Meurtres en VHS

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L’heure est au rétro, mes amis, et la petite vague de cassettes audio qui revient s’infiltrer dans les oreilles des mélomanes n’est pas faite pour prouver le contraire ! Le timing parfait pour se pencher sur Meurtres en VHS, aka Remote Control, Série B eighties des ongles au prépuce qui nous ramène au doux temps des vidéoclubs…

 

 

En 2015, être culte pour une poignée de cinéphiles, cela ne suffit plus ! En tout cas plus pour qu’un film obtienne une sortie DVD ou Blu-Ray chez un gros éditeur, même typé bis. Prenons Meurtres en VHS par exemple, et le hasard fait bien les choses car c’est justement le film que je chronique aujourd’hui (c’te folie), B Movie typique des années 80 emballé par Jeff Lieberman, que vous connaissez et admirez pour La Nuit des Vers Géants, Blue Sunshine, Survivance ou encore Au Service de Satan. Eh bien en 1988 le gaillard nous a pondu Remote Control, jolie bande qui s’est vite attirée les faveurs de quelques cinéphiles, le genre à planter leurs tentes dans les vidéoclubs, film longtemps inédit sur galette et qui finira par sortir… grâce à Lieberman lui-même ! Eh oui, le réalisateur a fini par pondre un Blu-Ray de son propre bidule et le vendre via son site rien qu’à lui, par correspondance, en catimini. C’est vous dire où on en est au niveau de la distribution des classiques vieux de trente ans… Reste que le principal est là : on peut désormais visionner la bête, bien évidemment tentante pour tout bisseux nourri aux bandes magnétiques. Car on est comme ça, nous les Horror Addicts, toujours heureux de nous envoyer dans la panse un petit film prenant place dans un univers dans lequel nous baignons ou avons baigné. C’est que ça facilite l’identification, ma bonne dame !

 

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Cosmo (Kevin Dillon, de la famille de Matt Dillon) est un jeune employé de vidéoclub et travaillant pour son patron/meilleur ami Georgie, qui gère son stock de cassettes dans la joie et la bonne humeur. Et pour avoir un beau présentoir à l’effigie de Remote Control, une vieillerie SF terriblement ringarde des fifties (bien entendu, c’est un film dans le film), Georgie commande deux exemplaires de la bande. Le voilà donc en possession d’un ignoble présentoir émettant un drôle de son et des deux fameuses vidéos, qu’il loue à une fille pour qui il craque légèrement. Mais le pauvre étant nul avec les nanas, il demande à son pote Cosmo de l’accompagner jusque chez la demoiselle (par ailleurs incarnée par Jennifer Tilly, la meuf de Chucky). Mais une fois sur place, ils découvrent la jeune fille en train de se faire assassiner par un autre de leurs clients… Et comme on a vu nos deux zouaves sur les lieux du crime, la police a vite fait de les suspecter, forçant nos innocents à enquête pour prouver qu’ils n’ont absolument rien à voir dans toute cette affaire. Et leur découverte leur cloue d’ailleurs la bite au plancher : les VHS de Remote Control ont pour effet de pousser ceux qui les visionnent au meurtre, le film étant une invention extra-terrestre offrant un petit lavage de cerveau aux humains pour qu’ils s’entretuent et laissent aux aliens une planète faite de fidèles serviteurs. Cosmo et Georgie, désormais aidés de la belle Belinda (Deborah Goodrich, Week-End de Terreur) n’ont plus qu’une chose à faire s’ils ne veulent pas que de vils envahisseurs nous changent en zombies à leur solde : détruire toutes les copies de Remote Control !

 

