Macabre

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On ne les voit jamais grandir ! C’est ce que s’est probablement dit Mario Bava lorsque son fiston, le bon Lamberto, s’est décidé à passer à la réalisation par ses propres moyens avec Macabre, première œuvre en solo ! Et quelle œuvre !

 

 

 

Pas facile de prendre la relève d’un père plus doué que la moyenne, surtout quand ce père s’appelle Mario Bava et a largement contribué, pour ne pas dire lancé (avec Freda), le cinéma bis transalpin. Il n’est donc pas question de se louper, toute personne avec « Bava » dans son nom se retrouvant attendu au tournant, les fans de la première heure du padre attendant le fiston le couteau entre les dents. De quoi avoir la pression, même si Lamberto a déjà fait ses armes sur les plateaux du Mario, débutant même sa carrière en assistant le patriarche. Si la relève sera perçue comme décevante par les plus grands admirateurs du Masque du Démon ou Opération Peur, pas franchement emballés par les gros B dégoulinants que sont les deux Démons, Apocalypse dans l’Océan Rouche (titre belge) ou Blastfighter, pelloches plus propices à une grosse soirée « pizza-bière-heavy metal » qu’à un recueillement dans une salle de quartier. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de dire que les deux hommes ne font pas réellement le même métier, le Mario étant un pâtissier alors que le Lamberto est plutôt orienté boucherie-charcuterie. Et tout comme on n’ira pas demander des gencives de porc au premier, on ne va pas aller commander au second une tarte aux cerises, quand bien même l’un et l’autre ont un moment tenté de se frotter à des genres plus ou moins éloignés de leur univers habituel. Pour Lamberto, c’est plutôt en début de carrière que l’on trouve ses œuvres les plus « inhabituelles » en comparaison avec le reste de sa filmographie. Macabre mais aussi La Maison de la Terreur sont en effet ce que l’on peut appeler du « Lamberto qui fait du Mario », ou tout du moins qui s’approche encore suffisamment de l’univers du père, surtout si l’on reluque les folies bis qui suivront. Mais n’allez pas imaginer qu’avec Macabre le rejeton singe le daron, vous ne pourriez pas être plus éloignés de la vérité…

 

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Jane Baker n’est pas franchement la meilleure mère du monde, ni la meilleure épouse, d’ailleurs. Ainsi, lorsque son mari part travailler, madame laisse ses bambins livrés à eux-mêmes pour aller s’envoyer en l’air avec son amant dans un appartement qu’elle loue, une garçonnière privée. Mais quand la chatte n’est pas là et se fait sauter, la petite souris nommée Lucy, fille de sa mère, décide de noyer son frérot dans la baignoire. Panique à bord, Jane décidant de revenir en hâte à la maison familiale, encore décoiffée de son échange de liquides corporels, son amant au volant. Et le couple roule si vite qu’il s’accidente, le gaillard perdant même la tête lors du crash, une barre de fer lui rabotant la gueule.Rendue zinzin face à tant d’atrocités, la pauvre Jane est internée dans un hôpital psychiatrique, dont elle ne sort qu’une année plus tard pour retourner s’installer dans son appart privé, son ex-mari l’ayant bien évidemment foutue à la porte depuis que ses infidélités ont causé, indirectement, la mort du gosse, parti faire de la plongée sans tuba. Bien évidemment, tout le monde ignore que cette perverse de Lucy a aidé le gamin à prendre son bain, et la peste ne compte pas s’arrêter là puisqu’elle a bien l’intention de rendre sa reum encore plus folle qu’elle ne l’est déjà en venant poser des photos du chérubin décédé dans son appartement. Faut dire que tarée, la Jane l’est déjà à la base, elle qui s’est fait un bel autel en hommage à son partenaire sexuel crevé. Elle semble même s’imaginer qu’il lui rend visite chaque nuit pour la faire miauler comme au bon vieux temps. Ce qui ne cesse d’intriguer Robert, aveugle vivant dans l’appartement en-dessous, et seul locataire de l’immeuble avec Jane, dont il est amoureux. Vierge et peu amené à rencontrer dse femmes suite à sa cécité, le jeune homme de moins de trente berges devient peu à peu obsédé par Jane et son visiteur nocturne. N’existe-t-il pas réellement, finalement ?

