7eventy 5ive

Category: Films Comments: 2 comments

Qui n’a jamais fait une bonne blague téléphonique ? Tenez, au moment même où je rédige cette chronique, je fais croire à Christine Boutin qu’elle vient de vendre un trente-neuvième exemplaire de son bouquin ! Ca fait toujours passer le temps, surtout quand la personne dont on se fout de la gueule le prend mal et vient occuper votre soirée en tentant de vous refaire le portrait à la hache, comme dans le neo-slasher 7eventy 5ive. Ramène ta gueule, Christine, je t’attends !

 

 

Attention, spoilers à l’horizon !

 

Sommes-nous tous des nostalgiques finis ? On se le demande quand on tient dans ses petites mimines gluantes la galette de 7venty 5ive, slasher moderne produit en 2005 par la boîte de Magic Johnson, le basketteur (ça ne s’invente pas). Alors que votre serviteur aurait certainement eu une gaule juteuse s’il s’était apprêté à enfourner dans son lecteur un psychokiller des eighties, il n’avait même pas une demi-molle pour cette Série B récente (enfin, elle a tout de même déjà dix ans dans les dents, ça passe vite…). Mais on est comme ça, nous les bisseux : on trouvera toujours du charme chez les pires merdes des années 80 alors qu’on ne donnera même pas leur chance aux productions indépendantes contemporaines. Il faut dire que certaines ne donnent guère envie d’aller se blottir contre elles et 7eventy 5ive est de celles-là. Tout d’abord, le DVD et le Blu-Ray (de bonne qualité pour ce dernier, cela dit en passant) est édité chez Emylia, ce qui ne rassure pas franchement. Oh, l’éditeur, qui a depuis changé de nom et est devenu Factoris Films, n’a pas sorti que de la daube et on leur doit quelques petites productions agréables, comme Jack Brooks : tueur de monstres ou le très chouette docu His name was Jason. Mais force est de reconnaître que leur catalogue est tout de même majoritairement composé d’œuvres peu motivantes et que 7eventy 5ive n’a pas franchement le profil pour atteindre les cimes. D’autant que l’on peut lire sur la jaquette « Par les producteurs de Blade » et vous savez fort bien que lorsqu’on vous sort la technique du « par les mecs qui ont distribué un gros film », c’est généralement pour masquer le manque de talents réputés à l’intérieur de la bande. On a tout de même Rutger Hauer, il est vrai, mais il est bien la seule tête vraiment reconnaissable, le seul nom pouvant accrocher le chaland puisque les réalisateurs n’ont rien fait de mémorable. Ils sont d’ailleurs deux, dont l’un, Brian Hooks, est également le producteur et l’un des acteurs principaux (on a pu le voir dans Austin Powers 3 par exemple, mais c’est pas franchement une tête d’affiche, si ce n’est de quelques séries). Le second se nomme Deon Taylor et est un emballeur de Série B particulièrement chevronné, à qui l’on doit Supremacy avec Danny Glover, Chain Letter avec Keith David et Brad Dourif, ou l’anthologie Nine Tales avec Tony Todd. Tous deux sont afro-américains et semblent en tout cas de bons gars aimant le genre et le prenant avec un minimum de sérieux, leur 7eventy 5ive, à l’origine nommé Dead Tone, ne sentant, surprise !, pas le travail torché à la va-vite.

 

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Bon, scénaristiquement, ce n’est pas le nirvana quand même et on se retrouve avec un script finalement assez classique et réutilisant quelques idées déjà vues dans le genre puisque misant une bonne partie de son suspense sur les appels téléphoniques macabres, idée déjà vue dans les seventies avec Don’t Answer the Phone. Ainsi, on découvre quelques gamins de moins de dix piges en train de faire des blagues gentillettes à des numéros trouvés au hasard dans l’annuaire. Mais ils finissent par faire un gag à quelqu’un manquant sérieusement d’humour puisque le zig’ déboule dans la baraque des mioches avec une hache et fend la gueule de tous leurs parents, qui organisaient une petite fiesta. Dix ans passent et nous retrouvons des jeunes, cette fois âgés de la vingtaine, en pleine bringue dans la villa friquée du richard de la bande. Et pour tromper l’ennui, les ados se laissent aller au jeu du 75, dont le but est d’appeler une personne au hasard, de lui faire une vanne de préférence de mauvais goût (« Monsieur je viens de trouver votre chien mort », « Madame j’ai kidnappé vos gosses », « Salut mon grand, tu veux niquer au téléphone ? », ce genre de trucs) et de le garder au combiné durant 75 secondes. Et sans surprise, ils tombent à nouveau sur un déglingué promettant de venir leur rendre une petite visite. D’autant que le furieux a déjà entrepris de décimer tous les mioches ayant survécu au massacre de la décennie précédente… et il semblerait que plusieurs soient justement invités à cette fameuse fête. Pas un script débordant franchement d’inventivité, donc, les deux réalisateurs étant également les deux scénaristes. Mais soyons honnêtes et avouons également que l’on n’attend pas vraiment d’un slasher qu’il nous offre une étude avancée sur le féminisme au Vénézuela ou sur la sexualité des huîtres (remarquez, avec tous ces jeunes qui baisent, toujours habillés d’ailleurs, les cons), le principal étant qu’il détende un max et nous aligne le salami aux jeunots sur un plat argenté. Ce que 7eventy 5ive fait d’ailleurs avec une certaine efficacité.

