La Maison de Dracula

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Plus on est de fous, plus on rit ! Sans doute la formule favorite de la Universal dans les années 40 vu le plaisir que prenait le studio à réunir la majorité de ses créatures lors d’une grande fiesta, histoire de mettre un bordel… monstre ! Qui s’en plaindra ?

 

 

 

Il faut croire que la quantité, ça marche toujours ! Ainsi, La Maison de Frankenstein fut sans doute une bonne opération pour la Universal puisqu’elle lance une suite dès 1945, soit une petite année après la visite guidée de la casa Frankenstein, toujours sous la forme d’un crossover, avec La Maison de Dracula. Tant mieux pour les fans de cinéma monstrueux, forcément ravis par le précédent volet qui, s’il peinait un peu à faire réellement s’affronter les différents monstres, était tout de même terriblement sympathique et agréable à suivre. Tant qu’à faire, autant prendre les mêmes et recommencer et c’est sans surprise que l’on découvre que Lon Chaney Jr (le loup-garou), John Carradine (Dracula) et Glenn Strange (la Créature de Frankenstein) rempilent dans leurs rôles respectifs, le tout sous les talents habituels de l’inévitable Jack Pierce. Seul Karloff manque à l’appel, en somme, lui qui se faisait liquider à la fin de House of Frankenstein. Un petit rappel des faits trouvables dans ce dernier film n’est d’ailleurs peut-être pas inutile pour pouvoir prendre le train fantôme House of Dracula en marche. Ainsi, nous découvrions à la fin de la pelloche d’Erle C. Kenton, qui reste réalisateur pour la séquelle, que le vampire prenait un sacré coup de soleil le faisant peler à mort, que le savant fou ayant réveillé la créature de Frankenstein périssait avec celle-ci dans des sables mouvants et que le loup-garou finissait tué d’une balle en argent dans le poitrail. Tout était bien qui finissait bien pour les habituels villageois mécontents, mais pas pour nos petits monstres chéris, tous renvoyés dans leurs caveaux poussiéreux… Mais vous les connaissez, ils ne roupillent jamais bien longtemps et finissent toujours par ressusciter du pied gauche…

 

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C’est d’ailleurs rien de le dire puisque Dracula comme Larry Talbot sont particulièrement lassés de leur condition monstrueuse. Cela ne surprend pas de la part du loup-garou, fatigué de vomir des boules de poils toutes les deux heures, alors que voir le Dracula se plaindre de ses pouvoirs et vouloir redevenir un homme comme un autre étonne un brin. C’est en tout cas chez le bon docteur Edelmann (Onslow Stevens, qui verra des fourmis géantes dans Them !) que nos deux oiseaux de nuit se rendent, séparément et sans se concerter, pour se faire soigner par ce praticien aux méthodes novatrices et réputé pour être toujours prêt à aider son prochain. L’homme travaille notamment sur la moisissure créée à partir de plantes rares et pouvant remodeler les os et les chairs à sa guise, possiblement capable de soigner Talbot de sa lycanthropie. Quant à Drac’, il se contentera d’étudier son groupe sanguin et de lui fournir un sang moins impur, par perfusion, pour tenter de lui faire goûter à une vie plus normale… Et histoire que la bande soit au grand complet, alors qu’il venait de se bastonner avec un Larry devenu incontrôlable une fois la pleine lune au firmament, le bon docteur tombe sur le monstre de Frankenstein, en train de se reposer dans un bac à sable naturel. Qu’il remonte bien évidemment dans son laboratoire, se disant certainement que soigner le comte de son vampirisme et le tristounet Talbot de la malédiction du pentagramme n’est pas encore assez pour remplir ses journées, comblant les trous de son agenda avec la remise en forme du monstre. Et tant qu’à faire, il compte bien soigner l’une de ses deux assistantes, une bossue qui rêve d’une ligne parfaite… Vous l’aurez compris, l’aspect soap de La Maison de Frankenstein a été conservé et, l’un dans l’autre, on peut résumer le film de Kenton à un joli boxon dans lequel les monstres se croisent autant que possible. C’est-à-dire à peine car nous avons, pour le coup, tout de même l’impression qu’ils cherchent plutôt à s’éviter au maximum… Dracula ne voit jamais le loup-garou et la créature de Frankenstein et ces ceux derniers ne s’offrent aucun match retour, Talbot ne croisant le sac-à-cadavres géant qu’en tant qu’être humain et non sous forme velue. Les relations entre les monstres sont donc réduites au strict minimum et eux même ne font d’ailleurs pas grand-chose…

