Délivre-Nous du Mal

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Décidément, Scott Derrickson n’est pas prêt de lâcher son crucifix et son missel, le réalisateur derrière Sinister revenant à l’un de ses premiers amours, les exorcismes (on lui doit celui d’Emily Rose) via un Délivre-Nous du Mal ramenant le diable dans la rue.

 

 

Devons-nous profiter de Scott Derrickson tant qu’il barbote toujours dans les eaux usées que nous aimons tant ? C’est que le gaillard est en train de passer dans le giron de Marvel puisqu’il s’occupe actuellement de Doctor Strange, que l’on attend de voir pour estimer à quel point l’amour du glauque du Scotty se marie à l’univers coloré des super-héros, si tant est que les premières aventures du magicien soient vraiment lugubres (on peut rêver). Glauque, le cinéma livré par le mecton jusqu’ici l’est plutôt si l’on met de côté son remake du Jour où la Terre s’arrêta, et Sinister en est la preuve la plus évidente avec ses vieilles bobines poussant quelques marmots à décimer leur petite famille. On peut également penser à Hellraiser V : Inferno, opus peu apprécié des fans de la saga des Cénobites mais, selon votre humble serviteur, la plus intéressante des séquelles du film de Clive Barker. Justement car elle est plus sombre que les précédentes et assez intelligente dans son union entre horreur psychologique et film policier noir de chez noir. C’est ce mélange des genres que tente à nouveau notre metteur en scène avec Délivre-Nous du Mal, l’une des grosses locomotives d’épouvante de 2014 (comprendre que c’était le bidule effroyable trouvable dans la plupart de vos cinoches durant l’été de cette année-là), une pelloche relativement bien accueillie en général par ailleurs, sans pour autant avoir ne serait-ce qu’approché le succès, d’estime et financier, de The Conjuring. Mais le bisseux, qu’un film rapporte beaucoup de flouze ou non, il s’en branle carrément la bite, l’échec pouvant même être considéré comme une certaine preuve de qualité et il suffit de songer au bide du superbe The Lords of Salem pour s’en convaincre. C’est donc sans espérances et sans préjugés que je me suis lancé dans le dernier film en date du catholique sombre, ou presque puisque mon frangin, Lurch Mordo, n’était pas revenu de sa séance avec le sourire et me jura que l’on tenait là une belle daube. C’est l’heure du verdict !

 

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Ralph Sarchie (Eric Bana, le Hulk d’Ang Lee) est un vrai flic de cinéma : torturé mais légèrement blagueur quand même, il commence à délaisser sa famille, revenant à son domicile avec toutes les horreurs qu’il découvre dans la rue, tel un nourrisson décédé laissé dans une benne à ordure. Mais au cours d’une nuit en apparence comme les autres, Sarchie se rend avec son équipier chez une femme battue par son époux, un soldat revenu d’Irak avec le ciboulot de travers. Après avoir arrêté l’indélicat époux, les deux policiers se rendent au zoo parce qu’une mère de famille vient de balancer son marmot dans la fosse aux lions (encore un qui avait ramené un mauvais bulletin à Noël)… Après enquête, ils découvrent que la p’tite dame était mariée à un autre soldat parti en Irak et que juste avant de donner sa descendance à becter aux félins, elle venait de parler avec un peintre en bâtiment… qui était lui aussi un ancien soldat, par ailleurs super pote avec les deux précédents ! Tout cela ne peut être l’œuvre du hasard et le prêtre Mendoza (Edgard Ramirez, qui jouait déjà un curé dans le Cartel de Ridley Scott) sous-entend à Sarchie que tout cela est l’œuvre du démon. Au départ franchement sceptique, d’autant que notre héros a tourné le dos à l’église depuis bien longtemps, Ralph finit par se poser des questions lorsqu’il est assailli de visions, entend des sons inquiétants et que sa chaîne hi-fi passe du death metal à la Deicide alors que le courant est coupé. Bon, ce dernier point n’est pas dans le film, mais ça aurait pu. Après quelques investigations, nos protagonistes découvrent tout simplement que les trois soldats, lors de leur séjour en Irak, sont tombés dans une sorte de crypte, le petit pavillon personnel de Satan (ça se voit, y’a des crânes en guise de tapis) et qu’ils en sont ressortis possédés. Depuis, le marine Nick Santino (Sean Harris, qui jouait déjà les cinglés dans Outlaw et Harry Brown) a un démon logé dans le fion et se met à peindre des tags un peu partout, reproduisant une fresque vue dans la fameuse grotte du diable, les quelques inscriptions permettant au malin de posséder ceux qui posent les yeux sur elles… Si Ralph et le prêtre Mendoza ne veulent pas qu’une porte vers les enfers soit peu à peu ouverte, ils ont donc tout intérêt à se magner le derche !

