Plan 9 From Outer Space

Category: Films Comments: 2 comments

« Le pire film jamais réalisé » qu’ils nous disent, sans trop que l’on sache si c’est pour nous en tenir à l’écart ou au contraire pour nous donner envie d’aller se loger dans les bras du brave Ed Wood. Alors, son Plan 9, la pire daube jamais démoulée ou une terrible incompréhension de l’univers d’un réalisateur pas comme les autres ? Un peu des deux, mon général !

 

 

Est-il encore bien utile de revenir sur la genèse de Plan 9 from Outer Space ? Pas franchement puisqu’entre les documentaires sur Ed Wood, les milliers de chroniques trouvables sur son œuvre la plus connue et la biographie filmique façonnée par Tim Burton, qui signait là son meilleur film, le bisseux intéressé par la bande présentée comme le nanar ultime ne manque pas de choix en matière d’information. Au point d’ailleurs que le bricolage du film est plus connu que le résultat en lui-même, ce qui n’est qu’à moitié surprenant. Car après tout, peu de pelloches peuvent se vanter d’avoir une telle histoire, de tels rebondissements et de telles méthodes de production. Filmage de scènes vouées à apparaître dans des projets à l’époque peu dessinés avec un Bela Lugosi emporté par la grande faucheuse quelques temps plus tard mais tout de même utilisées. Acoquinement avec une église Baptiste amenant quelques fonds dans le projet à condition que les acteurs soient tous baptisés et que l’affaire, à l’origine nommée Grave Robbers from Outer Space, change de titre pour paraître moins choquante aux yeux des chrétiens. Utilisation du chiropracteur de la femme d’Ed Wood, nommé Tom Mason, pour reprendre le rôle de Lugosi, quand bien même celui-ci a quarante ans de moins que le grand Bela. D’ailleurs, même si le metteur en scène jouit de la présence, très minime, de la star de l’épouvante, son Plan 9 from Outer Space restera dans ses tiroirs durant trois longues années, personne n’étant intéressé à l’idée de le distribuer. Que d’affaires pour un seul et même film, également célèbre pour ses nombreux problèmes techniques, comme des micros venant voler la vedette aux acteurs ou de nombreux faux raccords… Pas de quoi amener le pauvre Ed Wood au panthéon des meilleurs faiseurs, c’est certain, et c’est au contraire ses importantes lacunes en tant que cinéaste qui feront de lui une figure incontournable du cinéma, un personnage aussi culte que son film, qui parvient par ailleurs à éclipser les déjà très tarés Glen or Glenda et Bride of the Monster. Plan 9 est si culte que les hommages fleurissent même à droite et à gauche, certains réalisateurs branchés Z tentant même de torcher quelques relectures… De quoi donner envie de retourner dans le vaisseau biscornu de Wood !

 

plan94

 

Plan 9 commence en tout cas sur les chapeaux de roue avec une introduction de l’ami Criswell, sorte de Madame Soleil américain promu narrateur de la pelloche du Wood, les deux hommes, un brin arnaqueurs tous les deux, s’étant liés d’amitié. Notre voyant débute donc les hostilités, fixant à moitié les spectateurs en récitant sa présentation. A moitié parce que notre grand blond n’a de cesse de reluquer quelque-chose sur sa droite, sans doute des pancartes avec ses dialogues, ce qui se remarque immédiatement et fait déjà un effet de tous les diables. Imaginez donc : le film n’a pas encore commencé qu’il propose déjà une sacrée bourde et prouve que le bon Edward n’était pas du genre à faire une seconde prise, Mister Wood emballant toutes ses scènes du premier coup. Ca promet ! Le script se met ensuite en branle en nous présentant la détresse d’un vieil homme (Lugosi), peiné par le décès de son épouse. Et malchanceux jusqu’au bout, le vieillard est renversé en face de chez lui ! Bien entendu, ces scènes sont celles tournées avant les prises de vues officielles et ne sont là que pour promouvoir le film plus facilement en mettant en avant le fait que Plan 9 soit le dernier film de Bela Lugosi, quand bien même ce dernier ne disposait plus de la popularité de ses débuts… Evidemment, tout le nœud du problème est de parvenir à lier ces séquences d’une grande banalité (Lugosi regarde l’enterrement de son épouse, sort de chez lui et renifle le pollen d’une fleur,…) à une intrigue un peu plus étoffée. C’est justement cet instant que choisit une petite troupe (on n’en voit que trois) d’extraterrestres pour débarquer et ressusciter les morts, et donc le vieillard et sa femme (incarnée par la plantureuse animatrice Vampira !). Le but de l’opération, le fameux plan 9 du titre ? Tout simplement faire savoir aux humains qu’ils ne sont pas seuls dans la galaxie, ces êtres venus d’ailleurs ayant pour but de nous éradiquer avant que nous ne découvrions de nouvelles armes nucléaires capables de détruire tout l’univers. En outre, ils semblent un peu vexés que leurs premières apparitions dans notre beau ciel bleu ne furent guère remarquées (en vérité, le gouvernement a caché leur existence), ces gaillards de l’espace étant assez susceptibles. Wood ne va en tout cas pas chercher trop loin les motivations de ses vilains, le coup des aliens inquiétés par les avancées humaines en matière de nucléaire n’étant certainement pas neuf… Mais même un scénario relativement basique prend des tours inédits lorsque placé entre les mains de l’auteur de Glen or Glenda !

