Häxan, la sorcellerie à travers les âges

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Les sorcières ont la cote ! Entre The Conjuring et son fantôme de mégère et le Lors of Salem de Rob Zombie, on bouffe du balais à tous les étages. Alors tant qu’on y est, pourquoi ne pas revenir aux origines du cinéma sur la sorcellerie ?

 

Parler d’origines n’est pas mentir puisque c’est en 1922 que nous vous renvoyons, année de la sortie d’Häxan, longtemps titré La sorcellerie à travers les âges en France. Un nom qui fait documentaire, vous dites ? Et pour cause, c’en est un ! Du moins en partie, car si le réalisateur suédois Benjamin Christensen compte bien nous instruire sur la sorcellerie et l’inquisition qui s’en suivit, il n’oublie pas de nous proposer quelques scènes purement fictionnelles qui auront inspirés de nombreux cinéastes et permettront au film de survivre et rester dans les mémoires. La preuve: près de 100 ans après sa sortie, Häxan jouit encore de sorties DVD, comme celle de l’éditeur Potemkine qui nous balance pas moins de trois versions de cette bizarrerie nordique. Une habitude pour les films muets qui se voient souvent offrir de nouvelles bande-son ou coloris au fil des décennies. Pas forcément représentatives du film tel qu’on pu le découvrir les gens en 1922, ces versions nous permettent tout de même de voir cet OVNI dans de bonnes conditions. La première version (et celle qui a été utilisée pour rédiger cette chronique) est sans doute la meilleure puisque disposant d’une excellente bande-son, composée par Bardi Johannsson. La deuxième, plus courte, a les honneurs d’avoir un narrateur, William S. Burough, écrivain du roman Le Festin Nu. Problème: elle a droit à une musique jazzy qui colle beaucoup moins avec le spectacle. Enfin, la troisième est nettement plus longue (100 minutes) et prolonge surtout l’aspect documentaire. A réserver aux fans acharnés, donc.

 

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Häxan est composé de plusieurs chapitres, chacun mettant en lumière un aspect de la sorcellerie, la manière dont elle aura été perçue au fil du temps, son évolution et les légendes qui l’entourent. Après nous avoir montré quelques dessins explicatifs, il rentre dans le vif du sujet en nous proposant de suivre le calvaire subit par une vieille femme qui est prise pour une adepte de la magie noire, soulignant la paranoïa qui habite le peuple, qui voit des sorcières à tous les coins de rue. Dès qu’un malheur arrive, vous pouvez être sûrs qu’une dingue du balais est derrière ce coup du sort. Christensen prend également beaucoup de temps pour nous montrer les agissements de l’église, soulignant principalement les séances de tortures qu’infligent les inquisiteurs aux infortunées. Des scènes qui valurent au film des interdictions, notamment aux USA, qui reprocheront au film ses séquences trop violentes ou dénudées. Il n’y a pourtant aucun sein à l’horizon et les tortures ne sont jamais montrées, mais rappelons-nous que nous sommes en 1922 et que le cinéma n’en était pas encore à Human Centipede. Ce qui n’empêche pas Christensen de nous montrer des vieilles femmes embrasser le cul du diable lors d’une fête infernale. C’est également l’occasion de découvrir que les sorcières fabriquaient des filtres d’amour avec… de la merde de chat ! Un amour bien odorant…

 

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Si vous tapez Häxan sur vos moteurs de recherches, vous allez certainement découvrir des images qui vont flatter votre imagination. Deux gardiens de l’enfer avec des têtes de cochons, des gens qui dansent derrière un portail ressemblant à un visage de diable, une porte menant sous la terre à forme de bouc satanique, un sabbat mené par un démon ou encore des nonnes qui sont prises de folies et se mettent à danser. Et oui, Sister Act est un remake d’Häxan. Tout fantasticophile normalement constitué aura envie de voir le film une fois ces images en tête, comme attiré par un aimant surpuissant. Malheureusement, ces fresques diaboliques ne constituent pas une grande partie du film, tout au plus quelques minutes si l’on compile le tout. Bien sûr, nous pourrons admirer le magnifique diable (Christensen lui-même !) attirer ses futures victimes dans sa secte. Mais le gros du sujet, ce qui intéresse le plus le réalisateur, c’est l’inquisition et ses méthodes peu honorables. Les hommes de Dieu sont ici croqués comme des faux-culs, des êtres crapuleux, des tortionnaires rigolards qui ne reculent devant rien pour éliminer de prétendues sorcières. Présentés comme un mal qui passe de village en village comme une peste qui se propage, les catholiques semblent faire plus de dégâts que les satanistes. Guère étonnant qu’Häxan ne se soit pas fait que des amis à l’époque, du coup…

 

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Alors Christensen, un partisan du satanisme et de la magie noire ? Du tout. Pour lui, la sorcellerie n’a jamais réellement existé et il la relie à l’hystérie et aux maladies mentales. L’occasion pour lui de déplorer le regard porté sur les personnes atteintes de troubles psychiatriques, le bûcher ayant été remplacé par des asiles, la religion par l’administration. Un constat amer qui n’a pas tant changé depuis… Häxan est-il un film d’horreur, finalement ? Oui et non. Ses scènes fictionnelles proposent une belle palette de démons, tous bien foutus pour l’époque par ailleurs. Malgré tout, le film est plutôt à conseiller à ceux qui ont un intérêt naissant pour la sorcellerie et l’inquisition, qui n’ont encore rien lu à ces sujets, plus que les amoureux de belles images. Car s’il y en a dans le film de Christensen, elles restent en petite quantité, ce qui risque de décevoir un brin… Mais les plus ouverts d’esprits et les curieux seront heureux de découvrir un film très travaillé, un voyage aux frontières du réel, mené par la magnifique musique de Bardi Johannsson. Tombé dans le domaine public, le film est désormais très facile à découvrir mais pas forcément dans la version mentionnée ici, malheureusement moins évidente à dénicher…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Benjamin Christensen
  • Scénarisation: Benjamin Christensen
  • Pays: Danemark, Suède
  • Acteurs: Benjamin Christensen, Maren Pedersen, Elith Pio, John Andersen
  • Année: 1922

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