typique, avec ses moniteurs affolés du pubis et son asocial rôdant dans les parages dans le but de commettre un joli carnage. Comme de juste, la petite troupe commence à prendre peur, la présence de Billy, le cinglé local, n’aidant pas vraiment et les forçant à rester collés aux personnages du film, bien évidemment stupides comme dans la majorité des bandes du genre. En attente d’une porte de sortie permettant d’échapper au film, nos héros vont tenter de trouver un moyen de se débarrasser du fou lancé à leur poursuite. Et si Max peut en profiter pour sauver sa mère, vouée à embrasser l’arme blanche de Billy, elle ne va pas se gêner.

 

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Si le film de Todd Strauss-Schulson (la comédie assez sympathique Le Joyeux Noël d’Harold et Kumar) est, comme vous l’aurez deviné, réjouissant à plus d’un titre, sa genèse n’est pourtant guère amusante. En effet, si The Final Girls a vu le jour, c’est parce que son scénariste/acteur Joshua John Miller (le gosse vampire de Near Dark, également môme de Tom Atkins dans Halloween III) a ressenti le besoin d’exorciser ses peines suite au décès de son père, l’acteur Jason Miller, que vous connaissez sans doute mieux sous la toge du Père Karas. Puisque le curé le plus culte du cinéma nous a quittés en 2001, on peut imaginer que les premiers jets de The Final Girls datent à peu près de la même période et ce n’est qu’aux alentours de 2007 que le scénariste, aidé de son petit-ami M.A. Fortin, rencontrera le réalisateur Strauss-Schulson. A l’époque prévu comme étant un véritable slasher avec une forte dose de sentiments, le script atterrit finalement chez New Line Cinema, après quelques remaniements du script. Mais le studio n’est guère intéressé par l’aspect sentimental de l’œuvre et propose de sabrer dans les scènes les plus douces pour ne garder qu’une comédie horrifique lambda. Pas franchement disposé à laisser leur œuvre perdre de son intensité et de son âme, le trio part frapper à la porte de Sony qui, pour sa part, préfère au contraire garder un slasher tendre et limiter les débordements horrifiques, histoire de viser le PG-13. The Final Girls perd ainsi quelques passages plus sanguinolents, comme il était de coutume dans les années 80 auxquelles il se réfère tant. Mais cette violence somme toute limitée, pour ne pas dire tous publics, est ici nettement moins gênante que dans un Vendredi 13 censuré. En effet, l’aspect slasher du film est nettement moins important que ses atouts humoristiques ou sensibles, la bande ne tentant jamais de marcher sur les pas de Carnage ou The Prowler mais se posant plutôt comme un feel good movie. Inutile dès lors d’espérer assister à un arrachage d’anus avec les dents ou à un massacre au décapsuleur, la plupart des meurtres sont particulièrement light et il faut avoir les yeux grands ouverts pour déceler les rares gouttes de sang présentes sur nos pauvres protagonistes. Si quelques séquences peuvent être brutales dans le principe, comme la vue d’un corps ayant traversé un pare-brise ou une chute finissant sur un piège à loup, elles ne sont jamais gore, le but de The Final Girls n’étant pas de vous retourner le bide façon lessiveuse mais de vous tirer une petite larmichette.

 

