Shriek

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Cela fait un petit moment que nous ne nous sommes pas retrouvés au clair de lune à mater une grosse Série B lorgnant vers le Z produite par le père Band, tiens ! Ah, je vois déjà la salle qui se vide ! Tant pis pour les lâcheurs car si Shriek n’est sans doute pas la meilleure pelloche de l’écurie Full Moon, ce n’est certainement pas la pire non plus. Ce qui est peut-être un problème, d’ailleurs…

 

 

Ah le vieux Charlie… On l’aime bien dans la crypte toxique, malgré le fait qu’il soit moins un réalisateur/producteur qu’un magouilleur ou un vendeur de tapis. Mais ça ne date pas d’hier et qui connait un peu le fabuleux monde de Charles Band sait fort bien que la grande époque d’Empire est terminée depuis longtemps. Certes, la Full Moon prit le relais avec une certaine efficacité à ses débuts, et il suffit de voir les premières productions comme les Puppet Master (la trilogie d’origine, du moins) pour s’en convaincre, mais cela ne dura guère. C’est que dès le milieu des nineties la firme à la pleine lune a quitté le B fauché pour le Z intégral, laissant les jolis paysages et les monstres un minimum travaillés pour les décors uniques et vides et des gloumoutes que l’on voit à peine et généralement peu animés. Mais que ses productions, qu’il a parfois réalisées, soient foireuses, Band s’en fout complètement. C’est qu’elles sont emballées pour un budget si dérisoire qu’une sortie, même limitée, en DVD chez feu Blockbuster Video ou en VOD suffit bien souvent à gagner le double ou le triple de la mise. Sans compte que de nouveaux films permettent de créer de nouveaux monstres, souvent de petite tailles ou des jouets maléfiques, qui auront les honneurs de figurines de qualité variables que s’arracheront les fans les plus tenaces du studio, qui voit en eux des tirelires prêtes à se briser. Avec Shriek, ou Shrieker en VO, sorti en 98, le vieux Charles délaisse tout de même les menaces miniatures et décide de créer une sale bestiole infernale d’environ deux mètres. N’allez cependant pas croire que le lascar avait pour ambition de changer sa petite routine en rangeant ses action figures dans leur boîte à jouets, de proposer à son public un plaisir un peu varié. Non, son but est de surfer sur l’incroyable succès de Scream (qui se traduit en « le cri » ou « criez ») en balançant son Shriek (qui signifie aussi « crier » ou « hurler »), dont certaines jaquettes reprennent bien évidemment le style visuel de celles du slasher de Craven. Soit celui fait de couleurs sombres et avec les personnages principaux alignés à l’avant-plan, bien évidemment de beaux jeunes gens sortis d’une pub pour Dior, avec les nanas en petite tenue pour attirer le chaland. Tout cela sent donc le marketing et, à vrai dire, on n’en attendait pas moins de Charles Band.

 

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Mais alors que l’on partait déçus d’avance, même si l’on ne peut parler de déception lorsque l’on ne s’attend à rien, Shrieker ne débute pas trop mal. En effet, son introduction montre deux médecins se faire tuer à côté de leur hôpital et si elle est un peu molle, elle semble tout de même plus travaillés que la moyenne des productions Full Moon de l’époque (ici, il y a un petit soin visuel) et l’on sent que le réalisateur, quel qu’il soit, a tenté de créer une ambiance. Qui est-ce, d’ailleurs ? Le générique de début, qui alterne les crédits et une explication sur la nature du fameux Shrieker du titre, nous annonce que la mise en scène est due à une certaine Victoria Sloan. Tiens, une nana ! Voilà qui change un peu des gros bourrins de la série Z et explique peut-être la relative réussite de ces premières minutes (relative car ça reste du gros Z balourd, évidemment). Ptet même qu’on pourra avoir une production un peu plus fine que d’ordinaire, sait-on jamais ? Navré de faire voler vos rêves en éclats mais un rapide coup d’œil sur IMDB apprend bien vite que la demoiselle n’existe tout simplement pas et n’est qu’un pseudo utilisé par… David DeCoteau, grand habitué des pseudos féminins ! What else, ai-je envie de demander, puisque le réalisateur de Creepozoid, Talisman ou Puppet Master 3 est l’un de ces esclaves à la solde de Band, de ceux qui emballent en un éclair et pour un prix dérisoire les scripts écrits en deux heures chrono. Scripts d’ailleurs souvent signés par Neal Marshall Stevens, auteur des scénars de Hellraiser : Deader et du remake Thir13en Ghosts, mais également de bon nombre de production Full Moon : Curse of The Puppet Master, Retro Puppet Master, Hideous !, The Creeps, Le Cerveau de la Famille, Ragdoll,… Et la liste peut s’étendre sur tout un paragraphe et l’on pourrait bien évidemment y ajouter Shrieker, là encore signé sous pseudo, celui de Benjamin Carr, largement utilisé par Stevens. Ce n’est en tout cas pas ce qu’il a torché de pire, car même si l’ensemble se résume grosso merdo à une vilaine bébête qui décime une bande de têtes à claques, au moins la créature en question dispose d’un minimum (c’est le cas de le dire) de mythologie et de quelques idées assez bien utilisées venues pimenter un peu le tout.