 

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Comme tout film de genre voué au succès, Délivre-nous du Mal clame haut et fort que les évènements qu’il décrit sont tirés de faits réels. Vraiment ? Ben… à peu près, quoi… En fait, Ralph Sarchie existe bel et bien, ce flic expliquant qu’il était un athée pur et dur étant peu à peu tombé dans la chrétienté lorsque plusieurs de ses affaires l’ont amené devant des cas de possession. Du coup, le mec a commencé à bosser avec un cureton et a écrit un livre retraçant tous les cas paranormaux rencontrés au cours de sa carrière. Un peu comme les Warren en sommes, le côté flic badass en plus. Surtout un bel illuminé, si vous voulez mon avis (et même si vous ne le voulez pas, d’ailleurs), dont les dires ne sont d’ailleurs pas respectés. En effet, Scott Derrickson, également scénariste avec son vieux pote Paul Harris Boardman (également derrière les scripts d’Hellraiser V et de L’Exorcisme d’Emily Rose ainsi que producteur de quelques autres films du Derrickson), ne reprennent que le principe du flic athée se retrouvant face à de l’horreur religieuse et se gardent bien d’aller puiser dans les délires du vrai Sarchie. Toute l’histoire du film n’est donc qu’une pure invention, quoi que sa promotion et les divers taglines prétendent… Bon en même temps, vu que le bouquin de Sarchie ne devait lui-même n’être qu’un tissu de conneries, ce n’est plus très grave à ce stade. Reste que le public aimant bien les récits censés s’être déroulés dans la réalité de la vraie vie tangible, les producteurs ne se sont pas posé trop de questions et ont tenté de recréer le coup de poker de Conjuring. Et ils n’y sont parvenu qu’à moitié, Délivre-nous du Mal étant une pelloche particulièrement inégale…

 

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Le premier problème du film vient de son mixage entre horreur et thriller, ou plutôt d’une tendance à ne pas choisir clairement son camp ou mal doser les deux éléments. De toute évidence, le but était ici de faire Seven au pays de L’Exorciste, cela saute aux yeux dès la scène nocturne montrant Sarchie trouver le bébé mort sous une pluie torrentielle rappelant le célèbre festival des femmes fontaines de Toronto, celle-là même qui douchait Brad Pitt et Morgan Freeman durant tout le film de David Fincher. Et pourquoi pas, après tout ? L’idée n’est pas mauvaise et pourrait même permettre un glissement lent et gradué vers le fantastique, un peu à la manière d’Angel Heart ou même d’Hellraiser V en leur temps. Coller aux basques de Ralph et assister en même temps que lui à la chute progressive de ses repères, du monde tel qu’il le perçoit, était assez prometteur avec un script bien tourné. Problème : on est là face à une bande « d’exploitation », dans le sens où le but est clairement d’exploiter le succès de Conjuring et des autres succès de James Wan en jouant dans la même cour et en jonglant un maximum avec les crucifix. Ainsi, les éléments purement fantastiques arrivent immédiatement et les réponses aux questions d’Eric Bana ne tardent jamais trop, enlevant également bien vite à l’aura de mystère dans laquelle se drapait jusqu’alors Deliver us from Evil. Et dans une volonté de satisfaire une assemblée nourrie aux Insidious et compagnie, Derrickson parsème son métrage de jump-scares inutiles (Bouh, un gros chauve sanguinolent apparait sur un écran d’ordinateur ! Bouh, le même revient dans le reflet d’un miroir !), seulement présents pour réveiller un peu un public qui pourrait trouver le temps long et le ton lent (dites le plusieurs fois, vous verrez c’est rigolo). Car à la base, on tient un pur film d’ambiance, fait pour trimballer son protagoniste principal dans des lieux toujours plus glauques et le faire analyser des scènes de crimes cradoques. Ces passages fonctionnent d’ailleurs assez bien, même si l’on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec un Seven d’une toute autre qualité, Derrickson n’étant de toute évidence pas David Fincher. Le soin n’est clairement pas le même mais le Scotty ne se démerde pas mal pour autant, même si sa tendance à plonger l’écran dans le noir tient un peu de la facilité…

 

