Le Fils de Dracula

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Dans la famille Tepes, je demande le fils ! Puisqu’on a déjà laissé un peu de place pour sa douce frangine, ne faisons pas de jaloux et déroulons le tapis rouge (sa couleur favorite) à Alucard, venu reprendre l’entreprise familiale en sortant les crocs et en mettant le bordel dans une petite famille des marais.

 

 

A priori, nulle nécessité de refaire les présentations d’usage à propos de la Universal, de Dracula, du succès qui fut celui du chiroptère incarné par Bela Lugosi ou de sa suite La Fille de Dracula, vous savez déjà tout ce qu’il y a à savoir à propos de la saga mordante des Universal Monsters. On peut donc passer immédiatement au cas du Fils de Dracula, troisième volet de la franchise, et donc deuxième séquelle, confiée aux frangins Siodmak. Si le réalisateur de la pelloche, Robert, est principalement connu des amoureux des films noirs, le gaillard versant largement dans le genre dans les années 30, les fantasticophiles connaissent fort bien son frère Curt. Scénariste de tout un tas de films d’horreur de l’époque, il offrit au fil des ans les scripts de The Wolf Man, The Ape, Black Friday, I Walked with a Zombie, The Invisible Man Returns ou encore Frankenstein meets the Wolfman. Sans surprise, il fut bien sûr invité à rédiger le récit de Son of Dracula, sorti en 1943 et laissant la cape noire à Lon Chaney Jr, alors perçu comme le digne héritier de Karloff et Lugosi. Ce dernier n’étant d’ailleurs plus franchement en odeur de sainteté, relégué aux seconds rôles et donc déchu de son statut de tête d’affiche, qu’il ne retrouve que chez quelques productions indépendantes, ne fait ainsi pas partie de l’aventure. Pas plus que la Comtesse Zaleska incarnée par Gloria Holden dans le volet précédent, par ailleurs. Si la créature de Frankenstein parvient à revenir séquelle après séquelle, cela semble bien plus difficile pour les vampires, qui ne reviennent plus après un coup de soleil ou un plantage de pieu bien placé et laissent donc leur place à de nouveaux agités du dentier. C’est donc au tour d’Alucard, fier descendant de Dracula comme son nom le suggère si on le lit en mode moonwalk, de prendre part aux festivités…

 

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Pour ce qui est des questions de sentiments, le brave Alucard est visiblement plus doué que sa soeurette, qui ne parvint pas à séduire le docteur sur lequel elle avait flashé dans La Fille de Dracula. Le vieux Al’ parvient pour sa part fort bien à envouter Katherine Caldwell, jeune demoiselle de bonne famille pourtant promise à un beau jeune homme de son rang, dont elle était amoureuse depuis l’enfance. Ce n’est plus le cas depuis qu’elle a rencontré le Comte Alucard, qui lui a bien vite fait oublier Frank, le fameux amour d’antan, qui ne voit bien évidemment pas tout cela d’un très bon œil. Pire, Katherine finit par épouser le Comte Alucard, entrainant encore un peu plus les soupçons sur cette étrange liaison. C’est finalement le vieux docteur Brewster qui va se poser le plus vite des questions, remarquant qu’Alucard, lorsqu’on le lit la tête en bas lors d’une scène séance de Zen-Yogi, devient Dracula. En prime, de plus en plus de personnes tombent malades suite à d’étranges morsures, dont le propre père de Katherine, qui finira même par décéder. Bien décidé à tirer tout cela au clair, le médecin fait appel à un pro de la question vampirique, qui vient bien vite jusqu’en Amérique pour jouer les Van Helsing et renvoyer Alucard dans le caveau de son père… Mais n’est-ce pas déjà trop tard, Katherine semblant volontaire pour devenir une vampiresse tandis que le pauvre Frank a sombré dans la folie en découvrant que son rival de cœur est invincible ? Sur le papier, l’histoire de ce Son of Dracula n’a rien de bien particulier et on peut même dire que l’on retrouve peu ou prou le même récit que celui du premier film, et par extension du roman. La même intrusion progressive de l’être diabolique dans une petite famille très heureuse jusque-là, l’explosion de celle-ci lorsque la jolie jeune fille tombe raide dingue de son visiteur nocturne et le besoin de vengeance du reste des protagonistes positifs, forcément désireux de sortir leur bien-aimée/fille/amie de l’emprise du mal. Mais c’est sans compter sur les frangins Siodmak, certainement pas décidés à livrer un épisode supplémentaire ressemblant comme deux gouttes d’eau aux précédents (notez que La Fille de Dracula se distinguait déjà de son modèle sur de nombreux points).

