Body Bags

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John Carpenter en Monsieur Loyal pour les besoins d’un film à sketchs, ça vous dit ? J’imagine que oui, surtout lorsque l’on sait que sur les trois petites histoires contées, deux sont du papa du petit Michael Myers et la dernière de celui du grand dadais Leatherface, Tobe Hooper…

 

 

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, il est prévu que Les Contes de la Crypte fassent leur grand retour sur nos téléviseurs, les pontes des chaînes télévisées jugeant sans doute que les succès de The Walking Dead ou American Horror Story devraient permettre au Cryptkeeper de sortir de sa retraite. L’ennui, c’est que non seulement ils comptent faire comme dans AHS, c’est-à-dire se concentrer sur une longue histoire de plusieurs épisodes par saison, ce qui est déjà contraire au principe des Tales from the Crypt dont la force était la brièveté des récits (et ce dès les publications en bandes-dessinées), mais en plus ils nous collent le projet dans les mains de M. Night Shyamalan. Soit un zig qui n’a qu’une véritable réussite à son actif, le superbe Incassable, tout le reste n’étant que film à twist éventé dès le départ (Sixième Sens), concept qui ne fonctionne jamais (Le Village), adaptation merdique de dessin-animé génial (Le Dernier Maître de l’Air), invasion d’aliens ennuyeuse (Signes) ou encore mise en valeur loupée du peu appréciable fils de Will Smith (After Earth). Une affaire qui part donc mal, très mal, et qui m’a sans doute poussé, inconsciemment, à retourner vers des valeurs sûres, des films omnibus de la bonne époque, celle où on savait encore en faire des bons. Je l’avoue, je plaide coupable, cette intro n’a que peu à voir avec Body Bags, alias Petits Cauchemards avant la Nuit, mais c’était l’occasion de coucher mes craintes vis-à-vis de la résurrection des Contes de la Crypte et de dire tout le mal que je pensais du projet à l’heure actuelle. Guilty as charge, donc, et maintenant que c’est fait on peut passer à ce petit film ayant participé aux heures de gloire des VHS (voire même des Laserdiscs) dans les années 90. D’ailleurs, Body Bags était à la base prévu pour être une série, la chaîne Showtime (depuis connue chez nous pour avoir livré Dexter) ayant à l’époque l’envie de marcher sur les traces du gardien de la crypte, justement (vous voyez que tout se rejoint !). Mais après avoir torché trois épisodes servant plus ou moins de pilotes pour l’ensemble, la chaîne décide d’abandonner le principe et de compiler les trois récits en un seul film à sketchs. Il aurait d’ailleurs été bien dommage de foutre ces premiers essais dans la corbeille puisqu’ils furent torchés par John Carpenter et Tobe Hooper, dont les seuls noms devaient permettre de rameuter quelques fans au teint blafard. Cela n’a d’ailleurs pas loupé et si le film n’est pas devenu un grand classique, il constitue généralement un bon souvenir pour ceux qui l’ont découvert à l’époque. En même temps, avec Carpenter à la barre, on sait à peu près où l’on va, c’est-à-dire vers un minimum de qualité…

 

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C’est d’ailleurs lui la star de Body Bags puisqu’il est le Cryptkeeper du coin : un médecin légiste au look cadavérique, passant en revue les cadavres qu’on lui amène pour en tirer quelques vannes macabres et, surtout, les fameuses trois histoires du métrage. C’est d’ailleurs au réalisateur de Fog de débuter les hostilités avec la première, nommée « The Gas Station » et qui se passe, comme vous l’avez deviné, dans une station service. Et durant la nuit, s’il vous plait, histoire de bien foutre la pétoche à une jeune étudiante venu gagner un peu de flouze en servant les rares clients nocturnes. Elle a de quoi stresser, la gonze, d’ailleurs, car la télévision nous apprend qu’un maniaque fait justement son jogging dans la région d’Haddonfield (z’avez vu le clin d’œil, je suppose) et éradique tous ceux qui ont le malheur de croiser son chemin. Et bien évidemment, c’est précisément cette nuit que tous les automobilistes malsains décident de venir faire le plein : dragueur un peu louche, clochard suspect, playboy au sourire Colgate,… Et si l’assassin était de ceux-là ? Autant le dire tout de suite, vous ne vous poserez pas longtemps la question, l’identité du toqué local ne faisant guère de doutes et on devine aisément qui est le coupable. D’ailleurs, scénaristiquement, il n’y a pas de grand intérêt à « The Gas Station », petit slasher simple comme bonjour mais aussi ultra efficace puisqu’emballé par Carpenter himself. On retrouve en effet la patte du gaillard, ce sens du rythme bien à lui, ni lent ni expédié, et ses plans parfaits car réfléchis et précis sans être tape-à-l’œil. Ce premier segment permet d’ailleurs de percevoir toute la force de son auteur, qui parvient à tirer vers le haut et donner un percutant suspense à ces quelques minutes qui auraient sans doute été très emmerdantes sous la caméra d’un autre… Body Bags commence donc très bien, à son rythme et va d’ailleurs laisser la casquette de réalisateur au père John pour la petite histoire suivante, au ton très diffèrent…

