Slime City

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Le slime, la morve, la mouchure, la goutte, appelez ça comme ça vous chante, c’est cool et ça, Greg Lamberson l’a bien compris. Il suffit de voir Slime City, Série B/Z bricolée avec un tout petit pécule, pour s’en convaincre ! Ca tombe bien, c’est dans cette ville crasseuse que je vous emmène, et même si ça ne vous changera pas des masses de cette crypte toxique où l’on patauge à longueur d’année dans la bave verdâtre, je vous conseille de sortir le paquet de Kleenex !

 

 

Il y a des courants qui ne se créent pas par hasard et celui du Splatter new-yorkais le prouve définitivement. Tous ces petits films tournés pour le prix d’un pain au chocolat que sont Toxic Avenger, Elmer le remue-méninge ou Street Trash participent en effet à une sorte de scène cinématographique replaçant la vie urbaine dans ce qu’elle a de plus sale. Oubliez les petits patelins où l’on salue son voisin (mais bien évidemment attaqués par des castors nourris à la poiscaille nucléaire) ou ces campus nichant de riches joueurs de foot heureux comme tout de niquer les pom-pom girls dans les vestiaires (et qui seront un jour ou l’autre rejoints par un nerd vengeur au visage brûlé et armé d’un hachoir, cela va sans dire), ici on vous cause de la rue, la vraie. Celle des clodos crachant leurs chicots sur les passants, celle des gangs de punks jouant du canif, celle qui est décorée par des tessons de bouteilles, des couches usées et des vieilles capotes encore pleines de fromage fondu. Celle où se baladent des gloumoutes qui feraient dégueuler Jason Voorhees ou les Critters, encore trop bourgeois pour côtoyer ce super-héros déviant qu’est Toxie, cette crotte parlante se nourrissant de cervelle qu’est Elmer ou ces SDF en train de fondre comme la neige au soleil que sont les biturés à la Viper, alcool ne correspondant pas à tous les gosiers. En somme, un petit monde parallèle délaissant le tout-venant du cinéma, même de genre, pour se concentrer sur des marginaux victimes de menaces elles-mêmes décalées, un univers un peu dingue peint par Lloyd Kaufman, Frank Henenlotter ou Jim Muro. Et ce avec une palette allant du vert fluo au rouge écarlate, histoire d’amener un peu de couleur dans la grise et dangereuse New York… S’il n’est pas le plus connu du clan, si ce n’est des fans de la première heure de ces bandes sentant bon la bouche d’égout, Greg Lamberson n’en fait pas moins partie pour autant. D’une part parce qu’il a bossé avec la plupart des zigs mentionnés plus haut ou tout du moins avec leurs potes : le père Kaufman a joué dans l’un de ses films (Slime City Massacre), il fut l’assistant d’Henenlotter sur Brain Damage et son prof de cinéma n’est autre que Roy Frumkes, producteur et scénariste de Street Trash ! D’une autre parce qu’avec Slime City, le Greg livre une vraie pelloche permettant au spectateur de patauger dans les mêmes eaux usées que celles de Tromaville et consorts !

 