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Mais ces passages quasiment atmosphériques, parfois très efficaces (la discussion avec une famille entendant des bruits dans la cave, l’inspection de celle-ci), sont ainsi parasité par de l’horreur démonstrative tombant constamment à plat. Il faut ainsi les voir pour croire à ces scènes de baston (car oui, ça se fighte) dans des immeubles moisis, avec montage ultra cut à la clé (ptet le pire montage de combat de ces dernières années), calmées par le prêtre qui débarque en chantant des refrains espagnols. Ridicule, et le mot est encore assez faible. On aurait préféré que Derrickson en reste a quelques idées gores (un cadavre qui s’ouvre pour laisser s’échapper des mouches, une femme qui fait une chute d’un toit et se brise tous les membres) et baisse un peu son penchant pour la grandiloquence, élément visiblement indissociable des films d’exorcismes. Le climax est d’ailleurs la tentative de faire sortir le démon, dont le nom est Jungler (on dirait un pseudo de petite frappe dans le Bronx, c’te honte !), du corps de Santino, comme de juste dans toute bande possédée. Si cette scène finale n’est pas désagréable à reluquer et dispose de quelques moments sympas (jolis maquillages sanglants, le possédé qui s’arrache un lambeau de chair), on a tout de même la sensation d’avoir déjà assisté à tout ce bordel un trop grand nombre de fois, le genre se répétant encore et encore depuis quelques années. C’était ptet neuf dans les seventies, et encore !, mais en 2014 il était peut-être temps de changer de disque, non ? Et bien évidemment, on se ramasse la morale chrétienne qui va avec, notre bon Sarchie parvenant à affronter le mal en se tournant à nouveau vers le petit barbu cloué sur sa croix. Pour sûr qu’il est aussi un meilleur flic, un meilleur père de famille, un meilleur cuisinier et un amant hors pair depuis qu’il a retrouvé la foi, si si ! Bon, je sais que je suis un athée pur et dur qui chope vite du psoriasis sur la teub quand on tente de lui faire la morale sur le sujet, mais je n’y peux rien, ça me gave toujours autant… De toute évidence, Délivre-nous du Mal se visionne moins avec un paquet de chips et une bonne canette de Pepsi qu’avec un bol d’hosties et une fiole d’eau bénite…

 

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Dire que Deliver us from Evil souffle le chaud et le froid est donc un euphémisme tant nous sommes ballotés entre de bonnes idées (le passage dans le zoo, le look bien creepy d’un Sean Harris toujours parfait en taré de service, le chat crucifié) et des passages obligés et lassants (la gamine qui regarde sous son lit si un monstre ne s’y cache pas, le héros qui a un noir passé). En ressort la frustrante impression que l’on n’est pas passé loin d’un vrai bon thriller noir, malheureusement rattrapé par son besoin de coller à une mode et de satisfaire les ouailles de James Wan. Dommage, on se retrouve du coup avec une bande particulièrement moyenne, ni recommandable, ni honteuse.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Scott Derrickson
  • Scénarisation: Paul Harris Boardman, Scott Derrickson
  • Production: Jerry Bruckheimer
  • Titre original: Deliver Us from Evil
  • Pays: USA
  • Acteurs: Eric Bana, Édgar Ramírez, Sean Harris, Olivia Munn
  • Année: 2014

L’ami Roggy vous délivre du mal sur son blog!

4 comments to Délivre-Nous du Mal

  • Peter Hooper / ingloriuscritik  says:

    J’ai complétement oublié de le chroniquer , vu il y a quelques mois,mais j’aurais été beaucoup mais alors beaucoup moins indulgent que toi !!!
    Les Doors en musique « from hell » juste ridicule. Jeux d’acteur consternant dans une galette qui n’assume aucun parti pris . Abracadabresque au possible et le produit piégeur par excellence avec un super (et oui!) trailer qui me laissait augurer d’un bon slasher démoniaque . Je loue encore une fois ta belle plume pour un produit aussi peu recommandable tu as d’autant plus de mérite ! Mais bon papier quand même (pour finir sur une touche positive …) !

  • Roggy  says:

    Tu sais ce que je pense du film et je rejoindrai l’ami Peter sur la qualité de ta plume et ta gentillesse sur « Délivre-nous du mal ». Tu as raison sur la comparaison avec « Seven » mais l’ambiance ne prend jamais, tout semble artificiel et peu crédibles. Sans parler du manque de trouille comme le dirait ton frère Lurch (!?!) qui devrait venir faire une petite bafouille dans la crypte, parce qu’il a l’air d’avoir bon goût le frérot 🙂 Et merci pour le lien !

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