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Les films sur les VHS, ça ne court finalement pas les rues, et les bons sont encore plus rares (on oubliera volontiers le plutôt mauvais V/H/S). Du coup, c’est bien sûr avec une certaine bienveillance que l’on se lance dans Remote Control, pelloche sympathique… mais qui ne nous fait pas non plus un deuxième trou du cul. Un avis plutôt applicable à la filmographie de Lieberman en général, par ailleurs, le Monsieur nous ayant toujours proposé de bonnes Séries B, parfois franchement réussies, le genre à laisser un doux souvenir, mais qui n’ont jamais vraiment révolutionné quoique ce soit. Le but du réalisateur n’était de toute façon pas là et cela tombe bien, on ne cherche pas un nouveau 2001, l’odyssée de l’espace en enfournant Meurtres en VHS dans nos magnétoscopes ! Bien agréable est donc cette petite aventure voyant nos trois héros improvisés tenter de sauver le monde, une aventure par ailleurs plus proche de la science-fiction d’action que de l’horreur. Que ceux qui s’imaginent qu’ils vont avoir du gore dans tous les sens et des aliens baveux et tentaculaires en file indienne fassent demi-tour, ici on barbote plutôt dans du fantastique hérité des années 50, c’est-à-dire représenté par des mecs en costume en train manœuvrer dans l’ombre, ou plutôt dans leurs laboratoires hi-tech ici remplacés par une usine de VHS. Même si les possédés de la VHS se mettent à tuer leur prochain, on ne peut pas dire que Lieberman nous ressorte le gore de La Nuit des Vers Géants ou la violence physique de Survivance, les échauffourées se contentant de quelques étranglements ou tentatives de meurtre avortées. De toute évidence, le metteur en scène espérait ici toucher un public plus large que celui qu’il côtoyait d’ordinaire, surtout constitué de viandards. Une trahison ? Disons plutôt un retour aux sources destiné aux amoureux de la SF ringarde, puisque l’on sent ici une volonté de rendre hommage au genre tel qu’il était servi à l’époque. Vilains japonais en clin d’œil aux kaiju eiga, personnages fringués comme des cosmonautes même lorsqu’ils n’ont aucune raison de l’être (faut voir les dégaines des jeunes dans ce film !), le présentoir de Remote Control balance des sons clichés (et donc délicieux) et est forgé dans un vieil aluminium, les méchants surveillent les gentils via leurs écrans de contrôle, leur chef a piqué son look à celui de Flash Gordon,… Et je ne parle même pas de la bande que louent les gamins avant de se changer en de furieux meurtriers, kitsch au possible. On y voit en effet des années 80 futuristes (rappelons que Remote Control, le film dans le film, est censé avoir été tourné dans les années 50), avec des acteurs ridicules et ustensiles risibles, comme un sacré dispositif pour se brosser les dents !

 

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Inutile de préciser que tout cela est bien évidemment fait avec humour, Lieberman cherchant la détente tout en tentant de rendre hommage aux œuvres de son enfance. Mais s’il s’amuse, il sait aussi se montrer sérieux et parvient, au détour de la mort d’un personnage, à toucher son public, un peu à la manière du géniallissime La Nuit des Sangsues, qui sacrifiait également un protagoniste de manière encore plus désarmante. Ca ne rigole d’ailleurs pas des masses lorsque Cosmo fait tout son possible pour sauver l’humanité, car si l’on ne stresse guère lorsque notre héros échange quelques coups de mitraillettes avec ses adversaires, on est néanmoins accrochés. Il faut dire que sans être un pro du bourrinage, Lieberman emballe ses séquences mouvantes avec efficacité, nous donnant quasiment une bonne pellicule d’action fantastique. Ca se mitraille dans un hangar, qui finit d’ailleurs par exploser, ça se bastonne dans un vidéoclub, ça se donne des coups de poings dans la gueule devant la télévision et, du coup, ben ça divertit son homme aussi ! Ne soyons pas malhonnêtes pour autant : l’exact même film s’il ne se déroulait pas dans le petit monde coloré des vidéoclubs ne brancherait pas grand-monde. Car le gros plaisir de Remote Control, c’est de se retrouver dans des allées débordant de cassettes, d’essayer de reconnaître les posters promotionnels balancés ici et là dans le film (on peut voir, entre autres, House, Teen Wolf, Re-Animator et une pancarte à l’effigie de Freddy) et de s’avaler des kilomètres de couleurs rose bonbon, avec des néons pétants et des jeunes fringués comme dans ce sommet de ringardise qu’était le dessin-animé Jen et les Hologrammes. On pardonne dès lors le fait que le récit se suive sans passionner outre mesure, tout l’intérêt étant dans l’ambiance, dans les décors, parfaits pour les nostalgiques. Les allergiques à l’aspect pop des eighties peuvent en tout cas sprinter en sens inverse, ils risquent fort d’étouffer avec Meurtres en VHS

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jeff Lieberman
  • Scénarisation: Jeff Lieberman
  • Production: Jeff Lieberman, Scott Rosenfelt, Mark Levinson
  • Titre original: Remote Control
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Dillon, Deborah Goodrich, Christopher Wynne, Jennifer Tilly
  • Année: 1988

2 comments to Meurtres en VHS

  • Roggy  says:

    Je viens de prendre 27 ans dans la gueule car j’ai bien vu ce « Meurtre en VHS » à la télévision (sur Canal + il me semble) 🙂 Je n’en garde que de rares souvenirs mais en voyant les photos, ça semble bien ancré dans les 90’s. En tout cas, merci pour se retour vers le passé.

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