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Alex est un brave gars tout ce qu’il y a de plus sérieux : étudiant la journée, brave bosseur d’un vidéoclub la soirée, il vit une idylle parfaite avec la pucelle Lori, qu’il se garde bien de brusquer. Ce qui ne l’empêche pas de se dire que ce serait pas mal s’il prenait sa température corporelle autrement que par la voie orale et sachant que la miss n’est pas du genre à dégrafer le soutif dans un milieu inapproprié, notre héros quitte sa chambre de campus et son colocataire pour louer un appartement. Qui sait, peut-être que cela aidera Lori à se sentir à l’aise et qu’elle tombera la culotte un peu plus vite ? En prime, notre Alex cherche un peu d’intimité et de calme, qu’il devrait trouver dans cette vieille bâtisse étrange, visiblement placée dans un quartier peu fréquentable. Vraiment ? Car les voisins de palier du gaillard sont loin d’être exemplaires, la première étant une punkette (ou une goth, on ne sait pas trop) s’envoyant en l’air de manière bruyante tandis que le deuxième est un poète raté fouinant les poubelles. Pire, l’un comme l’autre sont, avec les vieilles propriétaires de l’immeuble, les membres d’un culte satanique voué à Zachary, un puissant alchimiste décédé il y a bien longtemps. Mais si ce ténébreux gourou n’est plus, son ectoplasme vit encore pour sa part et se trouve enfermé dans un bocal… que ses ouailles font ingurgiter à Alex en lui faisant croire que c’est un simple yaourt d’Himalaya qui lui est servi. Et ni une ni deux, notre héros malchanceux se retrouve peu à peu possédé par l’esprit de l’alchimiste fou, qui profite de cette nouvelle enveloppe corporelle pour aller décimer des prostituées ou éradiquer les loubards qui trainent dans le coin. Et histoire d’avoir une gueule en adéquation avec cette nouvelle âme qui le contrôle, Alex commence à se choper un pure gueule d’enrhumé : transpiration épaisse et gluante, pus jaunâtre qui gicle de ses plaies, peau boutonneuse et grasse. Un monstre est né et il ne sent pas la rose !

 

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Bien entendu, présenté ainsi, Slime City a tout de la pelloche méritant d’être classée entre les Toxic Avenger et Street Trash puisque l’on y retrouve ce même décorum citadin, volontiers localisé dans les ruelles les plus souillées, et ces mêmes saillies gore si colorées (vert fluo, jaune pétant,…) qu’elles donnent un aspect très cartoonesque à l’ensemble. Les séquences cultes ne manquent d’ailleurs pas et l’on ne peut que féliciter les ouvriers des effets spéciaux, qui proposent le maximum avec un budget tapant largement sous le minimum. Ventre qui s’ouvre pour dévoiler une bouche aux airs de vagin denté prêt à arracher le bras d’un sale type, clochard tué si brutalement que le sang gicle partout, entrailles qui tombent au sol et sont replacées dans l’estomac comme si de rien n’était, lacération de visage,… Il y a du spectacle dans le coin et c’est à un cirque visqueux et malodorant que Lamberson convie une assemblée gardant le sac à vomi à portée de main. Les plus beaux moments niveau horreur ? D’abord le look d’Alex renvoyant à l’homme invisible des films de la Universal, bien évidemment rendu cradingue au possible, avec ces classiques bandages autour du visage masquant mal une face en pleine décomposition et dégoulinante de slime. Ensuite ce climax gorissime montrant un charcutage progressif d’un répugnant démon ne se décidant pas à mourir et terminant par l’éclosion de son crâne, laissant échapper un cerveau rampant. Succulent et merveilleusement fait, les effets étant particulièrement impressionnants et généreux au vu de la maigreur du budget alloué à Lamberson, si fauché qu’il devait loger son équipe chez lui et la forçait au bénévolat. On ne sera donc pas surpris de découvrir des acteurs au ton monocorde : le héros Alex est incarné par un Craig Sabin depuis devenu moine et peu charismatique, tout comme les autres comédiens, guère doués. Louons tout de même l’actrice Mary Huner, forcée de tenir deux rôles que tout oppose : l’oie blanche Lori et la vénéneuse et dévergondée Nicole. Sans donner une performance mémorable, elle se montre assez à l’aise dans un cas comme dans l’autre et est en tout cas plus crédible que cette prostituée asiatique se retrouvant avec le visage lacéré au rasoir. Pensez-vous qu’elle hurle ou qu’elle montre un quelconque choc ? Que nenni, elle se contente de dire mollement que son assaillant est sans doute fou et c’est tout !