 

plan93

 

Premièrement, le réveil des morts, rendu possible grâce à des électrodes permettant aux aliens de contrôler les zombies est plutôt bien vu. Et ce parce qu’il met en avant une figure qui n’est pas encore rendue populaire par le boulot de Romero, et deuxièmement parce qu’il occasionne un mariage entre science-fiction classique et décorum gothique, une alliance finalement peu commune. Car oui, on ne voit pas tous les jours des soucoupes volantes planer au-dessus d’un cimetière typique de ce genre de production, avec arbres dénudés et brouillard envahissant. Enfin, pas si typique que ça puisque, budget dérisoire oblige, les tombes sont en carton et tremblent dès que l’on passe à côté d’elles ! On notera d’ailleurs que les autres décors ne sont pas plus réussis, tel ce cockpit d’avion au mur en carton également, aux chaises banales bien éloignées de celles trouvables dans un véritable coucou d’acier et avec un simple rideau pour séparer les pilotes de leurs passagers. Du low cost, du pur, du vrai. C’est pas mieux décoré chez les zigotos from outer space, d’ailleurs, puisque leur navette spatiale n’est meublée que d’un bureau sur lequel sont déposées vieilles machines et de rideaux censés cacher la misère alors qu’ils la soulignent un peu plus encore. Le genre de détail (enfin, un gros détail quand même, hein) qui sera rédhibitoire pour certains mais enchantera quelques autres bisseux, charmés par cette débrouillardise peu innovante et guère recherchée mais définitivement touchante de naïveté. On sait de toute façon à quoi s’attendre lorsque l’on rentre dans le monde fou fou fou de l’obsédé des pulls en angora et nous serions presque déçus si le film était trop réussi ! Le gaillard fait d’ailleurs montre du même « talent » lorsque vient le moment de diriger ses comédiens, visiblement livrés à eux-mêmes. Si certains ne s’en tirent pas trop mal, généralement ceux qui se retrouvent dans les costumes des militaires (dont Tom Keene, star aux nombreux westerns, dont c’est le dernier film. Quelle apothéose !), la majorité se fait nulle à en pleurer. Evidemment, le pauvre Lugosi n’a pas le temps de faire grand-chose puisqu’il n’est ici qu’un veuf pleurant sa dulcinée, mais l’ami Bela trouve malgré tout le temps de surjouer, livrant ici l’une de ses moins belles performances. Quant à son épouse filmique, la fameuse Vampira, elle n’a tout bonnement rien à faire, se contentant la majeure partie du temps de reluquer les humains derrière une branche morte en faisant de grands yeux.

 

plan91

 