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Par le rire, tout d’abord, Strauss-Schulson n’ayant certainement pas été approché par hasard, son expérience dans la comédie servant fortement le présent métrage, doté d’un rythme imparable. Et vu que le tempo est primordial lorsqu’il s’agit de nous faire taper le cul par terre, autant dire que l’on peut s’estimer heureux. The Final Girls parvient en effet régulièrement à nous péter une côte et il est bien difficile de résister à Adam DeVine, brun tête à claque qui incarne ici le beau gosse baiseur de Camp Bloodbath. Un décérébré aux grimaces dignes de Jack Black, balanceur de punchlines hilarantes en chef, dont le seul rival niveau idiotie est une jolie demoiselle tout juste bonne à se désaper pour faire venir le tueur. Bien sûr, une bonne partie du scénario, incroyable mélange entre Un Jour sans Fin et les premiers Vendredi 13 (on pense aussi aux incursions horrifiques dans le genre comme Timecrimes ou Triangle), joue sur la rencontre entre des personnages réels (Max et compagnie) et ceux du slasher, misant sur le sentiment bien connu des spectateurs devant ce type de pelloches. Qui ne s’est jamais dit devant une Série B que les différents protagonistes sont cons comme des bites de footballeurs (une bite de footballeur étant trois fois plus conne qu’une bite normale, comme nous l’avait prouvé Pythagore dans l’un de ses théorèmes) ? Les différents jeunes gens du monde réel sont ainsi confrontés à ces crétins pelliculés et doivent tout faire pour les tirer vers le haut, les rendre plus intelligents et, surtout, les empêcher de forniquer, histoire que le forcené Billy ne doive pas venir calmer leurs ardeurs. Miller joue donc avec les clichés du genre, non pas pour s’en moquer, mais pour en faire ressortir tout le charme et rappeler l’amour immodéré qu’il leur porte. The Final Girls n’est à aucun moment un film Meta allant dans le sens de Scream, qui ne cessait de sous-entendre sa supériorité (illusoire) sur ses modèles, et lorsqu’il se lance dans le jeu de la citation et du clin d’œil, ce n’est jamais avec balourdise. Lorsque Miller balance un petit coup de coude aux plus instruits de ses spectateurs, il le fait avec finesse, lors d’un petit dialogue repris chez l’espagnol Pieces par exemple ou via une bande-annonce de Camp Bloodbath nous renvoyant à nos chers vidéoclubs. Plutôt que de regarder les slashers eighties avec condescendance, nos auteurs préfèrent plonger dans leur fosse et festoyer avec eux. The Final Girls est d’ailleurs moins une parodie qu’un hommage sincère et ne sent jamais la moquerie, Miller et ses acolytes aimant trop leurs personnages pour en faire des pions au service d’une gigantesque gausserie vouée à faire rire les jeunes spectateurs bouffeurs « d’affreux nanars ». On remarquera ainsi une certaine pudeur lorsque ceux-ci finissent par périr après une rencontre avec l’énervé Billy, Todd Strauss-Schulson ne filmant jamais les mises-à-mort avec complaisance, et si certains décèdent de manière drôle, ils gardent toujours une certaine dignité, acquise au fil du métrage.

 

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Mieux, The Final Girls parvient à nous émouvoir sacrément et ce de manière régulière, via une dernière poignée de main ou la fameuse relation entre Max et sa mère, ou plutôt le personnage fictif que celle-ci incarnait. Bien entendu, Max va tout tenter pour sauver celle qui continue de faire vivre encore un peu sa mère, la faire survivre aux assauts de Billy, le grand brûlé basé comme un rugbyman du coin. Si cela permet à Miller de décrire une relation intéressante entre le spectateur et les personnages et le souhait que nous pouvons avoir de voir survivre certains rôles auxquels nous tenons, cela lui offre également la possibilité de traiter d’un sujet peu abordé au cinéma. Celui des proches d’acteurs décédés et du rapport qu’ils ont avec les résurrections régulières de leurs parents, qui reviennent à la vie dès que l’on pousse sur le bouton « Play ». Saluons d’ailleurs le travail d’équipe de la belle Malin Akerman et de Taissa Farmiga, toutes deux criantes de vérité (comme tous les acteurs, par ailleurs, à qui l’on laissa le droit d’improviser), qui parviennent à restituer tout cela sans trop verser dans le pathos. Certes, on tente un peu de nous tirer la larme mais ce n’est pas non plus au pied de biche et il faut louer le talent de Miller pour marier ses velléités dramatiques à un humour tirant parti des clichés du genre. Qui aurait cru qu’une dernière danse lascive, un strip-tease sacrificiel, pourrait constituer une scène attendrissante d’un slasher ? Quasiment un moment de poésie sous la caméra de Strauss-Schulson, dont la tendance à abuser des effets digitaux (le ciel n’est jamais réel dans The Final Girls) porte ici ses fruits, un magnifique ciel orageux et rosé se dessinant tandis que Billy vient réclamer une nouvelle victime, cette fois consentante… Si The Final Girls est un slasher on ne peut plus correct (le tueur a de la gueule, les filles sont jolies et c’est rythmé), c’est donc surtout en sa qualité de comédie, quasiment romantique (dans le sens de l’amour entre une mère et sa fille, et le premier qui me cause d’inceste sera étouffé avec une pantoufle Tortue Ninja) qu’il marque de gros points.

