L’Aube des Zombies

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Rien de tel qu’une petite virée dans le désert ! Surtout lorsque celle-ci, malgré d’évidents charmes égyptiens, fleure bon l’Italie que l’on aime, celle de Lucio Fulci, Lamberto Bava ou Joe D’Amato ! Car dans L’Aube des Zombies, aka Dawn of the Mummy, les momies ont quelques taches de bolognaise sous les aisselles…

 

 

Il y a des films qui marquent votre enfance alors que vous ne les avez jamais vus. Cela parait improbable pour un marmot né aux environs de l’an 2000 puisque le moindre film capable de le tenter pourra être téléchargé en trois clics sur des sites gérés par de gros cinéphiles russes, mais quand on est né dans les années 80, on sait fort bien ce que cela fait de zieuter une jaquette de VHS jusqu’à la percer du regard en sachant fort bien qu’on n’est pas prêt de la voir. Les plus jeunes ne peuvent en tout cas pas connaître cette époque bénie mais fut un temps où, dans vos supermarchés, on pouvait croiser du bis. Et du vrai, pas des productions Blumhouse ou les remakes de Carrie ou Poltergeist ! Non je vous parle là de véritables bandes gores, de trucs cradingues avec une image graisseuse, le genre à vous rendre les doigts gluants pour la semaine. Ainsi, lorsque je n’étais encore qu’un petit zombie tout juste sorti de son baril radioactif, je passais pas mal de temps dans l’allée des VHS pendant que mes parents achetaient de la boustifaille, hypnotisé que j’étais par quelques couvertures pas piquées des hannetons géants ! Des trucs comme Elmer, le remue-méninge ou Street Trash, laissés à la portée des gamins et de leurs grands-mères, un fait aujourd’hui impossible, le plus truc le plus trash sur lequel vous pouvez espérer tomber au Carrefour étant Insidious 3. C’était mieux avant ? Ben carrément ! Et lors de cet « avant », il y avait une jaquette qui m’attirait tout particulièrement, celle de L’Aube des Zombies, titre français tentant de faire passer quelques momies pour de banals revenants pas vegan pour un sou. Il faut dire qu’à l’époque, le petit Mordo était assez branché Egypte : le mysticisme ambiant, l’atmosphère qui ressortait des lieux enfouis, les étranges célébrations données dans de vieilles pyramides, ces morts habillés de papier derche, ces statues à tête de chacal,… Rien à faire, pour un petit bisseux en devenir, tout cela était foutrement attirant et inutile de dire que la jaquette de Dawn of the Mummy avait tout pour me plaire. Imaginez un peu : une momie aux yeux brillants (ça fait toujours plus evil !) sortant d’un sol lumineux, le tout avec en arrière-plan une pleine lune menaçante, un sphinx patibulaire, une sombre pyramide et une horde de morts sortis de leurs sarcophages. Comment ne pas vider un tube de colle dans son calbar devant cela ? Je rêvais donc de voir Dawn of the Mummy, ce qui n’arriva malheureusement que vingt longues années plus tard, lorsque je tombai enfin sur le DVD lors d’une convention allemande, l’édition contenant une VO. Mieux vaut tard que jamais ! Alors on se met un bon CD de Nile, groupe de death metal pharaonique, et on s’envole pour le Caire, histoire de renifler la chair putréfiée qu’on y vend !

 

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Sorti en 1981, Dawn of the Mummy est souvent pris pour un film rital, ce qui s’explique par une réalisation, une photographie et des effets gores sentant fort le Romain. D’ailleurs, une large partie de l’équipe était d’origine ritale, ceci expliquant forcément cela ! Mais la véritable nationalité de la bande est en fait américano-égyptienne, le réalisateur n’étant autre que l’Egyptien Frank Agrama, connu pour avoir mis en boîte le navet rigolo Queen Kong et parce qu’il a produit et parfois scénarisé les dessins-animés japonais Robotech. D’ailleurs, le scénario du réveil de cette fameuse momie, c’est également lui qui l’écrit et on peut dire qu’il ne s’est certainement pas fait une entorse au poignet en le rédigeant puisque l’ensemble est d’une banalité absolue. Comme dans tout film de morts-vivants enroulés dans les bandelettes, ça débute voilà quelques siècles, alors qu’un pharaon et ses gardes sont enterrés, non sans qu’une prêtresse balance une petite messe en assurant que si jamais on vient piquer l’or entreposé dans la tombe, la momie se dressera et fera des raviolis des malpolis venus la déranger dans son sommeil. Et bien évidemment, en 1981, quelques pilleurs de tombes décident d’aller dynamiter les lieux, à la recherche de quelques vases anciens et pièce dorées à aller revendre au plus offrant. Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls dans le coin puisque quelques top-modèles et leur photographe sont venus faire quelques shoots dans le sable, non loin de là. Sans surprise, quand nos artistes découvrent qu’ils peuvent prendre des clichés de femmes en petite tenue à côté d’une véritable momie, ils ne se privent pas et partent faire les zazous dans la tombe. Bien sûr, cela a pour effet immédiat de sortir le pharaon de sa torpeur, notre souverain décédé et ses complices pas plus frais que lui se mettant en tête de tuer tout ce beau monde. Voilà pour le script, réduit à sa plus simple expression et se contentant donc d’un carnage classique non loin des oasis. Pas de quoi faire de l’ombre à La Momie avec Karloff ou La Malédiction des Pharaons avec Lee et Cushing, c’est sûr, mais cela devrait pouvoir nourrir le bisseux avide de pelloches sorties des vidéoclubs, non ? Eh bien oui et non…