 

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Car le bodycount est particulièrement élevé par ici, dépassant la vingtaine de morts pour s’approcher de la trentaine. Joli nombre qui rendrait presque envieux le vieux Voorhees si les méthodes du tueur n’étaient pas aussi répétitives, les trois-quarts de ses victimes tombant à cause de ses coups de hache. Certes, il y a quelques égorgements, un passage à tabac et une noyade, mais cela ne suffit pas vraiment pour enlever une certaine linéarité dans les méthodes d’abattages appliquées. D’autant que l’ensemble n’est jamais très gore, les seuls plans un peu transgressifs représentant des décapitations, le duo de réalisateurs misant plutôt sur une brutalité réaliste et physique plutôt que sur les effets. Un peu à l’image de Michael Myers lorsqu’il roule pour Rob Zombie, le maniaque n’aimant pas les coups de fil n’est pas un inventif mais plutôt un rustre, un sanglier déchaîné fonçant tête baissée sur ses proies pour leur asséner des dizaines de coups avec une fureur impressionnante. On lui pardonnera donc son manque d’originalité, largement compensé par son dynamisme ! Mais même si un slasher c’est avant toute chose un défilé de meurtres, ce n’est pas que ça et un bon bodycount ne peut sauver tout un film. Et manque de bol, 7eventy 5ive trébuche sur plusieurs autres marches… avant de systématiquement se remettre et repartir de plus belle… pour chuter à nouveau ! Et oui, ce petit slasher prend très vite la sale habitude de nous souffler le chaud et le froid, d’alterner en permanence les vraies bonnes idées bien réalisées et les défauts embarrassants au possible. Prenons par exemple cette saine volonté d’étoffer un peu le récit en mettant, en parallèle de la partie purement slasheresque, une enquête policière. L’ennui, c’est que celle-ci ne mène absolument nulle part et semble même avoir été torchée en deux temps, trois mouvements, pour placer Rutger Hauer dans le récit et pouvoir justifier son nom sur l’affiche. Du coup, le Hollandais se retrouve à voyager d’une scène de crime à une autre sans que cela n’apporte quoique ce soit au récit, si ce n’est allonger superficiellement sa durée…

 

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Toujours sur le plan scénaristique, Hooks et Taylor se livrent à quelques passages plutôt bien pensés et osent enfin donner aux protagonistes de ce type de production des cerveaux qui fonctionnent. Ainsi, les derniers survivants décident de jouer le tout pour le tout et d’attaquer à plusieurs le vil maniaque venu ruiner leur sauterie. Et ça marche puisque cet échange de gnons permet de mettre le salopard au tapis, deux costauds s’occupant de son cas lors d’une scène d’action franchement bien fichue, voyant les deux héros se relayer contre le colosse. Seulement voilà, ce bel échange musclé survient une dizaine de minutes avant le clap de fin et il va sans dire que les deux metteurs en scène ne pouvaient pas conclure là-dessus, ce serait trop facile (ils auraient dû, pourtant…). Du coup, ils nous sortent de leur chapeau un complice de dernière minute, ce que l’on sentait à vrai dire venir depuis un bon moment, le badguy étant un peu trop bien informé pour être le seul dans le coup (comment fait-il pour trouver un manoir très isolé alors que personne ne sait où il se trouve précisément ?). Et le moins qu’on puisse dire c’est que la révélation de ce traître ne fait pas un effet bœuf tant elle semble tirée par les cheveux, l’un des personnages disposant soudainement d’un frère, jumeau je suppose. Non seulement ça tombe comme un poil de fion dans la soupe aux champignons de tata Matango mais en plus c’est l’occasion pour les têtes du projet de balancer un flashback digne des Saw, avec grand renforts de « Vous n’aviez pas remarqué ce détail insignifiant qui désormais change toute la vision que vous aviez du film ». Bref, le bon vieux truc ridicule au possible mais, avouons-le, pas encore trop usité en 2005, date de création de ce 7eventy 5ive qui ne touchera par ailleurs le marché du DTV que deux années plus tard aux USA et en 2010 en France. Un retard qui n’aide bien évidemment pas ce final grandiloquent et soi-disant malin puisque bien que tourné au bon moment, il déboule avec trois trains de retard, lorsque Jigsaw et ses artifices de montage lassaient déjà tout le monde. Pour ne rien arranger, on se branle pas mal des personnages et si leurs réactions semblent souvent placées sous le signe du bon sens, leurs personnalités sont si peu appréciables qu’on a bien du mal à voir autre-chose en eux qu’une sinistre bande de connards.