 

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Si Dracula a les honneurs d’un temps de présence accru par rapport au précédent crossover, dévoilant soudainement une envie de vivre une existence des plus communes, Talbot nous refait son habituel numéro de grand malheureux au regard de chien qui chie et il ne se transforme qu’à deux reprises. La première dans une cellule de commissariat, l’empêchant donc de faire la moindre victime, la deuxième dans une grotte humide. Cela fait peu mais c’est toujours mieux que pour la Créature de Frankenstein, constamment alitée et ne levant la jambe que lors des ultimes minutes, pour être détruite immédiatement. Décevant, tout cela ? Pas réellement, après tout le monstre a suffisamment été mis en avant dans sa franchise personnelle tandis que le loup-garou n’a plus grand-chose à offrir au spectateur, un brin lassé de le voir tomber amoureux d’une demoiselle forcément attirée par sa grosse queue velue et sa bestiale virilité. Dracula s’en sort nettement mieux pour sa part, tout d’abord car il a été moins souvent présent à l’écran, ensuite parce que John Carradine, moyennement convaincant dans House of Frankenstein, s’empare déjà mieux du rôle ici, livrant une excellente performance. En outre, House of Dracula, malgré son titre, mise moins sur le vampire que sur le fameux docteur Edelmann, au départ d’une gentillesse exemplaire (il se plie en quatre pour tout le monde) puis peu à peu avili par le sang vicié que Dracula lui injecte lors d’une expérience. Sans devenir une chauve-souris à son tour, le praticien de génie se transforme indéniablement en savant fou schizophrénique, bien agréable le jour et fort meurtrier la nuit. Une manière comme une autre de balancer Jekyll et Hyde dans le récit sans avoir à les nommer et risquer de se prendre un procès sur la gueule, en somme, mais aussi un bon moyen d’ajouter un monstre supplémentaire. Et pas des moindres puisque le gaillard se montre nettement plus malsain et inquiétant que ses congénères pourtant nettement plus rompus aux exercices diaboliques. Et histoire d’en rajouter une petite couche, on a donc une bossue, bien loin d’être monstrueuse cependant puisque la demoiselle a un beau visage (celui de la bien jolie Jane Adams) et qu’elle est d’une grande douceur. C’est par ailleurs le personnage le plus attachant du métrage et celui pour lequel on se prend à stresser, la pauvre attendant depuis des années de se faire opérer et voir partir son mal-être. Cela se finira malheureusement assez mal pour elle tandis que (spoilers !) sa comparse, une autre jolie assistante, partira main dans la main avec le brave Talbot, pour le coup guéri de ses tourments. (fin des spoilers)

 