 

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Autant vous le dire sans tourner autour de l’obélisque pendant cent-cinq ans : on se fait quand même bien chier lors de la première moitié du film. Certes, Agrama nous propose quelques séquences sympatoches, comme l’enterrement du pharaon à qui on retire les viscères ou la découverte d’un cadavre enseveli dans le sable mais cela ne va guère plus loin. Il ne se passe en effet rien durant plus de quarante minutes, l’action se résumant aux déambulations des pilleurs de tombes ou des demoiselles venues se faire immortaliser devant des immortels via quelques clichés. Certes, nos momies commencent déjà à faire des victimes, mais c’est le plus souvent en hors-champ et on ne découvre pas toujours les corps des pauvres assassinés, ce qui n’aide bien évidemment pas à garder l’œil ouvert. Car soporifique, Dawn of the Mummy l’est clairement, au départ du moins, et heureusement que l’Agrama est Egyptien, ce qui lui a permis de filmer les pyramides, le désert et une petite ville du coin, donnant à son film une belle « production value » comme disent les Ricains. Car les fans d’horreur orientale le savent bien, il n’est guère aisé pour une production d’aller tourner à Kheops ou dans une véritable oasis, poussant la plupart des œuvres du genre à délocaliser l’action dans une autre partie du globe. C’est pour cela que La Malédiction des Pharaons se déroule en Angleterre, tout comme Les Maléfices de la Momie, que La Momie de Karl Freund se passe plutôt dans des bâtiments modernes ou que Dans les Griffes de la Momie est coincé dans des hôtels ou musées. Les paysages maudits par quelques sorciers vénérant Anubis sont donc rarement visibles, ou alors de manière succinctes, comme au départ de La Momie de 1932, laissant généralement une petite impression de manque. L’Aube des Zombies s’en sort donc mieux en la matière puisqu’il bénéficie de décors naturels et d’une reconstitution de tombeau franchement réussie, même si ce n’est pas non plus la plus belle du genre (ceux de la Hammer étaient bien sûr plus chatoyants). Sans aller jusqu’à dire que tout cela flatte la rétine, disons que cela permet d’avoir quelque-chose à reluquer vu que le gore est, pour le moment, aussi absent que le cul.

 

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Car dans l’Egypte des eighties, pas question de filmer un nibard, les demoiselles de la pelloche gardant toutes leurs fringues, ce qui surprend bien évidemment vu le look du film, qui jouit d’un certain « trash level ». Vous savez : une image crasseuse, une réalisation pas spécialement notable, un rythme assez lent au départ et puis beaucoup de gore par la suite. On imagine forcément, au milieu de tout cela, quelques tétons voyageurs ou une belle paire de fesses. Que dalle, tout ce que l’on aura pour mettre de bonne humeur c’est quelques comédiens affreusement mauvais, bien sûr indissociables du « thrash level » dont je vous causais voilà quelques lignes. Et par affreusement mauvais, je veux dire AFFREUSEMENT MAUVAIS ! C’est pas le pire qu’on puisse voir, il y a même un ou deux acteurs passables dans le lot, mais on a aussi quelques cabotins qui ne démériteraient pas dans un bon Bruno Mattei. Il faut par exemple voir le blondinet à la tête de la bande des pillards, dont le surjeu est le plus grand talent puisque le gaillard grimace tout le long du film, ses mimiques pouvant par ailleurs rappeler Franco Garofalo, un maître du genre ! D’ailleurs, comme pour souligner les singeries du big boss des indélicats venus piquer la thune du pharaon, l’un des sous-fifres en fait pour sa part le moins possible, comme anesthésié et incapable de réciter une ligne de texte avec conviction. Etrangement, on remarquera que nos personnages ont une certaine tendance à répéter la même chose en boucle, genre « Gold ! Goold ! It’s Goooold » ou « The Curseeee, the cuuuursseeeee, The cuuurseee of the mummy ! ». Biiiizaaaaarre vous avez dit biiiiizaaaarre ? En tout cas, on ne peut pas dire que niveau casting Dawn of the Mummy chausse particulièrement grand, ça pointe même plutôt du 32 puisqu’aucune tête particulièrement reconnaissable ne déboule, si ce n’est George Peck, vu dans quelques séries B comme Curse of The Puppet Master. En même temps, intutile d’aller chercher des pointures puisque les comédiens sont juste là pour se faire becter par les zombies des sables, rien de plus, ce qui finit par arriver, après une attente interminable…

