Meurtres à la St-Valentin

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La Saint Valentin est arrivée et vous savez ce que cela signifie ? Qu’il vous faut lâcher vos conjoints, balancer ces gâteaux au chocolat en forme de cœur et jeter les pétales de rose par la fenêtre pour se décapsuler quelques bières avec les fesses et se goinfrer de chips devant un bon slasher romantique !

 

 

Dans le petit monde du slasher, on n’est pas du genre à profiter d’un jour férié, à prendre ses congés parce que Noël et le Nouvel An arrivent. C’est que nos costauds portant masques et bleus de travail aiment ce qu’ils font et ne sont pas de ceux qui se complaisent à se reposer alors qu’une jeunesse avec le feu au cul a besoin d’être calmée une bonne fois pour toutes. Et que les amoureux ne pensent pas bénéficier d’une trêve lors de la Saint Valentin, ce serait mal connaître nos agités du bocal, pas franchement du genre à apprécier les histoires à l’eau de rose. Un dégoût pour les romances que partageaient d’ailleurs les gus de la Paramount au début des années 80, lorsque vint le temps de créer un nouveau petit cousin à Jason et au père Myers, un nouveau maniaque qui avait bien besoin, lui aussi, de sa journée particulière, de sa petite fête à gâcher. Ainsi, après les Noël gâchés, les vendredi 13 ensanglantés et les Halloween aux citrouilles écrasées, c’était à la fête des amoureux d’obtenir son trouble-fête, les producteurs canadiens André Link et John Dunning, à qui l’on devait les mises-en-chantier des premiers Cronenberg et du slasher Happy Birthday To Me, jetant leur dévolu sur le 14 février comme date à avilir pour de bon. Avec l’aide de quelques autres producteurs (qui ont, à un moment ou un autre, croisé la route de Cronenberg, d’ailleurs), ils lancent donc le projet My Bloody Valentine, au départ planqué sous le titre The Secret pour que l’on ne vienne pas leur piquer l’idée. Au scénario, le producteur Stephen Miller et le scénariste John Beaird (le Trapped avec Henry Silva), à la réalisation George Mihalka, depuis tombé dans les séries télévisées, les téléfilms ou les courts et dont seul le Psychic avec Zach Gremlins Galligan semble se rapprocher de nos baveux centres d’intérêts. Une fine équipe bien décidée à nous balancer un slasher premier degré comme le Canada savait nous en offrir au début des eighties (remember Humongous, Le Monstre du Train, Le Bal de l’Horreur ou encore Curtains), dont le décor est situé dans une mine crasseuse. Du moins c’est ce que la production souhaitait avant que les habitants proches du lieu de tournage décidèrent de dépenser de fortes sommes pour nettoyer l’endroit avant l’arrivée de l’équipe du film, bien déçue de découvrir que le décorum dégueulasse qu’ils avaient à disposition fut désormais propre comme un sou neuf. Ce qui força nos cinéastes à casser la tirelire pour salir à nouveau les lieux avant de faire chauffer les caméras. Ca ne s’invente pas !

 