 

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Pas de doute, le goreux aura son plat cuit à point avec une délicieuse sauce moisie par-dessus et il sera difficile de se plaindre de la générosité de l’ensemble, le jus d’orange (car oui, dans Slime City on y saigne comme on y rit : jaune) coulant à flot. Mais il serait injuste de résumer le métrage à ses seules qualités outrageuses, l’ensemble étant plus habité que le tout-venant de la série B ricaine des eighties. Nous sommes d’ailleurs plus proches d’un discours social et désabusé à la Henenlotter que du gros délire humoristique à la Street Trash ou les productions Troma, et Lamberson prend un malin plaisir à donner une ambiance étrange à son œuvre. Une atmosphère lourde et suffocante collant plus que bien avec la volonté de proposer une horreur pestilentielle et qui rappelle un peu Xtro et son invasion extra-terrestre aussi psychologique que physique. Il y a même un peu de Cronenberg (du Cronenberk même, vu la volonté de dégoûter le spectateur) dans cette histoire d’ectoplasme rendant un jeune homme prude ultra-violent, exacerbant ses envies sexuelles et meurtrières tout en métamorphosant sa chair en un amas de fluides répugnants. Lamberson s’essaie même à quelques expériences, comme cette courte scène en noir et blanc, qui semble par ailleurs plus soignée que le reste du film, bien évidemment réalisé avec les moyens du bord et ne bénéficiant pas d’une direction artistique ou d’une photographie poussées. Mais ces lacunes visuelles finissent par renforcer encore un peu plus l’impression de malaise, de film malade, laissant son public dans le même état que son héros. On est devant Slime City comme devant une grosse grippe : on transpire beaucoup, on ne se sent pas au sommet de sa forme, on a envie de courir à pas chassés jusqu’à la cuvette,… Mais en s’amusant, malgré tout, car si Lamberson a très à cœur de montrer que la Grosse Pomme était bien pourrie dans les années 80 et ne livre pas un tableau très valorisant des bas-quartiers (tout en les aimant très sincèrement, comme chez Henenlotter), il n’oublie pas de proposer un vrai divertissement, assez rythmé et long juste ce qu’il faut (80 minutes).

 

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Bien évidemment, c’est Uncut Movies qui a sorti cette pellicule culte par chez nous (à quand sa suite, les gars ?) et si l’éditeur ne pouvait pas proposer une image optimale avec un film déjà assez moche à la base, il nous propose tout de même une galette qui fait bien sur les étagères. Cover d’origine sublime, making-of court mais bien informatif, galerie de photos à faire dégobiller votre clebs et trailer d’origine permettent d’allonger un peu cette expérience aromatique. Ne cherchez donc pas midi à quatorze heures, vous ne le trouverez pas : si vous aimez les Séries B visqueuses, le gore gluant, les décors plus sales qu’un squat ayant servi à un gangbang de mendiants et les monstres glaireux, Slime City est fait pour vous ! Et si vous souhaitez une petite bisserie moins conne qu’elle n’en a l’air avec un monde obscur et une petite étude tout sauf prétentieuse du mal que cela fait de se retenir sexuellement aussi, d’ailleurs, puisque l’on peut voir dans l’explosion de sauvagerie d’Alex le résultat de son abstinence sexuelle. De quoi donner bien envie de découvrir sa suite tardive, Slime City Massacre (le premier date de 88, le second de 2010) et le reste de la production de Lamberson, multirécidiviste de la question. Entre ses activités de réalisateur, de scénariste ou de producteurs, le gars a également écrit des romans et lancé un site horrifique. En voilà un qui aime ce qu’il fait et ça tombe bien, nous aussi aimons ça aussi !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Greg Lamberson
  • Scénarisation: Greg Lamberson
  • Production: Brian Hooks, Deon Taylor
  • Pays: USA
  • Acteurs: Craig Sabin, Mary Huner, Dennis Embry, Dick Biel
  • Année: 1988

2 comments to Slime City

  • Roggy  says:

    En voyant l’affiche, j’ai cru qu’il s’agissait d’un cousin de « The Stuff ». Mais apparemment rien à voir. Pourtant, ça ne m’étonnerait pas de te retrouver au fond de ta crypte rouler dans du yaourt toxique sous une couche de slime purulent 🙂

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