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Inutile de préciser que la deuxième nana, soi-disant plus séduisante que la bossue (ce qui reste à prouver…), est simplement présente pour jouer les jeunes filles en détresse, celle qui hésite entre l’hypnotisant Dracula et le bestial et dangereux, mais pourtant si doux, loup-garou. Elle est en tout cas inintéressante au possible et son rôle n’est que pratique… Reste que Kenton et son scénariste Edward T. Lowe Jr. (The Vampire Bat) ne se soucient guère des embranchements du récit, d’un quelconque aspect plausible, et cela se voit. Morts pour de bons à la fin du film précédent, Dracula et Talbot reviennent tout de même, presque par miracle, sans qu’aucune explication ne soit apportée à leur retour à la vie. Dans le même ordre d’idée, les changements d’humeur du vampire, tantôt malheureux d’être une bestiole nocturne, tantôt bien content d’user de ses pouvoirs et plus diabolique que jamais, laissent perplexes, surtout lorsqu’on le voir injecter de son propre sang à Edelmann, dans un but inconnu. Que peut-il bien gagner à changer celui qui tente de le sauver en monstre ? Sans doute pas grand-chose et l’on voit clairement à travers ces quelques séquences le but de Kenton : proposer un maximum de scènes mémorables en un temps record et tant pis si l’histoire en pâtit et se contredit ! Et ça marche, du tonnerre même, puisque malgré ces quelques réserves scénaristiques, on ne s’emmerde jamais et on se trouve même comme des gosses devant certains passages fabuleux, par ailleurs en grand nombre. Bien sûr, l’assistance sera toujours heureuse de voir la créature cadavérique tenter de fuir les flammes, des villageois plus monstrueux que les gloumoutes (beau spécimen de freaks dans le lot) sortir des torches enflammées de leurs culs comme si de rien n’était pour monter une révolution (que du très habituel pour eux, non ?), un Lionel Atwill toujours présent ou encore le loup le plus énervé du cinéma grogner et sauter sur un malheureux. Mais on retiendra surtout la très belle introduction voyant Dracula passer sous la fenêtre d’une demoiselle avant de s’en désintéresser pour aller s’entretenir avec le docteur (belle manière de contourner les attentes et idées reçues du spectateur), ces splendides décors dans lesquelles évoluent les infirmières, avec murs suintants et magnifiques fleurs à la moisissure guérissant, ou encore cette entrevue tendue entre un Edelmann désormais maléfique et son cocher, terriblement paniqué.

 

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Alors oui, la recette commence doucement mais sûrement à sentir le vieillot, le trop usé, voire le raccommodé, et House of Dracula est d’ailleurs le dernier film sérieux à mettre ces braves bêtes en scène, juste avant les pitreries d’Abbot et Costello. Mais le charme fonctionne toujours, quoiqu’il arrive, malgré tous les défauts scénaristiques imaginables, la méthode Universal ne pouvant faire que des heureux en proposant ses poétiques cauchemars. Ce dernier volet de la saga « sérieuse » de Dracula est donc un indispensable supplémentaire, mais est-il utile de le dire vu que le studio ne décevait pour ainsi dire jamais ? Disponible dans un Blu-Ray qui claque chez Elephant Films, toujours avec Dionnet pour les bonus, La Maison de Dracula vous ouvre donc grand ses portes et vous seriez bien mal avisés de faire demi-tour…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Erle C. Kenton
  • Scénarisation: Edward T. Lowe Jr.
  • Production: Universal
  • Titre original: House of Dracula
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lon Chaney Jr., John Carradine, Onslow Stevens, Jane Adams, Glenn Strange
  • Année: 1945

4 comments to La Maison de Dracula

  • Yohann  says:

    Salut Rigs, il est certain que cet épisode est plutôt poussif par rapport au précédent. En cela, il est révélateur de cette veine gothique qui s’épuise (Dracula en est fort mécontent) chez Universal, qui, bientôt, va délaisser la terreur gothique pour la bonne science fiction avec les maîtres du genre comme un certain Jack Arnold, qui permettra non seulement à la firme de faire frissonner les midinettes permanentées mais aussi de dénoncer le rouge fourbe par l’intermédiaire de grosses créatures plus ou moins improbables. Pas de doute, dans le studio, on ne buvait pas que du coke on the rocks. Éléphant, en tout cas, ne nous trompe pas, ni énormément, ni petitement, ses éditions sont somptueuses et c’est un vrai plaisir de retrouver ces castings incroyables, cette patte (velue) des techniciens et cette ambiance qui annonce celle de la bonne vieille Hammer 13 ans plus tard, mais cette fois
    en couleurs please…

  • Roggy  says:

    Avec ce 3e opus et cette seconde suite, on sent bien que la formule commence à se déliter. Dommage, d’autant plus que nous n’aurons plus la chance de lire tes chroniques si inspirées sur le sujet…

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