 

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L’héroïne est une blondasse prude sans charisme, le héros black continue de faire de vannes téléphoniques alors qu’elles causèrent la mort de ses vieux dix ans plus tôt (il fait bien ce qu’il veut mais moi je ne voudrais plus entendre causer d’humour de combiné !), le richard est un immonde enfoiré prenant de haut tous les autres, l’homosexuel en fait des tonnes, le jeune brun se la joue rappeur/karatéka et nous laisse avec quelques frissons de honte, une deuxième blonde est tellement stupide qu’elle laisse entrer le tueur sans se méfier alors qu’il a menacé tout le monde deux heures auparavant,… Comment voulez-vous stresser un chouïa pour ces crétins, d’autant qu’ils sont souvent interprétés par des comédiens aussi charismatiques que des grains de litière. Pas tous, cependant, et on notera un petit gros crédible et que le fameux co-réalisateur Brian Hooks ne s’en tire pas trop mal non plus, tout comme la jolie Aimee Garcia (vue dans la série Dexter), mais le reste du casting ne risque pas d’un jour se fouler le poignet en soulevant un Oscar. Même le bon Hauer peine à convaincre totalement : s’il livre une prestation correcte, on sent qu’il n’en a rien à foutre et ne porte guère d’espoirs dans 7eventy 5ive et c’est le regard amorphe qu’il course un assassin qu’il ne rencontrera que durant deux secondes. Pas de quoi oublier les beaux rôles d’androïdes ou d’auto-stoppeur fou qu’il eut par le passé, c’est certain… Mais encore une fois, alors que tout semble contre le film, on remarque que la réalisation n’est pas aussi foireuse que dans bon nombre de productions du même acabit : la photographie est soignée et même vraiment belle par moment, les plans sont bien composés, quelques ralentis apparaissent lors des scènes mouvementées et font de l’effet (belle poursuite dans un couloir),… Techniquement, c’est du boulot assez solide, bien que jamais renversant comme chez les ténors du genre bien évidemment.

 

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Et tout le film est donc ainsi, tenaillé entre de bonnes idées (une fille taille une pipe à son mec dans un jacuzzi alors que celui-ci vient de se faire décapiter, ce dont elle ne se rend point compte) et des clichés aux frontières du cheesy (le bon vieux pompiste redneck servant de mauvais présage). En prime, avec son script découlant principalement de Scream et le look de son tueur, soit une parka achetée sur eBay lorsque le meurtrier du premier Urban Legend revendait la sienne, Dead Tones sonne comme terriblement daté. Difficile dès lors de s’exciter positivement pour cette petite bande, à vrai dire assez agréable à zieuter car il y a du rythme et qu’une fois le tueur en marche ça ne débande plus (plus un mauvais goût rigolo, comme le mec qui se fait tuer en pleine branlette), mais les défauts jaillissent tellement de tous les coins, à l’image des épées de magiciens transperçant des boîtes contenant leurs jolies assistantes, que 7eventy 5ive ne peut ressortir que troué de toutes parts. Dommage, on sentait une volonté de bien faire, pour une fois, d’amener le bordel un peu plus loin que d’ordinaire. Mais tous ces efforts ne portent que fort peu et l’on se contentera de tapoter les épaules des deux réalisateurs en leur murmurant « Bien essayé, les mecs, la prochaine fois peut-être ? ».

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brian Hooks, Deon Taylor
  • Scénarisation: Brian Hooks, Vashon Nutt, Deon Taylor
  • Production: Brian Hooks, Deon Taylor
  • Titre original: Dead Tones
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rutger Hauer, Brian Hooks, Jud Tylor, Antwon Tanner
  • Année: 2007

2 comments to 7eventy 5ive

  • Roggy  says:

    Si le film n’est pas des plus emballants (je me souviens bien de la scène du jacuzzi 🙂 ) on a au moins droit à ta verve (j’ai bien dit « verve ») réjouissante habituelle faite de boutin et d’huitres. Tout un concept…

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