 

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Sur le papier, ce script inspiré d’une histoire vraie et écrit par Pupi Avati et Antonio Avati (La Maison aux fenêtres qui rient, dans les deux cas), Roberto Gandus et Lamberto Bava lui-même, peut encore laisser imaginer que le cinéma du fiston soit relié à celui de Bava Senior. Après tout, le Mario aurait très bien pu écrire pareille affaire, même s’il est à peu près certain qu’il ne se serait pas avancé aussi profondément dans le crapoteux que son fils, bien plus volontaire lorsqu’il s’agit de balancer du gore bien vilain. N’allez pas imaginer pour autant qu’on tient ici une furie sanglante, Macabro étant plus un film d’ambiance qu’un shocker pur et dur, même s’il contient bien évidemment quelques scènes aptes à satisfaire l’appétit des bisseux habitués à s’envoyer des Video Nasties au p’tit dej’. Macabre ne fait pas partie de cette collection infâmante, mais il aurait pu tant on croise d’éléments ayant fait le succès de ces cassettes prohibées, éléments qui éloignent d’ailleurs la bande de celles réalisées par Papa Bava. En premier lieu, on quitte une certaine esthétique gothique (à laquelle Mario a régulièrement tourné le dos, il est vrai) pour une réalité tout ce qu’elle a de plus terne. Terminés les éclairages rouges et verts de l’ancêtre, place à une image blafarde et à une déco tournée vers le jaune pisse, couleur majoritaire du film. Bien sûr, vendu ainsi, ça n’emballe pas des masses, mais cette représentation morose de la vie, assez typique du bis rital de l’époque, colle particulièrement bien au scénario, pas franchement joyeux, et lui donne même encore un peu plus de force en faisant flotter une aura de mélancolie. Car ça ne pète pas le feu dans le coin, entre une Jane rongée par la culpabilité (peut-être plus que par le fait qu’elle ne verra plus jamais son fils, d’ailleurs) et un Robert amoureux de celle qu’il entend se masturber chaque soir sans pouvoir prendre part aux festivités, timidité obligé, on se demande bien qui va se taillader les veines le premier ! Une ambiance aux petits oignons, austère, oppressante qui ne colle d’ailleurs guère aux bandes plus fun que livrera le Lamberto quelques années plus tard… D’ailleurs, si la tenue visuelle se veut assez crade, la réalisation du maestro n’en est pas moins très réussie et propose quelques plans inspirés, principalement lorsque c’est le brave Robert qui passe devant la caméra.

 

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On sent effectivement le réalisateur inspiré par l’idée de faire avancer l’intrigue par les yeux de quelqu’un qui ne voit justement pas, les séquences montrant Robert parti à la recherche d’indices étant globalement plus soignées que les autres. On ressent d’ailleurs parfaitement la frustration du jeune homme, véritable héros de l’histoire même si sa présence à l’écran n’est pas plus forte que celles des autres protagonistes. Le pauvre est ainsi voué à être tenu à l’écart des évènements et cherche désespérément à comprendre ce qu’il ne peut voir, se fiant au toucher et à l’ouïe pour avancer dans son enquête, tout comme il ne peut ressortir qu’insatisfait de sa relation avec Jane. Cette dernière, MILF affolante à ses heures, prend un malin plaisir à taquiner le jeune homme, à le séduire… pour mieux le laisser en plan par la suite. Voir à cet effet la scène lors de laquelle la dame aide le gaillard à refaire son lit, pénétrant dès lors son intimité, se montrant même lourde de sous-entendu (elle l’invite à s’asseoir avec elle sur le matelas) pour finalement jouer les effarouchées lorsque le pauvre tente de lui palper un sein. Mais le bisseux s’étant un peu penché sur la question se demande forcément où est le giallo dans tout cela. Car oui, Macabre a généralement été vendu comme un giallo, quand bien même il ne tente jamais de se raccrocher aux wagons d’Argento et compagnie. En vérité, le premier véritable film de Lamberto est surtout un thriller glauque, voire un drame noir, et on ne trouve pas ici de vision manichéenne du genre avec un méchant très méchant venu jouer du rasoir pour raser les jambes de gentils très gentils. Pas de zigoto cagoulé et aux gants de cuir, pas de passé trouble, pas d’enquête à tiroirs, juste la vie décalée d’un aveugle et de la cougar qui se trouve au-dessus de lui, une vie à la douce odeur de mort. Ce qui n’est pas sans rappeler un autre film transalpin, mais vu que je vais spoiler comme un goret et sans une once de honte, je vous conseille de sauter le paragraphe qui suit.