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Au niveau du script, pas de grands changements dans le petit monde du slasher, Meurtres à la Saint Valentin étant un représentant pur et dur du genre, pour ne pas dire l’un de ses meilleurs exemples. On retrouve ainsi la formule inhérente au style voyant les zigotos masqués prendre les armes : carnage légendaire qui a secoué une région, trauma passé, petite fiesta dans un lieu unique, jeunes gens désireux d’échanger leurs liquides corporels et assassin vengeur. Tout est là et la recette est si bonne qu’elle sera réutilisée telle quelle dans le Rosemary’s Killer de Joseph Zito, quasiment un frère siamois du film de Mihalka. Le spectateur se retrouve ainsi envoyé dans la petite ville de Valentine Bluffs, où les travailleurs se retrouvent tous à un moment ou un autre de leur vie à la mine. C’était le cas du nommé Harry Warden, un brave gars qui fit partie d’une équipe de bosseurs souterrains malheureusement ensevelis sous la roche suite au manque de professionnalisme de deux connards ayant bâclé leur boulot pour se rendre plus rapidement à l’annuelle fête de la Saint Valentin du patelin. Mais Harry survécut à ce terrible accident et décida de se venger, portant son attirail de mineur pour aller fendre les cages thoraciques des deux hommes et leur arracher le cœur… Vingt ans plus tard, Warden a beau être placé dans un asile, les autorités stressent encore un peu à l’idée de rouvrir le bal des amoureux. Et ils ont de quoi se faire du mouron, les cons, car une poignée de journées avant le 14 février, un palpitant arraché à une donzelle leur est envoyé avec un avertissement : si la fête a lieu, les cadavres tomberont dans toute la ville. Forcément, le maire et le sheriff décident de tout annuler, au grand désarroi des jeunes mineurs, qui s’en vont tout de même s’éclater sur leur lieu de travail avec quelques demoiselles qui ne demandent qu’à tomber la chemise. Bien évidemment, le fou furieux est également présent et a très envie de participer… Rajoutez à cela un vilain triangle amoureux, un jeune et beau brun (Paul Kelman, également vu dans Black Roses) revenant d’une virée d’une année pour découvrir que son ancienne copine (Lori Hallier, présente dans deux épisodes de la série Vendredi 13) s’est mise en couple avec un collègue blond de la mine (Neil Affleck, croisé dans Terreur à l’Hopital Central et Scanners et depuis devenu réalisateur pour la série Les Simpsons !). Ambiance…

 

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Evidemment, il est évident que l’identité du tueur se trouve dans le fameux triangle rose, et vu que l’assassin est un peu trop costaud pour être la dame, c’est parmi les deux rivaux que se cache le coupable. On a cependant du mal à deviner lequel, et votre serviteur doit même avouer que s’il a déjà vu la bande dans son enfance, il ne se souvenait plus de la révélation finale. Malgré mon attention portée sur les deux loustics, je n’ai découvert le pot aux roses que lors du final, preuve que le scénario est assez habile en la matière et que l’on ne grille pas immédiatement l’enfoiré enfonçant sa pioche dans la gueule de ses camarades. Ceux-ci sonnent d’ailleurs assez juste : ils sont pour la majorité des acteurs capables et ont des tronches crédibles (certains sont de purs rednecks). Si les filles sont jolies et peuvent être dès lors considérées comme des actrices de slasher tout ce qu’il y a de plus classique, les mecs changent un peu des jeunes premiers croisés habituellement puisqu’ils ne sont pas spécialement beaux et ont des airs de Monsieur Tout-Le-Monde. Ce qui a tendance à les rendre plus sympathiques que leurs congénères, d’ailleurs, et il suffit pour s’en convaincre de voir le sympathique personnage d’Hollis (campé par le regretté Keith Knight, Class of 1984) dont l’embonpoint et la grosse moustache tranchent avec les looks habituels des garnements dessoudés à la chaine par Jason et compagnie. Ce second rôle est d’ailleurs l’une des figures les plus mémorables du petit monde des victimes de slasher et est nettement plus attachant que les trois cons formant le fameux triangle amoureux. Ni le brun ténébreux ni le blond agressif ne sont agréables, pas plus que leur girlfriend indécise que l’on jugera au mieux fadasse. On regrettera d’ailleurs que le scénario se penche autant sur leur cas, les rendant centraux dans l’intrigue en oubliant de développer ne serait-ce qu’un brin les autres jeunes, quasiment anonymes pour certains. De quoi minimiser un peu l’impact des meurtres, pourtant très bons… Du moins dans leur version uncut !