 

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Heureusement, on passe finalement la seconde dans la deuxième partie du métrage, qui se réveille en même temps que son pharaon, bien sûr levé du pied gauche. A partir de là, c’est bien évidemment le festival : les gorges sont croquées à pleines dents, les ventres ouverts pour laisse s’échapper de jolis boyaux, les yeux sont crevés par de vieux doigts boueux, le tout via des effets qui rappellent bien qu’on avait des Latins aux effets spéciaux ! Il est d’ailleurs évident que le modèle de la pelloche était L’Enfer des Zombies, à l’époque succès des vidéoclubs que l’on sait, tant Agrama tente de suivre les traces du Lucio. Sans y parvenir totalement, cependant, puisque la photographie est malheureusement trop sombre pour que l’on puisse le mettre au même rang que le maître du gore : dans L’Aube des Zombies, on ne voit pas toujours grand-chose et c’est bien dommage. D’ailleurs, notre metteur en scène se laisse aller à quelques mouvements de caméras plutôt loupés, passant par exemple derrière une tente ou un arbre en pleine nuit avec pour effet immédiat de plonger l’écran dans le noir total durant plusieurs secondes ! Pas malin, malin, ça… Il parvient néanmoins à citer Fulci lors d’une belle séquence, un mariage lors duquel la mariée est le banquet, les momies la mangeant devant le regard désespéré du mari déjà veuf ! Belle scène, comme celle dans la boucherie, occasion pour les squelettes bandés de prouver qu’ils savent manier l’arme blanche puisqu’ils plantent un hachoir dans le crâne d’un pauvre gars ! Gory ! Cela aide forcément à remonter le niveau, tout comme le final bien énervé, les bandelettes vivantes s’attaquant à tous les passants de la petite ville ancienne avant que le pharaon en question n’affronte les derniers survivants, forcés d’utiliser des cocktails Molotov pour en finir avec le souverain en putréfaction. Explosif, tout ça ! Mais pas suffisant pour éviter au film une réputation désastreuse, la plupart des sites le notant comme une sinistre bouse…

 

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Ce qui est un poil exagéré, d’ailleurs, car si les acteurs sont moins doués que mes cotons tiges (sales !), que la réalisation n’est jamais remarquable et que la première heure est chiante au possible, le plaisir de voir une bande momiesque bien sanglante est suffisamment rare pour que l’on ne boude pas notre plaisir, même s’il est mince. Petite déception pour ma part donc, vu l’histoire que j’ai avec le titre (et surtout sa belle jaquette), mais elle est relative puisque quelques belles séquences sortent du lot. A réserver clairement aux fans du genre, ou à ceux des films de zombies (d’ailleurs, les momies ressemblent à des zombies classiques, plutôt à ceux de Zombie Holocaust) qui n’ont pas peur de s’enfiler plusieurs dizaines de minutes à tomber de son canapé pour quelques plans gores. Les autres pourront passer leur chemin sans trop de regrets…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Frank Agrama
  • Scénarisation: Frank Agrama, Ronald Dobrin, Daria Price
  • Production: Frank Agrama
  • Titre original: Dawn of the Mummy
  • Pays: Egypte, USA, Italie
  • Acteurs: Brenda King, George Peck, Barry Sattels, John Salvo
  • Année: 1981

2 comments to L’Aube des Zombies

  • Roggy  says:

    J’avoue que je n’avais jamais entendu parler de ce film, ni vu la jaquette d’ailleurs dans mon vidéo-club. Même si le film a l’air un peu chiant dans sa 1ère moitié, je me plongerai bien dans les tréfonds de la pyramide toxique (le cousin égyptien de la crypte belge). Merci pour la découverte et pour ta chronique très réussie.

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