 

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Car il ne s’agit plus d’horreur classique avec « Hair » mais de comédie fantastique. Richard (Stacy Keach, que vous connaissez pour sa présence dans La Montagne du Dieu Cannibale et Los Angeles 2013) a tout pour être heureux puisqu’il a une jolie gonzesse et qu’à la vue de son très chic appartement on peut en déduire qu’il ne manque pas de pognon. Mais une obsession le taraude : notre quinquagénaire commence à perdre ses cheveux, un fait si insupportable qu’il finit par contacter un nouveau médecin débarqué en ville et spécialiste des questions capillaires. Et après une petite opération dont Richard ignore tout, notre héros se retrouve avec une toison digne de celle de Samson… mais aussi avec des cheveux qui poussent un peu partout ! Visage, langue, mains, aucun centimètre de l’épiderme de notre ami ne semble épargné et, pire encore, ses tignasses semblent vivantes… Oubliez le relatif sérieux du premier segment, « Hair » joue la carte de la dérision et le fait d’ailleurs fort bien. Car on se marre bien devant cet épisode bien con, utilisant un fait banal du quotidien (tous les hommes ont la peur de la perte des cheveux, je peux vous l’assurer) pour le faire basculer dans le fantastique. Mais sans se presser, Carpenter prenant visiblement un grand plaisir à filmer les tourments d’un Stacy Keach impeccable et qui semble être le seul homme à se dégarnir de sa ville. On a en effet l’impression que le mecton habite au Hellfest tant tous les gars qu’il croise ont des crinières descendants jusqu’aux talons. Même les clebs ont le poil long et rendent envieux notre tourmenté personnage ! Tout cela tient donc du gag, limite gras (les coiffures ridicules que testent Richard), et papy Carpy n’essaie pas vraiment de rendre son histoire flippante. Car lorsque Richard se retrouve avec la coiffure des mecs de Manowar, c’est encore plus drôle ! Dans un premier temps parce qu’il retrouve soudainement toute confiance en lui et sa virilité (les hommes aux cheveux longs sont d’une virilité exemplaire, je me dois de l’avouer)… alors qu’il a l’air d’un con ! Et quand les poils commencent à lui pousser partout et le font ressembler à un putain de phacochère, c’est l’hilarité générale, la dégaine du gazier ne pouvant laisser indiffèrent. On se fout dès lors un peu du fait que l’horreur soit ici très secondaire, que le pourquoi du comment (un complot extraterrestre) soit à peine esquissé, que la conclusion n’en soit pas vraiment une et que la réalisation du grand John soit moins perceptible que dans « The Gas Station », pour ne pas dire un peu plus fainéante : on se marre vraiment et c’est l’essentiel !

 

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Difficile dès lors pour Tobe Hooper de prendre la relève pour « Eye », dernière partie du récit, d’autant que le réalisateur jouant de la tronçonneuse n’était pas franchement en odeur de sainteté dans les nineties, période difficile pour lui. Il n’est pas vraiment aidé ici par un script vu et revu mille fois : un joueur de baseball incarné par Mark Hamill a un accident de voiture et en ressort avec un œil crevé, forçant les médecins à lui en greffer un autre… provenant bien évidemment d’un tueur en série décédé. La suite, vous la connaissez : perte progressive de tout équilibre mental, flashs du passé du meurtrier, violence et tentative de meurtre sur une pauvre épouse enceinte qui n’avait rien demandé. On connait la rengaine, quoi ! Luke Skywalker a été bien con d’ailleurs, il est bien connu que lorsque l’on se fait greffer un nouveau membre, celui-ci a une sale histoire derrière lui et si votre petite sœur a soudainement besoin d’une greffe de la fouffe, vous pouvez être sûrs qu’elle récupèrera celle de Michelle Martin. Bref, « The Eye » a beau être bien réalisé, bien interprété et bien généreux au niveau des effets cracra (les yeux prennent cher, bien sûr), la sauce ne prend pas et on finit par regarder notre montre au bout de quelques minutes à peine en se disant que l’affaire était trop belle jusqu’ici pour que ça continue. Rien de honteux, mais le coup du mec qui a des visions effrayantes ayant été trop utilisé pour que l’on s’excite encore pour ce genre de pitch…