 

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En bon artisan du film noir, Robert Siodmak décide d’utiliser ses talents dans le genre et de changer les habitudes des fans des Universal Monsters. Ainsi, Son of Dracula utilisera quelques éléments des « mystery movies », comme des mecs en costar et portant le chapeau qui épient l’héroïne derrière les arbres, des coups de feu tirés en direction d’une voiture et, bien sûr, une enquête pour découvrir qui est vraiment ce fameux Alucard mettant le bazar dans le marais. Tiens, le marais, puisqu’on en parle ! Là encore une belle idée des Siodmak, la venue dans les bayous permettant de dépayser et de changer des classiques castels de Transylvanie ou des rues brumeuses de Londres. La place est plutôt faite aux roseaux, aux marécages dégueulasses et à ces vieilles bicoques en bois dans lesquelles des serviteurs, forcément de couleur, se crèvent le cul pour satisfaire leur blancs « maîtres ». Dracula, ou plutôt son rejeton, s’acclimate d’ailleurs fort bien et le changement de décor ne lui pose guère de problème, lui qui vient surtout pour chercher un peu de sang frais, le malandrin ayant retiré toute vie de ses terres natales, désormais de véritables déserts asséchés. Une façon de présenter le monstre comme une véritable maladie détruisant tout sur son passage et agissant comme une sangsue pompant les âmes, mais aussi comme un être habitué à s’infiltrer dans le quotidien des autres. Ce Dracula est ainsi un peu plus terre-à-terre et n’hésite pas à se marier avec une demoiselle pour parfaire sa couverture et s’imposer durablement dans la région. Le Fils de Dracula se veut d’ailleurs plus porté sur la tactique que les deux films précédent et il n’est pas interdit de voir dans la bande une gigantesque partie d’échec entre le Comte et ses opposants. Le premier tient absolument à poser ses valises en ville alors que les seconds veulent plutôt l’y enterrer, tentant de trouver un moyen de convaincre les autorités de la dangerosité du zig’ sans utiliser le terme « vampire », nos héros sachant fort bien que personne ne les croira s’ils disent la vérité. Ca manigance donc sévère, dans un sens comme dans l’autre : on s’infiltre, on trahit, on informe, on espionne, on ment et on la fait à l’envers ! En somme, on a droit à un vrai film noir qui serait même assez classique si l’on n’avait pas un homme chauve-souris au milieu de l’intrigue !

 

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Le script est donc particulièrement précis et, tel un bon film policier, soigne énormément ses dialogues et travaille les réactions des personnages. S’ils ne sont pas dotés de caractères particulièrement passionnants, ils sont tous en possession de cerveaux fonctionnels et chacun réfléchit au mieux pour parvenir à ses fins. Quelques moments bien tendus du slip naissent ainsi, telle l’entrevue entre un Alucard menaçant et le bon docteur, courageux petit homme qui n’hésite pas à entrer dans la gueule du loup en sachant fort bien que ses crocs peuvent se refermer sur lui. D’ailleurs, si l’ensemble est porté par une mécanique scénaristique impeccable, Robert Siodmak n’oublie pas de mettre en avant son vampire, qui dispose ici de nombreuses techniques de ninja, telles les transformations en brume ou en chauve-souris. On les voit d’ailleurs frontalement, via des effets forcément datés mais qui raviront sans doute les déçus des précédents incarnations, moins propices à montrer les différents pouvoirs du clan Tepes. Siodmak imagine en tout cas quelques belles séquences, à l’image de cette avancée sur les flots boueux des marécages pour Alucard, flottant lentement jusqu’à sa conquête. Niveau réalisation, rien à redire donc, le savoir-faire de la Universal est bel et bien là et l’on retrouve jeux d’ombres et beaux décors, comme une cabane de sorcière, une cave inquiétante ou un grenier pas plus joyeux… Tout est donc bien à sa place, même s’il faut bien admettre que le filmage a beau être à la hauteur, il passe après une mécanique scénaristique très avancée. Au point que ce que Son of Dracula gagne en architecture scénaristique, il le perd un peu en profondeur, surtout par rapport à La Fille de Dracula, un peu plus fin. La touche féminine, sans doute ! Ce qui n’empêche pas la pelloche d’avoir un doux parfum d’interdit, la psychologie de la demoiselle ne demandant qu’à être vampirisée posant question et laissant l’ensemble plonger encore plus profondément dans les ténèbres. Car ce n’est pas Alucard qui effraie réellement ici (d’autant que Lon Chaney Jr. a une tronche trop sympathique pour le rôle, il lui manque clairement un regard hypnotique à la Lugosi) mais la jeune Katherine, qui n’hésite pas à sacrifier tout son entourage, à tuer les siens, pour obtenir la vie éternelle. Plutôt dérangeant et inhabituel dans le genre, d’autant que son preux chevalier sombre bien vite dans la folie et ne sera que d’une aide relative durant la majorité du métrage, finissant finalement par régler le problème de manière déchirante…

 

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En bref, même si le boulot de Siodmak souffre de légers problèmes, dont une caractérisation peu efficace en début de métrage, il n’y a pas grand-chose de négatif à dire sur le fiston du Drac’, la bande étant particulièrement efficace et se montrant, à vrai dire, supérieure à l’original de Browning, tout comme l’était déjà La Fille. Techniquement impeccable et toujours avec un Dionnet expliquant qui a fait quoi, où, quand et comment, la galette éditée chez Elephant Films vaut donc clairement le coup d’œil, et tout fan du cinéma horrifique vintage se doit de le posséder sous peine d’être emmerdé par des roussettes pour le restant de ses jours !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Siodmak
  • Scénarisation: Curt Siodmak, Eric Taylor
  • Production: Universal
  • Titre original: Son of Dracula
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lon Chaney Jr., Frank Craven, Robert Paige, Louise Allbritton
  • Année: 1943

2 comments to Le Fils de Dracula

  • Roggy  says:

    Très bonne chro lue un dimanche après-midi gris d’hiver. Même si le film semble un peu en dessous du précédent, « Le fils de Dracula » vaut bien une messe dominicale.

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