 

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Car pour changer un peu de la petite routine voulant qu’une bande de potes se fasse bouffer la gueule, Stevens, ou Benjamin Carr si vous préférez, imagine plutôt quelques étudiants devenant les colocataires d’un squat. Pas localisé n’importe où, le squat, par ailleurs. En effet, nos jeunes gens fauchés ont décidé de s’installer dans la fameuse clinique citée plus haut, désormais à l’abandon suite aux fameux meurtres passés. Mais s’ils vivent tous à quelques mètres les uns des autres, nos protagonistes ne s’entendent pas nécessairement à merveille et deviennent même suspicieux lorsqu’ils découvrent des signes cabalistiques un peu partout dans les vieux couloirs. Et un certain Robert, le mec zarbi obligatoire de toute Série B faite dans les règles de l’art et vivant dans les sous-sols, apprend à la dernière arrivée que ces signes laissent à penser que l’un de ses voisins tente de faire venir le Shrieker, contrôlable à condition qu’on sacrifie cinq âmes. Et pour ce faire, le fourbe tentant de manipuler ce monstre venu d’une autre dimension doit dissimuler un papier avec des sigles précis griffonnés dessus dans les affaires des victimes, alors marquées et vouées à recevoir la visite du hurleur. Un principe sympathique qui, mélangé à un environnement déjà peu joyeux puisque les squatteurs ne s’entendent guère entre eux, promet un peu de suspense et de tension dans ce véritable whodunit. Malheureusement, le logo Full Moon maudit une fois de plus un scénario doté d’un peu de bonne volonté et la fainéantise des créateurs rattrapent bien vite le projet. Ne serait-ce que sur le plan scénaristique, par exemple, puisque le mystère, très Scooby-doo dans l’esprit, quant au félon en train de réveiller le Shrieker ne tient guère et le coupable semble très vite évident. Certes, un ultime twist tente d’étonner le spectateur mais il tombe malheureusement à plat et surprend à peine. Et comme vous l’imaginez bien, les dialogues ne sont guère faits pour élever le sujet et sont le plus souvent risibles. Il faut voir ces petites discussions profondes sur la place de la peur dans nos vies, menées par deux personnages qui se rencontrent tout juste, tout comme ces explications chiantes comme la mort et assez mal amenées pour tenter de décrire le fonctionnement, pourtant simple, du fameux Shrieker.

 

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Quant aux personnages, le récit peine également à les rendre sympathiques et il est inutile de compter sur leurs interprètes pour parvenir à en faire autre-chose que des zouaves décérébrés. Signalons tout de même qu’un effort a été fait sur la caractérisation et qu’un semblant de personnalité a été insufflé à la plupart. Outre la très fade héroïne et son futur boyfriend, on croise donc un mec louche habillé d’un t-shirt bien crade, une communiste voyant de l’oppression un peu partout, un asiatique un brin tyrannique dont le passe-temps favori est de menacer ses congénères, une étudiante en médecine timide et un bel électricien obsédé par sa virilité et se sentant obligé de préciser constamment qu’il n’est pas gay. Une petite faune assez atypique dans le paysage du bis, souvent constitué de gamins sans personnalité. Ici, ils en ont, parfois un peu trop même (la communiste est bien soûlante comme il faut !) et les acteurs ne font rien pour leur apporter un peu de finesse. Il faut dire que le casting n’est pas vraiment de première classe, ce qui ne surprendra personne, et est principalement constitué d’habitués du Z pur et dur. On a donc Tanya Dempsey (Deathbed) en héroïne, deux zigs croisés dans le Final Stab du même DeCoteau et seule la taiseuse blondinette peut se vanter d’avoir tourné dans quelques grosses productions comme le premier Blade ou S.W.A.T., par exemple. Les amateurs de slasher moderne reconnaîtront également Parry Shen, connu pour sa présence dans les trois volets de la saga Hatchet (aka Butcher chez nous), d’un autre niveau qualitatif sans pour autant envoyer du gros bois. Bon, en même temps, le bétail on s’en fout un peu et ce que toute personne se lançant dans un Monster Movie veut admirer, c’est le monstre en question. Pas de bol, le Shrieker est plus discret que le talent chez Maïwenn et si vous voulez savoir à quoi il ressemble, il vous faudra vous payer sa figurine, que Charles Band n’a pas manqué de sortir. Car malgré son imposante carcasse, le démon est d’une furtivité à toute épreuve et à ce talent, hérité des ninjas, de se glisser derrière ses proies pour leur ramener le slibard derrière la tête (bon ça il le fait pas vraiment, hein). Et vu que Môssieur a le pouvoir de disparaître et apparaître quand il le veut et la capacité de traverser les murs, DeCoteau ne le film que lorsqu’il tue. Et en plan très très rapproché, cela va sans dire, histoire que le public ne puisse voir que la tronche du mariole et ne se rende pas compte que le reste du corps est à peine terminé. Faudrait pas qu’on puisse repérer la tirette… On ne le voit donc jamais vraiment, soit parce qu’il est trop loin de la caméra, soit parce que cette dernière est justement collée à son museau. Dommage car cette grosse gloumoute à deux têtes a son petit charme…