Le grand gagnant est cependant le colosse Tor Johnson, pataud au possible et incapable de réciter une ligne de dialogue sans hésiter, prouvant qu’il les a sans doute lues juste avant que Wood ne fasse chauffer la pellicule. De toute façon, on ne comprend pas un traître mot de ce que raconte cet ours, qui semble avoir des patates chaudes coincées derrière les joues. Il deviendra néanmoins une figure culte du cinéma horrifique une fois zombifié puisque son visage, orné d’une cicatrice qui change de place au fil des plans parce qu’elle irritait un peu trop l’acteur-catcheur, deviendra une image bien connue des afficionados et même un populaire masque d’Halloween. Au vu de ses talents de comédien, c’était inespéré… N’empêche que ces lacunes d’ordre visuel ne posent guère problème et, au contraire, permettent au spectateur de garder son attention aux aguets. Vous savez ce qu’il en est de la SF des fifties : les scènes avec les streums sont charmantes mais ça fatigue sérieusement dès que ça jacte. Ed Wood, avec ses défauts rigolos prêts à sauter d’un coin à l’autre de l’écran, le plus souvent avec la finesse d’un phacochère bituré à la Jargemeister, nous force à scruter l’écran dans l’espoir de voir un micro apparaître, une ombre de technicien venir pourfendre un mur ou un bout de décor tomber en morceau. Ainsi, le talent relatif de Wood joue donc plutôt en sa faveur et maintient l’intérêt intact, et c’est plutôt au niveau de l’écriture que l’ensemble pêche un peu. Car il y a malheureusement un sacré ventre mou à mi-parcours, voyant les uns et les autres, humains comme extraterrestres, se demander comment ils vont faire pour se débarrasser du camp adverse. Ce qui est bien gentil mais emmerde un brin, d’autant que les attaques des zombies sont d’une mollesse à faire peur, et je peux vous dire que pour se faire attraper par ces trainards, il faut sacrément le vouloir ! Plan 9 ennuie donc durant 15-20 minutes, nous faisant regretter ses beaux débuts, où les soucoupes volantes attachées à un fil succédaient aux divagations poético-pouet pouet d’un Criswell tentant de nous émouvoir sur le tragique destin d’un Bela Lugosi obligé de jouer les vampires dans un cimetière qui ne fait jamais illusion. Heureusement, on a toujours ça et là quelques passages vraiment décalés, comme cette discussion entre l’un des héros et sa légitime, le premier expliquant à la seconde qu’il a vu des soucoupes volantes… et qu’elles avaient la forme de cigares ! Il a pas dû voir les mêmes que nous car les OVNI ici présents ressemblent plutôt à des nichons coincés dans un boulon !

 

plan92

 

Malgré un certain ralentissement, un temps mort même, les moments cultes s’enchainent et il est difficile d’oublier cet alien soudain très fâché qui répète « You are stupid ! Stupid, Stupid ! » comme un enfant à qui on vient de voler sa sucette alors qu’il venait justement de se moquer de la puérilité des humains ! Difficile également de ne pas garder en tête les scènes avec le chiropracteur de Madame Wood, en tel décalage avec celles de Lugosi que l’on frôle le génie. Lugosi fut filmé le jour, son soi-disant sosie la nuit, et vu que les plans de l’un font suite à ceux de l’autre et vice-versa, je vous laisse imaginer les faux raccords que cela occasionne. Impossible cependant de se moquer méchamment du résultat, l’amour sincère de Wood pour le cinéma, son besoin de filmer et sa sincérité (qui font défaut à bien des réalisateurs jugés comme plus talentueux) emportant le tout et résonnant comme une profession de foi chez le bisseux un tant soit peu capable de se mettre à la place d’autrui. En prime, la petite équipe entourant Wood, des freaks ou has-been rejetés partout ailleurs, finissent à leur tour de rendre l’entreprise sympathique. Certes, leur quart d’heure de gloire n’est pas aussi flamboyant que celui dont ils rêvaient sans doute mais il existe bel et bien et permet toujours à ces losers merveilleux de toucher les écrans. Et c’est peut-être là que se trouve finalement le réel talent d’Ed Wood, cette faculté à réunir derrière lui une escouade d’originaux, heureux de faire les cons avec des bouts de ficelles et des pétards pour mimer l’attaque de soucoupes volantes. Réussi ou non, le film ne peut dès lors qu’être une belle aventure, humaine et touchante.

Rigs Mordo

 

plan9poster

  • Réalisation: Ed Wood
  • Scénarisation: Ed Wood
  • Production: Ed Wood, Charles Burg
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gregory Walcott, Tor Johnson, Tom Keene, Lyle Talbot
  • Année: 1959

2 comments to Plan 9 From Outer Space

  • Roggy  says:

    Je suis bien d’accord avec ta chronique, le film n’est pas le plus mauvais jamais réalisé (j’ai vu bien pire !). Il est bourré de défauts comme tu l’écris si bien, mais il y a quand même quelques scènes agréables pour les bisseux et des acteurs, certes à la ramasse, mais sympathiques au final.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>