 

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Car comme tout bon slasher du début des eighties qui se respecte, My Bloody Valentine a été amputé de longues minutes, des coupes visant bien évidemment à limiter ses débordements rougeauds. Et le film a clairement perdu dans le processus en devenant une pelloche dénuée de gore alors qu’on y trouvait, à l’origine, une pioche traversant une mâchoire et délogeant un œil (brutal !) ou encore un empalement sur un tuyau de douche, montré de manière largement plus frontale que dans le montage définitif. Dans le genre frustrant, difficile de faire mieux, mais c’est malheureusement le lot commun des slashers de la période, et par chance la bande de Mihalka retombe sur ses pattes malgré les coups de scie de la censure. En grande partie grâce à son ambiance très particulière et à l’identité des décors. Dans la mine, on ressent un sentiment d’asphyxie, les lieux, en plus d’être plongés dans le noir, étant par définition exigus. A l’extérieur, tout n’est que grisaille, cailloux et le panorama est constitué de vieilles usines devant lesquelles les amants se réunissent pour échanger un dernier baiser. Romantique, hein ! My Bloody Valentine se distingue donc du reste de la production d’époque en s’attaquant à une classe sociale plus basse qu’à l’accoutumée et contrairement aux victimes des Halloween ou des Vendredi 13, dont la vie semblait être un long fleuve tranquille et dont les différentes sorties n’étaient finalement qu’un aboutissement logique de leur quotidien, les mineurs de Meurtres à la Saint Valentin ont bien besoin de se divertir ailleurs qu’à la buvette du coin, seul lieu un peu vivant de ce patelin mort. Si les gosses habituels ne méritent bien évidemment pas de se ramasser un coup de machette dans la raie alors qu’ils fricotent gentiment dans une tente, il y a une véritable injustice vis-à-vis des protagonistes peints par Mihalka, fauchés lors de l’une des rares soirées de l’année où ils peuvent décompresser un brin… L’atmosphère lourde est également bien rendue par un réalisateur inspiré, qui fournit un travail propre, soigne ses mouvements de caméra (jolie dynamique lors du meurtre dans les douches), iconise bien comme il faut son superbe tueur (l’un des plus beaux de l’époque), rendant effrayant le moindre faisceau de lumière, qui pourrait s’échapper du casque du fou furieux, et nous envoie quelques plans aux frontières du mélancolique, tel ces clichés de la mine devant un ciel aux teintes sombres. My Bloody Valentine a donc un petit quelque-chose en plus, un soupçon d’âme que l’on n’a pas toujours retrouvé dans les Vendredi 13 par exemple, un aspect presque dramatique que l’on ressent notamment lors du final, au dernier plan frissonnant… Indéniablement l’un des meilleurs slasher trouvables sur le marché, auquel Mihalka souhaitait donner suite sans avoir pu y parvenir suite aux résultats décevant de l’original au box-office. C’est via un remake correct mais sans plus qu’il sera vengé, et éventuellement par les mots doux de Quentin Tarantino qui a avoué que la pelloche était l’une de ses préférées. Qui sait, peut-être qu’un jour il parviendra à réaliser une bande qui arrive à la cheville de ce slasher qui a du cœur ?

Rigs Mordo

 

Spécial kasdédi a un Montpelliérain fou et un Liégeois damné !

 

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  • Réalisation: George Mihalka
  • Scénarisation: Stephen A. Miller, John Beaird
  • Production: John Dunning, André Link,  Stephen A. Miller
  • Titre original: My Bloody Valentine
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Neil Affleck, Paul Kelman, Lori Hallier, Keith Knight
  • Année: 1981
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4 comments to Meurtres à la St-Valentin

  • Nazku Nazku  says:

    Comme d’habitude, je suis bien de ton avis. Superbe critique comme toujours. Normal que les acteurs soient bons, ils sont canadiens. ;p
    Et c’est vrai que le look du tueur est génial.
    J’adore ce film depuis plusieurs années et j’ai bien l’intention de le revoir ce soir pour fêter dignement la St-Valentin. <3
    Merci pour les petites infos sur le film que je ne savais pas. Et dire qu'on aurait pu avoir une suite, quelle déception.
    J'ai vu le remake au cinéma en 3D et disons que ce n'était pas du même niveau, surtout les acteurs…

  • Roggy  says:

    Je reconnais bien là ton côté romantique avec ce slasher d’amour 🙂 Et, le film vaut effectivement mieux que son récent remake. Malgré ta dédicace, j’espère que les personnes citées ne liront pas ta dernière phrase (à moins que ce ne soit fait express…).

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