 

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Et comme on ne voit rien, je vous refile la figurine:

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Faut dire que le tournage entier de Shriek ayant duré six jours, DeCoteau ne pouvait pas franchement traîner et filmer sa bête de la crinière au trou du cul. D’ailleurs, il va toujours au plus pressé et noie ses plans dans la noirceur et les éclairages bleutés, histoire de cacher la misère ambiante. Car Full Moon oblige, on est en plein dans le cheapos et l’on se demande presque comment l’introduction pouvait être aussi travaillée question éclairage et ambiance car on ne retrouve plus jamais le même soin par la suite. C’est qu’on est dans une production Band, ce qui signifie que la paresse est ici à son niveau maximum et il suffit de voir le soi-disant climax pour s’en convaincre, le monstre se prenant un coup de couteau dans la tronche avant de repartir d’où il est venu et ce à tout jamais malgré le projet temporaire de faire un Shriek 2. En bon film de branleur qu’il est, Shriek ne se donne même pas la peine de respecter la règle des trois B : Boobs, Blood and Beast. Les demoiselles n’étaient visiblement pas assez payées pour tomber le soutif, le gore se résume à quelques griffures sur les joues et la bête est, comme vous le savez déjà, à peine visible. Pas de quoi sauter au plafond donc et le boulot de DeCoteau n’est même pas assez bad pour être good. Le script est routinier et se contente de balancer son monstre difforme dans les jupes des nanas toutes les dix minutes ? Oui mais le fait de situer l’intrigue dans une bande de squatteurs qui ne s’entendent pas est suffisamment sympathique pour que l’on ne râle pas trop. La réalisation pue le glandage intégral et le décorum se résume à quelques couloirs sombres et dégueulasse ? Certes, mais le vieux David prouve que lorsqu’il le veut, il peut emballer quelques plans réussis, histoire de ne pas faire sombrer totalement son œuvre. Le monstre ne fait que passer et si tu clignes des yeux, tu le loupes ? Clairement mais il est malgré tout assez coolos dans son genre, surtout pour du Full Moon. L’interprétation est foireuse et les dialogues qu’on enfourne dans la bouche des comédiens sont navrants ? C’est un doux euphémisme mais, à côté, on a tout de même ce réjouissant Asiatique qui ne cesse de balancer des fions à ses petits copains. Et tout Shrieker est ainsi : majoritairement mauvais mais toujours avec un petit quelque-chose mémorable permettant à l’ensemble de se laisser voir. Car le temps n’est pas long, surtout comparé à quelques autres productions du Band (comme le terriblement à chier Le Cerveau de la Famille, les minutes y sont des heures) et l’on passe un moment pas désagréable dans cette vieille clinique pourrie. Pour sûr que ça ne va pas tout à coup transformer le plomb en or et que Shriek reste une Série B/Z oubliable et que son plus grand mérite est d’être moins merdiques que d’autres, mais c’est déjà ça, n’est-ce pas ? Surtout pour du Full Moon !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David DeCoteau
  • Scénarisation: Neal Marshall Stevens
  • Production: Charles Band
  • Titre original: Shrieker
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tanya Dempsey, Parry Shen, Jamie Gannon, Alison Cuffe
  • Année: 1998

2 comments to Shriek

  • Roggy  says:

    J’ai eu peur en lisant le titre du film chroniqué. J’ai lu « Shrek » 🙂 Heureusement, il n’en était rien et finalement c’est l’ami David deCoteau qui est au rendez-vous (et tu t’étonnes de ne pas y voir de Boobs…). Quel cadeau à chier que cette figurine qui semble à la hauteur du monstre du film.
    J’attends toujours la chro de Shrek au passage 🙂

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