 

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Même si Body Bags se finit sur un segment moyen, le plaisir qu’il représente n’en est pas entaché pour autant, les deux premiers faisant suffisamment bien leur boulot pour que l’on ne crie pas au remboursement. En prime, le film est particulièrement généreux au niveau du casting, riche en caméo de stars de l’horreur, que l’on se plait à reconnaître au détour d’un plan ou l’autre : Wes Craven en automobiliste malsain, Tom Arnold et Tobe Hooper en médecins légistes, David Warner (connu pour ce petit film nommé Titanic et ce grand classique qu’est Les Tortues Ninjas 2) en médecin des tifs, Georges « Buck » Flowers en clodo comme à son habitude, David Naughton (Le Loup-Garou de Londres) en client de la station-service, Sam Raimi en cadavre, le spécialiste des maquillages Greg Nicotero en chevelu baladant son clebs, Charles Napier en entraîneur de baseball ou encore le grand Roger Corman en médecin,… Sacrée liste, sans doute incomplète qui plus est, qui participe à rendre l’ensemble hautement sympathique et à en faire un bel hommage à l’horreur moderne. C’est aussi l’occasion de voir Carpenter cabotiner en tant qu’acteur sous la caméra de Larry Sulkis (qui s’occupe sans doute de la partie liant les segments), jouant les Cryptkeeper des salles d’autopsie avec malice, n’hésitant jamais à en faire des tonnes, mais s’amusant sans doute comme un petit fou. Et sa bonne humeur nous est vite transmise : tout petit film inégal soit-il, Body Bags nous tape dans l’œil et met de bon poil !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Carpenter, Tobe Hooper, Larry Sulkis
  • Scénarisation: Dan Angel, Billy Brown
  • Production: Dan Angel, John Carpenter, Sandy King
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Carpenter, Mark Hammil, Stacy Keach, Robert Carradine
  • Année: 1993

7 comments to Body Bags

  • Nazku Nazku  says:

    Body Bags est un film vraiment sympa que j’ai vu il y a 2-3 ans. J’ai un faible pour le genre films à sketch à la sauce « Contes de la Crypte ». Par contre je suis épouvantée d’apprendre qu’ils vont faire un remake avec une histoire étalée sur une saison au lieu d’une histoire par épisode.
    Je dois dire que je suis bien d’accord avec ta critique sur tous les points, sauf ton intro. Le Sixième Sens reste un bon film même quand on connaît le twist final. :p

  • Roggy  says:

    Je me souviens très bien de ces petites histoires avec Big John en acteur (pas son meilleur choix d’ailleurs). Comme tu l’écris, le film reste sympathique malgré quelques faiblesses, notamment avec tous ces nombreux caméos (je les avais oubliés !). C’est assez drôle aussi que le segment avec Mark Hamill le renvoie à sa propre histoire. Son accident de voiture après « La guerre des étoiles » qui l’a défiguré (je sais que tu t’en fous d’ailleurs 🙂 )

  • Roggy  says:

    D’après ce que j’ai lu, on lui a refait le nez et ça a posé des problèmes pour la suite de la saga.

  • princecranoir  says:

    Incroyable : j’ai tellement vu passer le DVD sous mon nez au hasard des étalages de brocante, j’ai tellement lu son titre dans moult livres et revues à ne pas mettre entre toutes les mains, que j’étais persuadé d’avoir vu ces sketchs. J’avoue que les photogrammes et le descriptif des épisodes ne me rappellent strictement rien. Soit le docteur Alzheimer (connu aussi sous le nom d’Herbert West) a commencé à me rogner le cerveau pour me transformer en zombie, soit je suis vraiment passé à côté. En tous cas, ton texte m’a bien donné l’envie de (re?)voir ce body bags (titre en forme de coïncidence curieuse puisque Dexter aussi balance les body bags de ses victimes dans la baie de Miami).

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