 

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Attention spoiler, donc, car même sans vous révéler la fin Macabre, il est indéniable que la connexion que je vais faire avec une autre bisserie du même ordre va vous foutre la puce à l’oreille. Car il est bien difficile de ne pas rapprocher la pelloche de Bava Jr. au chef d’œuvre de Joe d’Amato, à savoir Blue Holocaust. De nombreux points communs relient en effet les deux films, et vous aurez compris que la nécrophilie en fait partie. Bien évidemment, le sujet est traité de manière moins frontale devant la caméra de Lamberto que chez l’ami Aristide, les amours froids étant au centre de son Buio Omega. Macabro, lui, est avant toute chose un film à suspense dont les relations putrides ne sont qu’un climax, une révélation finale dont le but évident est de faire basculer l’ensemble dans une horreur gorasse et dégueulasse (si vous voulez voir le french kiss le plus cradingue du cinoche, c’est ici que ça se passe). N’empêche que le thème, finalement moins traité qu’on le pense, est partagé entre les deux réalisateurs, qui utilisent également la même ambiance oppressante, le principe de la belle bâtisse renfermant de sombres pratiques, une absence de personnage héroïque tel que le cinéma a l’habitude d’en user et un récit misant finalement sur un aspect faits divers, qui d’ailleurs empêche l’ensemble de se montrer trop prévisible. Si D’Amato se montre sans doute plus à l’aise dans l’exercice et balance une bande plus mémorable et plus osée que celle de Lamberto Bava, ce dernier ne démérite cependant pas et montre que, comme son père, il sait manier une intrigue, élément qui faisait sans doute défaut à Buio Omega. Fin spoiler.

 

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De toute évidence, le p’tit Bava s’en sort clairement avec les honneurs pour sa première escapade en solitaire, le garçon s’étant en prime bien entouré puisque ses acteurs, s’ils sont loin d’être exceptionnels, s’en tirent assez bien. Stanko Molnar (aussi dans La Maison de la Terreur) est crédible dans le rôle de l’aveugle et si Bernice Stegers (Xtro) a du mal à convaincre lorsqu’elle nous joue la mentalement fragile, elle est nettement plus à son aise lorsqu’elle nous sort son grand jeu de MILF torride. Quant à Veronica Ziny, qui incarne la fourbe Lucy, elle tient là son seul et unique rôle, ce qui se comprend puisqu’elle ne nous propose pas une prestation mémorable, la demoiselle manquant de naturel. Mais son visage assez atypique et, disons-le, disgracieux, allié à sa fausse candeur, apporte au personnage une dimension perfide bienvenue vu le caractère de la gosse et la rend donc en phase avec le petit monde vicié de Macabre. Et si on rajoute à l’ensemble quelques séquences bien « gruesome » (le repas, particulièrement dégueu), on tient pour sûr l’une des plus recommandables des bisseries sorties de la Botte. Et, veinards que vous êtes, vous aurez bientôt l’occasion d’y goûter puisque l’éditeur français Ecstasy of Films vient d’annoncer la sortie de la pelloche, prévue pour courant 2016. Une excellente nouvelle puisque la galette du film semblait, jusque-là, bouder les pays francophones, forçant les amateurs à se tourner vers les éditions Blue Underground ou Arrow. Un peu de patience, donc, vous allez bientôt pouvoir piquer une tête dans l’univers lugubre de Lamberto…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lamberto Bava
  • Scénarisation: Pupi Avati, Antonio Avati, Lamberto Bava, Roberto Gandus
  • Production: Antonio Avati, Gianni Minervini
  • Titre original: Macabro
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Bernice Stegers, Stanko Molnar, Veronica Zinny, Roberto Posse
  • Année: 1980

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