 

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D’ailleurs, l’ensemble n’est pas loin de la perfection et mis à part une ou deux scènes aux effets numériques malheureux (l’accident de bagnole au début), bien vite compensées par des passages gracieux (les flashbacks, la course au ralenti), il n’y a rien à redire. Le casting est impeccable, la photographie superbe, la musique bien old-school est à sa place, le montage est précis comme chez Edgar Wright, le tueur a un bon look et si le petit twist à la fin est prévisible, il n’en fonctionne pas moins pour autant et constitue un excellent gag. Sans conteste l’un des meilleurs films de genre du moment, l’un des seuls, et également un véritable slasher apportant quelque-chose au style, contrairement à un All the boys loves Mandy Lane que l’on nous avait vendu comme un bouleversement intégral et qui fit pschiiiiit dès sa sortie en DVD. Oubliez donc la froide Amber Heard, que je n’ai jamais su blairer, et allez plutôt voir les charmantes Akerman et Farmiga, nettement plus aimantes et chaleureuses, peu de chances que vous le regrettiez… The Final Girls, un film culte en devenir, j’en prends le pari !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Todd Strauss-Schulson
  • Scénarisation: Joshua John Miller, M.A. Fortin
  • Production: Michael London et Janice Williams
  • Pays: USA
  • Acteurs: Taissa Farmiga, Malin Akerman, Nina Dobrev, Alexander Ludwig, Adam DeVine, Thomas Middleditch
  • Année: 2015

A lire également, la chronique de Roggy sur le sujet!

8 comments to The Final Girls

  • Nazku Nazku  says:

    J’ai vu le film il y a quelques mois. Ce fut un gros coup de coeur immédiat. Surtout que je ne m’attendais pas à pleurer en regardant un slasher « parodique ». Superbe critique comme d’habitude qui décrit bien ce que je pense du film. Sauf que tu as passé sous silence la bo tout droit sortie des années 80. Mais bon, j’imagine que ce n’est pas tout à fait ton genre musical. 😉
    Ta critique m’a encore plus donner envie d’acheter ce film.

  • For Blood's Sake  says:

    Vraiment excellent ce Final Girls. Perso, je n’en avais entendu parler que peu avant de le voir et je ne m’attendais pas à apprécier autant. (Et moi aussi, j’ai écouté Bette Davis Eyes ^^’)

  • Roggy  says:

    Très bonne chronique de ce film que j’ai trouvé intéressant et réussi mais sans atteindre le domaine du culte. On passe un bon moment avec les interactions entre les personnages et le « film » qui est un véritable personnage en lui-même. Le réalisateur rend un bel hommage au slasher tout en essayant de lui donner une vraie légitimité. Après, comme tu sais, il y a des choses qui m’ont dérangé comme l’absence totale de violence et l’humour débile de certaines séquences à l’image du bêtisier post-générique(une honte !). Au final, le film s’avère sympathique mais ne reste pas, selon moi, une référence absolue dans le domaine de l’horreur, même si la parodie horrifique tient bien la route. Et merci pour le lien 🙂

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